Arusha, le 26 juin 2025 : la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (la Cour) a rendu un Arrêt dans l’affaire Laurent Gbagbo c. République de Côte d’Ivoire.
La Cour relève que le juge électoral s’est fondé sur une condamnation pénale considérée comme définitive pour apprécier la situation du Requérant. Elle estime que les restrictions en découlant s’inscrivent dans le cadre juridique applicable. La Cour considère que l’État défendeur n’a pas porté atteinte au droit du Requérant de participer à la direction des affaires publiques, tel que protégé par l’article 13 de la Charte.
La veille, le RHDP qui tenait son 2e congrès ordinaire l’avait reconduit à sa tête.
Les congressistes l’avaient aussi désigné comme leur candidat au scrutin présidentiel.
Pour Adjoumani Kouassi, quelle que soit la décision de son président, son parti est une machine.
« La seule présence du président Ouattara à la tête du parti rassure les militants qui savent qu’avec lui, ils iront forcément dans la bonne direction », ajoute Adjoumani Kouassi.
Pour ce qui est de sa candidature, poursuit-il, « le président nous a invité à patienter encore quelques jours.
…Nous devons comprendre qu’il est avec nous qu’il mènera la prochaine bataille politique avec le RHDP ».
« Il n’a pas l’intention de nous abandonner », rassure le porte-parole principal du parti au pouvoir.
Quand Patrick Achi, ancien ministre et ex-secrétaire général de la présidence, implore publiquement Alassane Ouattara de « ne pas les abandonner », la scène frôle l’indécence. Ce n’est ni un acte de loyauté patriotique, ni une analyse politique éclairée, mais bien le signe flagrant d’une panique généralisée au sein d’une élite consciente que la fin de règne approche… et avec elle, la fin des privilèges.
Ce cri du cœur d’Achi n’est pas motivé par l’intérêt national, mais par la crainte de devoir rendre des comptes, de perdre l’accès aux leviers de l’État et aux confortables dividendes qu’offre un pouvoir confisqué.
Le même Achi, qui affirmait naguère avoir tourné le dos à Henri Konan Bédié faute d’« alternative crédible », soutient aujourd’hui un homme englué dans un troisième mandat, obtenu en violation manifeste de la Constitution. Où est passée la cohérence politique ? Où est le courage intellectuel de celui qui se présentait comme technocrate au service du développement ? L’ancien haut fonctionnaire semble avoir cédé à la tentation du confort, troquant l’intégrité pour la servilité, la vérité pour le carriérisme.
l est bon de rappeler qu’en 2010, Alassane Ouattara promettait qu’un seul mandat de cinq ans suffirait à transformer la Côte d’Ivoire. Quinze ans plus tard, la fracture sociale s’est creusée, les libertés ont reculé, et l’économie est accaparée par une minorité d’affairistes. Malgré ce constat amer, certains, comme Achi, persistent à appeler de leurs vœux un quatrième mandat, foulant aux pieds la morale, le droit et le bon sens.
Pire, Patrick Achi a un jour tenté de se forger une légende : celle d’un enfant pauvre devenu grand par son seul mérite. Une fable savamment construite pour séduire l’opinion, mais que ceux qui le connaissent savent éloignée de la réalité. Pourquoi une telle mise en scène ? Pour masquer l’opportunisme ? Pour enjoliver un parcours où l’ascension s’est faite moins par l’excellence que par l’allégeance ?
Ce type de posture illustre le cynisme d’une classe politique qui instrumentalise la misère qu’elle contribue à entretenir. Une élite qui s’agrippe au pouvoir non pour servir, mais pour se servir, quitte à supplier publiquement le chef de ne pas lâcher les rênes.
Dans cette mascarade de loyauté, le pays, lui, attend un vrai souffle démocratique, une rupture avec ces vieux réflexes d’alignement aveugle et de calculs personnels. Car la Côte d’Ivoire vaut mieux que des élites apeurées par la perspective de la reddition des comptes.
Les 32es Assemblées annuelles d’Afreximbank ont ouvert leurs portes en mettant le Cap sur le commerce, l’investissement et l’innovation.
La capitale nigériane est, depuis ce mercredi 25 juin 2025, le carrefour du commerce africain. C’est à Abuja que se sont ouvertes les 32e Assemblées annuelles d’Afreximbank (AAM2025), un rendez-vous pour le développement économique du continent. Organisée autour du thème « Bâtir l’avenir sur des décennies de résilience », cette édition réunit jusqu’au 28 juin 2025, une coalition de Chefs d’État, décideurs politiques, chefs d’entreprise et experts venus d’Afrique, des Caraïbes et d’autres régions du monde.
Placé sous le haut patronage du Président nigérian S.E. Bola Ahmed Tinubu, l’événement accueille des figures éminentes comme l’ancien Président Olusegun Obasanjo ; le commissaire de l’Union africaine, Albert Muchanga, ou encore des leaders du secteur privé tels qu’Aliko Dangote (Dangote Group) et Tony Elumelu (Heirs Holdings).
La première journée des 32es Assemblées annuelles de l’Afreximbank a débuté avec une cérémonie d’ouverture riche.
Une image de la performance
Elle a également été marquée par une performance artistique saisissante, illustrant le thème central : « Bâtir l’avenir sur des décennies de résilience ». À travers des tableaux vivants, des mises en scène symboliques et un récit profondément ancré dans l’héritage africain. Cette création artistique a mis en lumière la richesse du continent, sa force, sa diversité culturelle et son incroyable capacité à se relever face aux épreuves.
L’événement a été marqué par le discours inaugural de l’honorable Dr Terrance Drew, Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, et les remarques de S.E. Kashim Shettima, vice-Président de la République fédérale du Nigéria, représenté pour l’occasion par M. Tope Fashua, Conseiller spécial du Président pour les affaires économiques au sein du bureau du vice-Président.
Dans son allocution, Dr Terrance Drew a invité les dirigeants africains et caribéens à embrasser une nouvelle ère de transformation. « La résilience doit maintenant s’accompagner de la réinvention, du courage de nous réimaginer en tant qu’architectes, alors que nous bâtissons ensemble nos nations. L’Atlantique ne nous divise plus, il nous relie désormais par un pont nouveau, fait non pas de bois et d’acier, mais de peuples, de partenariats et de vision », a-t-il déclaré avec force.
La cérémonie d’ouverture s’est conclue par la présentation officielle du Rapport sur le commerce africain 2025 ainsi que du Rapport sur les perspectives économiques et commerciales en Afrique 2025, deux documents de référence dévoilés par le Dr Yemi Kale, économiste en chef et directeur général de la recherche à Afreximbank.
Ces rapports offrent une lecture stratégique des dynamiques commerciales actuelles du continent et proposent des pistes concrètes pour renforcer l’intégration économique et la croissance durable en Afrique.
Un programme axé sur l’impact
Il faut signaler que les travaux de cette 32e édition abordent plusieurs axes stratégiques, notamment l’accélération de la mise en œuvre de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) ; l’amélioration des mécanismes de paiement transfrontalier pour fluidifier le commerce régional ; le renforcement des relations économiques entre l’Afrique et les Caraïbes, via le développement du tourisme, des investissements conjoints et de nouvelles chaînes de valeur ; la participation accrue du secteur privé aux réformes économiques et institutionnelles.
Parmi les orateurs de renom figurent le Professeur Jeffrey Sachs (Université Columbia), le Dr Kishore Mahbubani (Université nationale de Singapour), l’ancien Premier ministre jamaïcain P.J. Patterson, et le Professeur Ghulam Mufti du King’s College de Londres.
Il faut souligner que les AAM2025 devraient favoriser la conclusion d’accords commerciaux et de partenariats public-privé, estimés à plusieurs milliards de dollars de financement pour les 5 à 10 prochaines années. Des protocoles d’accord dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, des technologies et de l’agriculture sont attendus.
Les organisateurs espèrent également que les échanges de haut niveau permettront d’harmoniser les politiques commerciales africaines, de réduire les coûts logistiques et de créer de nouvelles opportunités d’emploi et d’investissement.
A noter que ce sont plus de 3 000 participants et des journalistes venus de plus de 80 pays couvrent l’événement. Un événement qui, selon de nombreux experts, s’impose comme une plateforme d’influence stratégique, non seulement pour les États africains et caribéens, mais aussi pour les institutions financières, les startups et les jeunes innovateurs du continent.
Les AAM2025 promettent enfin de lancer plusieurs initiatives majeures, notamment dans le domaine du financement du commerce intra-africain, de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, et du soutien à l’innovation technologique.
Dans son message de bienvenue, le gouvernement nigérian a appelé à l’action collective pour l’avenir du continent. C’est avec fierté et hospitalité que le gouvernement et le peuple de la République fédérale du Nigeria accueillent les participants venus d’Afrique, des Caraïbes et d’ailleurs pour la 32e édition des Assemblées annuelles d’Afreximbank, qui se tient à Abuja du 25 au 27 juin 2025, s’est réjoui M. Wale Edun, ministre des Finances et ministre coordinateur de l’Économie du Nigeria.
Dans sa déclaration, il a exprimé la gratitude de son pays pour le choix porté sur Abuja pour accueillir ce sommet panafricain de haut niveau. « C’est un immense honneur pour le Nigeria d’abriter cet événement. Cela illustre notre engagement constant en faveur du développement économique panafricain et du renforcement des institutions qui façonnent l’avenir du continent », a-t-il déclaré.
Sur le thème « Bâtir l’avenir sur des décennies de résilience », ces assises rappellent, selon le ministre, la force de l’Afrique face aux défis, mais aussi la capacité de ses institutions à tracer leur propre trajectoire. Ce thème, a-t-il ajouté, « nous invite à avancer avec confiance à partir de notre expérience collective, de nos innovations et de nos progrès durement acquis ».
Une Afrique à la croisée des chemins
Alors que le monde devient de plus en plus fragmenté et protectionniste, le ministre Edun a souligné la nécessité pour l’Afrique non seulement de s’adapter, mais aussi de prendre le leadership : « La voix collective des Africains sur le continent comme dans la diaspora, doit devenir une force incontournable pour un développement inclusif, une souveraineté économique et une influence mondiale accrue. »
Le Nigeria, fidèle à son engagement historique pour l’unité africaine et l’intégration régionale, réaffirme à travers cette rencontre son soutien total aux institutions continentales comme Afreximbank, dont les efforts dans le financement du commerce, le développement industriel et l’intégration économique ont été jugés décisifs.
Le ministre a salué le rôle transformateur que joue Afreximbank depuis plus de trois décennies dans l’architecture économique de l’Afrique, particulièrement sous la présidence du Professeur Benedict Oramah. Il a évoqué les nombreuses interventions audacieuses de la banque, allant de la réponse aux crises au soutien à l’industrialisation, en passant par la promotion du commerce intra-africain.
« Le futur exigera de nous plus de volonté, plus d’innovation et plus d’unité », a conclu M. Wale Edun. Il a formulé le vœu que ces assemblées servent de tremplin à une coopération renforcée et à une préparation stratégique de l’Afrique à un ordre mondial en mutation.
En souhaitant la bienvenue à tous les délégués, le ministre a appelé à l’unité, à la dignité et à la prospérité partagée, valeurs fondatrices d’un avenir africain juste, inclusif et souverain.
Assalé Tiémoko Antoine et Vincent Toh Bi Irié, tous deux candidats déclarés, ont officiellement lancé ce jeudi 26 juin 2025 l’Alliance pour la Justice, la Nation et l’Alternance (AJUNA). Cette nouvelle entité politique vise à « mutualiser leurs efforts et à incarner une nouvelle dynamique pour l’avenir de la Côte d’Ivoire » .
Lors d’une conférence de presse tenue ce jour à Abidjan, Assalé Tiémoko et Vincent Toh Bi Irié ont annoncé leur engagement à unir leurs visions, à harmoniser leurs stratégies électorales et à affirmer leur solidarité au sein d’AJUNA. Leur objectif commun est clair : fédérer les énergies et assurer une alternance politique portée par la nouvelle génération de leaders ivoiriens.
L’AJUNA, selon ses fondateurs, repose sur la conviction que l’avenir du pays exige un engagement sincère, responsable et inclusif. Au cœur de cette alliance, la volonté de placer le peuple ivoirien comme acteur majeur du changement est prépondérante. Cette démarche se veut une réponse aux aspirations d’une population désireuse de voir émerger de nouvelles figures politiques et de nouvelles approches de la gouvernance.
Afin de garantir une direction équilibrée et collégiale, la présidence de l’Alliance pour la Justice, la Nation et l’Alternance sera assurée de manière tournante par Vincent Toh Bi Irié et Assalé Tiémoko Antoine.
Que ce soit en 2025 ou en 2030, la succession du président Ouattara reste une question inévitable
Le clou du deuxième congrès ordinaire du parti présidentiel le 22 Juin dernier au stade olympique d’Ebimpé, fut une véritable démonstration de force, cela a été relevé par la presse. Oui il y avait du monde. Un parti au pouvoir a toujours la dynamique avec lui. C’est tout à fait normal, que ce genre d’évènement rassemble autant de foules. Dans son discours, le président Ouattara n’a pas répondu à la question présente dans tous les esprits. Comme on pouvait s’y attendre, il a mis en avant la stabilité, la croissance, l’ expansion économique que connait la nation sous son règne.
Pourtant ce bilan, aussi impressionnant soit-il, doit composer avec le phénomène naturel d ’usure du pouvoir, cette sorte de lassitude qu’on éprouve du fait qu’on a affaire à la même équipe, aux mêmes visages depuis un certain temps. L’usure du pouvoir s’accompagne toujours d’une certaine corruption du régime, parce qu’avec le temps la routine s’installe et on finit par baisser la garde. Dans un tel contexte, quelles que soient les avancées économiques, la population a tendance à voir ce qui ne marche pas, plutôt que ce qui marche, ce qui a été accompli. Le président Houphouët fut victime du phénomène vers la fin de son règne. Il avait dû passer la main au président actuel, Alassane Ouattara, qui avait été nommé premier ministre avec les pleins pouvoirs.
Aujourd’hui le président Ouattara est à son tour confronté au même phénomène. Son bilan est impressionnant, mais contrebalancé par l’usure de son pouvoir. Ainsi que ce soit en 2025 ou en 2030, la question de sa succession, bien que taboue, reste inévitable. Quoi qu’en dise son entourage, la question est bien présente dans les esprits. A 83 ans, avec un quatrième mandat en ligne de mire, il ne pourra pas toujours remettre à demain le choix de son successeur. Il devra passer la main, c’est la loi de la vie, pas forcément en 2025, mais avant la fin du quatrième mandat si celui-ci venait à être effectif.
Plus le président tarde à régler la question, plus la bataille de positionnement se durcit entre les protagonistes. Son jeune frère Téné Birahima Ouattara, ministre de la défense, qui avait la côte mais dont l’ascension fut brisée par l’affaire des soldats détenus au Mali, où responsabilité était entière. Kandia Kamissoko Camara, présidente du Sénat, la femme à poigne qui a fini par s’imposer. Le vice-président Tiémoko Meyliet, un homme discret mais en embuscade. Le président du parlement Adama Bictogo, l’homme aux ambitions présidentielles établies. L’ex-PM Patrick Achi, qui semble revenir dans le jeu après en avoir été écarté. L’actuel PM Beugré Mambé, l’outsider qui a une lueur calculatrice dans les yeux. On peut aussi citer le gouverneur Bacongo, et même l’ex-ministre Mabri Toikeusse, un homme qui n’ a jamais caché ses ambitions.
Il y a certes unité autour du président Ouattara, mais cette bataille interne crée des lignes de fracture à l’intérieur du parti présidentiel. Des clans, des alliances se forment, ce qui fragilise la formation. Si la participation du président Ouattara à la présidentielle de 2025 est quasiment une certitude, le prochain défi pour l’homme reste le choix d’un successeur et la mise en orbite de ce dernier. L’histoire nous apprend que beaucoup de royaumes se sont écroulés faute d’une succession convenablement assurée. Et bien souvent la faute incombe au roi qui a cédé sa place.
À 80 ans, Yoweri Museveni entend briguer un nouveau mandat à la tête de l’Ouganda lors de la Présidentielle de janvier 2026. Président depuis 1986, il a été confirmé comme candidat par son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM). Malgré son âge et les critiques sur la longévité de son règne, Museveni reste déterminé à conserver le pouvoir. Face à lui, l’opposition menée par Bobi Wine tente de s’imposer dans un climat politique tendu, où la répression et les contestations électorales sont de mise.
Le Président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies, briguera un nouveau mandat lors de l’élection présidentielle prévue en janvier 2026. Âgé de 80 ans, le chef d’État a été officiellement désigné comme candidat par son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), qui a annoncé la nouvelle dans un communiqué publié mardi. Selon le Mouvement de résistance nationale (NRM), Yoweri Museveni « cherche à conserver les postes de président du NRM et de porte-drapeau présidentiel du parti lors des élections de 2026 ».
Un pouvoir ininterrompu depuis 1986
Cette annonce, sans réelle surprise, confirme la volonté du Président ougandais de rester aux commandes malgré son âge avancé et les critiques sur la longévité de son règne. Yoweri Museveni dirige l’Ouganda depuis 1986, après avoir pris le pouvoir par la force au terme d’une guerre de guérilla. Depuis lors, il a consolidé son autorité à travers des réformes constitutionnelles successives qui ont supprimé la limitation du nombre de mandats en 2005, puis l’âge limite pour être candidat à la présidence en 2017. Ces révisions ont ouvert la voie à des candidatures illimitées, lui permettant de prolonger son règne.
Ouganda : à 80 ans, Museveni est candidat pour un septième mandat
Sa longévité politique fait de lui l’un des dirigeants les plus anciens encore en poste en Afrique et dans le monde. S’il venait à remporter l’élection de 2026, Museveni entamerait un septième mandat présidentiel, accentuant encore davantage son empreinte sur l’histoire politique de l’Ouganda. Face à Museveni, l’opposition ougandaise peine à s’imposer dans un système politique dominé par le NRM et marqué par des accusations fréquentes de répression, d’intimidation et de fraudes électorales.
Une opposition incarnée par Bobi Wine
Le principal opposant reste Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, une ancienne pop star devenue figure emblématique de la jeunesse contestataire. Lors de la présidentielle de 2021, Bobi Wine avait obtenu 35% des voix, contre 59% pour Museveni. Il avait ensuite contesté les résultats en dénonçant des irrégularités et un climat de violence. Malgré ses efforts pour mobiliser une partie de la population, notamment les jeunes urbains, ses actions ont été freinées par la répression politique et la limitation des libertés d’expression et de réunion.
Les prix des transports et des produits alimentaires connaissent une hausse sur le continent africain depuis quelques années. En Côte d’Ivoire, l’Etat tente d’atténuer les impacts pour les populations, en baissant le prix du carburant, qui était en 2024 le deuxième le plus cher de la zone UEMOA derrière le Sénégal. Des mesures dont les impacts réels tardent néanmoins à se faire ressentir sur le terrain…
11 avril 2025. Dans les rues animées d’Abidjan, les différentes stations-service affichent de nouveaux prix. En effet, une semaine plus tôt, le gouvernement ivoirien décidait d’une baisse des prix de plusieurs produits pétroliers. Ainsi, le super sans plomb voit son prix diminuer de 20 FCFA, tandis que le gasoil passe à 700 FCFA, contre 715 FCFA auparavant. Une mesure censée soulager les populations. Pourtant, elle suscite plutôt des interrogations sur ses effets réels à long terme.
« Elle est bienvenue, mais elle reste minime ».
A proximité d’une gare routière, près d’une station-service bondée, Sako Daouda, chauffeur de taxi depuis 10 ans, exprime son scepticisme, le visage dubitatif : « il y a eu une baisse de 15 FCFA sur le litre, elle est bienvenue, mais elle reste minime par rapport à notre consommation quotidienne ».
La capitale économique n’est pas un cas isolé. A 491 kilomètres d’Abidjan, dans la ville de Séguéla, où les taxis motos sont le principal moyen de transport, la réaction est similaire. Bakayoko Abou, conducteur de deux roues confie : « le montant de la baisse est trop peu pour nous les transporteurs, il n’y a pas de véritable changement sur le budget du gasoil que nous prenons par jour ».
« Le montant de la baisse est trop peu pour nous les transporteurs, il n’y a pas de véritable changement sur le budget du gasoil que nous prenons par jour ».
Les raisons exactes de cette baisse n’ont pas été citées par le gouvernement ivoirien. Cependant, elle intervient dans un contexte où le coût du transport a augmenté de 2,2 % entre décembre 2023 et décembre 2024 et que les prix du pétrole traversent un momentum baissier sur le marché international. A l’instar de la Côte d’Ivoire des baisses ont été observées au Mali, au Maroc et en Afrique du Sud.
Quel impact sur les coûts du transport ?
En général, les fluctuations des prix du carburant influent sur le coût du transport, car celui-ci représente une part importante des dépenses des transporteurs. « Le carburant représente 47% des charges d’exploitation dans un véhicule de transport », explique Touré Adama, président de la coordination des gares routières de Côte d’Ivoire, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision « Life Tv ». Ainsi, l’augmentation du prix du carburant entraîne logiquement une hausse des tarifs pour les passagers et le transport de marchandises.
A contrario, une baisse des prix du carburant entraîne chez les transporteurs une réduction des charges d’exploitation et, dans certains cas, permet de réduire le tarif des passagers et le transport des marchandises.
Pourtant, la baisse actée il y a quelques mois ne permettra pas de réduire le prix du transport, selon Touré Adama. Il estime que la baisse annoncée est insuffisante pour alléger les charges des transporteurs. « 15 FCFA, c’est insignifiant… en 2023, on a eu 100 FCFA d’augmentation et depuis (…) nous n’avons pas augmenté le prix du transport. On s’attendait à une diminution d’au moins 100 FCFA pour qu’on puisse donner l’incidence sur le coût du transport. (…) On souhaite que l’État fasse un peu plus d’effort », renchérit-il. Un sentiment partagé par de nombreux conducteurs de taxis d’Abidjan.
Le transport représente le troisième poste de dépenses des ménages ivoiriens.
Le gasoil, largement utilisé par les transporteurs, a connu des hausses successives ces dernières années, rendant la réduction actuelle marginale. « Au moment où nous avons augmenté le prix transport, c’était parce qu’il y avait eu plusieurs augmentations. Maintenant qu’on diminue 15 FCFA sur le litre, on ne peut pas diminuer. Lorsque je vais à la pompe, sur ma consommation du jour, il n’y a que 400 FCFA de baisse, je ne peux donc pas diminuer », nous explique Sako Daouda, transporteur.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le transport représente le troisième poste de dépenses des ménages ivoiriens, selon l’Agence nationale de la statistique (ANSTAT). En moyenne, un Ivoirien dépense 1075 FCFA (soit 1,83 $) par jour en frais de transport selon des données de la Banque mondiale datant de 2019 ; un chiffre susceptible d’avoir évolué à la hausse depuis. Avec un salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) fixé à 75 000 FCFA soit 127 $ par mois, un travailleur ivoirien gagnerait en moyenne, au minimum 4,8 $ par jour.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le transport représente le troisième poste de dépenses des ménages ivoiriens, selon l’Agence nationale de la statistique.
Cependant, les frais de transport représentent une charge conséquente, soit près de 37 % de son revenu quotidien, selon l’institution de Bretton Woods. D’ailleurs, bien que le pays soit producteur de pétrole, il affichait en 2024 le deuxième prix de l’essence le plus cher dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à 875 FCFA, juste derrière le Sénégal. Selon le gouvernement, le secteur du transport contribue à près de 7 % du Produit intérieur brut (PIB), jouant un rôle clé dans la mobilité des personnes et des biens à travers le pays.
Bien que le carburant ait un impact direct sur le prix du transport, il faut souligner qu’il n’est pas le seul facteur en jeu. Parmi les autres éléments influençant les coûts figurent les réglementations gouvernementales, l’évolution de la demande du marché ainsi que les coûts de maintenance.
Cette évolution des prix du carburant apporte néanmoins un soulagement aux consommateurs et aux transporteurs, notamment les conducteurs de véhicules privés.
« Je suis content de cette baisse de 20 FCFA. Bien qu’elle soit minime, elle est bienvenue parce qu’elle nous permet de réduire notre budget sur le prix du carburant » ; nous explique à Yamoussoukro, capitale politique du pays, Yves Kouassi, abordé dans une file au moment de faire le plein de sa voiture personnelle à la station-service.
D’autres secteurs sont concernés
Si la fluctuation des prix du carburant affecte directement le secteur du transport, qu’il soit en commun ou privé, elle représente également un défi majeur pour l’agriculture ivoirienne, un pilier essentiel de l’économie du pays. Les coûts d’exploitation des agriculteurs sont fortement influencés par les frais liés à l’acheminement des récoltes vers les marchés et centres de distribution, ce qui joue un rôle clé dans la fixation des prix des denrées alimentaires.
Le coût des transports influence fortement celui des denrées alimentaires.
Pour Adélaïde Meghué, présidente des acteurs du vivrier marchand de Côte d’Ivoire, l’impact de la baisse du prix du carburant reste limité. Répondant aux questions de l’Agence Ecofin, elle indique n’avoir constaté aucune réelle incidence sur les coûts du transport. « Cette diminution du prix du carburant dont vous m’informez n’a eu aucun effet sur le transport, en tout cas, selon ce que je sais, sauf erreur de ma part », nous confie-t-elle. Et d’ajouter : « vous pouvez donc aisément conclure qu’aucun mouvement ne s’est produit sur nos marchés dans le sens d’une baisse des prix des denrées alimentaires ».
Ce constat est partagé par plusieurs ménagères interrogées, qui soulignent au micro de l’Agence Ecofin la persistance des prix élevés des denrées alimentaires. Bien que le niveau de la baisse puisse être questionné, il faut souligner que le carburant n’est pas la seule variable qui structure ou régule les prix des denrées alimentaires sur le marché. La pluviométrie, les saisons, les changements climatiques, ainsi que les perturbations qui en découlent et la dégradation des voies d’accès aux champs sont autant de facteurs à considérer. De plus, les produits de contre-saison sont généralement plus chers sur les marchés.
Des mesures sociales face à la hausse des prix…
En Côte d’Ivoire, pour stabiliser les coûts du carburant et soutenir les consommateurs ainsi que les secteurs économiques, le gouvernement ivoirien alloue des subventions à ce secteur. En 2022, l’Etat a investi 500 milliards de francs CFA (850,95 millions $) en subventions énergétiques afin de stabiliser les prix du carburant. « De façon précise, pour chaque litre de gasoil que vous achetez à 615 FCFA, l’État de Côte d’Ivoire apporte une subvention de 469 FCFA. Pour le super, la subvention de l’État est de 285 FCFA pour chaque litre acheté à la pompe à 735 FCFA », avait annoncé, le président de la République, Alassane Ouattara dans son message à la nation, le 6 août 2022, veille de la célébration du 62e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
En 2022, l’Etat a investi 500 milliards de francs CFA (850,95 millions $) en subventions énergétiques afin de stabiliser les prix du carburant.
« Cette subvention et les efforts consentis par l’Etat ont permis de réduire le coût de la vie et maîtriser le taux d’inflation qui oscille entre 5,4% et 5,7 % contre 20% dans certains pays de la sous-région », avait indiqué le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly.
En 2024, un montant total de 843 milliards de FCFA (1,43 milliard $) pour l’essence et le gasoil a été affecté depuis la crise en Ukraine, selon les chiffres du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie afin de maintenir les prix du pétrole à un niveau accessible.
Parallèlement, le gouvernement ivoirien a mis en place un plafonnement des prix pour certains produits de grande consommation, afin de lutter contre la vie chère et protéger le pouvoir d’achat des populations. Cette mesure concerne des produits essentiels comme le riz, l’huile de palme raffinée, le sucre, la viande, la tomate concentrée, le lait et les pâtes alimentaires.
Afin de réduire les coûts des transports, l’Etat ivoirien a également pris des mesures visant à réduire les charges pour le consommateur. En 2023, l’amende de 22 500 FCFA imposée aux transporteurs par l’Etat avait été supprimée suite à une augmentation des prix du carburant. Bien qu’aucune nouvelle mesure n’ait été annoncée, pour accompagner la récente baisse des prix du carburant, des experts constatent des efforts pour au moins garantir l’application effective des nouveaux prix.
Sedji Siam Ize, énergéticien et statisticien économiste, souligne : « Le gouvernement ivoirien met en place des mesures pour que la baisse du prix du carburant se répercute sur le coût du transport. La Côte d’Ivoire dispose de plusieurs instruments pour lutter contre la vie chère, notamment le Conseil national de lutte contre la vie chère et le Haut Conseil du patronat des entreprises de transport routier. Lorsque le prix du carburant diminue, le gouvernement observe l’impact sur les tarifs du transport. Si aucune baisse n’est constatée, il engage des discussions avec les acteurs du secteur pour garantir l’application des ajustements. Ces échanges, organisés via les instances concernées, visent à réduire le coût de la vie pour la population ».
Des efforts qui contribuent à maîtriser la hausse de prix. Ces cinq dernières années, la Côte d’Ivoire a connu une inflation modérée qui a oscillé entre 2,4% en 2020 et 3,5% en 2024, selon la Banque mondiale.
…pas sans risques budgétaires
Selon le Fonds monétaire international (FMI), les subventions aux carburants présentent des risques budgétaires, réduisant les recettes publiques et entraînant une plus grande volatilité des recettes fiscales. Dans le cadre d’un programme de réformes économiques négocié en 2023 avec Abidjan, le FMI préconisait une réduction progressive des subventions pour renforcer la viabilité budgétaire et rediriger les ressources vers les dépenses sociales. L’institution privilégiait une aide ciblée aux ménages vulnérables afin de limiter les impacts négatifs sur les plus démunis. Elle recommandait également des mécanismes de tarification transparents, permettant aux prix de refléter les variations du marché tout en assurant la stabilité économique.
Dans le cadre d’un programme de réformes économiques négocié en 2023 avec Abidjan, le FMI préconisait une réduction progressive des subventions pour renforcer la viabilité budgétaire et rediriger les ressources vers les dépenses sociales.
« Dans le cadre de leur effort de consolidation, les autorités ont augmenté les prix de l’essence début 2023 et rétabli le mécanisme de fixation des prix des carburants, permettant ainsi la suppression des coûteuses subventions implicites générales aux carburants et la reprise de la collecte des recettes sur les produits pétroliers », a rapporté le FMI.
Dans le cadre de ce grand format, nous avons tenté à plusieurs reprises d’avoir l’avis du ministère des Transports de la Côte d’Ivoire, à travers leur service de communication, sans succès.
L’Etat ivoirien n’aura baissé les prix du carburant que deux fois en l’espace de cinq ans. Avant la récente baisse susmentionnée, la précédente remontait à mai 2020, où le prix du litre de l’essence super sans plomb était passé de 595 FCFA à 570 FCFA, soit une réduction de 25 FCFA, tandis que le litre de gasoil était passé de 590 FCFA à 570 FCFA, soit une baisse de 20 FCFA. Si les mesures accompagnant ces baisses se multipliaient ou étaient mieux ciblées, leur impact pourrait peut-être se refléter davantage dans les charges de transports et d’alimentations des populations ivoiriennes.
Ouvert le 22 juin dernier en Angola, le sommet des affaires Etats-Unis-Afrique referme ses portes aujourd’hui, 25 juin 2025. Pendant quatre jours, l’événement a réuni plusieurs chefs d’Etat et de gouvernements du continent africain dans la capitale angolaise. Quant au président américain, Donald Trump, il s’est fait représenter ; occupé qu’il est par la situation qui prévaut au Moyen-Orient où Israël et l’Iran se livrent une guerre sans merci. C’est la première fois qu’un sommet d’une telle importance se tient en Angola dont le choix, on l’imagine aisément, ne s’est pas fait au hasard. En effet, l’Angola, faut-il le rappeler, est le deuxième exportateur africain de pétrole brut. Mieux, le pays prévoit de booster sa production à 1,1 million de barils par jour et ce, jusqu’en 2027.
Il revient à l’Afrique de savoir tirer le maximum de profits pendant qu’il est encore temps
Dès lors, on comprend pourquoi il a été, entre autres, question de pétrole à Luanda. Face à la menace que représente la Chine qui, en réaction aux droits de douanes imposés par les Etats-Unis, a manifesté son intention d’exonérer quasiment tous les pays africains de leurs droits de douanes pour leurs exportations, on comprend pourquoi Donald Trump continue d’envoyer des messages contradictoires sur son intérêt pour l’Afrique. Il joue à un double jeu, tout en redoutant de se laisser damer le pion par son rival qu’est la Chine qui ne compte pas pour du beurre. A preuve, après avoir coupé l’aide et bien des programmes financés par les Etats-Unis, le locataire de la Maison Blanche n’entend pas tourner le dos à l’Afrique. Bien au contraire, il compte en faire un partenaire commercial privilégié. Pour lui, les choses doivent être désormais claires : « du commerce, pas de l’aide ». L’aide implique ou sous-entend un donateur alors que le commerce consiste en un échange entre égaux. Dans un contexte où bien des pays africains clament leur souveraineté retrouvée, la position actuelle des Etats-Unis ne devrait pas rougir les yeux. A contrario, les dirigeants africains devraient plutôt s’en féliciter, et saisir l’opportunité pour faire entendre leur voix. Surtout que le continent noir, il est bon de le rappeler, dispose d’immenses ressources minières qui suscitent la concupiscence des grandes puissances. C’est ce qui explique que telle une belle demoiselle, l’Afrique est courtisée de toutes parts. Cela dit, il lui revient de savoir tirer le maximum de profits pendant qu’il est encore temps. Car, il faut le relever, les grandes puissances n’ont pas d’amis. Elles n’ont que des intérêts à défendre. Et un président comme Donald Trump, connu pour avoir le sens des affaires, ne s’en cache pas. Il n’a d’ailleurs jamais fait mystère de son avidité pour les « terres rares » du continent noir. A preuve, à l’ordre du jour du sommet de Luanda, était inscrit le projet de construction du Corridor de Lobito qui n’est autre que cette infrastructure ferroviaire stratégique qui sera chargée de l’acheminement de minerais allant de la République démocratique du Congo (RDC) à l’Angola.
L’Afrique doit se réveiller pour ne pas se laisser mener à la baguette par des marchands d’illusions
Ce qui n’est pas sans rappeler le « Corridor de Léopold » qui renvoie au chemin de fer Matadi-Kinshasa construit pendant la période coloniale belge avec pour objectif de faciliter le transport des ressources minières vers Bruxelles. A vrai dire, il est difficile d’espérer un accord d’égal à égal entre les Etats-Unis et un pays africain comme la RDC, par exemple, qui demande, en contrepartie, protection et sécurité. Il en est de même pour bien d’autres pays africains en proie aux guerres et à l’instabilité. C’est ce qui explique que très souvent, certaines puissances, venues sur le sol africain, pour jouer les pompiers, finissent par se muer en pyromanes aux fins de préserver leurs intérêts. Car, la guerre, il faut le dire, permet de faire fructifier les affaires et génère des retombées économiques pour ceux qui l’entretiennent. C’est dire si l’Afrique doit finalement se réveiller pour ne pas se laisser mener à la baguette par des marchands d’illusions qui n’ont d’yeux que pour ses ressources minières qu’ils continuent de piller sans vergogne. Ce n’est pas impossible, pour peu que les dirigeants du continent mettent un point d’honneur à instaurer une gouvernance vertueuse afin de minimiser les risques de conflits et d’instabilité qui profitent généralement aux pêcheurs en eaux troubles. Et en la matière, le Botswana montre la voie à suivre. Car, l’industrie minière basée essentiellement sur les diamants, y contribue, de manière significative, au PIB, aux recettes publiques, aux recettes en devises et à l’emploi.
L’Afrique écrit une nouvelle page de son histoire économique a déclaré Wamkele Mene, Secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
C’était ce mercredi 25 juin 2025, à l’occasion de la 32ᵉ édition des Assemblées Annuelles de l’Afreximbank, qui se tiennent actuellement à Abuja, au Nigeria. Il ressort de son analyse que les signaux sont clairs. L’économie numérique du continent, a-t-il souligné, est sur la voie d’un essor spectaculaire, avec une projection de plus de 712 milliards de dollars d’ici 2035.
Selon lui, l’avenir économique de l’Afrique n’est plus un rêve à long terme, mais une réalité qui se construit dès à présent.
A l’en croire, l’exemple marquant vient du Nigeria. En effet, la première puissance économique du continent oriente désormais la majorité de ses exportations vers d’autres pays africains. Il s’agit là, a-t-il fait savoir d’une évolution stratégique. Toute chose qui illustre la montée en puissance du commerce intra-africain, socle d’une prospérité partagée et durable.
Pour lui, cet élan est porté par des instruments innovants développés par des institutions africaines, pour les Africains, avec en tête l’Afreximbank, dont le rôle catalyseur ne cesse de se renforcer.
Parmi les dispositifs phares, il note en bonne place, le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss) qui facilite les échanges transfrontaliers en devises locales. Permettant d’économiser jusqu’à 5 milliards de dollars par an en frais de convertibilité.
A cela vient s’ajouter le Fonds d’ajustement de la Zlecaf, doté à terme de 10 milliards de dollars avec une première tranche d’un milliard déjà mobilisée. Ce fonds vise à accompagner les pays dans la mise en œuvre de réformes commerciales ambitieuses.
Par ailleurs, un mécanisme de financement d’un milliard de dollars est également en cours. Et ce, pour impulser l’émergence d’une véritable industrie automobile africaine, de la production de pièces détachées jusqu’à l’assemblage local.
Pour le Secrétaire général de la Zlecaf, ces initiatives marquent un tournant historique. Elles traduisent la volonté du continent de bâtir des systèmes propres, de renforcer ses capacités internes et de s’affirmer comme un acteur influent dans l’économie mondiale.
L’Afrique, a-t-il soutenu, n’attend plus l’avenir. Elle le construit dès maintenant, sur la base de sa résilience, de son ingéniosité et de sa volonté d’intégration régionale.
Dans une intervention remarquée sur le plateau de 7info, Assalé Tiémoko, député-maire de Tiassalé et désormais candidat à l’élection présidentielle de 2025, a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il considère comme une dérive majeure du système électoral ivoirien. Pour lui, les grands partis politiques ont mis en place un mécanisme d’exclusion sophistiqué, au cœur duquel se trouve le système de parrainage.
« Le parrainage est un mécanisme d’exclusion instauré par les grands partis politiques pour organiser des élections à huis clos », a-t-il dénoncé.
Au-delà de la théorie, Assalé pointe du doigt un dispositif où la peur – une triste réalité peu discutée, la pression sociale et la complexité logistique contribuent à museler les initiatives indépendantes. « Les électeurs n’osent pas partout parrainer ouvertement, car ils s’exposent à des représailles. Alors que le vote est secret, le parrainage, lui, ne l’est pas. Qui ira donner sa carte d’identité, ses coordonnées personnelles, pour soutenir un opposant ou un indépendant ? », interroge-t-il.
Il souligne également le poids logistique que représente la collecte et le dépôt de milliers de parrainages, un défi quasi insurmontable pour les candidats qui ne disposent pas d’un appareil politique structuré.
Ce système, estime-t-il, fausse le jeu démocratique en filtrant arbitrairement les candidatures. Il empêche l’émergence de voix nouvelles, issues de la société civile ou portées par les aspirations populaires. Derrière le parrainage, Assalé voit un véritable outil de confiscation de la souveraineté électorale organisée par une minorité.
Doropo, 24 juin 2025 – La tension est montée d’un cran à la frontière ivoiro-burkinabè. Cinq gendarmes ivoiriens ont été enlevés dans la nuit du 23 juin à proximité de Kalamon, dans le département de Doropo (nord-est), à seulement deux kilomètres de la ligne frontalière. Selon des sources sécuritaires concordantes, l’opération aurait été menée par un groupe armé composé d’environ cinquante éléments identifiés comme des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), supplétifs de l’armée burkinabè.
Une patrouille de routine vire à l’incident transfrontalier
Les faits se sont déroulés sur l’axe Kalamon–Lagbo, un secteur notoirement instable. Les cinq gendarmes — un élément de la brigade territoriale de Doropo et quatre du Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie (PSIG) — effectuaient une patrouille nocturne lorsque leur véhicule aurait été intercepté dans une embuscade par ce groupe armé lourdement équipé.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les militaires ivoiriens ont été contraints de franchir la frontière en direction du territoire burkinabè, sous la menace de leurs ravisseurs. Le gouvernement ivoirien considère cet acte comme une violation manifeste de sa souveraineté territoriale et un précédent grave dans une région déjà minée par les tensions sécuritaires, les trafics et l’orpaillage clandestin.
Souveraineté en jeu et tensions latentes
L’incident intervient dans un contexte déjà explosif à la lisière des deux pays. Des sites d’orpaillage illégal pullulent dans cette zone grise, nourrissant des frictions entre groupes armés, populations locales et forces régulières. Si les VDP burkinabè sont officiellement engagés contre les groupes jihadistes, cette incursion armée à l’intérieur du territoire ivoirien soulève de nombreuses questions sur leur autonomie et leurs intentions réelles.
Des renforts de sécurité ont été immédiatement déployés dans la région, tandis qu’une enquête a été ouverte. Des discussions diplomatiques sont également en cours entre Abidjan et Ouagadougou pour obtenir des éclaircissements et œuvrer à la libération des cinq militaires captifs.
Des précédents inquiétants dans la zone
Parallèlement à cette affaire, deux jeunes Burkinabè ont récemment été interpellés et déférés devant la justice ivoirienne. Selon les services d’enquête, ils sont accusés d’avoir dérobé l’arme de service d’un membre de la garde présidentielle burkinabè, en état d’ébriété. L’arme avait été dissimulée dans un car de transport à destination de la Côte d’Ivoire avec la complicité du chauffeur, avant d’être retrouvée et récupérée par les autorités.
Un climat de méfiance grandissant
Cette succession d’incidents transfrontaliers fragilise davantage les relations entre les deux pays voisins, alors que la coopération sécuritaire est censée être renforcée face à la menace jihadiste. Pour les autorités ivoiriennes, l’affaire de Doropo est une ligne rouge, et les appels à une réaction ferme — diplomatique comme sécuritaire — se multiplient dans les cercles politiques et militaires d’Abidjan.
« La souveraineté nationale n’est pas négociable », a déclaré un haut responsable sécuritaire sous couvert d’anonymat.
L’opinion publique, elle, s’interroge sur l’ampleur réelle de l’incursion, sur la capacité des forces burkinabè à contrôler leurs supplétifs, et sur la réponse à venir d’un État ivoirien dont les frontières nord sont de plus en plus poreuses.
Évariste Méambly, candidat déclaré au congrès du RHDP, dénonce des propos « attentatoires » et promet une conférence publique à son retour en Côte d’Ivoire.
L’ancien député Évariste Méambly
Le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani au cœur d’une tempête politique ? L’ancien député Évariste Méambly vient de déposer une plainte officielle contre lui, l’accusant d’avoir tenu des propos menaçants à son encontre et contre son épouse.
Cette affaire survient à un moment crucial : le congrès du RHDP, prévu les 20 et 21 juin, doit désigner le candidat du parti pour la présidentielle d’octobre. Méambly, qui a officialisé sa candidature depuis Paris, se présente comme le continuateur de l’œuvre du président Ouattara. Une posture qui semble déplaire à certains caciques du régime, dont le ministre Adjoumani, porte-parole principal du parti.
Lors d’une déclaration publique, ce dernier a ironisé que « C’est parce qu’il a sa femme à ses côtés qu’il veut être président du RHDP », des propos perçus comme une attaque personnelle et sexiste par Méambly.
« Je ne tolérerai aucune intimidation. Ces déclarations mettent en danger ma famille et moi-même », a-t-il déclaré, dénonçant dans un communiqué, publié le même jour, des « propos attentatoires » tout en annonçant son intention de porter l’affaire devant la justice.
Affrontement verbal
Dans sa saisine en date du 16 juin 2025 adressée au procureur de la République près le tribunal d’Abidjan que Linfodrome a pu se procurer, l’ancien député évoque une « mise en danger potentielle » de sa famille.
« Ces déclarations, qui laissent entrevoir des intentions malveillantes, voire dangereuses, compromettent notre sécurité physique, portent atteinte à notre honneur et remettent en cause nos droits fondamentaux garantis par la Constitution de la République de Côte d’Ivoire », écrit-il.
« C’est pourquoi je vous saisis officiellement, Monsieur le Procureur, afin que toute la lumière soit faite sur ces propos et que les responsabilités soient situées, conformément aux lois en vigueur », ajoute-t-il.
Evariste Méambly sollicite également « l’implication immédiate des organisations de défense des droits humains, afin de veiller à la protection de mon épouse et de moi-même ; rappeler fermement aux autorités leur devoir de réserve et de respect des droits et prévenir toute escalade verbale ou physique dans le climat politique actuel ».
Prochain acte : une conférence publique promise par Méambly à son retour en Côte d’Ivoire, où il compte affronter verbalement le ministre Adjoumani. En attendant, la plainte déposée pourrait contraindre ce dernier à s’expliquer devant la justice.
La justice ivoirienne a ordonné le gel des comptes de Dr Boga Sako Gervais, lui reprochant plusieurs faits dont des « actes terroristes ». L’enseignant-chercheur et défenseur des droits de l’homme s’est réfugié à l’étranger depuis plusieurs jours.
Une ordonnance de placement de comptes bancaires sous main de justice a été émise contre le Dr Boga Sako Gervais, enseignant-chercheur et figure connue de la défense des droits de l’homme en Côte d’Ivoire.
Cette décision, prise par le juge d’instruction du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, section antiterroriste, intervient dans le cadre d’une procédure judiciaire complexe impliquant des accusations graves.
Actes terroristes, meurtres, vol en réunion
Dans l’ordonnance référencée RP 4661/20, le magistrat justifie sa décision par plusieurs chefs d’accusation particulièrement graves visant M. Boga. Il est notamment accusé d’avoir participé à un attentat et à un complot contre l’autorité de l’État.
On lui reproche également des actes terroristes, des meurtres, ainsi que des vols en réunion commis avec violence. Il est aussi mis en cause pour des destructions volontaires de biens publics et privés, l’incendie de véhicules, des actes de pillage et des blessures volontaires. Enfin, il lui est reproché d’avoir pris part à un mouvement insurrectionnel et d’avoir organisé des manifestations non déclarées.
Cette décision intervient dans le cadre d’une procédure ouverte depuis plusieurs années. Dr Boga faisait déjà l’objet d’une ordonnance de placement sous contrôle judiciaire émise le 27 juillet 2021, également par la justice ivoirienne.
« La cavale a commencé »
Quelques jours avant cette nouvelle mesure judiciaire, le 18 juin 2025, Dr Boga Sako Gervais avait publié une vidéo dans laquelle il affirmait avoir quitté la Côte d’Ivoire, évoquant une menace imminente d’interpellation et dénonçant une instrumentalisation du climat politique à l’approche de l’élection présidentielle. Il évoquait notamment une conférence de presse tenue le 9 juin avec ses alliés de la PEC-CI, au cours de laquelle il avait dénoncé un processus électoral verrouillé.
Dans sa déclaration enregistrée à l’étranger, il affirmait n’avoir reçu « ni convocation, ni notification légale », et disait redouter une arrestation clandestine. Il affirmait également avoir été contacté par le préfet de police d’Abidjan après avoir reçu un message qualifié de menaçant de la part d’une autorité sécuritaire. « À partir de 13h de la même journée, la cavale a commencé », expliquait-il, tout en réaffirmant qu’il « ne prendra jamais les armes contre mon pays. »
À ce jour, aucune réaction officielle du gouvernement ou du parquet n’a été rendue publique concernant cette ordonnance ou le départ du Dr Boga à l’étranger. Son entourage affirme qu’il se trouve désormais en sécurité dans un lieu tenu secret, et entend poursuivre son action de veille citoyenne à distance.
Port-Bouët, quartier Petit Bassam. Il est 13 h. Le soleil cogne, implacable. Une brise timide frôle les abords du cimetière. Là où, il y a moins d’un an, s’élevaient des maisons, il ne reste plus que des décombres, des planches calcinées et des tôles tordues. Le vacarme des machines de destruction a laissé place au silence des ruines. Sur les tombes, des nattes sont posées. On y dort, on y vit. À l’ombre d’un arbre, quelques enfants en uniforme scolaire somnolent. Ils viennent s’y reposer entre midi et deux, faute d’avoir un endroit plus sûr. D’autres discutent.
Il a reconstruit son atelier juste à côté de la tombe de son père
Non loin de là, des habitations faites de planches et recouvertes de toiles en plastique noire, se dressent timidement. « C’est ici qu’on vit maintenant », lance un homme, las. Il est menuisier. Son atelier, il l’a reconstruit juste à côté de la tombe de son père. « On a tout perdu. Maison, outils, clients. Mais il faut continuer. Sinon, comment on va manger ? »
C’est là que certains viennent se laver. Un bras d’eau trouble qui sépare Petit Bassam d’un village en face, probablement Mafiblé. Aucun système d’eau potable, aucun accès à des sanitaires. L’intimité n’existe plus. Des hommes qui vivaient là plus tôt, lavent du linge. Dans cet espace qui semble abandonné par l’État, chacun tente de recréer un semblant de quotidien.
Il y a 11 mois, les pelleteuses sont arrivées sans crier gare. Le motif : « libérer les espaces publics illégalement occupés ». Conséquence : ce sont des centaines de familles qui ont vu leurs maisons s’effondrer sous leurs yeux. « Ils avaient dit que seuls les abords de l’abattoir seraient touchés. Mais à 20 h, les machines sont venues. Ils ont même lancé des lacrymogènes », raconte un ancien habitant. Les habitants du quartier n’ont jamais été relogés. Les plus chanceux ont trouvé refuge à Gonzague ou ailleurs, les autres sont restés. Ici, sur ces terres vides, marquées par les souvenirs et les blessures.
Officiellement, des projets de recasement ont été annoncés. Des lots auraient été attribués à Anani, avec promesse d’infrastructures. Mais sur le terrain, rien. Pas de relogement, pas d’assistance, pas même une tente. Les déguerpis de Petit Bassam vivent dans l’oubli. Chaque jour est un combat. Contre la chaleur, la faim, les maladies. Mais aussi contre le découragement. Malgré tout, ils tiennent. Ils s’organisent, s’entraident, rebâtissent avec ce qu’ils trouvent.
Le 2ᵉ congrès du RHDP célèbre la cohésion et la victoire, mais évite la question brûlante des leaders radiés du jeu électoral.
Le 22 juin 2025, au stade Alassane Ouattara d’Ébimpé, le chef de l’État a prononcé un discours fleuve à l’occasion du 2ᵉ congrès ordinaire du RHDP. Entre exaltation de l’unité partisane, apologie de la stabilité nationale et évocation symbolique des victoires sportives, Alassane Ouattara a présenté un tableau flatteur de son bilan et de la trajectoire de son parti. Pourtant, cette mise en scène vibrante d’un pouvoir serein et légitime fait l’impasse sur un sujet central et explosif :
la radiation de plusieurs figures majeures de l’opposition ivoirienne des listes électorales.
Dans ce contexte, l’analyse de ce discours exige une lecture au scalpel, au croisement de la critique politique, de la mise en perspective régionale et de l’éthique démocratique. Car derrière la rhétorique de paix et de développement, se profile une reconfiguration inquiétante du champ démocratique ivoirien, où l’exclusion devient norme et le pluralisme, exception. Ce dossier en propose une lecture critique comparée, point par point.
Introduction
Le 2ᵉ congrès ordinaire du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) s’est tenu dans une atmosphère de grande ferveur au stade d’Ébimpé, devant un parterre de militants galvanisés par l’image d’un parti triomphant. À cette occasion, le président Alassane Ouattara a livré une allocution soigneusement construite, oscillant entre mémoire partisane, bilan élogieux de son action gouvernementale et promesse de continuité. L’intervention du chef de l’État s’est voulue un moment de rassemblement, de réaffirmation idéologique et de mobilisation en vue des prochaines échéances électorales.
Mais au-delà des applaudissements et des effets de style, ce discours soulève d’importants questionnements. Que révèle-t-il de l’état réel de la démocratie en Côte d’Ivoire ? Comment interpréter les silences et les omissions sur les crises politiques latentes, notamment les exclusions électorales ? Dans quelle mesure ce discours s’inscrit-il dans une tendance continentale de restriction du champ démocratique sous couvert de stabilité ?
L’analyse qui suit propose une lecture critique et comparée de ce moment politique, en croisant approche rhétorique, contextualisation régionale et interrogation sur les mécanismes de légitimation du pouvoir. Car comprendre un discours, c’est aussi lire entre ses lignes, et évaluer ce qu’il tait autant que ce qu’il proclame.
I. Mise en scène de l’unité : un discours à forte teneur symbolique
Ouattara ouvre son discours avec une charge affective bien calibrée : rappel de la CAN remportée par les Éléphants, hommages aux compagnons disparus, remerciements appuyés aux figures historiques du RHDP. Cette séquence inaugure une narration qui vise à réaffirmer la légitimité affective, historique et politique du parti présidentiel. Le stade d’Ébimpé devient ainsi le théâtre d’une communion partisane présentée comme une illustration de l’unité nationale.
L’emploi répétitif de termes comme « fierté », « loyauté », « fidélité », ainsi que la mobilisation d’une mémoire collective (notamment autour de Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko et Henri Konan Bédié), construisent un récit de continuité, de transmission et de sacrifice. Cette rhétorique de l’héritage et du rassemblement ancre le RHDP dans une tradition quasi-sacrée, héritée du père de la nation Félix Houphouët-Boigny.
Cette mise en scène est renforcée par une ritualisation du congrès : minute de silence, salves d’applaudissements, félicitations collectives. Le tout s’inscrit dans un cérémonial politique codifié, qui donne à voir un parti discipliné, hiérarchisé, célébrant sa propre grandeur.
Mais cet effet rhétorique s’accompagne d’un silence lourd de sens. Nulle part ne sont évoquées les tensions politiques réelles, ni les fractures sociales et partisanes qui traversent le pays. Le discours nie, par omission, l’existence d’une contestation, d’une opposition ou même d’un simple pluralisme. Le RHDP est présenté comme le seul horizon politique stable, ce qui transforme l’appel à l’unité en un message d’hégémonie.
Le contraste est d’autant plus marquant que le chef de l’État évoque « tous les Ivoiriens », mais dans le seul cadre du soutien à sa formation politique. L’espace public est réduit à une arène partisane. Ce brouillage entre État, nation et parti politique gouvernant constitue une dynamique préoccupante pour la vitalité démocratique.
II. L’éléphant dans la pièce : la crise des radiations électorales
Alors que l’opinion publique ivoirienne et internationale reste marquée par les radiations de Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé, Tidjane Thiam ou encore Akossi Bendjo, le discours de Ouattara évite soigneusement le sujet. Ce silence stratégique est d’autant plus frappant que l’orateur promet « des élections apaisées, transparentes et démocratiques ».
Cette omission volontaire soulève plusieurs niveaux de problématiques. D’abord, elle révèle une tension entre la promesse d’un processus électoral inclusif et la réalité d’un processus excluant. La radiation de leaders politiques majeurs ne constitue pas seulement une mesure administrative ou judiciaire : elle modifie profondément les équilibres politiques en empêchant une compétition équitable.
Ensuite, elle témoigne d’un usage politique des institutions judiciaires et électorales. Le Conseil Constitutionnel, la Commission Electorale Indépendante (CEI) et les services administratifs sont perçus par une partie croissante de la population comme des instruments au service du pouvoir exécutif. Cette perte de confiance dans les organes régulateurs du jeu démocratique affaiblit la légitimité des futures élections.
Enfin, l’absence totale d’allusion à cette crise dans un discours aussi solennel est une forme de déni politique. Ce silence n’est pas neutre : il est performatif. Il vise à effacer du récit national les contradictions, à délégitimer l’existence même d’une opposition et à consolider une narration où le RHDP incarne à lui seul la démocratie, la paix et la nation.
L’éléphant dans la pièce, ce sont ces absents majeurs que tout le monde voit mais que personne ne nomme. Dans ce silence, se lit une volonté d’exclusion durable, dissimulée derrière les promesses d’unité et de transparence. Mais cette stratégie pourrait bien être contre-productive, en nourrissant une frustration politique croissante et en radicalisant les forces mises à l’écart du jeu institutionnel.
La crédibilité du processus électoral dépendra donc moins des déclarations d’intention que de la capacité du régime à rétablir un climat de confiance, notamment en réintégrant les grandes figures exclues et en garantissant à tous les citoyens l’égalité devant la loi et les urnes.
III. Comparaisons africaines : entre autoritarisme compétitif et verrouillage institutionnel
La Côte d’Ivoire, dans sa trajectoire politique récente, présente plusieurs similitudes avec d’autres régimes africains qualifiés d’« autoritarismes compétitifs ». Dans ces systèmes, les élections continuent d’exister, les institutions sont maintenues en façade, mais la compétition politique est délibérément biaisée. L’apparence démocratique masque des pratiques de contrôle rigoureux du champ politique.
Au Sénégal, la disqualification d’Ousmane Sonko par des condamnations judiciaires controversées a provoqué une crise majeure de légitimité, tandis que le régime de Macky Sall justifiait l’exclusion par des impératifs juridiques. Le parallèle avec la radiation de Gbagbo ou de Soro en Côte d’Ivoire est frappant : dans les deux cas, la procédure judiciaire devient une arme politique, et les appels à la paix servent de couverture rhétorique à une réduction du pluralisme.
Au Bénin, Patrice Talon a instauré un régime dans lequel les partis d’opposition sont marginalisés par des réformes institutionnelles restrictives. L’élection présidentielle de 2021 y a été décrite comme une compétition sans concurrents sérieux. La concentration du pouvoir autour du RHDP, telle que présentée par Ouattara dans son discours, avec une domination sur l’Assemblée, les mairies et les régions, s’apparente à cette même volonté de contrôle total.
Dans le Togo ou au Cameroun, les dynamiques sont encore plus anciennes : verrouillage électoral, absence d’alternance, instrumentalisation des forces de sécurité. Ces cas montrent qu’un multipartisme de façade peut coexister avec une confiscation du pouvoir durable. En Côte d’Ivoire, la tendance à ériger le RHDP comme l’unique porteur de l’unité et du progrès, sans dialogue avec les autres forces vives, résonne dangereusement avec ces exemples.
L’absence de reconnaissance de l’opposition comme acteur politique légitime constitue le point commun de ces régimes. Le discours de Ouattara, en ignorant les opposants radiés et en présentant son parti comme l’ultime garant de la démocratie et du développement, participe de cette même logique. Il ne s’agit plus d’une compétition entre projets politiques, mais d’une simple validation électorale du pouvoir en place.
Pourtant, d’autres pays offrent des contre-modèles. Le Ghana et le Cap-Vert, par exemple, démontrent qu’un jeu politique pluraliste et respectueux des règles peut coexister avec la stabilité et la croissance. Ces modèles reposent sur l’indépendance des institutions, l’alternance politique réelle et la transparence des processus électoraux. La Côte d’Ivoire pourrait s’en inspirer, à condition de rompre avec la tentation du verrouillage institutionnel et de l’hégémonie partisane.
Ainsi, à l’échelle continentale, le discours de Ouattara s’inscrit davantage dans une tendance régressive de la démocratie électorale, où les mots de paix et de transparence servent souvent à justifier l’exclusion des adversaires politiques.
IV. Propagande douce et mise en scène du pouvoir
Le discours d’Alassane Ouattara se distingue par une rhétorique maîtrisée, où la communication politique emprunte les codes de la mise en récit populaire, du langage symbolique et de la stratégie d’adhésion affective. Il ne s’agit pas de propagande brutale, comme dans certains régimes autoritaires, mais d’une forme plus subtile que l’on peut qualifier de « propagande douce ».
D’abord, la référence omniprésente à la victoire des Éléphants lors de la CAN 2023 agit comme un puissant levier d’appropriation émotionnelle. Le parallèle établi entre les performances sportives de l’équipe nationale et la trajectoire du RHDP vise à naturaliser l’idée selon laquelle le parti au pouvoir incarne à lui seul la résilience, la force collective et la victoire nationale. C’est une manœuvre classique de personnification du pouvoir dans l’imaginaire national : l’État, le parti et la nation fusionnent dans un même élan symbolique.
Ensuite, l’usage de la métaphore guerrière tempérée — « parfois blessé mais jamais brisé » — renforce l’image d’un RHDP en lutte permanente contre des forces hostiles, mais toujours triomphant grâce à sa cohésion. Cela permet de renforcer la loyauté interne tout en marginalisant implicitement toute critique comme étant antipatriotique ou déstabilisatrice.
Par ailleurs, la mise en scène du suspense autour d’une possible candidature du président à la présidentielle d’octobre 2025 est un moment-clef de la stratégie discursive. Le président se présente à la fois comme un chef investi par les militants — « Président, encore une fois ! » — et comme un homme d’État mesuré, qui « prendra sa décision en conscience ». Cette dualité permet d’alimenter un récit de sacrifice personnel pour la stabilité du pays, tout en conservant l’ascendant sur l’agenda politique.
Ce type de communication met en place une dramaturgie du pouvoir : le leader est constamment sollicité, résiste par sagesse, puis accepte par responsabilité. Le public est ainsi préparé psychologiquement à l’annonce éventuelle d’une nouvelle candidature, sans qu’elle soit encore formulée explicitement. Cette technique, que certains politologues nomment « présidentialisme charismatique », entretient le flou entre besoin populaire spontané et volonté personnelle de reconduction.
Enfin, l’appel constant à l’unité, à la paix et au développement, bien que légitime dans un pays marqué par des conflits récents, tend à être instrumentalisé comme moyen de neutraliser le débat contradictoire. En insistant sur l’unité, le discours sous-entend que toute opposition serait nécessairement source de division. C’est une tactique classique de la gouvernance par la stabilité, où la paix devient un prétexte pour restreindre la pluralité.
En somme, derrière les airs rassembleurs et la chaleur militante, le discours révèle une volonté assumée de monopoliser les symboles nationaux, de verrouiller les marges du débat public et de construire un récit héroïque du pouvoir. Une propagande douce, certes, mais efficace.
V. Démocratie restreinte et contradictions internes
Le discours d’Alassane Ouattara se présente comme un hymne à l’unité, à la paix et à la démocratie. Toutefois, à l’épreuve des faits, il révèle de profondes contradictions internes entre les principes proclamés et les pratiques observées. Cette dissonance entre le discours et la réalité fragilise la crédibilité démocratique du pouvoir en place.
D’un côté, le président affirme son attachement à la démocratie, au pluralisme et à l’ouverture à toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens. Mais de l’autre, les conditions mêmes de la compétition politique sont faussées par des mécanismes d’exclusion, en particulier les radiations ciblées d’opposants majeurs. Cette contradiction produit un effet de dissimulation : les fondements démocratiques sont affirmés dans le discours mais affaiblis dans la pratique.
Le RHDP est présenté comme un parti rassembleur, ouvert, enraciné dans toutes les régions. Pourtant, cette omniprésence évidente s’apparente davantage à une hégémonie qu’à un consensus. En saturant l’espace institutionnel (Assemblée nationale, mairies, régions), le parti au pouvoir ne laisse que peu de marges à une opposition viable. Cette configuration limite de facto le pluralisme, pourtant fondement de toute démocratie.
Le discours ignore également toute forme d’autocritique ou de bilan nuancé. Les difficultés sociales, les tensions identitaires, les inégalités régionales ou les ressentiments politiques accumulés sont absents du tableau dressé. Il s’agit d’une démocratie construite autour d’un récit unilatéral, où les voix discordantes sont marginalisées ou décrédibilisées.
Par ailleurs, le recours à la légitimation affective — « Je vous ai entendus », « Je vous ai compris » — tend à réduire la citoyenneté à une relation émotionnelle entre le leader et la population, au détriment d’un contrat politique basé sur le droit, la responsabilité et l’égalité des chances. Cette personnalisation excessive du lien démocratique transforme le citoyen en spectateur ou en suppléant, plutôt qu’en acteur du débat politique.
Enfin, l’absence de débat ouvert sur la succession, sur la limitation du pouvoir ou sur l’état des institutions témoigne d’une démocratie restreinte. L’équilibre des pouvoirs n’est pas abordé, pas plus que le rôle de la société civile, des médias indépendants ou des contre-pouvoirs judiciaires.
En somme, derrière les proclamations de démocratie et d’unité, le discours reflète un système politique fondé sur une concentration du pouvoir, une restriction du pluralisme et une instrumentalisation de la légitimité populaire. Ces contradictions minent le récit officiel et appellent à une vigilance accrue sur l’état de la démocratie en Côte d’Ivoire à la veille d’échéances électorales majeures. Conclusion Le discours prononcé par le président Alassane Ouattara au 2ᵉ congrès ordinaire du RHDP se présente comme un exercice de célébration politique et de légitimation du pouvoir en place. Il met en avant l’unité du parti, les succès économiques et sociaux du régime, ainsi que l’image d’une Côte d’Ivoire stable et en marche vers l’émergence. Toutefois, cette mise en scène d’unanimité et de continuité masque mal les fractures démocratiques qui traversent le pays.
Les silences du discours sont aussi parlants que ses proclamations : aucune allusion n’est faite aux tensions électorales, à la marginalisation de l’opposition, ni aux inquiétudes croissantes sur l’état de la démocratie. L’éviction des principaux challengers du processus électoral, la concentration du pouvoir dans un seul parti, et la personnalisation de la vie politique autour d’un leader charismatique contribuent à réduire l’espace démocratique.
Comparée aux expériences de verrouillage institutionnel observées dans plusieurs pays africains, la situation ivoirienne s’inscrit dans une tendance où les institutions sont maintenues en façade, mais neutralisées dans leur substance. Le risque est grand de voir émerger une démocratie de façade, où le suffrage existe sans véritable choix, et où la paix est invoquée pour justifier le silence et l’exclusion.
Pourtant, l’histoire récente de la Côte d’Ivoire montre combien la stabilité politique est fragile lorsqu’elle n’est pas adossée à l’inclusivité et à la justice. Une démocratie durable ne peut prospérer dans l’effacement de l’opposition, ni dans la glorification d’un parti unique. Elle se construit dans le respect des règles, la pluralité des voix, l’alternance possible, et la reconnaissance des adversaires comme partenaires légitimes du débat national.
En définitive, le discours du 22 juin 2025 révèle moins une Côte d’Ivoire apaisée qu’une démocratie sous contrôle. À l’approche de l’élection présidentielle, le pays a besoin d’un sursaut démocratique : celui qui passe par le dialogue, la confiance retrouvée dans les institutions, et la réintégration des exclus du jeu politique. C’est à ce prix que pourra se réaliser, au-delà des mots et des cérémonies, une véritable réconciliation nationale.
Simplice Ongui Directeur de Publication Afriqu’Essor Magazine osimgil@yahoo.co.uk
Encadré : Radiations électorales et démocratie amputée
La radiation de plusieurs figures majeures de l’opposition ivoirienne constitue l’un des points de tension les plus préoccupants du processus démocratique actuel. Parmi les leaders concernés figurent Laurent Gbagbo, ancien président de la République ; Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale ; Charles Blé Goudé, ex-ministre de la Jeunesse ; Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA et Noël Akossi Bendjo, ancien maire du Plateau. Ces exclusions, souvent justifiées par des motifs judiciaires ou administratifs, sont perçues par une large frange de la population comme des actes politiquement motivés.
Le fondement démocratique d’un scrutin repose sur l’égalité de traitement des citoyens devant la loi électorale et la possibilité pour les électeurs de choisir librement entre des projets politiques représentatifs et concurrents. En excluant de facto des figures historiques qui incarnent une part significative de l’électorat ivoirien, ces radiations réduisent la légitimité du processus. Elles jettent une ombre sur la sincérité de l’élection présidentielle annoncée pour octobre 2025.
Plus encore, elles installent un climat de méfiance vis-à-vis des institutions supposées garantir la neutralité et l’équité du processus électoral. La Commission électorale indépendante (CEI) et le Conseil constitutionnel, à travers leurs décisions controversées, apparaissent partiaux aux yeux de nombreux observateurs nationaux et internationaux. Ce soupçon d’instrumentalisation des institutions affaiblit la crédibilité de l’ensemble du dispositif démocratique.
Enfin, ces exclusions fragilisent l’indispensable réconciliation nationale. En empêchant des acteurs-clés du paysage politique d’accéder à la compétition électorale, le régime envoie un signal négatif en matière de dialogue, d’inclusivité et de maturité démocratique. À terme, cela risque d’alimenter un ressentiment durable, d’approfondir les clivages sociopolitiques et de compromettre la paix civile.
La démocratie ivoirienne ne pourra se consolider que si elle accepte le débat contradictoire, la diversité des expressions politiques et le droit à l’existence d’une opposition forte. Cela implique de reconsidérer avec courage les mécanismes de radiation, d’assurer l’impartialité des organes de régulation et de restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions.
La Banque Africaine de Développement (BAD) a officiellement lancé, ce lundi 23 juin 2025 à Abidjan, les 54 rapports pays 2025 et celui de la Côte d’Ivoire en particulier, sous le thème central : « Tirer le meilleur parti du capital de l’Afrique pour favoriser son développement ».
Selon les représentants de la Banque, ces rapports annuels fournissent une analyse approfondie de la situation économique, sociale et structurelle de chaque pays membre régional de la BAD, tout en mettant en lumière les leviers internes que les États peuvent actionner pour accélérer leur transformation économique.
Les rapports 2025 mettent l’accent sur, le développement du capital humain, notamment à travers l’éducation, la santé et la formation professionnelle, la mobilisation efficace des ressources intérieures, incluant les réformes fiscales et la lutte contre les flux financiers illicites, la valorisation des ressources naturelles de manière durable, l’investissement dans l’innovation, l’entrepreneuriat et les chaînes de valeur locales, ont-ils informé.
Chaque rapport pays contient un diagnostic spécifique et des recommandations adaptées à la réalité de chaque État, avec des données actualisées, des indicateurs économiques clés, et des scénarios de croissance. L’objectif est de fournir un outil d’aide à la décision stratégique pour les gouvernements et leurs partenaires.
Dans son allocution, Dr Marcellin Ndong Ntah, économiste principal pour la BAD en Côte d’Ivoire, a indiqué que les rapports mettent en évidence le potentiel abondant en capitaux dont dispose l’Afrique. « Les rapports permettent de révéler ou confirmer que l’Afrique dispose d’un potentiel abondant de capitaux qu’il convient de mobiliser et d’utiliser de manière rationnelle et efficiente pour que ce potentiel contribue au développement de nos pays », a-t-il indiqué. Ajoutant, qu’ “Ils mettent en lumière des opportunités concrètes et formulent des pistes d’actions ambitieuses, structurées et mesurables pour le suivi en vue d’accélérer la transformation structurelle du continent , ils constituent donc un outil de diagnostic rigoureux mais une véritable feuille de route”. Justifiant le choix de la thématique abordée dans les rapports, Dr Ndong a expliqué que celle-ci suscite “l’éveil de l’Afrique en termes de prise de conscience de son potentiel riche et varié allant du capital naturel jusqu’au capital humain en passant par le capital entrepreneurial et le capital financier”.
L’economiste en chef et vice-président du complexe de connaissance et de la gouvernance de la BAD, Professeur Kevin Urama a affirmé que la croissance du PIB ivoirien est “impressionnante “ et “Si la Côte d’Ivoire améliore sa gouvernance et les capacités institutionnelles, elle pourra doublé son taux de croissance maintenant”. Affirmant que le secteur informel contribue à 30 voire 40% dans l’économie du pays.
Lançant officiellement le rapport pays ivoirien, Professeur Clément Kouakou, Directeur du cabinet adjoint du ministère de l’économie, du plan et du développement représentant la ministre Nialé Kaba, Gouverneur de la BAD en Côte d’Ivoire a exposé les actions menées par le gouvernement pour mobiliser les capitaux et financer les priorités nationales en réaffirmant l’engagement pour poursuivre les réformes structurelles pour favoriser un environnement propice au développement durable.
Kadio Lionel Kouao, Économiste pays à la BAD et à l’Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d’Economie Appliquée (ENSEA) présentant le Rapport Pays de la Côte d’Ivoire a souligné qu’avec un taux de croissance du PIB réel estimé à 6,1 % en 2024 et des prévisions stables autour de 6,3 % pour 2025-2026, la Côte d’Ivoire confirme son dynamisme économique. L’inflation est en baisse (3,5 % en 2024 contre 4,4 % en 2023) et le déficit budgétaire s’est réduit à 4 % du PIB, contre 5,2 % l’année précédente. Cependant, la mobilisation des ressources reste faible.
Le taux de pression fiscale atteint 13,8 % du PIB, bien en deçà du seuil communautaire de 20 %. Le poids du secteur informel et l’insuffisante exploitation de leviers fiscaux (impôt foncier, e-commerce) freinent les recettes. Le pays doit aussi investir davantage dans le capital humain, notamment la santé, la formation et l’adéquation des compétences au marché de l’emploi. Son capital naturel (95 % renouvelable) demeure sous-valorisé, faute de comptabilité environnementale efficace. Enfin, la lutte contre la corruption, la sécurisation du foncier et l’amélioration du climat des affaires sont essentielles pour attirer les investissements. Selon la BAD, la Côte d’Ivoire doit mobiliser 3,2 milliards USD par an (environ 3,5 % du PIB) pour atteindre ses objectifs de développement durable d’ici 2030.
Lors d’un panel intitulé « Tirer le meilleur parti du capital de la Côte d’Ivoire pour favoriser son développement », modéré par Dr Linguère Mbaye, cheffe de division au Département de l’Économie des Pays – Régions Nord, Centre et Ouest de la Banque africaine de développement (BAD), plusieurs experts ont exposé les leviers essentiels à activer pour accélérer la transformation économique du pays.
Marcelin Cissé, Directeur Général du Plan au Ministère de l’Économie, du Plan et du Développement, a mis en avant les priorités de son département, notamment la création d’un environnement socio-économique stable et l’amélioration du taux de bancarisation. « Le défi pour nous, c’est de développer un environnement socio-économique stable et de renforcer le taux de bancarisation », a-t-il affirmé.
De son côté, Dr Joseph Ribeiro, Directeur Général Adjoint pour la région Afrique de l’Ouest à la BAD, a rappelé l’engagement fort de l’institution dans le pays. « La BAD intervient dans de nombreux domaines en Côte d’Ivoire. Elle est le deuxième financeur du secteur rural, après l’État », a-t-il indiqué. Il a également plaidé pour la digitalisation des systèmes afin de faciliter l’insertion des jeunes. « Être jeune est un atout, à condition d’y ajouter des qualifications. La vraie limite, ce sont les compétences en Afrique », a-t-il souligné.
Dr Hugues Kouadio, Directeur Général de l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée (ENSEA), a quant à lui insisté sur la nécessité de revaloriser certains métiers, encore sous-estimés malgré leur potentiel dans le tissu économique.
Enfin, Dr Marcellin Ndong Ntah, Lead économiste et coordonnateur des Centres de financement régional (CFR) à la BAD, a mis l’accent sur l’informalité, affirmant que « désinformaliser l’informel est essentiel pour qu’il contribue pleinement à l’économie nationale ».
La cérémonie de lancement a réuni décideurs politiques, économistes, partenaires techniques et financiers, ainsi que des représentants du secteur privé.
En réaction au discours d’Alassane Ouattara, ce dimanche matin au stade d’Ébimpé, à la clôture du 2ᵉ congrès du RHDP, Pascal Affi N’Guessan a rapidement livré sa lecture des événements. Le président du FPI estime que le chef de l’État mesure les « risques et les enjeux » d’une nouvelle candidature.
« Face à la pression des cadres du RHDP, Alassane Ouattara résiste, connaissant les risques et les enjeux d’une candidature de trop. J’espère qu’il fera le bon choix », a-t-il déclaré.
Avant de préciser sa position : « Pour ce qui me concerne, face au candidat RHDP, quel qu’il soit, je porterai la voix du peuple de Côte d’Ivoire. »
Face à l’appel insistant des militants du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), le président Alassane Ouattara a laissé planer le suspense sur sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025. « Je prendrai, dans les jours à venir, après mûre réflexion, à mon âme et conscience, une décision », a-t-il déclaré ce dimanche 22 juin 2025 au stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé, devant une foule de militants en liesse.
Le chef de l’État, visiblement ému par l’enthousiasme de sa base, a tenu à les rassurer. « Je vous ai entendus. Je veux donc vous dire aujourd’hui ceci : je vous ai compris. Merci pour votre confiance. », dit-il
Revenant sur les enjeux à venir, le président Ouattara a affirmé que son parti ira aux élections présidentielles d’octobre 2025 pour défendre son bilan et ses valeurs. « Lors de l’élection présidentielle, nous irons défendre notre bilan et les idéaux qui ont guidé notre action toutes ces années. », a indiqué Alassane Ouattara.
Dans un ton rassurant, le président ivoirien a tenu à apaiser les craintes, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la communauté internationale. « Je voudrais à nouveau vous rassurer : ces élections seront apaisées, démocratiques et transparentes. Oui, tout se passera bien, dans la paix et le calme. La sécurité des populations continuera d’être assurée. Faites-moi confiance, oui, faites-moi confiance. »
Concernant la résolution du congrès du RHDP appelant à sa reconduction à la tête du parti, Alassane Ouattara a répondu sans détour. « J’ai écouté avec attention la résolution relative à ma reconduction comme président du RHDP. Je l’ai reçue dans un esprit de responsabilité, mais aussi avec tout l’amour que je porte à cette famille politique que nous avons construite ensemble. J’accepte de demeurer le président du RHDP. », a lancé M. Ouattara.
À la clôture du 2ᵉ congrès ordinaire du RHDP, tenu ce dimanche au stade d’Ébimpé, Alassane Ouattara a soigneusement évité de répondre clairement à la demande pressante des militants en faveur d’un quatrième mandat. Le chef de l’État a simplement promis de « réfléchir » et de « consulter » avant d’annoncer sa décision « dans quelques jours ». Une déclaration qui a laissé une partie des militants sur leur faim, certains quittant le stade visiblement déçus. Une chose est sûre : le président Ouattara continue de maintenir le suspense autour de sa candidature à la présidentielle de 2025.