Un nouveau rapport de l’ISS analyse les liens entre groupes extrémistes violents et activités illicites dans le nord-est de la Côte d’Ivoire.

Après des années plus sombres, la Côte d’Ivoire semble connaitre un calme relatif sur le front des attaques menées par des groupes extrémistes violents.

Relatif car l’insécurité dans les pays voisins, notamment le Burkina Faso et le Mali, font planer une menace constante en particulier sur le nord-est du pays. Relatif aussi car les groupes extrémistes ont su s’implanter durablement dans les activités de la région, en particulier dans l’économie du bétail sur pied et dans l’orpaillage illégal.

Interview avec William Assanvo

Ce lundi (18.9.2023), l’Institut d’études de sécurité publie justement un nouveau rapport à ce sujet. L’étude porte sur les années 2021 et 2022 et couvre les régions frontalières de la Bagoué, du Bounkani et du Tchologo.

Écoutez ou lisez l’entretien avec William Assanvo, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité (ISS) au bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest, le Sahel et le lac Tchad, est l’un des auteurs de ce rapport.

Retranscription de l’interview

William Assanvo : L’étude a véritablement mis en évidence l’implication des groupes par rapport à cette économie là, à travers le vol de bétail qui a connu une nouvelle dynamique, avec la présence et l’implication des groupes extrémistes violents qui ont utilisé cette réalité là comme un moyen de faire pression sur des éleveurs, sur des bouviers, sur des commerçants de bétail pour les contraindre, dans une certaine mesure, à collaborer avec eux en échange d’une protection pour continuer à mener leurs activités. C’est véritablement une implication dans cette économie là dans le but de générer des ressources financières, dans le but de constituer et de s’appuyer sur un réseau de partenaires commerciaux qui leur apportait également du ravitaillement, des vivres et des non-vivres et du renseignement dans une certaine mesure.

DW :  Vous avez abordé aussi dans votre étude un autre pilier de cette stratégie des groupes extrémistes, c’est l’orpaillage illégal. Et sur ce point, les femmes semblent occuper un rôle assez actif, voire même les enfants…

William Assanvo : Oui, effectivement, dans l’orpaillage illégal dans le nord de la Côte d’Ivoire, les femmes jouent un rôle important. Elles sont actives dans les processus de lavage de la terre ou du sable. Elles sont aussi actives à travers des activités commerciales ou même souvent aussi la prostitution. À travers ces activités là, elles ont pu avoir des relations avec des groupes, notamment dans la zone frontalière avec le Burkina. Et effectivement aussi la présence d’enfants est relevée. Tout ça, je pense, a pu les exposer à cette présence d’individus appartenant aux groupes extrémistes violents.

DW : Qu’est ce qui pousse ces gens à collaborer ?

William Assanvo : Ce sont des personnes qui ont un intérêt économique, un intérêt financier dans ces activités là. Ces individus voulaient préserver leurs intérêts économiques et financiers. Ils voulaient préserver aussi leurs familles. C’était une possibilité aussi pour eux de pouvoir se faire des ressources supplémentaires. Et il y a aussi la possibilité que certains aient été sensibles aux discours de ces groupes là qui se présentent comme des défenseurs de l’islam.

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