Auteur/autrice : iciabidjan

  • TIDJANE THIAM CATÉGORIQUE : « BILLON NE SERA PAS LE PLAN B AU PDCI-RDA »

    TIDJANE THIAM CATÉGORIQUE : « BILLON NE SERA PAS LE PLAN B AU PDCI-RDA »

    Tidjane Thiam, candidat actuellement inéligible à la présidentielle d’octobre 2025, a affirmé que Jean-Louis Billon ne sera pas le plan B du PDCI-RDA pour cette échéance électorale.

    L’ancien PDG du Crédit Suisse a fait cette déclaration lors d’un entretien avec le journaliste Alain Foka, dans le cadre de l’émission Moments de vérité diffusée sur AFO TV.

    Farouche adversaire

    « Billon ne sera pas le plan B », a-t-il martelé. Cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, Jean-Louis Billon est également engagé dans la course à la présidentielle d’octobre 2025. Farouche adversaire de M. Thiam dans la bataille pour l’investiture du PDCI-RDA, le député de Dabakala se présente comme une alternative face aux incertitudes entourant la candidature de l’ancien dirigeant du Crédit Suisse.

    Tidjane Thiam, candidat actuellement inéligible à la présidentielle d’octobre 2025, a affirmé que Jean-Louis Billon ne sera pas le plan B du PDCI-RDA pour cette échéance électorale.

    « Le PDCI-RDA n’est pas divisé. Il est uni derrière moi pour que je sois le candidat, et non M. Billon », répond Tidjane Thiam, rejetant ainsi les allégations faisant état d’une crise au sein du parti.  Il a rappelé que M. Billon, son principal concurrent interne, avait eu l’opportunité de se porter candidat lors des différentes élections du parti — notamment la convention et les deux congrès — mais ne l’a pas fait. « Il ne sera pas le plan B », a-t-il insisté.

    Candidat désigné du PDCI-RDA, Tidjane Thiam a été radié de la liste électorale en avril 2025. Selon le tribunal, il ne remplissait pas les conditions de nationalité au moment de son inscription en 2022. Le juge du tribunal de première instance du Plateau à Abidjan a estimé que l’opposant avait perdu la nationalité ivoirienne lors de l’acquisition de la nationalité française, ce qui rend son inscription invalide.

    Une décision illégale

    Interrogé sur cette décision, Tidjane Thiam a dénoncé une « radiation illégale », estimant que, selon l’article 83 du Code de la nationalité ivoirienne, seul le procureur de la République est habilité à statuer sur les questions de nationalité.  *

    Cette dame qui a agi le 22 avril est la présidente du tribunal de première instance. Elle a agi Ultra-vires. Elle n’a pas l’autorité pour prendre cette décision.

    « Cette dame qui a agi le 22 avril est la présidente du tribunal de première instance. Elle a agi Ultra-vires. Elle n’a pas l’autorité pour prendre cette décision. La décision de ma radiation de la liste électorale est donc illégale », a-t-il soutenu. 

    Déterminé à se battre pour sa réinscription sur la liste électorale, Tidjane Thiam s’est allié à l’ancien président Laurent Gbagbo — également exclu du processus électoral — dans le cadre du Front commun, les deux principaux opposants réclament la réintégration des autres figures de l’opposition, comme Charles Blé Goudé et Guillaume Soro et Akossi Bendjo.

    Ils réclament également l’instauration de conditions pouvant garantir la tenue d’élections transparentes et crédibles. Selon eux, cela passe par la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) ; un audit de la liste électorale ; une révision de celle-ci avant le scrutin.

    Dans le cadre de leur Front commun, Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo et leurs alliés entendent également s’opposer à un éventuel quatrième mandat du président Alassane Ouattara, qu’ils jugent contraire aux dispositions de la Constitution. Le chef de l’État ivoirien au pouvoir depuis 2011 continue de son côté d’entretenir le flou sur décision de présenter ou non à cette élection.

    Jean Kelly KOUASSI

  • Tidjane Thiam : « Je ne suis pas le menteur, c’est ADO qui ne tient pas parole. » (entretien avec Alain Foka)

    Tidjane Thiam : « Je ne suis pas le menteur, c’est ADO qui ne tient pas parole. » (entretien avec Alain Foka)

    Alain Foka Officiel

    Tidjiane Thiam parle sans tabous de sa candidature à la présidentielle en Côte d’Ivoire, de ses relations avec Alassane Dramane Ouattara, Laurent Gbagbo et Jean-Louis Billon. Il évoque également son exil à Paris et la menace qui pèse sur lui, ainsi que de l’AES. Tidjiane Thiam se livre à cœur ouvert. Une exclusivité AFO Média, sans complaisance mais sans condescendance.

  • « Gabriel Tiacoh, la légende »: Frère Valentin-Joseph Siban présente son œuvre littéraire

    « Gabriel Tiacoh, la légende »: Frère Valentin-Joseph Siban présente son œuvre littéraire

    C’est dans une atmosphère inspirante que s’est tenue le 19 juillet, à Bonoumin, une conférence consacrée à la mémoire de Gabriel Tiacoh. L’événement a réuni un public diversifié qui sont des jeunes passionnés de sport, responsables du monde éducatif et figures du milieu sportif.

    Tous étaient venus découvrir l’œuvre de Frère Valentin-Joseph Siban, intitulée ‘’Gabriel Tiacoh, la légende’’. Cet échange littéraire s’est fait autour du thème « Gabriel Tiacoh, courage et abnégation : quel modèle pour la jeunesse ? ».

    Pendant la rencontre, les intervenants se sont relayés pour évoquer la vie, le parcours et l’héritage du champion ivoirien. Des témoignages émouvants ont souligné son humilité, sa détermination et l’impact de son parcours sur plusieurs générations.

    L’auteur, religieux ivoirien, engagé dans l’éducation de la jeunesse, a rappelé la trajectoire hors du commun de celui qui fut le premier médaillé olympique de l’histoire de la Côte d’Ivoire, en 1984, à Los Angeles. Il avait alors seulement 21 ans.

    Ce jour-là, Tiacoh, en finale du 400 mètre, réalise une performance exceptionnelle qui lui fait décrocher la médaille d’argent, derrière l’Américain Alonzo Babers. Ce moment restera gravé dans la mémoire sportive de la nation, suscitant une ferveur populaire inédite à son retour au pays.

    Mais l’hommage allait bien au-delà de cette prouesse olympique. Le religieux a mis en lumière d’autres exploits majeurs, notamment son classement en tant que numéro 1 mondial sur 400 m en 1986, année où il réalisa huit courses en moins de 45 secondes, un exploit rare dans l’histoire de l’athlétisme mondial.

    Autre distinction majeure : sa nomination en tant que délégué mondial des athlètes au sein du Comité exécutif de la Fédération internationale d’athlétisme, preuve de son intégrité morale et de son rayonnement au-delà du stade.

    Mais au-delà des chiffres et des records, c’est l’homme que Frère Siban a souhaité célébrer. À travers une lecture à la fois biographique et spirituelle, l’ouvrage trace les contours d’un modèle de rigueur, de foi, de discipline et de don de soi, valeurs que l’auteur souhaite transmettre à la jeunesse ivoirienne et africaine.

    Le sport, dans cette perspective, devient une école de vie, un chemin d’excellence et de dépassement de soi.

    MARINA ZEGBEHI

  • « Décès, à l’Ecole de Gendarmerie en Côte d’Ivoire du jeune influenceur Burkinabè Alain Christophe Traoré dit Alino Faso ».

    « Décès, à l’Ecole de Gendarmerie en Côte d’Ivoire du jeune influenceur Burkinabè Alain Christophe Traoré dit Alino Faso ».

    Alain Christophe Traoré était détenu depuis janvier 2025 pour des faits d’espionnage.

    Le cyberactiviste et influenceuur Burkinabè Traoré Alain Christophe dit Alino Faso, poursuivi pour complot contre l’autorité de l’Etat de Côte d’Ivoire et détenu à l’Ecole de Gendarmerie d’Abidjan, s’est suicidé dans sa chambre. 

    L’annonce a été faite par le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan dans un communiqué consulté le dimanche 27 juillet 2025 par Abidjan.net. 

     » Le jeudi 24 juillet 2025, à 7 heures 30 minutes, Monsieur Traoré Alain Christophe, alias Alino Faso, détenu à l’Ecole de Gendarmerie, a été découvert mort dans sa chambre. Informé, le Procureur de la République s’est immédiatement transporté sur les lieux et a requis le médecin légiste de la Gendarmerie Nationale à l’effet de procéder aux constats d’usage et de faire un examen externe du corps. Il ressort des conclusions du médecin légiste que Monsieur Traoré Alain Christophe s’est pendu à l’aide de son drap de lit, après avoir tenté sans succès de s’ouvrir les veines du poignet », a expliqué en substance, le procureur Koné Braman Oumar.

    Par ailleurs, il a indiqué que des enquêtes sont en cours pour déterminer les motifs et les circonstances de ce suicide.

    Interpellé le 10 janvier 2025, M. Traoré Alain Christophe dit Alino Faso, était poursuivi pour les faits d’intelligence avec des agents d’un Etat étranger de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire ou à ses intérêts économiques essentiels, complot contre l’autorité de l’Etat, diffusion de nouvelles fausses de nature à entraîner une atteinte au moral de la population, rassemblement des renseignements de nature à nuire à la Défense nationale dans l’intention de les livrer à un Etat étranger et espionnage.

  • GEORGES TAI BENSON ET LE COUP DE FIL DE LAURENT GBAGBO.

    GEORGES TAI BENSON ET LE COUP DE FIL DE LAURENT GBAGBO.

    « J’étais dans une voiture et mon téléphone sonne. C’était le président Gbagbo. Il me dit « viens me voir ». Je brûle tous les feux rouges possibles et j’arrive chez lui à domicile.

    Je précise que je n’avais plus d’emploi et mes enfants étaient déscolarisés. Sur le champ, il appelle sa secrétaire pour qu’on réinscrive ma fille à ma Mermoz. Sur le champ, il me propose un poste de chargé de mission mais sur le champ aussi, je lui dis « Atto » je n’animerai jamais un meeting du FPI et je ne ferais jamais partie du FPI.

    Il dit en présence de Monsieur Amédée Couassi Blé que « je ne t’ai pas appelé pour ça. Je t’ai appelé pour te donner un salaire parce que les gens m’ont dit que tu marches de Cocody au Plateau. On m’a dit que tu mendies et je ne veux pas que les hommes célèbres tendent la main. C’est pour cela que je t’ai appelé pour te donner un bureau et un salaire. Je ne veux pas te demander de devenir FPI ou d’animer un meeting. Le jour où j’apprends que tu es en train de remplir un document pour devenir FPI on se sépare. Ce que je fais pour toi, je l’ai aussi fait pour les anciens présidents et ministres car je ne veux pas que les gens qui ont servi le pays soient des mendiants ».

    @ZonePresse_ sur X.

  • Ousmane Ndiaye : « Le Cameroun est un exemple typique de fiction démocratique »

    Ousmane Ndiaye : « Le Cameroun est un exemple typique de fiction démocratique »

    Journaliste et analyste politique, Ousmane Ndiaye vient de publier un essai au vitriol dans lequel il s’attaque aux tenants du « relativisme démocratique ». Il estime que « le moins mauvais des régimes » n’est pas applicable sur le continent. Entretien en vidéo.

    « Plus on vote, plus on s’éloigne de la démocratie. » Le journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye est un adepte de ce type de punchlines qui, derrière un faux air de provocation, engagent à la réflexion. Fin connaisseur de l’actualité politique du continent, qu’il a couverte pour de nombreux médias, dont TV5 Monde où il fut rédacteur en chef pour l’Afrique, il vient de publier L’Afrique contre la démocratie – Mythes, déni et péril (Rive neuve – 2025). Un essai nerveux et virulent, dans lequel il s’attaque à ceux qui jugent que la démocratie ne serait pas applicable dans les pays africains, car trop occidentale. Contre ces tenants du « relativisme démocratique », il répond par une critique en règle des fondements historiques de la construction de ce qu’il qualifie de « fictions démocratiques », et en fait plonger l’origine dans la période coloniale.

    Dans l’entretien en vidéo qu’il a accordé à Jeune Afrique, il livre notamment son analyse sur le Cameroun, qui se prépare à la présidentielle d’octobre prochain, et dont il juge que la situation politique reflète très exactement la thèse qu’il défend dans son essai. « Il y a un Sénat, il y a une commission nationale électorale indépendante, qui n’est surtout pas indépendante, il y a un Parlement, qui n’est surtout pas un contre-pouvoir ni une instance de contrôle du pouvoir », liste-t-il, critiquant « une sorte de personnification du pouvoir par un seul homme avec les atours d’une démocratie ».

    Opposants historiques et panafricanistes populistes

    Il n’est pas plus tendre avec les anciens « opposants historiques », d’Alpha Condé à Laurent Gbagbo, coupables selon lui d’avoir « tué l’espoir démocratique en ne mettant pas en place un régime réellement démocratique ». Au passage, il égratigne certains opposants d’aujourd’hui : « Quand, dans l’opposition, dans son propre parti, on n’a pas une gouvernance et une pratique démocratique, quand on arrive au pouvoir, on ne l’aura pas. »

    Il s’attaque également aux activistes se revendiquant néo-panafricanistes qui, de Nathalie Yamb à Kemi Seba, ont selon lui dévoyé l’héritage des penseurs du panafricanisme originel. « En Afrique de l’Ouest, une bonne partie de la jeunesse s’est politisée sur la question postcoloniale, sur deux enjeux : le franc CFA et la présence française, notamment militaire. Et cela a été capté par des populistes, des influenceurs, des radicaux, qui ont mis [cette dynamique] au service des pouvoirs antidémocratiques de l’Alliance des États du Sahel ».

    L’intégralité de l’entretien est à découvrir dans la vidéo ci-dessus.

  • Damana Pickass plaide pour le dialogue et annonce une démonstration de force du front commun PDCI-PPA-CI

    Damana Pickass plaide pour le dialogue et annonce une démonstration de force du front commun PDCI-PPA-CI

    À trois mois du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, le climat politique ivoirien reste marqué par une montée des tensions entre l’opposition et le pouvoir en place. Dans ce contexte, Damana Adia Pickass, deuxième vice-président du conseil stratégique et politique du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), a lancé, samedi à Yopougon, un appel au dialogue tout en annonçant une grande marche pacifique prévue le 2 août à Abidjan, en coalition avec le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

    « On ne finit jamais de discuter. Jusqu’à la dernière minute, des solutions peuvent être trouvées pour éviter le pire », a déclaré M. Pickass, également coordonnateur du Front commun PDCI–PPA-CI. Il a présenté cette marche comme une démonstration de force citoyenne, destinée à rappeler que les deux principales formations de l’opposition disposent, selon lui, de « la majorité populaire ».

    Répondant aux critiques du camp présidentiel sur un supposé trouble à l’ordre public, Damana Pickass a précisé que toutes les démarches administratives avaient été respectées : « Nous ne sommes ni des clandestins, ni des voyous. Nous sommes des responsables politiques. Nous exercerons nos droits dans le strict respect des lois. »

    Cette mobilisation vise à exiger des élections inclusives, dans un contexte où plusieurs figures majeures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié (à titre posthume pour ce dernier), ont été radiées de la liste électorale par des décisions de justice controversées. Le Front commun dénonce un « mur de refus et de mépris » opposé par le régime à toute initiative de dialogue.

    « Être au pouvoir ne donne pas le droit de tout imposer par la force. Il faut écouter l’opposition », a martelé M. Pickass, pointant du doigt les arrestations de militants, la restriction des libertés fondamentales et une réforme électorale jugée non concertée.

    Dans ce climat tendu, des organisations régionales et internationales tentent de jouer les médiateurs. Mais l’opposition semble déterminée à se faire entendre. À travers cette marche du 2 août, le PDCI et le PPA-CI entendent alerter l’opinion nationale et internationale sur les risques de dérive autoritaire et appeler à un sursaut démocratique salutaire.

  • Présidentielle au Cameroun: la candidature de l’opposant Maurice Kamto et 69 autres candidats invalidés

    Présidentielle au Cameroun: la candidature de l’opposant Maurice Kamto et 69 autres candidats invalidés

    Elecam, la Commission électorale du Cameroun, vient de publier la liste provisoire des candidats retenus pour l’élection présidentielle d’octobre. Treize candidatures ont été retenues parmi lesquelles celle de Paul Biya, le président sortant, qui va briguer un huitième mandat à l’âge de 92 ans mais son principal opposant, Maurice Kamto, est exclu de la course. Il lui reste un ultime recours devant le Conseil constitutionnel. 

    Le grand absent, c’est le candidat du Manidem, Maurice Kamto. L’ancien président du MRC et principal opposant a été recalé par le conseil électoral. Les raisons du rejet de sa candidature n’ont pas été indiquées. Mais à l’évidence, sa démission du MRC il y a quelques semaines et son investiture dans la foulée par le Manidem, un parti qui remplit les conditions pour investir un candidat, n‘ont pas suffi.

    Sans surprise, le président sortant Paul Biya a, lui, vu sa candidature validée par le conseil électoral. À 82 ans, dont déjà 43 au pouvoir, il est donc officiellement candidat à sa succession.

    Face à lui, douze autres candidats avec divers profils seront donc en lice. Parmi eux, on retrouve deux anciens alliés du pouvoir : les ex-ministres, Bello Bouba, candidat du RNDP et Issa Tchiroma Bakary, candidat du FSNC.

    L’avocat Akéré Muna, investi par le parti Univers et qui s’était rétracté à la dernière minute en 2018 au bénéfice de Maurice Kamto, est cette fois dans la course. Tout comme Joshua Osih qui revient dans la bataille après 2018 pour le compte du Front social démocrate (SDF).

    Une seule femme figure parmi les 13 candidats. Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’UDC et maire de la ville de Foumban.

    De nouvelles figures émergent de cette liste, il s’agit entre autres de Hilaire Zipang du mouvement progressiste et Samuel Hiram Iyodi du FDC, crédité par ailleurs, à 37 ans, de l’étiquette du plus jeune candidat.

    Comme Maurice Kamto, 69 autres candidats n’ont pas été retenus. Tous ces recalés ont désormais un ultime recours, le Conseil constitutionnel.

  • Orange Côte d’Ivoire lance OM Pay pour simplifier les paiements mobiles

    Orange Côte d’Ivoire lance OM Pay pour simplifier les paiements mobiles

    Alors que le mobile money continue de transformer les usages financiers en Côte d’Ivoire, cette nouvelle application s’inscrit dans une stratégie d’inclusion financière. Orange CI entend consolider sa position de leader face à une concurrence fintech de plus en plus active.

    Dans un contexte de forte croissance du mobile money en Côte d’Ivoire, Orange renforce son offre en lançant OM Pay, une application mobile dédiée aux paiements marchands et transferts d’argent. Cette nouvelle solution entend répondre aux défis persistants du secteur : interfaces parfois complexes, accessibilité limitée pour certains usagers, préoccupations liées à la sécurité, manque d’interopérabilité entre les plateformes et montée en puissance de la concurrence, notamment des fintech comme Wave.

    OM Pay se positionne comme une réponse concrète à ces obstacles. L’application, disponible sur Android et iOS, mise sur une interface intuitive et un parcours utilisateur simplifié, permettant d’effectuer des paiements et transferts en un seul clic. La consultation de solde en temps réel sans saisie de code PIN ainsi que l’historique détaillé des opérations visent à fluidifier l’expérience tout en renforçant la confiance des utilisateurs.

    Orange Côte d’Ivoire insiste sur la complémentarité d’OM Pay avec Max it, sa « super application » orientée vers la gestion élargie de services digitaux comme le paiement de factures ou l’achat de forfaits. Cette nouvelle application s’inscrit ainsi dans une stratégie globale de renforcement de l’écosystème Orange Money, en proposant une solution spécialisée pour les paiements et transferts.

    Si l’application se limite pour l’instant au marché ivoirien en matière de paiements marchands, elle permet déjà des transferts d’argent internationaux, témoignant d’une ambition régionale à moyen terme.

    Ce lancement intervient dans un secteur mobile money en pleine expansion. En 2023, selon l’’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), plus de 25 millions d’abonnés utilisaient les services de paiement mobile en Côte d’Ivoire, contribuant à un taux d’inclusion financière estimé à plus de 80 % contre un taux de bancarisation de 25 %. Toujours en 2023, l’association internationale d’opérateurs de téléphonie mobile (Global System for Mobile Communications/GSMA) estimait à 15 milliards de dollars la contribution du mobile money à l’économie ivoirienne, soit 11 % du PIB national.

    Avec 13,8 millions d’abonnés au quatrième trimestre 2023 et une part de marché de 55 % sur ce segment, Orange Côte d’Ivoire confirme, à travers cette nouvelle innovation, sa volonté de consolider sa position de leader dans l’inclusion financière. L’opérateur a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 115 milliards FCFA (205,3 millions $) sur la période, selon les données de l’ARTCI.

    Charlène N’dimon

  • COTE D’IVOIRE-65 ANS D’INDÉPENDANCE : LA FRANCE, LES ÉTATS-UNIS, LE NIGERIA ET L’AFRIQUE DU SUD PROBABLES INVITÉS AU DÉFILÉ MILITAIRE 

    COTE D’IVOIRE-65 ANS D’INDÉPENDANCE : LA FRANCE, LES ÉTATS-UNIS, LE NIGERIA ET L’AFRIQUE DU SUD PROBABLES INVITÉS AU DÉFILÉ MILITAIRE 

    La célébration des 65 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire aura lieu le 7 août 2025. Cette année, c’est Bouaké qui accueille les festivités. Et le défilé militaire pourrait se faire avec la participation de plusieurs pays amis et frères.

    Les autorités n’ont pas encore confirmé l’information.

    Mais selon certaines sources proches de l’organisation, le défilé militaire à la cérémonie officielle des 65 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire verra la participation d’autres pays.

    À en croire ces informations, il s’agit de la France, des États-Unis pour ce qui est des pays hors du continent africain.

    Sur le continent même, on parle du Nigeria et de l’Afrique du Sud comme pays invités.

    Des invitations ont été envoyées à ces pays, font savoir les sources qui indiquent que les réponses sont attendues.

    En 2024, c’est la Chine qui avait pris part au défilé militaire de la fête de l’indépendance.

    La cérémonie officielle avait eu lieu à Grand-Bassam, sur l’autoroute qui relie cette ville à Abidjan.

    Richard Yasseu 

  • 414 FUMOIRS DÉTRUITS, 8200 RAFLES, 451 ARRESTATIONS, 850 VÉHICULES EN FOURRIÈRE : LA POLICE À ABIDJAN FAIT LE BILAN

    414 FUMOIRS DÉTRUITS, 8200 RAFLES, 451 ARRESTATIONS, 850 VÉHICULES EN FOURRIÈRE : LA POLICE À ABIDJAN FAIT LE BILAN

    L’Opération Épervier 10, mise en œuvre par la Police Nationale en collaboration avec la Gendarmerie Nationale et les Forces Armées de Côte d’Ivoire (FACI), a contribué à préserver la tranquillité des citoyens et à consolider les acquis des actions précédentes.
    Cette période, allant de janvier à juillet 2025, fait apparaître des résultats significatifs dans la lutte contre la criminalité et la délinquance juvénile, notamment en soutien à la prise en charge des enfants en conflit avec la loi.

    La lutte contre la drogue

    Sur le plan de la lutte antidrogue, 451 personnes ont été interpellées et déferrées. Près de 414 fumoirs ont été démantelés à travers le pays, témoignant d’une action ciblée contre les lieux de consommation. Les saisies sont variées et importantes, puisque figurent notamment 0,742 kg de cocaïne, plus de 3 tonnes de cannabis, 0,595 kg d’héroïne, ainsi que plusieurs centaines de kilogrammes d’autres substances comme le tramadol, tramaking, diazépam ou encore l’OG Kush.

    Les plantations de cannabis n’ont pas été en reste, avec 267 plants saisis. Par ailleurs, l’opération a engendré la confiscation d’articles divers : 87 cartouches de munitions, un fusil calibre 12, deux pistolets automatiques, dix motos, deux véhicules, une vingtaine de téléphones portables ainsi que près de 347 000 francs CFA en numéraire.

    Des efforts maintenus contre la criminalité et les incivilités

    Du côté de la criminalité générale, les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs actions de terrain. Parmi elles, on dénombre 453 interpellations pour activités de vendeurs ambulants, 134 pour mendiants et 372 pour enfants en conflit avec la loi. Au total, plus de 8 200 rafles ont été menées, avec 415 personnes déférées devant les juridictions compétentes.

    La lutte contre les incivilités routières et urbaines a aussi mobilisé les agents. Ce sont 853 véhicules qui ont été mis en fourrière, tandis que près de 2 000 plaques d’immatriculation jugées fantaisistes ou banalisées ont été saisies.

    Un contrôle particulier a porté sur 1 239 véhicules aux vitres teintées non conformes, ainsi que sur 585 engins à deux et trois roues dépourvus de pièces réglementaires. Par ailleurs, on compte 334 véhicules sans visite technique valide, 401 sans assurance, et 118 sans autres documents obligatoires. Ces mesures ont donné lieu à la perception d’amendes forfaitaires dépassant 150 millions de francs CFA.

    Vacances sécurisées 10 : Une adaptation aux défis saisonniers

    Avec la fin de l’année scolaire, les autorités ont réajusté leur dispositif sécuritaire pour faire face aux défis spécifiques des vacances. Cette période connaît traditionnellement un accroissement des déplacements, mais aussi de certaines pratiques déviantes. Certains jeunes, privés d’encadrement pédagoqique, s’exposent à la délinquance ou à des actes peu compatibles avec la légalité.

    L’opération « Vacances Sécurisées 10 », lancée le 25 juillet 2025 à Abobo prend le relais d’Épervier 10. Elle s’appuie sur la coordination entre la Police Nationale, les FACI, la Gendarmerie Nationale et le CCDO, et s’étend à l’ensemble du territoire national, avec une attention particulière portée au grand Abidjan.

    Cette opération entend garantir la sécurité dans plusieurs domaines : protection des établissements financiers et commerciaux, bouclages et ratissages dans les quartiers à risque, arrestations ciblées de personnes suspectes, démantèlement des sites de consommation de drogues, lutte contre la débauche et les atteintes à la morale publique, ou encore la lutte contre les nuisances sonores et les vendeurs ambulants non autorisés.

    DJOMANDE Aziz

  • Il a braqué 24 banques et conseille désormais d’autres délinquants. Mais ne qualifiez pas sa vie d’histoire de rédemption.

    Il a braqué 24 banques et conseille désormais d’autres délinquants. Mais ne qualifiez pas sa vie d’histoire de rédemption.

    Joe Loya est entré dans une banque de San Diego juste avant la fermeture, son fedora baissé, son trench-coat effleurant son pantalon et ses yeux cachés derrière des lunettes de soleil noires.

    Il s’est approché d’un caissier et a glissé un mot sous la vitre.

    Le caissier le lut et se figea. « On a une bombe. J’ai une arme. Donnez-moi l’argent ! » pouvait-on lire. Le caissier hésita. « Maintenant ! » siffla-t-il.Commentaires sur les annonces

    Loya a fourré 4 500 $ dans un sac banane, a couru quelques pâtés de maisons, a hélé un taxi et a disparu.

    C’est ainsi que débuta sa vie de braqueur de banque à la fin des années 1980. En l’espace d’un an, il braqua une vingtaine de banques dans le sud de la Californie, empochant un quart de million de dollars, sans jamais tirer avec le .357 Magnum qu’il gardait à la ceinture.

    « Je ne vais pas sauter par-dessus le comptoir. Je ne vais pas leur tirer dessus. Je ne vais pas les frapper avec un pistolet », a-t-il déclaré à CNN. « Je dois être suffisamment persuasif et débordant de rage pour les convaincre. »

    Lors des braquages, il changeait de tenue : un jour, un costume, le lendemain, un short. Certains jours, il troquait le fedora contre une casquette de baseball. D’autres fois, il portait plusieurs couches de vêtements qu’il retirait en fuyant. Mais ses lunettes de soleil restaient sur lui.

    Les enquêteurs, prenant ses cheveux noirs et sa peau mate pour ceux d’un Moyen-Oriental, l’ont surnommé le « Bandit de Beyrouth ».

    Mais Loya, une Américaine d’origine mexicaine diplômée d’une école privée et passionnée d’histoire russe et de science-fiction, n’était pas facilement cataloguée.

    Après une série de vols qui a duré un an, Loya a été arrêté en 1989. 
    par CNN/Newspapers.com

    Et avant de commencer à braquer des banques, il avait un jour poignardé son père, un pasteur évangélique, avec un couteau à steak en représailles à des années de violences physiques.

    Trahi par sa petite amie, Loya fut arrêté en mai 1989 alors qu’il l’attendait sur le campus de l’UCLA. Il avait 27 ans.

    Il a plaidé coupable de trois vols – la police n’a pas pu le relier de manière concluante aux autres – et a purgé sept ans de prison avant sa libération en juillet 1996.

    Loya a passé les trois dernières décennies à affronter son passé criminel. Il a écrit ses mémoires, « L’homme qui a dépassé sa cellule de prison », et fait l’objet d’un nouveau podcast, « Get the Money and Run », qui fait connaître son histoire à une nouvelle génération.

    Dans le cadre de son parcours, il est retourné en prison pour apprendre aux détenus à s’approprier leur histoire et à l’utiliser pour un changement positif. Il a également passé des heures à se demander : où tout cela a-t-il commencé ? Qu’est-ce qui l’a conduit à une vie de criminel ?

    Il a assumé tous les aspects de sa vie chaotique, la violence y compris. Mais ne qualifiez pas son histoire de rédemption.

    « Je pense que la rédemption n’est qu’une partie de l’histoire. Une seule », a-t-il déclaré. « Ne lui attribuer qu’un seul thème revient à me rabaisser en tant que personnage, à nier ma complexité humaine. »

    Son enfance a été façonnée par le chagrin, la colère et la religion

    Le père de Loya était pasteur baptiste du Sud. Dans la maison familiale d’East Los Angeles, la religion façonnait chaque aspect de leur vie, a-t-il expliqué.

    Enfant, Loya chantait à tue-tête le cantique pour enfants « Jésus m’aime, je le sais », à la demande de sa famille comme des inconnus. La première fois qu’il a vu un film sur la crucifixion de Jésus, il a fondu en larmes.

    Les parents de Loya se sont mariés à 16 ans, et sa mère a consigné les étapes importantes de la vie de son aîné dans un carnet de bébé. Une entrée illustre parfaitement la nature fougueuse du jeune Joe : « Il a du caractère. Je suppose qu’il tient de son père. »

    Le père et le fils accompliront plus tard cette prophétie de manières inimaginables.

    L’enfance de Loya, dit-il, alternait moments de joie et d’angoisse. Parfois, son père se mettait à quatre pattes et faisait semblant d’être un cheval tandis que Joe et son jeune frère grimpaient joyeusement sur son dos.

    Mais la légèreté et le rire pouvaient vite disparaître. Joe Loya Sr. exigeait la perfection et usait de violence pour l’obtenir, a déclaré son fils.

    « Je devais mémoriser mes tables de multiplication. Mon père voulait que nous soyons les plus intelligents de la classe, car nous étions boursiers et les élèves de couleur », raconte Loya. « Il voulait que nous soyons meilleurs et plus intelligents que les autres. »

    Son père lui faisait passer des tests de mathématiques après le travail et le frappait avec une ceinture pour chaque question manquée, a-t-il dit.

    À l’époque, la mère de Loya était en train de mourir d’une maladie rénale. La douleur de voir sa mère se détériorer lentement, ainsi que la peur et le ressentiment envers son père, s’accumulaient en silence, a-t-il raconté.

    « À chaque coup que mon père me frappait, une énergie différente se développait en moi… l’animosité, la négativité, tout ça. Ça change nos molécules, ça nous réorganise et ça nous donne de la puissance », a-t-il dit. « Je devenais plus fort. Je ne faiblissais pas. »

    Sa mère est décédée quand il avait 9 ans, laissant Joe et son frère sans protection. Les violences se sont intensifiées, a-t-il dit.

    Joe Loya avec sa fille Matilde et son père, Joe Loya Sr., au milieu des années 2000.

    Joe Loya avec sa fille Matilde et son père, Joe Loya Sr., au milieu des années 2000. Joe Loya

    Le père de Loya, âgé de 80 ans, est en mauvaise santé et n’était pas disponible pour parler à CNN. Mais dans le podcast et lors d’interviews précédentes, il a avoué avoir battu ses deux enfants.

    Un soir, alors que Joe avait 16 ans, tout a basculé. Après un passage à tabac particulièrement violent, il a raconté avoir saisi un couteau à steak dans la cuisine et poignardé son père au cou.

    « Il a commencé à crier : « Oh, tu m’as tué, tu m’as tué ! » », a déclaré Loya.

    Son père a également vécu un moment de transformation.

    « Je n’arrêtais pas de dire : « Donne-moi ton couteau, je ne te ferai plus de mal », a déclaré Loya Sr. dans le podcast. « Et puis ça m’a frappé : « Il ne t’a pas poignardée, c’est toi qui l’as obligée à te poignarder. Tu l’as traité comme ça. On est là grâce à toi … » »

    « Ce fut un moment de lucidité », dit-il, la voix brisée par l’émotion. « J’ai pensé à sa mère. Je l’ai laissée tomber. Et je me suis juré de changer. »

    Ses enfants ont été brièvement placés en famille d’accueil. Mais Loya avait finalement changé d’avis. Il disait se sentir comme David après avoir vaincu Goliath, comme s’il s’était enfin libéré des abus dont il était victime.

    Il a également appris que la violence pouvait lui donner le contrôle.

    Il est devenu accro à l’argent facile en braquant des banques

    Ne cherchant plus à plaire à son père, le lien de Loya avec la religion commença à se défaire. Il se sentait fort, puissant.

    Il a commencé à commettre des délits mineurs : voler des voitures, falsifier sa feuille de temps au restaurant de Pasadena où il travaillait comme cuisinier et escroquer des amis et des membres de la congrégation de son père, a-t-il déclaré.

    Il a ensuite entendu parler du bandit et leader révolutionnaire mexicain Pancho Villa, qui, au début des années 1900, a braqué des banques, des trains et des riches dans le nord du Mexique et le sud-ouest des États-Unis.

    « Je me suis dit : « Je vais faire ça », a-t-il dit. « Je vais braquer plein de banques. »

    Après avoir compté sa liasse de billets volés dans un motel après son premier braquage de banque, il est devenu accro.

    « Près de 4 500 $, c’était une sensation glorieuse », a-t-il déclaré. « C’était comme si je n’avais plus jamais à être un petit délinquant. Je n’aurais plus jamais à escroquer qui que ce soit. Je peux être honorable maintenant, sauf pour ce braqueur de banque. »

    À 20 ans, Joe Loya considérait le comportement criminel comme un moyen de prendre le contrôle de sa vie.

    À 20 ans, Joe Loya considérait le comportement criminel comme un moyen de prendre le contrôle de sa vie. Avec l’aimable autorisation de Joe Loya

    Loya prenait sa nouvelle carrière criminelle au sérieux, repérant des endroits près des autoroutes pour s’échapper rapidement. Parfois, il braquait une banque à pied ou sautait dans un taxi, s’éclipsant tandis que tout le monde cherchait une voiture pour fuir.

    Les autres jours, il utilisait sa Mazda RX-7. Il lui arrivait de cibler plusieurs banques en une seule journée, a-t-il raconté. Son plus gros butin s’élevait à environ 33 000 dollars, provenant d’une caisse d’épargne fédérale de Tustin, en Californie. C’était en janvier 1989, selon les archives judiciaires.

    Trois mois plus tard, le FBI l’a finalement identifié après qu’un conducteur de fourgon blindé a repéré sa plaque d’immatriculation alors qu’il fuyait un braquage de banque à Camarillo, en Californie.

    Le FBI a contacté la petite amie de Loya, l’avertissant qu’elle pourrait être poursuivie comme complice en raison de l’argent qu’elle avait reçu de lui, à moins qu’elle ne contribue à le faire tomber.

    « Un bon conseil santé. Je ne lui en ai jamais voulu », a déclaré Loya.

    Elle a déclaré au FBI que Loya prévoyait de passer à l’UCLA, où elle était étudiante, pour lui donner de l’argent avant de fuir au Mexique comme son héros, Villa.

    Le 13 mai 1989, alors qu’il sirotait un cappuccino sur un banc en attendant sa petite amie sur le campus de l’UCLA, un jeune homme s’est approché et a demandé : « Joe Loya ? » Il a instinctivement répondu oui. L’homme s’est avéré être l’un des nombreux agents du FBI disséminés sur le campus à sa recherche.

    Au début, la prison ne l’a pas changé. Loya a déclaré qu’il avait continué ses activités criminelles derrière les barreaux, notamment le trafic de drogue et les agressions contre d’autres détenus. Il pensait que la violence lui permettrait également de gagner le respect en prison.

    Il a passé deux ans en isolement dans un pénitencier fédéral de Lompoc, en Californie, après avoir poignardé un autre détenu. Contraint à de longues périodes de silence, il a repensé à sa vie mouvementée. Et il a commencé à échanger des lettres avec son père.

    Il ne recherchera pas les caissiers de banque qu’il a traumatisés

    Plus de quarante ans plus tard, Loya ne s’excuse pas de ses braquages. « Les banques sont assurées. Elles se portent bien. Elles gagnent beaucoup d’argent sur le dos des gens », a-t-il déclaré.

    Mais un aspect de ses vols le dérange encore aujourd’hui.

    « Ce qui me hantait, ce qui me faisait honte, ce qui me faisait me sentir coupable, c’était de voler les caissiers – le traumatisme que je leur faisais subir », a-t-il déclaré.

    Il n’a jamais tenté de localiser les caissiers, dont les noms figuraient dans les documents judiciaires. Et il n’en a pas l’intention, a-t-il déclaré.

    Joe Loya et Piper Kerman, auteur de « Orange is the New Black », organisent des ateliers d'écriture pour aider les délinquants à guérir grâce à la narration.

    Joe Loya et Piper Kerman, auteur de « Orange is the New Black », organisent des ateliers d’écriture pour aider les délinquants à guérir grâce à la narration. Avec l’aimable autorisation de Joe Loya

    « Je crois que j’ai blessé des gens d’une manière plus grave que si je leur avais donné des coups de poing ou des coups de pied alors qu’ils étaient à genoux », a-t-il déclaré.

    Demander une rencontre avec ses victimes, c’est comme les voler à nouveau, a-t-il déclaré.

    « Je les ai tendus un piège avec mon incontinence émotionnelle », a-t-il déclaré. « J’ai déversé devant eux toute ma rage, ma confusion, mon désespoir, mon ressentiment. Je leur ai tout déversé. Et j’ai touché de l’argent en échange, tandis qu’ils devaient gérer les conséquences. »

    En raison des revenus tirés de son livre et de son podcast, certains critiques l’ont accusé de capitaliser sur son passé criminel. Mais aucune somme d’argent ne peut compenser son traumatisme personnel depuis la mort de sa mère, a-t-il déclaré.

    « Faire du profit, c’est gagner plus que ce que l’on a dépensé pour créer un objet de valeur », a-t-il déclaré. « Donc, non, il n’y a pas encore eu de profit en retour. »

    Il aide désormais d’autres délinquants à se réapproprier leur histoire

    Loya, 63 ans, vit aujourd’hui à Berkeley, en Californie, où il travaille comme écrivain et podcasteur. Pour ce père divorcé d’une adolescente, son passé violent est toujours présent. Il suit une thérapie pour y faire face.

    Une chose lui a apporté de la joie au fil des ans, dit-il : travailler avec d’anciens et d’actuels détenus.

    Il a collaboré avec l’auteur Piper Kerman, dont les mémoires « Orange is the New Black » ont inspiré la série Netflix du même nom, pour partager des histoires humaines derrière les murs des prisons.

    Loya a envoyé une lettre à Kerman alors qu’elle purgeait une peine d’un an de prison pour trafic de drogue et blanchiment d’argent, et les deux sont amies depuis.

    « C’était le seul à m’écrire à avoir été lui-même incarcéré », a-t-elle déclaré. « Il savait combien la vie en prison peut être difficile et combien l’écriture est importante pour entretenir son esprit et son cœur. »

    Au fil des ans, le couple a organisé des ateliers et des cours d’écriture dans les prisons d’État et ailleurs pour mettre en valeur le pouvoir de la narration.

    « C’est étrange d’évoquer une expérience aussi traumatisante, honteuse et dangereuse que l’incarcération. Mais Joe le fait avec beaucoup d’humour », a déclaré Kerman à CNN. « Et lorsqu’il est clair qu’une personne a fait ce travail, il lui est plus facile de tisser des liens avec un large éventail de personnes. Et c’est certainement le cas pour Joe. »

    Loya et Rosario Zatarain. Tous deux ont été condamnés pour vol et travaillent désormais avec d'anciens détenus.

    Loya et Rosario Zatarain. Tous deux ont été condamnés pour vol et travaillent désormais avec d’anciens détenus. Avec l’aimable autorisation de Rosario Zatarain

    Rosario Zatarain, qui a été en prison pour trafic de drogue et vol à main armée, essaie également de vivre selon ce principe.

    Elle a rencontré Loya en juin 2008 lorsqu’il s’est exprimé à l’Institution californienne pour femmes dans le cadre du programme de réhabilitation des toxicomanes de l’établissement de Chino.

    « Je l’ai vu et je me suis dit : ce type n’est pas un braqueur de banque. Il ressemble plutôt à un caissier », a-t-elle déclaré.

    Elle fut surprise par la facilité avec laquelle il partageait son histoire. Elle resta en contact avec lui, espérant apprendre à accepter certains aspects de sa vie qu’elle avait eu du mal à accepter.

    Zatarain a été libérée sur parole un an plus tard, et Loya est devenue son mentor pour la vie post-carcérale. Elle se sentait complexée par son passé criminel et peinait à trouver un emploi, craignant que ses tatouages et son passé ne la conduisent à être jugée, a-t-elle expliqué.

    Aujourd’hui conseillère en toxicomanie et alcoolisme, Zatarain affiche fièrement ses tatouages et utilise son passé de lutte contre la méthamphétamine pour tisser des liens avec les autres. Grâce à Loya, elle n’a pas seulement assumé son passé, elle l’a réécrit, dit-elle.

    « En Joe, j’ai vu quelqu’un qui utilisait ses faiblesses… ce pour quoi tout le monde vous juge – comme un super-pouvoir », a-t-elle dit. « Joe m’a aidé à comprendre que les gens comme nous ont aussi leur place dans la société. Il disait : « Non, on ne veut pas être assez bien à leurs yeux. On veut être assez bien à nos yeux, et c’est tout ce qui compte. » »

    Il a eu une révélation sur son histoire de violence

    Le jour où Loya est sorti de prison, son père l’a accueilli avec un gâteau recouvert d’un épais glaçage blanc. « Bienvenue à la maison Joey », pouvait-on y lire en lettres bleues.

    Déterminés à prendre un nouveau départ, les deux hommes ont confié leurs peurs et ont découvert à quel point la perte de la mère de Loya les avait tous deux brisés. La cicatrice sur le cou de son père, causée par le coup de couteau, est devenue le symbole de leur traumatisme commun.

    « Nous avons passé des années à réparer les dégâts que j’ai causés, à reconstruire la famille que j’ai failli détruire. Ce fut un travail lent et réfléchi. Mais nous l’avons fait avec amour. Et c’est cette histoire que je raconte avec honnêteté et bienveillance », a déclaré la jeune Loya.

    Joe Loya avec le gâteau qui l'a accueilli à sa sortie de prison en juillet 1996.

    Joe Loya avec le gâteau qui l’a accueilli à sa sortie de prison en juillet 1996. Avec l’aimable autorisation de Joe Loya

    Avant la récente maladie de son père, ils visitaient ensemble des prisons pour partager leur histoire de pardon. Ils ont creusé au plus profond de leur colère et de leur douleur, et ont compris comment elles avaient pris le dessus sur leur vie.

    « Pour changer, j’ai dû développer beaucoup de compassion pour moi-même et pour lui. Puis j’ai commencé à réfléchir à ma vie. Pourquoi ai-je fait ça ? » a déclaré le jeune Loya. Il a dit avoir trouvé une réponse.

    « J’étais blessé, j’avais peur, je n’étais pas en sécurité. Je ne me sentais pas en sécurité », a-t-il déclaré.

    Si Loya pouvait parler à son jeune moi, il lui aurait dit qu’il ne prendrait pas la peine de le mettre à l’écart du crime. Il savait que c’était mal, disait-il, mais il considérait cela comme une façon d’échapper à un père violent. Il conseillerait plutôt au jeune Joe de se tourner vers sa passion pour l’écriture et de l’utiliser pour donner un sens à sa vie compliquée, a-t-il ajouté.

    « Quand quelqu’un souffre, il ne suffit pas de lui dire d’arrêter », a-t-il déclaré. « Il faut l’accueillir avec compassion et l’aider à trouver une issue. »

    Loya travaille actuellement sur un autre mémoire sous forme de lettres à sa fille de 19 ans, Matilde.

    Compte tenu de son passé, la paternité n’a pas été facile.

    « Je ne voulais pas avoir d’enfant (au début), parce que j’avais peur de ressembler à mon père », a-t-il déclaré.

    Sa fille lui a donné une nouvelle chance de réécrire son histoire. Et cette fois, dit-il, la violence s’arrête avec lui.

  • Le PPA-CI survivra-t-il à Gbagbo ? L’affaire Don Mello comme miroir d’un parti en crise stratégique.

    Le PPA-CI survivra-t-il à Gbagbo ? L’affaire Don Mello comme miroir d’un parti en crise stratégique.

    Je n’écris pas contre un homme, ni pour un autre. J’écris parce que je crois que la politique n’est pas une affaire de foi aveugle, mais de lucidité, d’anticipation et de responsabilité. Ce que je vois aujourd’hui au sein du PPA-CI m’inquiète. Et je le dis avec d’autant plus de gravité que je mesure le poids historique de Laurent Gbagbo et son parti et l’importance de son rôle dans la construction de l’alternance démocratique en Côte d’Ivoire.

    Laurent Gbagbo reste une figure centrale. Son intelligence politique, sa mémoire historique et sa capacité d’analyse sont intactes. Mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître que, physiquement, l’homme n’est plus ce qu’il était. L’âge est là, visible. Et avec lui, les séquelles d’années de détention, d’exil, de violences subies – y compris dans sa propre chair, à la prison de Korhogo. Cela ne le diminue pas. Cela le rend humain. Et c’est précisément parce qu’il est humain que le parti qu’il a fondé devrait avoir la maturité de penser l’après, non pas dans la rupture, mais dans la transmission.

    Ahoua Don Mello, vice-président du PPA-CI chargé du panafricanisme, annonce officiellement sa candidature à la présidentielle.

    Or, ce que nous observons aujourd’hui, à travers l’affaire Don Mello, c’est l’inverse : un parti qui se ferme, qui se raidit, qui confond fidélité et paralysie.

    1. Le contexte de déclarations et exclusions Le 23 juillet 2025, Ahoua Don Mello, vice-président du PPA-CI chargé du panafricanisme, annonce officiellement sa candidature à la présidentielle. Loin d’une rupture, cette initiative est présentée comme un plan de précaution, une anticipation logique si jamais Laurent Gbagbo était empêché.

    Mais le parti, au lieu d’ouvrir le débat, opte pour la purge. Deux cadres sont exclus pour avoir soutenu publiquement cette démarche. Une manière claire de rappeler que la seule candidature autorisée est celle du fondateur. Et toute autre voix, même posée, est traitée comme une offense. Ce qui frappe, c’est cette capacité à voir la pensée comme une menace, à traiter toute initiative comme une trahison. Face à un pouvoir aussi verrouillé que le régime actuel, le PPA-CI aurait pu se distinguer par sa maturité stratégique. Il a choisi la fermeture et la sanction.

    On appelle ça « unité », mais soyons honnêtes : c’est une unité de façade, construite sur le refus du débat. Et à force d’étouffer toute divergence, c’est le souffle même du parti qui s’éteint. Le danger ne vient pas d’un Don Mello qui réfléchit, mais d’un appareil qui punit ceux qui osent encore penser.

    2. Une stratégie de positionnement ? Certains pensent que la sortie de Don Mello aurait été tolérée ou même orchestrée en interne. Mais dans ce cas, la cacophonie actuelle est un terrible aveu d’amateurisme. Et si elle ne l’était pas, c’est encore plus inquiétant. Un parti qui coupe ses propres branches finit par s’effondrer. Don Mello n’est pas n’importe qui. Il incarne une voix panafricaniste crédible, un discours stratégique structuré. Le rejeter de la scène politique interne, c’est refuser toute perspective de succession réfléchie. Et cela révèle une incapacité chronique à envisager un futur sans le fondateur.

    3. Pourquoi cette crise suggère l’auto-destruction potentielle Un parti ne meurt pas toujours sous les coups de ses ennemis. Parfois, il s’épuise à force de refuser d’évoluer. C’est le cas ici. Quand on réduit toute ambition politique à une seule figure, aussi légitime soit-elle, on s’expose au vide dès que cette figure disparaît.

    Le PPA-CI fonctionne aujourd’hui comme une structure figée dans une logique de sauvegarde, et non de construction. Il ne prépare pas l’alternance. Il prépare la vacance. Il ne développe pas un projet d’ensemble. Il protège une biographie. Ce que cette crise révèle surtout, c’est une méthode : l’étouffement, la précipitation, la réaction impulsive. Pas de médiation. Pas de réflexion collective. Juste l’exclusion. Et dans l’opinion, cette image commence à coller au parti : un appareil verrouillé, incapable d’écouter ses propres cadres comme le RHDP. En politique, on mesure la maturité d’un mouvement/parti à sa capacité à absorber le désaccord. Ici, on l’expulse. Et ce réflexe, s’il se répète, affaiblira définitivement l’idée que le PPA-CI est un parti démocratique.

    4. Survivra-t-il ? Enfin, un héritage politique n’est pas fait pour être sacralisé. Il est fait pour être transmis, adapté, prolongé. Or, aujourd’hui, le PPA-CI semble plus préoccupé à le protéger comme un musée qu’à le faire vivre dans la réalité d’un pays qui change. Si rien ne bouge, si le parti ne s’ouvre pas, ne débat pas, ne se prépare pas à l’après-Gbagbo, alors oui, il disparaîtra. Et ce jour-là, personne ne pourra accuser le régime, ni la CEI, ni Paris. Ce sera un effondrement de l’intérieur, né de la peur d’envisager l’avenir autrement. Et ce serait, à mes yeux, une tragédie politique évitable.

    KOFFI BADOU

    Consultant politique | Stratégies électorales et communication | Progressiste | Défense de la démocratie, de l’inclusion et de la transparence.

  • Côte d’Ivoire: le PPA-CI / PDCI-RDA annonce une marche pacifique à Abidjan, le 2 août prochain

    Côte d’Ivoire: le PPA-CI / PDCI-RDA annonce une marche pacifique à Abidjan, le 2 août prochain

    En Côte d’Ivoire, le front commun PPA-CI / PDCI-RDA souhaite organiser sa première marche pacifique à Abidjan, le 2 août prochain. L’annonce a été faite ce jeudi 24 juillet, une semaine après la présentation officielle des organes dirigeants de l’alliance formée par les deux principales forces d’opposition du pays.

    Le but est entre autres de réclamer une élection présidentielle inclusive, notamment à travers la réintégration sur la liste électorale de leurs leaders radiés pour des raisons judiciaires. Les organisateurs précisent toutefois ne pas avoir encore obtenu l’autorisation des autorités pour la tenue de cette marche.

  • Côte d’Ivoire : l’opposition dans l’incertitude à l’approche de la présidentielle

    Côte d’Ivoire : l’opposition dans l’incertitude à l’approche de la présidentielle

    L’opposition ivoirienne traverse une période d’incertitude avant l’élection présidentielle d’octobre. Entre les questions d’éligibilité au PPA-CI et les arrestations de jeunes cadres du PDCI-RDA, les principaux partis d’opposition peinent à se préparer sereinement à l’échéance électorale.

    En Côte d’Ivoire, certains partis d’opposition inquiètent l’opinion publique, notamment sur leur participation aux prochaines élections. Le PPA-CI de l’ex-président Laurent Gbagbo, toujours inéligible à ce jour, s’interroge sur qui va pouvoir représenter le parti lors de l’élection présidentielle du 25 octobre prochain. Dans ce cadre, l’annonce de la candidature de son vice-président n’est pas pour arranger la situation. Pendant ce temps, le PDCI-RDA dirigé par Tidjane Thiam, lui aussi inéligible, fait face à une vague d’interpellations visant ses jeunes cadres.

    Le PPA-CI en quête de candidat

    Dans une déclaration relayée par le journal Jeune Afrique, le vice-président du PPA-CI Ahoua Don Melo

    sein du PPA-CI. Car dans ce mémo, il proposait de désigner deux ou trois autres candidats afin que l’on s’assure de la validation d’au moins une candidature pour la course à la présidentielle. Cette proposition est depuis devenue une affirmation chez le vice-président qui, après avoir « mûrement réfléchi », déposera sa candidature à la présidentielle, ce qui augure mal de la sérénité au sein de l’un des principaux partis d’opposition tandis que la campagne électorale approche à grands pas en Côte d’Ivoire.

    Le PDCI-RDA dénonce des arrestations « cavalières »

    Si le PPA-CI se retrouve en quête de candidat, le PDCI-RDA continue de dénoncer une vague d’interpellations visant ses jeunes cadres. Selon ce parti, six responsables de sa jeunesse ont été arrêtés depuis le mois dernier, raison pour laquelle le 24 juillet une conférence de presse a été organisée par le parti à son siège pour protester contre les conditions de ces arrestations.

    Blessy Jean Chrysostome
    Blessy Jean Chrysostome

    En évoquant l’arrestation de ces militants du parti, le secrétaire exécutif du PDCI chargé de la veille juridique, Me Blessy Jean Chrysostome, parle de « rapt ». Il s’appuie ainsi sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux où l’on y voit, selon lui, Jean-Paul Djabia, un responsable de la jeunesse du parti, approché par deux hommes en civil, avant d’être embarqué de force dans un véhicule noir.

    Parmi ces six jeunes interpellés, un seul l’aurait été dans le cadre d’une procédure régulière, affirme l’avocat. Pour les autres, les circonstances sont jugées floues, voire inquiétantes. « On ne peut pas aller en civil, faire un rapt sur quelqu’un et puis l’envoyer à la gendarmerie. Une telle interpellation rend complètement nulle toute procédure correctionnelle ou pénale à l’encontre des personnes qui sont interpellées d’une façon aussi cavalière. Le PDCI s’insurge fortement contre ces pratiques qui altèrent l’état de droit », a déclaré l’avocat.

    Toutes ces situations plutôt troubles des partis d’opposition en Côte d’Ivoire placent le RHDP, parti au pouvoir, sur la sellette et questionnent tout autant le bon déroulement des élections dans ce pays qui a connu une importante crise post-électorale il y a quelques années.

    Franck Biyidi

  • Élection présidentielle en Côte d’Ivoire : Le gouvernement travaille à avoir une élection apaisée

    Élection présidentielle en Côte d’Ivoire : Le gouvernement travaille à avoir une élection apaisée

    Le gouvernement ivoirien travaille à avoir une élection apaisée en Côte d’Ivoire en octobre 2025. La ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, Myss Belmonde Dogo, l’a réaffirmé, ce jeudi 24 juillet 2025, au cours du Gouv’Talk, une conférence initiée par le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) et retransmise en directe sur les réseaux sociaux.

    « La priorité du Président de la République et de tout le gouvernement pour cette année, c’est d’avoir une élection présidentielle apaisée avant, pendant et après le scrutin prévu en octobre prochain », a fait savoir Myss Belmonde Dogo, avant d’appeler les jeunes à être responsables et à s’engager pour la paix. « Une jeunesse qui fera en sorte que rien ne soit mis au-dessus de la Côte d’Ivoire », car, selon elle, « en période électorale, ce sont les jeunes qui sont en première ligne dans la rue ». « En plus des actions du gouvernement, c’est tous les Ivoiriens qui doivent s’y mettre pour que nous ayons un pays apaisé », a préconisé la ministre.

    À quelques mois du scrutin présidentiel, souligne-t-elle, le gouvernement a choisi de renforcer la sensibilisation afin d’éviter tout risque d’avoir une nouvelle crise. C’est pourquoi, le ministère de la Cohésion nationale demande l’implication de la chefferie traditionnelle, des guides religieux, des leaders de communautés, ainsi que des femmes et des jeunes, de sorte que toutes les composantes de la nation travaillent à apaiser le climat social.

    CICG

  • TENTATIVE D’ENLÈVEMENT PRÉSUMÉE : BRÉDOUMY SOUMAÏLA PARLE, ADJOUMANI IRONISE

    TENTATIVE D’ENLÈVEMENT PRÉSUMÉE : BRÉDOUMY SOUMAÏLA PARLE, ADJOUMANI IRONISE

    Brédoumy Soumaïla Traoré, député PDCI, assure avoir échappé à une tentative d’enlèvement. Il a quitté le pays. Le porte-parole du RHDP, Kobenan Kouassi Adjoumani, dédramatise et ironise sur sa fuite.

    L’information circulait depuis plusieurs jours. Le porte-parole du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), Brédoumy Soumaïla Traoré, a confirmé avoir été la cible d’une tentative d’enlèvement. Selon lui, des individus encagoulés auraient reçu pour consigne de le « neutraliser ». Alerté par la direction de son parti, il affirme avoir été mis à l’abri sur instruction du président Tidjane Thiam.

    « Des instructions pour me neutraliser »

    « En ce qui me concerne, j’ai été alerté par la haute direction du PDCI-RDA sur un plan d’enlèvement me visant, avec une destination inconnue », a-t-il déclaré jeudi 24 juillet lors d’une émission sur la télévision numérique de son parti. « Au départ, je n’y ai pas cru, mais le président Tidjane Thiam a jugé nécessaire que je sois mis en sécurité, en observation. »

    Depuis, affirme-t-il, des éléments concrets ont confirmé que la menace était bien réelle. « C’étaient des instructions pour me neutraliser », insiste-t-il. « Neutraliser dans quel sens ? Ma vie ? Je ne sais pas. »

    Le cadre du vieux parti n’a cependant pas révélé le lieu de sa cachette. Son témoignage intervient dans un contexte politique particulièrement tendu à moins de trois mois de l’élection présidentielle. Ces dernières semaines, plusieurs jeunes cadres et militants du PDCI ont été arrêtés à Abidjan et à l’intérieur du pays, dans des conditions jugées floues par le parti.

    Selon leur avocat, seule l’une des six arrestations signalées aurait été effectuée selon les règles. Trois militants sont poursuivis pour troubles à l’ordre public, ce qui renforce les craintes, dans l’opposition, d’une tentative de museler les voix critiques à l’approche du scrutin.

    Porte-parole du PDCI-RDA depuis sa nomination par feu Henri Konan Bédié, Brédoumy Soumaïla a été reconduit à ce poste par le président actuel, Tidjane Thiam. Figure active du parti, il s’est régulièrement illustré par ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir en place. Alors que le PDCI-RDA et le PPA-CI, désormais alliés au sein d’un Front commun, intensifient leurs appels à une réforme du processus électoral et à la réintégration de figures exclues, Brédoumy a été désigné membre de la cellule communication de cette alliance, aux côtés de Lago Fabrice, alias Steve Beko.

    « C’est une marque de confiance. Et c’est peut-être cela qui dérange le régime RHDP », estime-t-il. « Nous avons une force d’explication et une force de communication qui dépasse les partis et qui parle aux Ivoiriens. (…) Tout cela les inquiète. »

    Adjoumani ironise sur son départ

    Interrogé sur cette affaire, le porte-parole du parti au pouvoir, le RHDP, Kobenan Kouassi Adjoumani, a réagi avec un ton à la fois personnel et critique. « C’est vrai que c’est mon parent, et en tant que tel, j’ai le devoir de le protéger. Mais quand il a quitté la Côte d’Ivoire, il ne m’a rien dit », a-t-il déclaré le 23 juillet, lors d’une conférence de presse.

    Kobenan Kouassi Adjoumani et Brédoumy Soumaïla Traoré sont en effet tous deux originaires de la région du Gontougo, située dans le nord-est de la Côte d’Ivoire.

    « C’est dans les journaux que j’ai appris qu’il était parti discrètement. Il y a des gens qui demandent aux jeunes de descendre dans la rue pour s’opposer au régime, et ensuite, ce sont eux-mêmes qui prennent la fuite », a ajouté le ministre d’État, laissant entendre que l’opposition manquerait de cohérence entre ses discours et ses actes.

    Pour l’heure, aucune réaction officielle du parquet ou du ministère de l’Intérieur n’a été enregistrée à propos des accusations de tentative d’enlèvement.

  • Reconnaissance de l’État palestinien: Macron dénoncé de «récompenser la terreur» par Israël, une «tache noire dans l’histoire de la France».

    Reconnaissance de l’État palestinien: Macron dénoncé de «récompenser la terreur» par Israël, une «tache noire dans l’histoire de la France».

    Les dirigeants israéliens ont vivement critiqué l’annonce faite jeudi par le président français Emmanuel Macron selon laquelle la France reconnaîtrait en septembre l’État de Palestine.

    Le premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que cette décision «récompensait la terreur» et constituait une menace existentielle, offrant une «rampe de lancement pour anéantir» Israël.

    «Soyons clairs: les Palestiniens ne cherchent pas à créer un État aux côtés d’Israël, ils cherchent à créer un État à la place d’Israël», a-t-il ajouté.

    Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar s’est montré tout aussi cinglant, affirmant qu’«un État palestinien sera un État du Hamas», en référence aux militants palestiniens qui ont attaqué Israël en 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

    Le vice-premier ministre Yariv Levin, qui est également ministre de la Justice, a qualifié cette décision d’«aide directe au terrorisme» et de «tache noire dans l’histoire de la France».

    Le ministre de la Défense, Israel Katz, a promis qu’Israël «ne permettrait pas la création d’une entité palestinienne qui nuirait à notre sécurité».

    Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a jugé que l’annonce de la France «[donnait] à Israël une raison supplémentaire» d’annexer la Cisjordanie qu’il occupe depuis 1967 et de «mettre fin une fois pour toutes à l’illusion dangereuse d’un État palestinien terroriste».

    Mercredi, le Parlement israélien, la Knesset, a soutenu une décision non contraignante exhortant le gouvernement à imposer la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, annexant ainsi le territoire, une revendication de longue date de l’extrême droite israélienne.

    Les figures de l’opposition ont également critiqué la décision d’Emmanuel Macron en des termes très durs. 

    L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui devrait se présenter contre M. Netanyahu aux élections de 2026, a écrit sur X que la décision du président français était un signe d’«effondrement moral» et qu’elle «serait jetée aux oubliettes de l’histoire».

    «Reconnaître un État palestinien revient à récompenser le terrorisme et à encourager le Hamas, une organisation qui a perpétré le massacre le plus horrible de juifs depuis l’Holocauste», a écrit sur X le député de l’opposition Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Yisrael Beitenu.

    Amichai Chikli, ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, a publié une vidéo devenue virale sur internet, dans laquelle on voit apparemment Brigitte Macron repousser son mari Emmanuel Macron avec ses bras.

    «Président @EmmanuelMacron, au nom du gouvernement israélien, voici notre réponse à votre reconnaissance d’un État palestinien», a-t-il écrit sur X.

  • De la traite arabo-musulmane à la négrophobie contemporaine

    De la traite arabo-musulmane à la négrophobie contemporaine

    Les images font froid dans le dos, elles semblent tout droit surgir d’une autre époque. Elles ont été prises en 2017 pourtant, en Libye. On y voit des migrants nigérians réduits à l’état d’esclave et vendus comme du bétail [1]. Leur diffusion au mois de novembre dernier a provoqué l’indignation à travers le monde, les Nations unies, l’Union africaine et l’Union européenne condamnant des actes intolérables.

    Cette photo prise le 10 octobre 2017 montre des migrants assis dans un centre de détention de Zouara, dans l’ouest de la Libye.PHOTO: Reuters / Hani Amara

    Ces faits n’étaient cependant pas neufs et avaient déjà été plusieurs fois signalés auparavant par des organisations humanitaires telles que Médecins sans frontières [2] ou par des institutions comme l’Organisation internationale pour les migrations [3]. Dans un rapport récent [4], Amnesty International explique même de quelle manière les politiques migratoires européennes contribuent à renforcer les maltraitances envers les migrant·e·s subsaharien·ne·s en Libye. Obsédés par leur volonté de limiter les afflux, les gouvernements européens coopèrent avec les autorités libyennes afin de limiter les tentatives de traversée de la Méditerranée. Cette collaboration se matérialise notamment par la fourniture de matériels aux garde-côtes libyens pour améliorer leur capacité de contrôle ; elle passe également par une assistance dans la gestion des centres libyens de détention où croupissent plus de vingt-mille personnes en séjour illégal. Ces mesures se sont avérées « efficaces » pour endiguer dans une certaine mesure l’arrivée de migrant·e·s sur les côtes italiennes [5] et diminuer de ce fait le nombre de décès dus à la traversée de la Méditerranée. Pour autant le cauchemar migratoire n’a pas disparu, seul son centre de gravité a été quelque peu déplacé des profondeurs de la mer vers l’intérieur des terres libyennes et ses marchés aux esclaves. En matière de droits des migrant·e·s, en particulier des réfugié·e·s, la Libye est en effet très loin de respecter ses obligations (notamment envers l’Union africaine). Bien qu’inscrit dans la déclaration constitutionnelle de 2011, le droit d’asile n’a pas été transposé dans la législation nationale et n’est donc pas appliqué. Par ailleurs, la Libye refuse de longue date de signer la Convention de l’ONU relative au statut des réfugié·e·s, et elle ne reconnait pas officiellement la présence de l’agence des Nations unies pour les réfugiés (le HCR). En externalisant la gestion de leurs frontières en Libye, les États européens provoquent par conséquent un accroissement important de la présence des migrant·e·s dans un pays qui ne leur offre pas de garantie réelle de protection. Ils sous-traitent ainsi cette question politique en empêchant un maximum de migrant·e·s de fouler leur territoire. De la sorte, ils se lavent les mains du sort de milliers de personnes dans un État tiers où ils se garderont bien évidemment d’intervenir par « respect » de sa souveraineté. Mais ce faisant, et au vu du chaos qui règne en Libye, ils mettent ces populations vulnérables à la merci de la prédation des autorités et des divers groupes criminels qui y sévissent (détention arbitraire, racket, prise d’otage, demande de rançon, travail forcé, etc.).

    Une négrophobie enracinée dans l’histoire du Maghreb

    Racisme au Maghreb : «Les discours négrophobes sont de plus en plus courants»- Des migrants avant leur rapatriement de Tunisie, à l’aéroport de Tunis le 7 mars. (Fethi Belaid /AFP)

    Si la responsabilité politique des États européens est écrasante dans l’irruption de cette situation, elle est également tributaire de la configuration sociopolitique de la société libyenne. Les violences envers les migrant·e·s, singulièrement ceux et celles provenant d’Afrique subsaharienne, scandent depuis plusieurs décennies la politique libyenne. Au début des années 2000, par exemple, au moment où le pays sortait de l’embargo imposé par l’ONU, des émeutes « populaires » faisaient des centaines de morts parmi les migrant·e·s subsaharien·ne·s. En réaction, les autorités ont procédé à l’expulsion massive de ces groupes [6]. La Libye est cependant loin d’être une exception au sein des pays d’Afrique du Nord. Dans les médias maghrébins, les discours haineux qui tendent à les criminaliser sont légion [7], et on peut évoquer à cet égard le cas emblématique de la Une du magazine Maroc Hebdo en 2012 qui titrait « Le péril noir » (photo choc à l’appui) pour dénoncer la menace que l’immigration subsaharienne représenterait pour le royaume marocain. Mais les violences ne se limitent pas seulement aux discours, les agressions verbales et physiques n’étant pas exceptionnelles. Au Maroc par exemple, les Subsaharien·ne·s se font régulièrement insulter dans l’espace public (notamment en étant traités d’esclaves) [8]. Des associations de défense des droits humains dénoncent également des brutalités régulières à leur encontre de la part des pouvoirs publics ou de groupements d’individus, qui aboutissent parfois à des meurtres [9]. À Oran en Algérie, une Camerounaise ayant subi un viol en novembre 2015 a vu sa plainte ne pas être traitée par les autorités (dans un premier temps en tout cas, avant que des mouvements de solidarité ne les fassent plier) sous prétexte qu’elle n’était pas musulmane et n’avait pas de papiers de séjour en règle [10].

    Pour mieux comprendre les ressorts de cette situation, et notamment la persistance des pratiques « modernes » d’esclavage, un détour par certaines périodes historiques n’est pas inutile. L’histoire de la traite orientale des Noir·e·s est en effet éclairante à ce sujet. Du VIIe siècle jusqu’au début du XXe, ce sont des millions d’hommes et de femmes qui ont ainsi été réduit·e·s en esclavage et qui ont fait l’objet d’un commerce dans nombre de pays arabo-musulmans. Plusieurs routes commerciales transsahariennes partant d’Afrique subsaharienne aboutissaient au Maghreb avec beaucoup d’esclaves parmi leurs « marchandises » [11]. Les captif·ve·s remplissaient diverses fonctions telles que domestiques, concubines, eunuques, ouvriers agricoles, soldats, etc. Leurs conditions de vie pouvaient être extrêmement difficiles et entrainer des taux de mortalité parfois très élevés [12]. Une des spécificités du système esclavagiste oriental était de ne pas avoir favorisé l’établissement de communautés d’esclaves pérennes, d’où la nécessité de razzias régulières pour conserver des effectifs suffisants [13]. Par ailleurs, alors que le XIXe siècle a vu une lente période d’abolition de l’esclavage occidental [14], la traite orientale a au contraire connu une augmentation [15]. Les schémas de la domination se révèlent ainsi complexes. Bien qu’ils soient nombreux à avoir subi le joug colonial occidental, cela n’a pas empêché plusieurs pays arabo-musulmans de pratiquer diverses formes d’oppression radicale à l’encontre de populations encore plus vulnérables. Une vision plus globale de l’histoire ne peut donc qu’encourager à se défaire de tout essentialisme : « l’Occidental », pas plus que « l’Arabe », « le Noir », etc. ne sauraient être par nature d’éternels oppresseurs ou à contrario d’inéluctables victimes. Un tel argument ne saurait néanmoins alimenter le moulin du relativisme et accréditer l’idée que, au fond, puisque personne n’a le monopole théorique de l’oppression, nul n’en porte alors la responsabilité concernant des faits. Bien que les peuples arabes aient pratiqué massivement l’esclavage des Noir·e·s, ils ne méritaient donc pas d’être colonisés ; bien que certains peuples subsahariens aient pu en faire autant, les traites occidentales et orientales n’en étaient pas pour autant légitimes.

    Une affirmation identitaire qui alimente la négation de l’Autre

    Pour des Belges d’ascendance maghrébine, ces constatations peuvent paraitre lointaines et abstraites. La présence simultanée de groupes et d’individus afro-descendants en Belgique rend toutefois prégnantes les interrogations qu’elle suscite. L’exemple du film Black, coréalisé en 2015 par deux Belges d’origine marocaine [16] et truffé de stéréotypes racistes envers les personnes noires de peau, illustre la réalité de la négrophobie chez nous [17]. Se pose dès lors la question de l’attitude que ces Belges sont susceptibles d’adopter face au constat de cette réalité. Pourrait-on les voir affirmer, pour reprendre un discours du candidat républicain à la dernière élection présidentielle française [18], que « Non, le Maroc ou l’Islam ne sont pas coupables d’avoir voulu faire “partager” leur culture aux peuples d’Afrique et que, non, ils n’ont pas inventé l’esclavage ! » Pourrait-on les voir s’offusquer des injonctions à la « repentance » qui les rendraient personnellement coupables des maltraitances commises par leurs ancêtres ? Les verrait-on évoquer les splendeurs passées de la civilisation de l’Al-Andalus afin d’occulter la brutalité du système social sur laquelle elle s’est pourtant bâtie ? Se mettront-ils·elles à vanter les aspects « positifs » des apports civilisationnels dont auraient bénéficié les peuples subsahariens pour minimiser l’impact du système esclavagiste ? Après tout, la doctrine islamique orthodoxe limite théoriquement le recours à la pratique de l’esclavage et encourage même l’affranchissement des esclaves. Mais outre qu’elle n’interdit pas formellement l’asservissement d’un être humain par un autre, l’expansion musulmane en a favorisé le commerce dans les faits [19]. Faudrait-il considérer pour autant la reconnaissance de cette réalité comme une attaque portée contre les identités arabo-musulmanes ? Verrait-on ceux et celles qui se réclament de cette foi riposter par le déni farouche de la violence qui s’est déversée sur autrui durant des siècles ? À l’image de cette hagiographie française qui justifie la conquête de l’Algérie par la résistance qui a été opposée à la France, elle se serait alors vu « obligée » de ne plus se contenter d’en conquérir le seul littoral [20]. Sur la base d’un tel raisonnement, rien n’empêcherait certain·e·s de prétendre que, si les peuples africains ne s’étaient pas laissé gentiment convertir à l’islam, une partie de leur population n’aurait pas été ponctionnée pour être réduite en esclavage…

    Dans la même veine, que penser de cet argument souvent entendu qui minimise l’impact de la traite (orientale et occidentale) par l’existence d’un esclavage intra-africain ? Cette dilution de la responsabilité est en fait sous-tendue par un relativisme culturel qui ne dit pas son nom. Les pratiques esclavagistes anciennes ne seraient pas condamnables car elles s’inscrivaient dans la normalité de leur époque. Tou·te·s ceux et celles qui cherchent à en relever le caractère violent se rendraient donc coupables d’anachronisme en transposant des normes qui ne prendraient sens que dans un contexte contemporain. Adopter une telle position serait pourtant faire preuve d’un mépris absolu envers ceux et celles qui ont personnellement subi le joug esclavagiste. Ces personnes trouvaient-elles « normal » d’être aliénées et de se voir réduites à l’état de choses soumises au droit de propriété ? Faudrait-il croire à la suite d’Aristote que la nature profonde de certains groupes humains est qu’ils soient prédestinés à l’esclavage [21] ? Il n’en est rien car ces hommes et ces femmes se sont révolté·e·s contre le système esclavagiste quand ils·elles en avaient la possibilité. L’exemple emblématique des révoltes « Zandj » en Mésopotamie, entre la fin des VIIe et IXe siècles, l’illustre bien [22]. Plutôt que d’interpréter l’histoire à travers les normes dominantes de ces époques, pourquoi ne pas les saisir à la lumière des motifs qui ont poussé ces groupes opprimés à s’insurger contre leur servitude ? Peut-être tout simplement parce que, si ces luttes étaient naguère illégitimes, résister aujourd’hui aux formes contemporaines de domination le serait quelque part aussi… Si les enjeux mémoriels sont si prégnants, s’ils provoquent des débats aussi vifs, c’est donc probablement qu’ils révèlent sous un autre jour la réalité des luttes sociales actuelles. On comprend donc pourquoi toute cette rhétorique vise finalement à susciter le ressentiment identitaire en faisant passer toute conscience critique de son passé pour une forme d’humiliation.

    Ce à quoi invite ce texte qui vise les entrepreneurs de morale identitaire de tous bords est donc à une lecture politique de l’histoire car les conséquences de certains évènements passés continuent à peser lourdement sur la structure des rapports sociaux [23]. Pas question pour autant de « repentance » ou autre excuse, ce ne serait qu’une autre manière d’évacuer hâtivement un passé qui dérange. Ce dont il est question avant tout est de cesser d’occulter certaines facettes de l’histoire et de reconnaitre qu’elles ont des choses à nous dire sur notre présent et notre avenir. Qu’elles soient déplaisantes à entendre les rendent d’autant plus nécessaires car elles poussent à s’interroger sur certaines contradictions relatives aux valeurs auxquelles on déclare adhérer. Si l’islam était une religion tolérante, pourquoi son expansion aurait-elle ainsi favorisé la traite des esclaves [24] ? Et par corolaire, pourquoi parmi nombre d’arabo-musulmans tolère-t-on encore aujourd’hui la négrophobie ? Quelle valeur aurait un antiracisme sélectif qui s’attacherait à combattre la xénophobie envers les Arabo-musulman·e·s tout en occultant le racisme envers les afro-descendant·e·s ? Qui espère-t-on ainsi convaincre de la nécessité de lutter contre le racisme et les discriminations si cette lutte apparait d’emblée comme biaisée ? Adopter un point de vue critique sur sa propre histoire ne revient donc pas à déforcer ses propres valeurs. Bien au contraire, c’est en rusant avec elles, comme disait Césaire, par le refus d’un examen critique que l’on scie la branche sur laquelle elles sont assises. Et en les instrumentalisant pour le contraire de ce qu’elles sont, à des fins de domination sociale, on contribue bien plus surement à leur anéantissement que n’importe quel supposé péril civilisationnel ou identitaire.

    Par Azzedine Hajji

    Date initiale de mise en ligne : 22/11/2020


    NOTES

    • [1]http://bit.ly/2BJaHla.
    • [2]Liu J., « Les gouvernements européens alimentent le business de la souffrance en Lybie », Le Soir, 7 septembre 2017, http://bit.ly/2CCASXl.
    • [3]Dépêche de l’AFP, 24 novembre 2017, « Esclavage en Libye : “tout le monde savait”, dénoncent ONG et analystes », disponible sur http://bit.ly/2HAUaQG.
    • [4]Amnesty International, « Libye. Un obscur réseau de complicités. Violences contre les réfugiés et les migrants qui cherchent à se rendre en Europe », http://bit.ly/2GBqhOL.
    • [5]Amnesty estime la baisse à 67 % durant le second semestre 2017 dans son rapport.
    • [6]Bensaâd A., « L’immigration en Libye : une ressource et la diversité de ses usages », Politique africaine, 2012/1 (n° 125), p. 83-103.
    • [7]Temlali Y., « Les migrations subsahariennes dans la presse quotidienne algérienne », Confluences Méditerranée, 2013/4 (n° 87), p. 149-162.
    • [8]Bâ B., « Dans la peau d’un noir au Maroc », Slate Afrique, 13 novembre 2012, http://bit.ly/2BS3M9m
    • [9]Communiqué de presse du Gadem, 1er juillet 2015, « Tanger-quartier Boukhalef : Opération d’évacuation discriminatoire contre les Noirs non ressortissants », http://bit.ly/2EQ5hY9.
    • [10]Daoud K., « Être noir en Algérie », Jeune Afrique, 17 mai 2016, http://bit.ly/2sStJ5z
    • [11]Pétré-Grenouilleau O., Les traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004, p. 113-118.
    • [12]Ibid., p. 444-452.
    • [13]Ibid., p. 454.
    • [14]Sans que cesse pour autant l’assujettissement qui prendra progressivement une forme proprement coloniale.
    • [15]Pétré-Grenouilleau O., op. cit., p. 151-156.
    • [16]Il s’agit d’Adil El Arbi et de Bilall Fallah. Il est à préciser que le scénario est tiré d’un roman écrit par Dirk Bracke.
    • [17]Demart S. et Robert M.-T., « Le film Black : un cocktail de racisme postcolonial ! », La Libre Belgique, 23 novembre 2015, http://bit.ly/2t8ODO8.
    • [18]Fillon F., « Je veux faire pour les Français ! », discours du 28 aout 2016 à Sablé-sur-Sarthe, http://bit.ly/2CIwqGL (en particulier à partir de 6’50’’).
    • [19]Pétré-Grenouilleau O., op. cit., p. 26-34.
    • [20]Lefeuvre D., Pour en finir avec la repentance coloniale, Flammarion, 2006, p. 21-23.
    • [21]Lévy E., « La théorie aristotélicienne de l’esclavage et ses contradictions », dans M.-M. Mactoux, E. Geny (Éds), Mélanges Pierre Lévêque, Tome 3, Anthropologie et société (p. 197-213), université de Franche-Comté, 1987.
    • [22]Popovic A., « La révolte des Zandj, esclaves noirs importés en Mésopotamie », Cahiers de la Méditerranée, 2002 (n° 65), p. 159-167.
    • [23]Voir à ce propos le dossier « Hantise (dé)coloniale », La Revue nouvelle, n° 1/2018.
    • [24]On pourrait dire de même que si la Belgique avait voulu défendre les valeurs de liberté en délivrant les Congolais·e·s de l’esclavage des Arabes, pourquoi les aurait-elle ensuite privé·e·s de leur autodétermination pour les exploiter par le travail forcé ?
  • SNEDAI | Autopsie d’un scandale d’État « détournement » de 1,6 milliard Fcfa: la délibération reportée au 30 juillet

    SNEDAI | Autopsie d’un scandale d’État « détournement » de 1,6 milliard Fcfa: la délibération reportée au 30 juillet

    Prévue initialement pour ce mardi 23 juillet, la délibération dans l’affaire SNEDAI a été reportée au 30 juillet 2025 par le tribunal d’Abidjan. Ce procès, qui porte sur un détournement présumé de 1,6 milliard de francs CFA, met en cause la société SNEDAI, longtemps partenaire stratégique de l’État dans la gestion des documents d’identité.

    L’affaire, suivie de près par l’opinion publique en raison des personnalités impliquées et des enjeux financiers, suscite de nombreuses interrogations sur la transparence de la commande publique en Côte d’Ivoire.

    Notre rédaction poursuit sa veille active sur ce dossier sensible qui pourrait avoir des répercussions majeures, tant sur le plan judiciaire que politique.

    Affaire SNEDAI : Autopsie d’un scandale d’État à 1,6 milliard

    Abidjan, juillet 2025 – Derrière les façades vitrées des tours du Plateau, le scandale SNEDAI est bien plus qu’une banale affaire de détournement : il met à nu les dérives d’une gouvernance qui a confondu service public et intérêts privés. Au cœur du dossier, une question centrale : comment une entreprise privée, fondée par une personnalité de l’État, a-t-elle pu gérer les documents officiels de toute une nation, sans véritable contrôle public ?

    Une entreprise au cœur de l’État

    Créée au début des années 2000 par Adama Bictogo, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, SNEDAI Group s’est imposée comme le partenaire incontournable de l’État pour la délivrance des cartes nationales d’identitépasseports biométriques et titres de séjour. Dans un pays où plus de la moitié de la population est en quête de papiers officiels, cette position est plus que stratégique : elle est vitale.

    Mais au fil des années, l’opacité s’est épaissie autour des flux financiers générés par ce monopole. En 2022, selon un rapport explosif de la Cour des comptes, seulement 878 713 FCFA ont été déclarés par SNEDAI comme recettes issues de la confection des CNI et passeports. Une somme dérisoire au regard du coût unitaire des titres (75 000 FCFA pour un passeport) et du volume de demande.


    Septembre 2023 : début du scandale

    Tout bascule à l’automne 2023. Une enquête de la brigade économique et financière révèle un trou de plus de 1,6 milliard FCFA dans les comptes liés à la production des documents d’identité. Des perquisitions sont menées au siège de SNEDAI. L’enquête cible principalement le Directeur administratif et financier (DAF)Hive Kouamé N’Da, soupçonné d’avoir orchestré le siphonnage des recettes via un système de rétrocessions, comptes offshore et sociétés écrans.

    La découverte est accablante : aucun reversement régulier n’aurait été effectué à l’État, malgré les engagements contractuels. Les fonds, collectés sur des comptes dits « séquestres », étaient en fait sous gestion quasi exclusive de SNEDAI, parfois utilisés pour financer des dépenses non justifiées, selon les enquêteurs.

    Le procès : entre vérité judiciaire et pression politique

    Le 7 juillet 2025, le parquet d’Abidjan requiert 7 ans de prison ferme et 5 milliards d’amende contre Hive Kouamé N’Da. Le haut cadre est cependant introuvable. Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui. En parallèle, le procès est suspendu à la non-comparution d’un témoin clé de la banque ayant géré les fonds, compromettant la reconstitution des circuits financiers.

    Fait notable : aucune mise en cause directe d’Adama Bictogo n’est évoquée dans l’acte d’accusation, bien que son nom soit omniprésent dans les débats publics. Le président de l’Assemblée nationale, tout en affirmant s’être retiré de la gestion de l’entreprise, reste perçu comme l’actionnaire moral et politique de SNEDAI.


    La privatisation du service public, à quel prix ?

    L’affaire SNEDAI soulève une question de fond : peut-on confier des services régaliens à des opérateurs privés liés au pouvoir ? Dans un contexte de forte demande en pièces d’identité, la population ivoirienne paie au prix fort cette délégation mal encadrée. En 2024, des dizaines de milliers de citoyens se sont plaints de retards excessifs, pertes de dossiers, ou encore refus injustifiés de délivrance.

    Pire, certains observateurs craignent que des données biométriques sensibles aient été gérées sans garantie de confidentialité, exposant les citoyens à des risques de violation de vie privée.


    Une justice à l’épreuve

    En maintenant les poursuites contre le DAF et en requérant des peines exemplaires, le parquet tente d’envoyer un signal fort. Mais la justice ira-t-elle au bout de sa logique ? Saura-t-elle remonter jusqu’aux donneurs d’ordres politiques, si d’autres responsabilités sont avérées ?

    À une échéance électorale cruciale, le dossier SNEDAI fait figure de test de crédibilité pour l’appareil judiciaire ivoirien. Le report de la délibération au 30 juillet 2025 laisse encore planer le doute.


    Une exception ivoirienne ?

    Le cas SNEDAI illustre enfin une autre exception ivoirienne : celle d’une économie politique de connivence, où les fonctions politiques et les intérêts privés s’entrelacent, sans garde-fou efficace. Alors que les scandales s’enchaînent – de la filière café-cacao à l’ARRE – c’est tout un modèle de gouvernance qui est remis en question.

    La promesse d’un État moderne, numérisé, juste et équitable, ne peut se construire sur de tels errements. L’heure est venue pour les citoyens et les institutions de rompre le silence et d’exiger des réformes profondes sur la gestion des marchés publics et la reddition des comptes.


    Conclusion :
    L’affaire SNEDAI est plus qu’un procès : c’est le miroir d’un pays à la croisée des chemins. La justice dira-t-elle toute la vérité ? La société civile laissera-t-elle passer l’orage ou exigera-t-elle des comptes ? Une chose est sûre : le scandale SNEDAI restera dans les annales comme le révélateur d’un système agonisant à bout de souffle.