Vendredi, partis et organisations de la société civile réunis autour de l’influent imam Mahmoud Dicko ont demandé la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. REUTERS/Matthieu Rosier

Après les violences de ces derniers jours, le Mali est en pleine crise politique. Le point sur la situation. Par Le Point Afrique

Le Mali vit des heures sous haute tension depuis la manifestation du vendredi 10 juillet, organisée par le mouvement M5 et déjà qualifiée de pire journée de troubles civils que Bamako ait connue depuis des années.

Les heurts se sont poursuivis samedi, alors que dans le même temps le pays a connu des arrestations de plusieurs figures de la contestation. Bilan : quatre civils, dont deux mineurs, ont été tués, indique ce dimanche à l’AFP un responsable des urgences d’un grand hôpital de la capitale malienne.

Pour apaiser ce climat, le chef de l’État, Ibrahim Boubacar Keïta, qui cristallise les mécontentements, s’est exprimé tard dans la soirée dans une nouvelle adresse à la nation, la quatrième intervention depuis le début de la crise. Dans ce qui semble être un dernier geste d’apaisement, il a annoncé la « dissolution de fait » de la Cour constitutionnelle. En effet, tout a commencé au moment de l’annonce des résultats des législatives de mars-avril.

Des législatives contestées

Le 26 mars, le chef de l’opposition Soumaïla Cissé est enlevé en pleine campagne législative, rapt sans précédent d’une personnalité de cette envergure.

Le 29, malgré l’apparition du coronavirus, le premier tour est maintenu. Le deuxième tour a lieu le 19 avril. Le vote est marqué par des enlèvements d’agents électoraux, le pillage de bureaux de vote et l’explosion d’une mine qui fait neuf morts.Comprendre la crise malienne en 10 dates

Le 30, la Cour constitutionnelle inverse une trentaine de résultats, dont une dizaine au profit du parti du président, dit « IBK », au pouvoir depuis 2013, générant des manifestations début mai.

Alliance contre « IBK »

Le 30 mai, l’influent imam Mahmoud Dicko, des partis d’opposition et un mouvement de la société civile nouent une alliance inédite qui appelle à manifester pour réclamer la démission du président.

Ils dénoncent l’impuissance du pouvoir face à l’insécurité, le marasme économique, les conditions de la tenue des législatives et la décision de la Cour constitutionnelle.

Le 5 juin, les Maliens descendent par milliers dans la rue contre le président.

Le 12, le chef de l’État reconduit le Premier ministre Boubou Cissé et le charge de former le nouveau gouvernement. Le 16, il ouvre la porte à un gouvernement d’union nationale.

Le 19, des milliers de Bamakois réclament à nouveau la démission du président. En mission de bons offices, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) conseille de former un gouvernement d’union nationale et d’organiser de nouvelles législatives partielles.

Nouvelles ouvertures

Le 7 juillet, le président indique qu’il pourrait nommer au Sénat des candidats aux législatives initialement déclarés vainqueurs puis donnés battus par la Cour constitutionnelle.

Le 8, il ouvre la voie à un réexamen de la décision de la Cour constitutionnelle sur les législatives.

Les dirigeants de la contestation rejettent les gestes du président. Ils l’accusent d’ignorer leurs demandes, dont la dissolution du Parlement, bien qu’ils aient accepté de ne plus faire de la démission du chef de l’État une condition préalable.

Le mouvement brandit la menace de la « désobéissance civile ».

Troubles quasi insurrectionnels

Le 10, Bamako est le théâtre d’une nouvelle manifestation qui dégénère, faisant au moins 2 morts et plus de 70 blessés. Des édifices publics, dont l’Assemblée nationale et le siège de la télévision nationale, sont attaqués.

Dans la nuit, le président dit qu’il entend « assurer la sécurité des biens, des citoyens et des institutions », et ce « sans faiblesse aucune », tout en affirmant sa « volonté de poursuivre le dialogue » et « d’apaiser la situation ».

Source: Lepoint