Les municipales et régionales du 2 septembre prochain, suscitent la passion et aiguisent les appétits en Côte d’Ivoire. Et comme toujours en pareilles circonstances, les alliances entre partis politiques qui font leur, l’adage selon lequel « l’union fait la force », ne manquent pas.  C’est le cas entre le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ex-président Laurent Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de son homologue Henri Konan Bédié. Les deux principaux partis de l’opposition ont décidé de mutualiser leurs forces, face au parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) du président Alassane Dramane Ouattara (ADO), pour se donner les meilleures chances de remporter le maximum de sièges d’élus municipaux et régionaux. Une alliance aux termes de laquelle les deux poids lourds de l’opposition ivoirienne, sont parvenus à s’accorder sur la présentation de listes communes dans la majeure partie des régions du pays, au terme d’intenses négociations entre les deux leaders.

Les deux anciens présidents ivoiriens Laurent Gbagbo (à gauche) et Henri Konan Bédié dans le village Bédiékro, en Côte d’Ivoire, le dimanche 11 juillet 2021. AFP – ISSOUF SANOGO

Le PDCI et le PPA-CI gagneraient à accorder leurs violons

Malheureusement, la symphonie reste encore inachevée puisqu’en plus de quelques régions de l’intérieur du pays comme le Sud-Comoé, le Guemon, l’Indénié Djuablin ou encore le Loh-Djiboua où chacun des partis fera cavalier seul, des divergences persistaient encore dans le district d’Abidjan, à quelques heures de la clôture des dépôts de candidatures dont l’échéance a été reportée du 19 au 23 juillet 2023 par la Commission électorale indépendante (CEI),  suite à une requête des deux principaux partis de l’opposition. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les partis politiques ivoiriens sont véritablement engagés dans la bataille en vue de ces élections de proximité dont les enjeux sont de consolider leurs bases respectives dans la perspective des législatives et de la présidentielle à venir. Et dans le cas d’espèce, ces élections municipales et régionales sont l’occasion rêvée pour chaque parti, de jauger son assise et sa popularité auprès des électeurs. Et cela est de bonne guerre.  Car, c’est de leur assise populaire que les partis politiques tirent la substance de leur force pour nourrir des ambitions nationales en s’attirant la confiance des électeurs dans les urnes.  C’est pourquoi, à la faveur de ces municipales qui s’annoncent d’ores et déjà très disputées, le PDCI et le PPA-CI gagneraient à accorder leurs violons et à trouver un modus vivendi, s’ils veulent se donner les chances de gagner la bataille d’Abidjan. Autrement, si les divergences entre les alliés devaient persister jusqu’au bout, au point d’être préjudiciables à la présentation d’une liste commune, c’est le RHDP qui se frotterait les mains. Déjà, le parti au pouvoir est en ordre de bataille avec des candidats et pas des moindres, et s’apprête à déployer son armada avec pour seul objectif de faire une razzia pour renforcer sa domination sur la scène politique ivoirienne.

Ces élections de proximité s’annoncent aussi comme un combat de pachydermes entre les trois mastodontes de la scène politique ivoirienne

Car, il n’est un secret pour personne que les municipales d’aujourd’hui posent les jalons des législatives et de la présidentielle de 2025. C’est pourquoi la meilleure stratégie pour l’opposition, devrait consister à prendre en compte, de part et d’autre, le poids des candidats et des partis politiques dans les différentes communes pour positionner les têtes de liste. Et dans le cas d’espèce, pour prendre le seul exemple de la commune de Yopougon qui est la plus grande commune de la capitale économique et qui est connue pour être le fief de Laurent Gbagbo, ce front de l’opposition ne doit pas se tromper dans le choix de son représentant, au risque de voir ces bisbilles profiter au candidat du RHDP. En tout état de cause, avec l’effervescence des candidatures aux municipales et aux régionales, la classe politique ivoirienne prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de petite élection au pays d’Houphouët Boigny. Et au-delà des programmes des candidats, il ne fait pas de doute que les mallettes d’argent vont encore circuler. C’est dire si ces élections de proximité au pays de l’Eléphant, s’annoncent aussi comme un combat de pachydermes entre les trois mastodontes de la scène politique ivoirienne.  En tous les cas, ces alliances entre frères d’aujourd’hui et ennemis d’hier, sont la preuve qu’en politique, tout reste du domaine du possible sous nos tropiques. Reste maintenant à espérer que les acteurs de la scène politique ivoirienne, dans leur ensemble, auront tiré suffisamment leçon de la parenthèse douloureuse de 2010-2011, pour éviter que ces consultations électorales ne se transforment en batailles de tranchées susceptibles de mettre à mal la paix et la cohésion sociale. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de ça.

 « Le Pays » 

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