La course pour prendre la tête de cette commune du district d’Abidjan, la plus peuplée du pays, s’annonce serrée entre le parti du président Alassane Ouattara et celui de l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo, qui vont mesurer leurs forces à deux ans de la présidentielle.

« Yop », comme elle est surnommée, est, samedi 2 septembre, l’une des communes les plus scrutées de Côte d’Ivoire. Alors que 8 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour des élections municipales et régionales, Yopougon, la localité la plus peuplée du pays avec son 1,5 million d’habitants, est le théâtre d’une des batailles les plus âprement disputées.

Considérée comme un bastion des partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo, cette commune du district d’Abidjan est passée depuis 2013 aux mains du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti présidentiel, alors que l’opposition boycottait les scrutins. Mais cette fois-ci, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a décidé de se lancer dans la course, en envoyant un autre Gbagbo, Michel, le fils de l’ex-chef de l’Etat, conquérir la commune. Elu député de la cirsconscription de Yopougon en 2021, il est « sur son territoire », comme il aime à le dire. Pourtant, la victoire ne lui est pas assurée. Si, dans de nombreuses localités du pays, l’opposition est parvenue à choisir des candidats uniques, elle part en rangs dispersés à Yopougon. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a désigné Augustin Dia Houphouët, le petit-neveu par adoption du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, comme candidat. Lui aussi élu député de Yopougon en 2021, il revendique être un « enfant de Yop », où il vit, et mise sur sa connaissance du terrain pour l’emporter.

Ces deux hommes font face à un des poids lourds de la majorité. Adama Bictogo, le président de l’Assemblée nationale, joue gros dans ce combat électoral. Alors que le président Alassane Ouattara, 81 ans, n’a pas encore annoncé s’il briguera un quatrième mandat en 2025, cet homme d’affaires espère utiliser Yopougon comme tremplin en vue de la magistrature suprême. Interrogé à ce sujet à l’issue de la campagne, il a botté en touche : « On se parlera après les élections », a-t-il répondu.

« Côte d’Ivoire en miniature »

Signe que l’enjeu est important pour le RHDP, Adama Bictogo n’a pas lésiné sur les moyens pour convaincre les électeurs : grandes affiches, concerts de coupé-décalé, dons à la population… Vendredi, il a conclu sa campagne par un grand meeting sur la place Ficgayo. « Un feu d’artifice qui vient couronner la population arc-en-ciel de Yopougon », s’est exclamé le candidat, qui n’a cessé de vanter la composition « plurielle » de la commune regroupant « l’ensemble des ethnies ». « Yopougon, c’est la Côte d’Ivoire en miniature », répète-t-il à l’envi.

L’enjeu pour Adama Bictogo sera de faire oublier son parachutage, alors qu’il est aussi député d’Agboville, une commune située au nord d’Abidjan. Mais le candidat assure avoir « épousé » le cœur et l’état d’esprit de la population, balayant aussi les reproches de cumul des mandats. « La loi ne l’interdit pas », répond-il, assurant qu’il sera « heureux de pouvoir être à Yopougon en permanence ».

Le président de l’Assemblée nationale a aussi été la cible d’attaques multiples du PPA-CI, dont certaines figures ont agité des slogans islamophobes, évoquant avec insistance la religion musulmane d’Adama Bictogo. « Tu ne manges pas de porc, tu ne gouvernes pas Yopougon ! », a ainsi lancé Sam Jichi Mohamed, alias « Sam l’Africain », lors de la clôture de la campagne de Michel Gbagbo, en référence à la religion musulmane d’Adama Bictogo, recueillant les vivats de la foule.

« Garnir une place avec des jeunes gens dont une bonne partie ne vote pas, leur donner des t-shirts ou des cadeaux… tout cela ne garantit pas la victoire. Cela va se jouer au taux de participation, prévient le sociologue Séverin Kouamé. A Yopougon, ça va se jouer sur le fil. » Sur le plan national, le RHDP s’annonce comme favori et devrait remporter la plupart des communes et régions. Rien n’assure néanmoins à la formation d’Alassane Ouattara de parvenir à rééditer les résultats des dernières élections locales, en 2018, lorsqu’il avait remporté 18 régions (sur 31) et 92 communes (sur 197). Ces scrutins sont les premiers depuis le retour de Laurent Gbagbo, en 2021, incarcéré huit ans dans la prison de la Cour pénale internationale à La Haye pour crimes contre l’humanité avant d’être acquitté. Si l’ex-chef de l’Etat, qui reste radié des listes électorales, ne peut pas voter, il saura quelle est la popularité de son parti.

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