Abidjan (Côte d’Ivoire), le 31 août. Une manifestation pro-Laurent Gbagbo, qui compte de nombreux soutiens parmi la population, a eu lieu dans la capitale. AFP/Sia Kambou

Au pouvoir entre 2000 et 2010, il souhaite revenir dans le jeu politique. De quoi raviver les tensions à l’approche de la présidentielle ivoirienne.

A moins de deux mois de l’élection, et dans un contexte déjà explosif, l’ancien président Laurent Gbagbo a fait savoir par l’intermédiaire de ses partisans qu’il souhaitait revenir dans le jeu politique, alors qu’il est pour l’heure toujours exilé en Belgique. Cet improbable retour intervient dix ans après la crise militaire qui avait précipité sa chute et l’avait contraint à l’exil, laissant le pays aux commandes d’Alassane Ouattara, son rival historique.

A la suite de cette défaite, l’avenir de Gbagbo s’annonçait sombre, puisqu’il avait été aussitôt poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l’humanité. Mais alors que de nombreux éléments semblaient l’accabler, ses avocats sont finalement parvenus à le faire acquitter en 2019, lui rendant sa liberté, et lui permettant d’afficher à nouveau des ambitions politiques.

Néanmoins, le retour au pays de ce mastodonte de la vie politique ivoirienne s’annonce plus qu’hypothétique en raison d’un contexte qui lui est très défavorable : une fois de plus, l’actuel président Ouattara compte bien lui opposer une farouche résistance. Celui-ci n’a pas hésité à se porter candidat pour exercer un troisième mandat consécutif, alors même que la Constitution limite à deux le nombre de mandats. Il s’est cependant défendu de toute irrégularité en avançant le fait que ses quinquennats précédents se sont déroulés avant la mise en application de la nouvelle Constitution.

Une course à la présidence particulièrement tendue

Mais cette explication ne calme pas la colère de ses adversaires qui s’insurgent contre cette candidature, notamment l’un de ses principaux opposants, l’ancien Premier ministre Henri Konan Bédié, qui a affirmé sa détermination à empêcher une nouvelle élection du président Ouattara : « Nous nous battrons pour que notre victoire ne nous soit pas volée et nous ferons tout pour la faire prévaloir », a-t-il affirmé dans une déclaration aux médias le 31 août.

La course à la présidence est donc particulièrement tendue, provoquant de vastes manifestations, organisées par chaque camp depuis le début du mois d’août, qui ont entraîné la mort d’une dizaine de personnes et causé plus de deux cents blessés. « La société civile se mobilise, et le pouvoir s’est tourné vers la répression : tous les ingrédients sont réunis pour qu’il y ait de nouvelles tensions », anticipe, pessimiste, le chercheur au Ceri (Centre d’études et de recherches internationales) Richard Banégas, spécialiste de la politique ivoirienne.

Dans un tel contexte, Gbagbo n’a pas l’intention de rendre les armes, malgré ses 75 ans passés. Il peut en effet compter sur un réel soutien militant au sein d’une partie de la population ivoirienne, comme le précise Richard Banégas : « Il reste encore une réelle sensibilité pro-Gbagbo dans le pays, particulièrement présente dans les quartiers populaires » précise-t-il.

Pour autant, l’ancien président sait que sa candidature a toutes les chances d’être rejetée par les institutions électorales : Gbagbo est en effet soumis à un mandat d’arrêt ivoirien, depuis sa condamnation en 2018 à vingt ans de prison pour avoir dérobé des fonds publics en 2011, en pleine crise militaire.

Une revanche plus qu’hypothétique

Cette condamnation a poussé la commission électorale indépendante (CEI) à invalider sa candidature. Le clan Gbagbo a aussitôt réagi en accusant la CEI de faire le jeu du président Ouattara, notamment par l’intermédiaire de l’ancienne Première dame Simone Gbagbo qui a qualifié cette commission de « non consensuelle et partisane ».

Les fidèles de l’ancien président ont aussitôt saisi la Cour Constitutionnelle qui sera chargée d’ici une quinzaine de jours de casser ou de valider cette décision. Mais dans les faits, les partisans de Gbagbo savent qu’ils ne peuvent attendre aucun soutien de cette institution dont les juges ont tous été nommés par le président Ouattara, et qui est fréquemment accusée de soutenir ouvertement le pouvoir en place.

Malgré ces difficultés presque insolubles, Gbagbo et ses nombreux partisans conservent une volonté absolue de retrouver le pouvoir, perdu dans le sang et la honte dix ans plus tôt. Même si cette revanche annoncée reste plus qu’hypothétique, il est certain que cet improbable retour ne peut faire qu’attiser les passions et les tensions dans un pays qui pourrait basculer à nouveau dans la spirale infernale de la violence.

Source: LeParisien