1. Les théories du Développement par le bas

Par Dr. Ben ZAHOUI-DÉGBOU Géographe – Journaliste spécialiste de Géopolitique Docteur en Commerce International (Investissements Directs Étrangers – IDE – et Développement).

Ces théories sont nées dans les années 70 devant le constat de l’incapacité de venir à bout de la pauvreté dans le monde à travers le Développement économique. La pauvreté devient alors un objet analytique à part entière, et le principe de ces théories du Développement par le bas, propose des solutions dans lesquelles, les bénéficiaires seront également acteurs de leur propre Développement économique. Il s’agit donc d’encourager la pauvreté à s’éradiquer d’elle-même. Ce sont à nouveau des théories développées en Amérique du Sud. Elles résultent des actions menées par les pouvoirs publics, après les années 70, pour vaincre la pauvreté par la mise en place de projets de proximité en impliquant davantage les populations cibles.

Justement, il faut signaler que deux crises historiques ont touché l’Amérique latine durant cette période à savoir les années 70. Ces crises ont connu une évolution positive, l’inflation avait été jugulée et les déséquilibres budgétaires avaient pu être corrigés progressivement. Par ailleurs, les gestions gouvernementales avaient fait l’objet d’une confiance accrue de la part des agents économiques internes et externes, suite la montée du prix d’achat du pétrole brut. Cependant, les progrès de l’Amérique du Sud, en matière de croissance économique, de productivité et de vulnérabilité extérieure sont restés très décevants au cours de cette décennie 70.

Malgré une amélioration des niveaux d’activité économique et d’investissement par rapport aux résultats médiocres enregistrés durant ce qu’il est convenu d’appeler la « Décennie perdue », les taux de croissance économique sont restés très modestes par rapport aux trois décennies qui ont précédé la crise de l’endettement avec les pétrodollars des banques américaines.

La relance a été non seulement faible mais aussi instable en raison des styles de gestion macroéconomique adoptés dans un contexte de forte volatilité des marchés financiers. A la lumière de tous ces éléments, la productivité totale des facteurs a connu un accroissement trop lent pour « rattraper » l’écart vis-à-vis des pays développés de façon significative. Une des conséquences importantes de cette situation a été la fréquence de problèmes bancaires nationaux qui ont consommé d’énormes ressources budgétaires dans un certain nombre de pays, ce qui a justement entrainé une extrême pauvreté des populations de l’Amérique du Sud. Cette région a été obligée d’adopter les théories de Développement par le bas pour juguler la pauvreté des populations sud-américaines au cours de ce qu’il est convenu d’appeler la « Décennie perdue ».

2. Les Ajustements Structurels

Les déséquilibres macroéconomiques et financiers constatés à la fin des années 80 dans les pays africains, tiennent à la combinaison de politiques internes inadaptées (recours à l’emprunt faute d’épargne, projets non productifs, prélèvements sur l’agriculture pour financer l’appareil administratif, interventions publiques inefficaces et coûteuses, etc.) et à un environnement international instable et défavorable (inflation, chocs pétroliers, fluctuations des prix des matières premières). Selon Martine Pardilla, au cours de la décennie 1980-90, nombre de pays de la zone subsaharienne ont eu recours à des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), justifiés par la nécessaire solvabilité des États.

Un PAS est un programme de réformes économiques que le FMI et la Banque mondiale mettent justement en place pour permettre aux pays en voie de
Développement, touchés par de grandes difficultés économiques de sortir de leur crise. Il s’agit d’un ensemble de dispositifs dont certains agissent sur la conjoncture et d’autres sur les structures.

Résultats d’une négociation entre les pays endettés et le FMI ou la Banque Mondiale.
L’objectif des PAS consiste à modifier le fonctionnement économique des pays en question. Le FMI conditionne son aide à la mise en place de réformes de caractère libéral qu’il considère pérennes (comme la marchandisation des biens communs, la dérégulation de l’économie et l’ouverture au libre marché mondial).

Les prêts que le FMI accorde aux pays sous- développés, sont dénommés prêts d’ajustement structurel ou prêts d’ajustement sectoriel. Le FMI et la Banque Mondiale accordent ainsi une révision de la dette avec conditionnalités. Les PAS sont construits sur trois objectifs fondamentaux : retour à l’équilibre budgétaire, à l’équilibre de la balance commerciale et à l’équilibre de la balance des paiements.

Pour cela, selon les Institutions de Bretton Woods, ils s’appuient sur les trois principes suivants : Une restructuration de la demande par une politique budgétaire de réduction des dépenses publiques ; Une libéralisation de l’économie par une réduction des interventions de l’État, la privatisation des entreprises publiques, la libéralisation des prix ; une ouverture sur le marché international fondée sur le principe des avantages comparatifs.

L’ajustement structurel définit ainsi pour Alain Valette, un «cercle vertueux» du fonctionnement économique aboutissant à une dynamique du développement axée sur les exportations. Selon lui, si le succès d’une politique économique se mesurait au nombre d’études qu’elle suscite, celui des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) serait immense.

Ces PAS, qui ont déferlé sur toute l’Afrique subsaharienne (ASS) au cours de la décennie 80 et dont les résultats sont diversement appréciés par des analystes, a fait l’objet d’une multitude de travaux, théoriques ou empiriques, monographiques ou comparatifs, critiques, au Sud comme au Nord .

Il faut rappeler que l’histoire des théories et politiques de Développement est en partie marquée par deux approches. La première assimilant Développement et croissance du revenu monétaire, privilégie le recours aux mécanismes de marché et à l’ouverture aux échanges internationaux. La deuxième approche accordant plus d’importance aux dimensions non monétaire du Développement comme par exemple la culture, l’environnement et la santé, met l’accent sur la dimension humaine du Développement.

Ben ZAHOUI-DÉGBOU
Géographe – Journaliste spécialiste de Géopolitique
Docteur en Commerce International
(Investissements Directs Étrangers – IDE – et Développement

1 De graves pénuries persistent dans les pays d’Amérique latine. Des problèmes de pauvreté et d’accès à la nourriture continuent de se pose aux populations dans tous les pays, y compris ceux qui exportent des produits alimentaires. Une étude réalisée au début de la décennie 70 dans neuf pays de la région montre que neuf étaient dans une situation précaire.

2 Martine Padilla, Docteur en sciences économiques, est Administrateur Scientifique au Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes de Montpellier. Elle est aussi spécialiste de l’économie agroalimentaire. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur ces thèmes (Editions Cujas, Editions Karthala).

3 Les institutions de Bretton Woods : Les accords de Bretton Woods, signés le 20 juillet 1944, ont créé deux institutions nouvelles, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Le FMI a pour fonction de financer les déficits temporaires de la balance des paiements des pays membres. Le soutien financier qu’il octroie est toutefois conditionné par la mise en oeuvre de politiques de correction des déséquilibres. Le principal rôle de la Banque mondiale est de lutter contre la pauvreté dans le monde. Pour remplir cette mission, elle dispose de moyens financiers importants et d’une organisation spécifique

4 En économie, l’avantage comparatif constitue le concept principal de la théorie classique du Commerce International. C’est une théorie qui défend l’intérêt pour un pays de se spécialiser dans la production d’un produit ou service dans lequel il détient le meilleur avantage par rapport à la concurrence.

5 Alain Valette, « L’évaluation des Programmes d’Ajustements Structurels (PAS) : Quelques repères sur les outils et méthodes ». Https://horizon.documentation.ird.fr/exl Alain Valette est Économiste, directeur de recherche l’ORSTOM. Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, devenu en 1984 Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération et en 1998 Institut de recherche pour le développement (I.R.D).

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