Les faits-La plupart des 19 000 habitants de Yellowknife avaient quitté la ville vendredi 18 août au soir, alors que 14 millions d’hectares ont déjà brulé cette année au Canada. Sur l’île de Tenerife, les pompiers avertissent que de nombreux échappent à tout contrôle, alors que 26 000 personnes ont été contraintes de fuir les incendies.

Canada : à Yellowknife, la fuite éperdue des habitants cernés par les flammesAu Canada, la capitale des Territoires du Nord-Ouest est menacée par un immense brasier. Sa localisation et le faible réseau routier rendent complexe l’évacuation en cours.

Les habitants de Yellowknife continuent à quitter en toute hâte leur maison, ce vendredi 18 août, contraints et forcés de fuir par un feu qui lorgne sur leur ville, à une quinzaine de kilomètres de là, et qui a déjà détruit plus de 160 000 hectares dans la région.

Les Territoires du Nord-Ouest comptent seulement un peu plus de 40 000 habitants, tout en étant deux fois plus étendus que la France, et la capitale est au cœur d’une région très enclavée. La veille, un responsable local, Mike Westwick, ne cachait pas son inquiétude face à une opération d’évacuation rendue « difficile » par le nombre de personnes à déplacer depuis Yellowknife, via la seule et unique autoroute permettant de se déplacer vers le sud. La maire de la ville, Rebecca Alty, confiait de son côté que cet axe vital était susceptible d’être fermé à tout moment en raison des flammes.

« Nous sommes dans un cul-de-sac »

Bien conscient du danger, Simon Cloutier a pris la route avant même que l’ordre d’évacuation ne soit émis, mercredi 17 août. Avec lui, cinq adultes et quatre chiens. « À Yellowknife, nous sommes dans un cul-de-sac. C’est le principal problème. Et la route pour fuir traverse le feu de forêt. On se disait que si on continuait d’attendre, la circulation allait rendre le trajet encore plus difficile », explique cet agent de développement économique, établi sur place depuis plus de dix ans. Il n’a pas eu tort. Dès mercredi soir, de longues files d’attente se sont formées devant les stations-service ; des conducteurs ont mis quatre heures pour parcourir 20 kilomètres.

Les premiers centres d’accueil des évacués sont situés à plus de 1 000 kilomètres de Yellowknife. Celui de Valleyview, notamment, affiche déjà complet. Simon Cloutier, lui, a mis le cap vers Edmonton, à une quinzaine d’heures de route, où il logera chez des amis. À mi-parcours, il décrit un début de trajet éreintant. « Sur une soixantaine de kilomètres, il y avait des flammes des deux côtés de la route. À un moment, on roulait complètement dans la fumée. Tout le monde toussait. Il fallait avancer à tout prix. » Sur sa route, il a aussi croisé l’incendie qui a ravagé Enterprise, hameau de 120 habitants presque entièrement détruit, où seule une dizaine de maisons subsistent.

Face à la menace d’une fermeture de l’autoroute, certains habitants ont manifesté leur intention de prendre la voie des mers, et de traverser le grand lac des Esclaves, situé au sud de la ville. Mais les autorités leur ont vivement déconseillé de fuir en bateau : trop risqué. Quelques avions commerciaux et militaires ont également été affrétés pour embarquer les personnes fragiles, incapables de prendre la route. Quelque 1 500 d’entre eux ont déjà pu s’extraire ainsi du guêpier.

Isolés par le feu et… par Meta

Les habitants de Yellowknife et leurs proches doivent aussi faire face à un autre obstacle, inattendu mais de taille : un manque d’accès à l’information, extrêmement dommageable en temps de catastrophe. Comme le reste des Canadiens, ils ne peuvent plus lire de contenus d’information via les principaux réseaux sociaux, en raison du bras de fer en cours entre Meta, la maison mère de Facebook, et le Canada.

Ottawa a fait passer un projet de loi qui vise à forcer les géants du numérique à rétribuer chaque média pour le partage de leurs articles sur les plateformes. En représailles, Meta a décidé de bloquer tout partage de contenu médiatique sur Facebook ou Instagram. « D’habitude, si on rate quelque chose d’important, un ami l’aura partagé ; là, on n’a rien, il faut aller sur le site de chaque média, déplore Simon Cloutier. Pour une évacuation, c’est quand même fondamental de savoir rapidement tout ce qui se passe. »

Il lui reste encore quelques heures de route, avant d’atteindre sa destination finale et pouvoir souffler. À Yellowknife, les derniers habitants ont jusqu’à la mi-journée ce vendredi (heure locale) pour déserter leur ville.

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