Auteur/autrice : iciabidjan

  • LE PPA-CI MET EN GARDE PARIS CONTRE UN ÉVENTUEL SOUTIEN AU 4E MANDAT DE OUATTARA

    LE PPA-CI MET EN GARDE PARIS CONTRE UN ÉVENTUEL SOUTIEN AU 4E MANDAT DE OUATTARA

    Le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par l’ancien président Laurent Gbagbo, a interpellé samedi la France, l’exhortant à ne pas soutenir la candidature du chef de l’État Alassane Ouattara à un quatrième mandat à la présidentielle d’octobre.

    Réuni en comité central ordinaire le 23 août 2025 à Abidjan, le parti a affirmé que toute velléité de soutien français à ce qu’il qualifie de « 4e mandat anticonstitutionnel » constituerait une atteinte à la démocratie et à la paix sociale en Côte d’Ivoire.

    Motions d’interpellation 

    À 83 ans, Alassane Ouattara a annoncé sa candidature à la présidentielle, invoquant la préservation de la stabilité nationale face à des défis « sécuritaires, économiques et monétaires » majeurs. L’annonce suscite déjà des tensions, tandis que le silence de Paris est perçu comme un soutien tacite à ce quatrième mandat.

    « Le Comité central tient à interpeller et à mettre en garde les autorités françaises contre toutes velléités de soutien au 4ème mandat », indique le communiqué final, lu à l’issue de la rencontre présidée par Hubert Oulaye, 2e vice-président du parti, représentant Laurent Gbagbo. Le texte précise que les représentations du PPA-CI à l’étranger devront déposer des motions d’interpellation auprès des ambassades françaises en Afrique, en Europe et en Amérique.

    Cette mise en garde intervient dans un contexte où Laurent Gbagbo et ses partisans n’ont pas oublié le rôle joué par la France lors de la crise post-électorale de 2010-2011. Paris avait alors soutenu Alassane Ouattara, proclamé vainqueur par la Commission électorale indépendante (CEI), contre Laurent Gbagbo, déclaré élu par le Conseil constitutionnel. L’armée française, invoquant une résolution de l’ONU, avait soutenu les rebelles et bombardé la résidence présidentielle à Abidjan, ce qui avait conduit à l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril de la même année et permis l’installation d’Alassane Ouattara au pouvoir. Cette crise, accentuée par l’intervention française, a officiellement fait plus de 3 000 morts selon les chiffres officiels.

    Laurent Gbagbo avait ensuite été transféré et jugé par la Cour pénale internationale (CPI), qui l’a définitivement acquitté. Rentré en Côte d’Ivoire, il a fondé un nouveau parti dans la perspective d’un retour au pouvoir. Toutefois, la grâce présidentielle qui lui a été accordée en 2022 n’a pas effacé sa condamnation dans l’affaire dite du “braquage de la BCEAO”, maintenant une inéligibilité qui pèse sur sa candidature à la présidentielle de 2025.

    Cependant, le PPA-CI, qui dit compter 112 détenus politiques, maintient que la candidature de Laurent Gbagbo au scrutin présidentiel du 25 octobre 2025 est « non négociable ». Le parti affirme avoir recueilli le nombre requis de parrainages pour le dépôt officiel de son dossier. L’ancien président devrait effectuer le dépôt de son dossier de candidature d’ici le 26 août, date butoir.

    Le premier congrès ordinaire reporté

    Depuis plusieurs mois, le parti de l’ex-chef d’État multiplie les mobilisations dans les rues d’Abidjan et à l’intérieur du pays, notamment à travers le mouvement citoyen « Trop c’est Trop », lancé en juillet. Le 9 août, une marche organisée avec d’autres formations d’opposition avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à Abidjan.

    Le comité central a par ailleurs dénoncé ce qu’il qualifie de « pratiques d’un autre âge » en référence aux arrestations de militants et cadres de l’opposition, souvent, selon lui, « enlevés à leurs domiciles par des personnes encagoulées ».

    Dans son communiqué, le PPA-CI appelle à une mobilisation continue « en vue de faire barrage » à une nouvelle candidature de M. Ouattara, au pouvoir depuis 2011. Le parti rappelle que le Comité des droits de l’homme de l’ONU a récemment recommandé de garantir la participation de Laurent Gbagbo à l’élection.

    Le premier congrès ordinaire du PPA-CI, initialement prévu en octobre, a été reporté à après les législatives, a ajouté la direction du parti.

    Samuel KADIO

  • PRÉSIDENTIELLE 2025 : LA CANDIDATURE DE TIDJANE THIAM OFFICIELLEMENT DÉPOSÉE À LA CEI

    PRÉSIDENTIELLE 2025 : LA CANDIDATURE DE TIDJANE THIAM OFFICIELLEMENT DÉPOSÉE À LA CEI

    La Commission Électorale Indépendante (CEI) a enregistré, ce dimanche 24 août 2025, la candidature de Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, pour l’élection présidentielle d’octobre prochain.

    Bien qu’absent du pays depuis le mois de mars, Tidjane Thiam a été représenté pour cette étape cruciale par Alain Cocauthrey, directeur de cabinet du parti, qui a conduit la délégation au siège de la CEI, à Cocody Deux-Plateaux. À ses côtés se trouvaient plusieurs hauts responsables du parti, dont Emmou Sylvestre, secrétaire exécutif, Noël Akossi Bendjo et Dia Houphouët, ainsi que d’autres cadres du PDCI-RDA venus apporter leur soutien symbolique au leader.

    Malgré les mesures de sécurité renforcées autour du siège de l’institution, empêchant des centaines de militants d’approcher à moins de 500 mètres, au niveau du carrefour Duncan, l’ambiance est restée électrique. Les partisans du parti septuagénaire, rassemblés en nombre, ont exprimé leur détermination à soutenir la candidature de leur président, qu’ils considèrent comme le « candidat de l’alternance et de la renaissance ».

    Le dépôt du dossier de candidature marque une étape clé pour le PDCI-RDA, engagé dans une stratégie de reconquête du pouvoir après plus de deux décennies passées dans l’opposition. La CEI devra désormais examiner la conformité des dossiers avant de publier la liste officielle des candidats retenus pour l’élection.

    Eugène Tristan SAHI

  • Un éléphant abattu en pleine ville à Bobo-Dioulasso : polémique autour d’une décision controversée

    Un éléphant abattu en pleine ville à Bobo-Dioulasso : polémique autour d’une décision controversée

    La stupeur et l’indignation se mêlent à la peur ce vendredi 22 août, au secteur 26 de Bobo-Dioulasso, après l’abattage d’un éléphant adulte égaré dans les ruelles du quartier. Alors que l’animal appartient à une espèce intégralement protégée au Burkina Faso, la décision des autorités forestières de l’abattre suscite de vives interrogations.

    Repéré tôt dans la journée, le pachyderme a erré plusieurs heures au milieu des concessions, visiblement désorienté. Sa présence a attiré une foule de curieux, rendant la situation difficilement maîtrisable. Dans ses déplacements, l’animal a endommagé plusieurs biens, notamment des motocyclettes, et une personne a été blessée dans une bousculade, selon un reportage diffusé par la RTB.

    Une issue controversée

    Les agents des Eaux et Forêts, dépêchés sur les lieux, affirment avoir tenté sans succès de reconduire l’animal vers son habitat. « Nous avons essayé par tous les moyens de le faire repartir. Mais l’éléphant, devenu agressif, chargeait la population. La seule solution qui s’imposait a été de l’abattre », a expliqué le Lieutenant-Colonel Hassime Rabo, directeur régional des Eaux et Forêts du Guiriko.

    Un choix qui soulève pourtant des critiques. L’éléphant d’Afrique est une espèce menacée et intégralement protégée par la loi burkinabè, ainsi que par plusieurs conventions internationales. Sa mise à mort, bien que justifiée par la nécessité de protéger la population, apparaît comme une contradiction avec les engagements du pays en matière de conservation.

    Un problème récurrent et mal géré ?

    Ce n’est pas un cas isolé. À Ouagadougou, un buffle a récemment été tué dans des circonstances similaires. Ces incidents répétés témoignent de la multiplication des incursions d’animaux sauvages dans les zones urbaines. Mais au lieu de mesures de prévention et de sauvegarde de la faune, la réponse semble se limiter à l’abattage.

    Les spécialistes rappellent que la fragmentation des habitats, la déforestation et l’urbanisation incontrôlée poussent les animaux à s’aventurer dans les zones habitées. Plusieurs voix estiment que des solutions alternatives – comme la création de corridors écologiques, le renforcement des équipes de capture et la sensibilisation des populations – doivent être envisagées pour éviter que les abattages deviennent la norme.

    Pour les habitants du secteur 26, la peur de cette journée restera vive. Mais pour les défenseurs de l’environnement, c’est surtout l’image d’un éléphant, emblème de la richesse naturelle du Burkina Faso, abattu en pleine ville, qui marque les esprits et appelle à repenser d’urgence la cohabitation entre humains et faune sauvage.

    Serge Ouitona

  • Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Tidjane Thiam, le trio qui a pris trente millions d’ivoiriens en otage.(1-Laurent GBAGBO)

    Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Tidjane Thiam, le trio qui a pris trente millions d’ivoiriens en otage.(1-Laurent GBAGBO)

    La vie politique ivoirienne est rythmée depuis la mort du premier président de la Cote d’Ivoire, Felix Houphouet Boigny, par trois partis politiques et trois personnages: Henri Konan BEDIE (PDCI), Laurent GBAGBO (FPI-PPA-CI) et Alassane OUATTARA (RDR-RHDP). LA COTE D’IVOIRE a tout vécu:c oup d’Etat, Rebellion, Charnier, quasi-guerre civile, crise post-électorale meurtrière

    Tidjane THIAM a remplacé Henri Konan BEDIE à la téte du PDCI mais le tempo politique est toujours rythmé par la même intensité, la même hantise des lendemains ténébreux et les mêmes soubresauts, les mêmes spasmes sociaux: crises, tensions, rejets de candidatures, frayeurs et risques d’embrasements.

    A la veille de la présidentielle decisive d’octobre 2025, nous avons choisi de vous présenter le trio qui tient trente millions d’ivoiriens en haleine.

    Nous commencerons cette présentation par le plus ancien des trois sur la scene politique.

    LAURENT GBAGBO.

    Laurent Koudou Gbagbo, né le 31 mai 1945 à Gagnoa, Côte d’Ivoire, est un homme politique, historien et écrivain ivoirien, président de la République de Côte d’Ivoire de 2000 à 2011. Voici un résumé de sa biographie et de son parcours.

    Origines et formation
    • Famille : Issu de l’ethnie Bété, Laurent Gbagbo naît dans une famille modeste à Mama, près de Gagnoa. Il est le fils de Paul Koudou Gbagbo et de Marguerite Gado. Marié à Simone Ehivet depuis 1989, il a cinq enfants, dont un fils, Michel, issu d’une première union, et quatre filles avec Simone.
    • Éducation : Gbagbo obtient un baccalauréat en philosophie au lycée classique d’Abidjan en 1965, puis une licence en histoire à l’université d’Abidjan (1969). Il décroche un doctorat en histoire à l’université Paris-Diderot en 1979 avec une thèse sur « Les fondements socio-économiques de la politique ivoirienne de 1960 à 1970 ».
    Carrière académique et débuts politiques
    • Enseignement : Gbagbo enseigne l’histoire au lycée classique d’Abidjan (1970-1971) et devient chercheur à l’Institut d’histoire, d’art et d’archéologie africains (1974-1980). Il est également maître-assistant à l’université d’Abidjan.
    • Engagement politique : Militant syndical dès les années 1970, il critique le régime à parti unique de Félix Houphouët-Boigny. En 1971, il est emprisonné pour « enseignement subversif ». En 1982, il fonde clandestinement le Front Populaire Ivoirien (FPI), un parti d’opposition socialiste, et s’exile en France de 1985 à 1988 pour échapper à la répression.
    Carrière politique
    • Retour et ascension : De retour en Côte d’Ivoire en 1988, Gbagbo devient une figure clé de l’opposition. Il se présente à l’élection présidentielle de 1990 contre Houphouët-Boigny, obtenant 18 % des voix. En 1992, il est emprisonné après des manifestations étudiantes.
    • Présidence (2000-2011) : Gbagbo remporte l’élection présidentielle de 2000 avec 59,4 % des voix face à Robert Guéï, dans un scrutin boycotté par Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Son mandat est marqué par :
    • Première guerre civile (2002-2007) : Une rébellion dans le nord, soutenue par Ouattara et des forces extérieures, divise le pays. Les accords de paix (Marcoussis en 2003, Ouagadougou en 2007) tentent de stabiliser la situation.
    • Crise de 2010-2011 : Après l’élection présidentielle de 2010, Gbagbo conteste la victoire d’Alassane Ouattara (reconnu par la communauté internationale avec 54,1 % des voix). Il refuse de céder le pouvoir, déclenchant une seconde guerre civile. En avril 2011, il est arrêté à Abidjan par les forces pro-Ouattara, soutenues par la France et l’ONU.
    Procès et exil
    • CPI (2011-2019) : Transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI) à La Haye en novembre 2011, Gbagbo est accusé de crimes contre l’humanité (meurtres, viols, persécutions) lors de la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait environ 3 000 morts. En janvier 2019, il est acquitté pour insuffisance de preuves, mais reste en Belgique en attendant un appel de la CPI. En 2021, la CPI confirme son acquittement.
    • Retour en Côte d’Ivoire : Gbagbo retourne en Côte d’Ivoire le 17 juin 2021, accueilli par ses partisans. Il reçoit un passeport diplomatique et des avantages d’ancien président, bien que Ouattara ait initialement hésité à autoriser son retour.
    Retour en politique
    • Fondation du PPA-CI : En 2021, Gbagbo rompt avec le FPI et fonde le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), un parti panafricaniste. Il se positionne comme une figure de l’opposition face à Alassane Ouattara.
    • Élection 2025 : En mai 2025, Gbagbo est disqualifié de la liste électorale pour l’élection présidentielle d’octobre 2025, en raison de sa condamnation par contumace à 20 ans de prison en 2019 pour le « braquage » de la BCEAO lors de la crise de 2010-2011. Cette décision, confirmée par la Cour suprême, suscite des protestations de ses partisans, qui dénoncent une instrumentalisation politique.
    Controverses
    • Nationalisme et « ivoirité » : Gbagbo est accusé d’avoir exacerbé les tensions ethniques en promouvant le concept d’« ivoirité », qui marginalisait les Ivoiriens d’origine étrangère, notamment Ouattara.
    • Crise de 2010-2011 : Son refus de reconnaître la victoire de Ouattara a conduit à une crise meurtrière, ternissant son image internationale.
    • Condamnation nationale : Malgré son acquittement par la CPI, sa condamnation en Côte d’Ivoire pour l’affaire de la BCEAO reste un obstacle à sa candidature.
    Vie personnelle
    • Mariage : Marié à Simone Ehivet Gbagbo, également figure politique, bien que leur relation ait été marquée par des tensions publiques. Il a eu une relation avec Nady Bamba, une ex-rebelle, avec qui il a un fils.
    • Religion : Chrétien évangélique, Gbagbo intègre souvent des références religieuses dans son discours politique.
    • Écrits : Auteur de plusieurs ouvrages, dont La Côte d’Ivoire : économie et société à la veille de l’indépendance (1982) et des mémoires politiques.
    Situation actuelle
    En août 2025, Laurent Gbagbo reste une figure polarisante en Côte d’Ivoire. Malgré sa disqualification pour l’élection présidentielle, il conserve une base solide de partisans, notamment parmi les Bétés et les opposants à Ouattara. Ses appels à la mobilisation pacifique et ses critiques du pouvoir en place continuent d’influencer la scène politique ivoirienne.

    Lire aussi: Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Tidjane Thiam, le trio qui a pris trente millions d’ivoiriens en otage.(2-ALASSANE OUATTARA)

    Cheick Ibrahim Ouattara

  • RDC, LA PEINE DE MORT REQUISE CONTRE L’ANCIEN PRÉSIDENT JOSEPH KABILA

    RDC, LA PEINE DE MORT REQUISE CONTRE L’ANCIEN PRÉSIDENT JOSEPH KABILA

    L’ancien président congolais Joseph Kabila est jugé par contumace pour trahison et complicité avec la rébellion de l’AFC-M23 soutenue par le Rwanda.

    En RDC, le général Lucien René Likulia, représentant du ministère public, a appelé les juges de la Haute cour militaire à Kinshasa à condamner « à la peine de mort » Joseph Kabila pour « crimes de guerre », « trahison », et « organisation d’un mouvement insurrectionnel ». 

    Le ministère public requiert également 20 ans de prison contre l’ancien chef de l’Etat pour « apologie de crimes de guerre » et 15 ans de prison pour « complot ». 

    En exil depuis plus de deux ans, Joseph Kabila était apparu fin mai à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. La ville est sous contrôle des rebelles de l’AFC-M23. 

    Il y avait mené des consultations avec des représentants politiques et de la société civile en vue, selon lui, de « contribuer au retour de la paix » en RDC. Dans ce cadre, l’ancien président s’était ensuite rendu à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, également aux mains de l’AFC-M23.

    Félix Tshisekedi (à droite) a succédé à Jospeh Kabila en janvier 2019Image : Jerome Delay/dpa/picture alliance

    Accusations de complicité avec le Rwanda 

    Depuis, Joseph Kabila n’a pas été revu en RDC. 

    Son procès s’est ouvert en son absence le 25 juillet devant une juridiction militaire à Kinshasa. 

    Selon le général Lucien René Likulia, Joseph Kabila, « en intelligence avec le Rwanda », a cherché à perpétrer un coup d’Etat contre son successeur Félix Tshisekedi et a voulu renverser le pouvoir par les armes. 

    Un moratoire sur l’exécution de la peine capitale en vigueur depuis 2003 en RDC a été levé en 2024. Aucune exécution n’a cependant eu lieu depuis. 

    Ce procès à lieu alors que les combats se poursuivent dans l’est de la RDC entre la coalition rebelle AFC/M23 et les forces congolaises, malgré la signature d’un cessez-le-feu entre les deux belligérants et d’un accord de paix signé aux Etats-Unis entre la RDC et le Rwanda. 

  • Non, Patrick Achi n’a pas été nommé Vice-président de la République

    Non, Patrick Achi n’a pas été nommé Vice-président de la République

    Un communiqué largement relayé sur les réseaux sociaux ce vendredi 22 août 2025 prétend que le Président de la République, Alassane Ouattara, aurait annoncé devant l’Assemblée nationale la nomination de Patrick Achi, ancien Premier ministre et député, au poste de Vice-président de la République, en remplacement de Tiémoko Meyliet Koné.

    Faux

    Aucune communication officielle de la Présidence de la République ou de l’Assemblée nationale ne mentionne une telle décision. Ni le site officiel de la Présidence, ni les canaux habituels de communication du gouvernement (communiqués, réseaux sociaux officiels) n’ont publié une information allant dans ce sens. Le Vice-président Tiémoko Meyliet Koné est toujours en fonction. Les fausses nouvelles liées aux nominations et remaniements sont fréquentes en période pré-électorale. Elles visent souvent à semer la confusion dans l’opinion publique et à nourrir des spéculations politiques.

    La bonne information

    À ce jour, aucune nomination d’un nouveau Vice-président n’a été annoncée par le Chef de l’État. Des sources proches du gouvernement ont également démenti cette information. Il s’agirait d’un faux document imitant même la signature de la Secrétaire Générale du gouvernement. La Présidence de la République tient à préciser que le décret n°2025-361-2 du 22 août 2025 n’a jamais existé et que cette information relève de la désinformation. Patrick Achi avait été nommé en janvier dernier par décret présidentiel ministre d’Etat, conseiller spécial à la présidence. Lors du 2e congrès ordinaire du Rhdp les 21 et 22 juin, il avait été désigné pour présider ces assises du parti. Il s’agit d’une fake news. Nous invitons les lecteurs à se référer uniquement aux sources officielles pour toute information concernant les institutions de la République.

    La Présidence de la République invite, par conséquent, les citoyens à se référer exclusivement aux canaux officiels de communication de l’État pour toute information relative aux décisions et actes officiels du Chef de l’État.

  • PDCI-RDA : Le parti dément une fausse note attribuée à l’Onu et appelle à la vigilance

    PDCI-RDA : Le parti dément une fausse note attribuée à l’Onu et appelle à la vigilance

    Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA) a réagi avec fermeté ce vendredi 22 août 2025, à la suite de la circulation sur les réseaux sociaux d’un document présenté comme une correspondance adressée par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme au Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès de l’ONU.

    Une note jugée fausse et non authentifiée

    Selon le communiqué signé par Me Blessy Jean Chrysostome, responsable du parti, des experts du PDCI-RDA ont procédé à plusieurs diligences de vérification afin d’en établir l’authenticité. À l’issue de ces analyses, il est apparu clairement que le document n’a jamais été émis par le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme et n’a pas davantage été adressé au Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Nations Unies.

    Le PDCI-RDA qualifie donc ce document de faux et met en garde contre les tentatives de manipulation de l’opinion.

    Un appel à la prudence et à la mobilisation

    En conséquence, le parti historique invite ses militants ainsi que l’ensemble des citoyens ivoiriens à ne donner aucun crédit à cette fausse note. « Le PDCI-RDA demande à ses militants et aux Ivoiriens de n’accorder aucun crédit à ce document », insiste le communiqué.

    Le parti en appelle à la vigilance de tous face à la multiplication de fausses informations, surtout dans un contexte électoral marqué par des enjeux décisifs.

    Cap sur le dépôt de candidature de Tidjane Thiam

    Tout en démentant cette rumeur, le PDCI-RDA a saisi l’occasion pour rappeler à ses militants de se tenir prêts à accompagner le dépôt de candidature de son président, Tidjane Thiam, à la Commission électorale indépendante (CEI).

    L’acte solennel est prévu ce dimanche 24 août à partir de 12 heures.

    Avec cette réaction rapide, le PDCI-RDA entend démontrer sa détermination à préserver la sérénité du débat politique et à maintenir ses militants concentrés sur l’échéance électorale décisive qui s’annonce.

  • FRANÇOIS HOLLANDE OUVRE SES PORTES À TIDJANE THIAM EN PLEINE BATAILLE PRÉSIDENTIELLE

    FRANÇOIS HOLLANDE OUVRE SES PORTES À TIDJANE THIAM EN PLEINE BATAILLE PRÉSIDENTIELLE

    Dans un communiqué, le PDCI a présenté cette rencontre comme un échange « constructif » autour de la nécessité de préserver la paix en Côte d’Ivoire.

    À moins de deux mois de la présidentielle en Côte d’Ivoire, le président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, a été reçu vendredi 22 août 2025 par l’ancien président français François Hollande à Paris, dans un contexte politique marqué par l’incertitude sur sa candidature.

    « Vif intérêt »

    Selon le texte publié par son parti, Tidjane Thiam a eu « l’honneur d’être reçu, ce jour, par Monsieur François Hollande, ancien Président de la République française à son cabinet de Paris ». L’entretien a été marqué par de « riches échanges constructifs pour aider notre pays, la Côte d’Ivoire, à sortir de la difficile situation socio-politique qu’il traverse à l’approche de l’élection présidentielle prévue en octobre 2025 ».

    Le communiqué souligne également que l’ancien chef de l’État français a témoigné d’« un vif intérêt pour la mise en œuvre de toutes les conditions nécessaires à la préservation de la paix, le renforcement par l’instauration d’une dynamique nouvelle de qualité entre la France et la Côte d’Ivoire ».

    De son côté, Tidjane Thiam a assuré François Hollande de « la ferme volonté de son parti le PDCI-RDA, ainsi que de son engagement personnel, à œuvrer dans la fraternité et par un dialogue franc, à l’organisation d’une élection présidentielle inclusive, transparente et apaisée en Côte d’Ivoire ».

    Dans la droite ligne de l’héritage politique de Félix Houphouët-Boigny, poursuit le communiqué, il a renouvelé sa « sincère gratitude » à l’ancien président français « pour l’accueil qui lui a été réservé ainsi que pour sa détermination à œuvrer pour la paix et pour le bonheur du peuple frère de Côte d’Ivoire ».

    Lecture contestée 

    Cette rencontre intervient alors que Tidjane Thiam se trouve en France depuis plusieurs semaines, multipliant les échanges diplomatiques avec des institutions comme l’Union européenne et les Nations unies. 

    En avril 2025, Tidjane Thiam avait renoncé à sa nationalité française pour se conformer à la loi électorale ivoirienne. Mais la justice a tout de même radié son nom de la liste électorale, invoquant sa double nationalité au moment de l’inscription.

    Le 29 juillet, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a appelé la Côte d’Ivoire à « prendre toutes les mesures nécessaires » pour permettre à Tidjane Thiam « d’exercer pleinement ses droits politiques », en vertu de l’article 25 du Pacte international. Une lecture contestée par la partie ivoirienne.

    Selon Jean-Marc Fedida, avocat de l’État, l’opposant « a perdu » et « reste inéligible », soulignant que le comité « constate que la décision de radiation n’a pas été prise en violation de ses droits politiques », tandis que le porte-parole du gouvernement ivoirien a assuré de son côté que « les droits de Tidjane Thiam sont garantis », sans donner plus de détails sur les suites administratives.

    Alors que le dépôt officiel des candidatures doit intervenir dans les prochains jours, Tidjane Thiam poursuit son offensive diplomatique pour tenter de faire évoluer une situation qui compromet, à ce stade, sa participation à la présidentielle d’octobre.

    Samuel KADIO

  • PDCI : LIMOGEAGE DE BILLON, « UNE ERREUR » DE THIAM SELON VALÉRIE YAPO

    PDCI : LIMOGEAGE DE BILLON, « UNE ERREUR » DE THIAM SELON VALÉRIE YAPO

    Le président du PDCI, Tidjane Thiam, a annoncé la révocation de Jean-Louis Billon de ses fonctions de délégué départemental de Dabakala 1. Il le remplace par Touré Tiémoko Justin, qui lui, assurait le poste de délégué départemental de Dabakala 1 nommé délégué intérimaire. 

    L’annonce a été faite le vendredi 22 août 2025, via un communiqué.

    Cette décision intervient dans un contexte de tensions internes au sein du plus vieux parti de Côte d’Ivoire. Elle suscite des réactions.

    Parmi elles, celle de Valérie Yapo, figure critique de la direction actuelle du PDCI.

    “C’est le contraire qui m’aurait étonné”

    La membre du Bureau politique du PDCI et directrice nationale de campagne du candidat Jean-Louis Billon dit ne pas être surprise de la décision de la direction de son parti.

    « C’est le contraire qui m’aurait étonné. Un dirigeant de parti politique doit rassembler.

    Avant Jean-Louis Billon, il a révoqué des cadres qui ont simplement tenu une conférence de presse pour réclamer un bureau politique.

    Et c’est dommage. C’est tout ça le PDCI-RDA de Thiam », dit-il à 7info.

    « C’est une grosse erreur pour lui de limoger le ministre Jean-Louis Billon de son poste de délégué départemental, parce qu’il est le seul député PDCI-RDA au Nord.

    Quel dirigeant peut perdre toute une région pour une décision aussi incompréhensible ? », s’interroge-t-elle en outre.

    « Il nous donne raison depuis le début. Heureusement, dans les bases du PDCI-RDA, les militants ont enfin compris.

    Jean-Louis Billon est un cadre de valeurs. Il avait toute la charge, même domestique, du siège de Dabakala.

    Comment comprendre qu’on puisse le déchirer de son poste pour opinions diverses ? », poursuit Valérie Yapo.

    Un appel à se concentrer sur la présidentielle

    Malgré ses critiques, Valérie Yapo affirme que la priorité doit rester la présidentielle d’octobre 2025.

    « Pour le moment, nous mettons le cap sur l’élection présidentielle. Les Ivoiriens lui ont fait confiance, ils lui ont donné le parrainage.

    Nous avons déposé le dossier avec tous les papiers que nous avons », fait-elle savoir.

    Contexte : une réconciliation en mars, des tensions en août

    Pour rappel, le 26 mars 2025, le PDCI-RDA avait annulé les sanctions contre plusieurs de ses militants, dont Jean-Louis Billon et Valérie Yapo.

    La décision était perçue comme une dynamique de réconciliation visant à renforcer l’unité du parti à l’approche des élections.

    La décision de ce 22 août marque donc un nouveau tournant dans les rapports internes et pourrait raviver les critiques des tensions à moins de deux mois du scrutin présidentiel.

    Tristan Sahi

  • Revers au Gabon: le groupe EBOMAF de Mahamadou Bonkoungou perd son contrat

    Revers au Gabon: le groupe EBOMAF de Mahamadou Bonkoungou perd son contrat

    EBOMAF perd pied au Gabon

    Le groupe EBOMAF, propriété du milliardaire burkinabè Mahamadou Bonkoungou, vient d’essuyer un sérieux revers au Gabon. Comme le rapporte Gabon Actu, la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) a annoncé, le mercredi 20 août 2025, la rupture de son partenariat avec l’opérateur privé, à peine six mois après lui avoir confié la gestion de ses activités.

    Une collaboration écourtée

    En février dernier, l’arrivée d’EBOMAF au Gabon avait été présentée comme une opportunité de relance pour la CNNII, confrontée à d’importantes difficultés opérationnelles et financières. Mais le rêve aura été de courte durée.
    Selon les premières informations, les autorités gabonaises reprochent au groupe burkinabè son incapacité à honorer les engagements pris, tant sur le plan de l’investissement que de la performance logistique. La décision d’y mettre fin traduit donc une perte de confiance rapide, qui fragilise la crédibilité d’EBOMAF sur le marché régional.

    Un coup dur pour l’image de Mahamadou Bonkoungou

    Homme d’affaires influent en Afrique de l’Ouest et fondateur d’EBOMAF (Entreprise Bonkoungou Mahamadou et Fils), Mahamadou Bonkoungou s’est bâti une fortune dans les travaux publics, le transport et l’aviation, avec une présence remarquée au Burkina Faso, au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire.
    Ce revers au Gabon intervient alors que l’homme d’affaires multipliait ses ambitions de diversification et d’expansion en Afrique centrale, une région stratégique qu’il espérait conquérir après ses succès en Afrique de l’Ouest.

    Une trajectoire contrastée

    Cet échec au Gabon illustre les fortunes diverses de Mahamadou Bonkoungou : si certains de ses projets connaissent un essor fulgurant, d’autres se heurtent à des réalités locales plus complexes. La rupture avec la CNNII pourrait constituer un signal d’alerte, rappelant que la réussite dans un pays ne garantit pas l’implantation durable ailleurs.

    Quelles perspectives pour EBOMAF ?

    L’avenir dira si ce revers n’est qu’un incident passager ou le signe d’un essoufflement de la stratégie d’expansion de Mahamadou Bonkoungou. Une chose est sûre : l’éviction d’EBOMAF du Gabon vient tempérer l’image d’un entrepreneur jusque-là perçu comme un conquérant des marchés africains.

  • Retour annoncé de Tidjane Thiam : La direction du Pdci-Rda dément la rumeur

    Retour annoncé de Tidjane Thiam : La direction du Pdci-Rda dément la rumeur

    Dans un communiqué rendu public ce jeudi 21 août 2025, le Pdci-Rda a formellement démenti les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux concernant l’arrivée imminente de son président, Tidjane Thiam, à Abidjan.

    Selon cette rumeur, Tidjane Thiam serait attendu ce samedi 23 août 2025, dans la capitale économique en vue du dépôt de son dossier de candidature pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025.

    La note précise que cette information est totalement infondée et qu’elle ne provient pas des instances officielles du Pdci-Rda. Le parti invite donc ses militantes, militants et sympathisants à ne se fier qu’aux annonces officielles qui seront diffusées par les canaux de communication habituellement utilisés par la direction du parti.

    Dans ce contexte, le Pdci-Rda appelle l’ensemble de ses membres à faire preuve de vigilance, de mobilisation et de discipline en attendant les déclarations officielles de la direction. Le parti a rappelé qu’aucune communication officielle ne confirme l’arrivée de Tidjane Thiam ce samedi.

    Les rumeurs ont notamment circulé sur les réseaux sociaux, annonçant le retour de M. Thiam après plusieurs mois passés à l’étranger. « Absent de la Côte d’Ivoire depuis plusieurs mois, le président Tidjane Thiam est annoncé à Abidjan ce samedi. En Europe depuis quelques mois, le président du Pdci-Rda sera très bientôt en Côte d’Ivoire. Ce retour est prévu pour ce samedi 23 août 2025, selon une source proche du président du Pdci-Rda », indiquaient certaines publications.

    La direction du Pdci-Rda réitère son appel à la prudence et rappelle qu’elle est seule habilitée à communiquer sur les déplacements et les engagements de son président.

  • TIDJANE THIAM ANNONCÉ À ABIDJAN CE SAMEDI POUR DÉPOSER SA CANDIDATURE LUNDI

    TIDJANE THIAM ANNONCÉ À ABIDJAN CE SAMEDI POUR DÉPOSER SA CANDIDATURE LUNDI

    Le candidat du PDCI-RDA sera à Abidjan ce samedi 23 août 2025, selon son entourage, pour déposer officiellement sa candidature à la présidentielle d’octobre, malgré son inéligibilité. Une forte mobilisation de ses partisans est annoncée. 

    Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, sera à Abidjan ce samedi 23 août pour préparer le dépôt officiel de sa candidature à la présidentielle d’octobre, malgré son inéligibilité.

    Selon son entourage, le dépôt du dossier à la Commission électorale indépendante (CEI) est prévu lundi 25 août. 

    Selon le parti, cet événement sera marqué par une mobilisation de ses militants et partisans qui réclament sa présence depuis plusieurs mois. Un comité d’organisation a été mis en place pour coordonner son accueil et préparer le dépôt officiel de sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025, lequel comité communiquera prochainement les détails officiels de son retour.

    Candidat radié 

    Ancien directeur général de Credit Suisse et ministre des Finances, Tidjane Thiam a été désigné candidat unique du PDCI-RDA en avril 2025. Pour respecter la loi, il a renoncé à sa nationalité française au printemps 2025.

    Malgré cette renonciation, la justice ivoirienne avait radié son nom de la liste électorale en avril, invoquant sa nationalité française au moment de l’inscription. Une décision qui provoque depuis des manifestations à Abidjan, avec des milliers de partisans réclamant sa réintégration.

    Le mardi 29 juillet, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a exhorté la Côte d’Ivoire à « prendre toutes les mesures nécessaires » afin que Tidjane Thiam, président du principal parti d’opposition, « puisse exercer pleinement ses droits politiques ».

    « Un message clair »

    Exilé en France depuis plusieurs mois, Tidjane Thiam a récemment affirmé qu’une autorité ivoirienne aurait averti son frère, Augustin Thiam, membre du RHDP, qu’il serait « immédiatement » poursuivi s’il revenait en Côte d’Ivoire, en raison d’un prétendu lien avec le Conseil national de transition (CNT) de 2020.

    Le retour annoncé de Tidjane Thiam à Abidjan ce samedi intervient également dans un contexte judiciaire sensible. Selon certains médias, le président du PDCI-RDA pourrait encourir jusqu’à cinq ans de prison en raison de la diffusion d’une conversation privée avec le ministre de la Justice, Sansan Kambilé, ce qui le placerait « sous le coup de la loi ivoirienne sur la cybercriminalité ».

    Malgré cette situation, un cadre du PDCI-RDA souligne que « la présence des populations à ses côtés est un message clair : le peuple soutient son projet ». Les responsables du parti insistent par ailleurs sur le caractère pacifique et démocratique de cette mobilisation.

    Une série de dépôts 

    Outre Tidjane Thiam, l’ancien président Laurent Gbagbo, également exclu de la liste électorale, déposera son dossier de candidature le même lundi 25 août, selon plusieurs sources. Ses partisans sont appelés à se rassembler sur le boulevard Latrille pour accompagner leur leader jusqu’au siège de la CEI.

    Le président sortant Alassane Ouattara, candidat à un quatrième mandat controversé, déposera quant à lui son dossier mardi 26 août à 11h30. L’Union des Jeunes du RHDP invite ses membres à se rassembler dès 8h autour du siège de la CEI, au carrefour Duncan, afin de réserver un accueil « chaleureux » au président sortant.

    Cette série de dépôts de candidatures s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par les contestations de l’opposition et les interrogations sur l’inclusivité du processus électoral.

    Les candidats souhaitant briguer la magistrature suprême ont jusqu’au 26 août pour déposer leurs dossiers devant la CEI. Ceux-ci seront ensuite examinés par le Conseil constitutionnel, qui devrait publier la liste définitive des candidats autorisés à concourir, le 14 septembre prochain.

    Lire aussi: Retour annoncé de Tidjane Thiam : La direction du Pdci-Rda dément la rumeur

    Samuel KADIO

  • Côte d’Ivoire. 66 magistrats nommés à de nouvelles fonctions, deux mois avant la présidentielle

    Côte d’Ivoire. 66 magistrats nommés à de nouvelles fonctions, deux mois avant la présidentielle

    Le Président de la République Alassane Ouattara a procédé, le 13 août 2025, à une vague de nominations au sein du ministère de la Justice et des droits de l’homme ainsi que dans ses différents démembrements territoriaux. Ce sont au total, soixante-six magistrats qui ont été nommés par décret à de nouvelles fonctions juridictionnelles sur l’ensemble du territoire national.

    Ainsi, Koffi Yao, précédemment Président de Chambre à la Cour d’Appel de Daloa, est nommé Magistrat à l’Administration centrale du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme. Au niveau de la Cour d’Appel, Blah Julien Herbert, précédemment Conseiller à la Cours d’Appel de Commerce est nommé Président avec deux nouveaux Conseillers. Egalement, à la Cour d’Appel d’Abidjan, trois nouveaux Présidents ont été nommés dont Pemon Kouassi Marcel précédemment vice-président de du Tribunal de Première Instance d’Abidjan. Sept nouveaux Conseillers sont rattachés à ladite Cour.

    Des différents Parquets aux différents Tribunaux de Premières Instances en passant par le Pôle pénal économique et financier, tout est passé en revu afin que ces nouvelles mesures prennent effet à partir du 1er octobre 2025. Un mois qui rappelle l’élection présidentielle que le Président Alassane Ouattara a promise apaisée.

    Cependant, des figures médiatiques de magistrats comme Braman Oumar Koné, Procureur de la République près le Tribunal de Première instance d’Abidjan et Mme Esso Blanche Abanet, Présidente du Pôle pénal économique et financier demeurent à leurs postes respectifs.

    Mouhammed I. Koné

  • CÔTE D’IVOIRE : L’ONU APPELLE À « GARANTIR LES DROITS POLITIQUES » DE LAURENT GBAGBO

    CÔTE D’IVOIRE : L’ONU APPELLE À « GARANTIR LES DROITS POLITIQUES » DE LAURENT GBAGBO

    Le Comité des droits de l’homme des Nations uni a appelé, ce mercredi 20 août 2025, les autorités ivoiriennes à « prendre toutes les mesures nécessaires » afin de garantir « les droits politiques » de Laurent Gbagbo, l’ancien président ivoirien exclus des listes électorales.

    Cette intervention fait suite à une saisine introduite en juillet dernier par les avocats de l’ancien président auprès du Conseil des droits de l’homme.

    Radié des listes électorales

    Laurent Gbagbo, candidat déclaré à l’élection présidentielle d’octobre 2025, est radié de la liste électorale depuis 2018 en raison de sa condamnation dans l’affaire du braquage de la BCEAO.  Cette décision de justice l’empêche également de prendre part à la présidentielle d’octobre prochain. L’ancien chef de l’État figure ainsi, aux côtés de Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), parmi les principales figures de l’opposition écartées du processus électoral.

    Le Conseil de l’ancien chef d’Etat demandait notamment au comité d’ordonner la suspension les effets de la condamnation pénale de Laurent Gbagbo, y compris son inscription au casier judiciaire, la suspension de sa radiation de la liste électorale et de garantir son droit d’être candidat

    Dans sa requête, le Conseil de l’ancien chef d’Etat demandait notamment au comité d’ordonner la suspension les effets de la condamnation pénale de Laurent Gbagbo, y compris son inscription au casier judiciaire, la suspension de sa radiation de la liste électorale et de garantir son droit d’être candidat et de voter en 2025, jusqu’à la décision sur le fond.

    Laurent Gbagbo débouté

    Après examen du dossier, le Comité a décidé de ne pas donner droit à la demande de mesures provisoires formulées par ses conseils, qui réclamaient sa réinscription immédiate sur la liste électorale. Toutefois, l’instance onusienne a insisté sur la nécessité pour l’État ivoirien de permettre à M. Gbagbo d’exercer pleinement « ses droits politiques », conformément à l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

    Le Comité des droits de l’homme a également invité le gouvernement ivoirien à transmettre, d’ici au 20 février 2026, ses observations ainsi que les mesures entreprises pour donner suite à sa recommandation. Il a précisé que cette démarche ne constitue pas une décision définitive sur la recevabilité ou le fond de l’affaire.

    Pour des proches du président Alassane Ouattara, candidat pour un quatrième mandat, cette recommandation onusienne « un camouflet » pour Laurent Gbagbo, qui espérait une réintégration rapide sur la liste électorale. L’ONU avait déjà adopté une position similaire dans le cas de Tidjane Thiam, dont la requête pour sa réintégration immédiate sur la liste électorale avait été rejetée.

  • Election présidentielle sous tension : le paradoxe ivoirien

    Election présidentielle sous tension : le paradoxe ivoirien

    En Côte d’Ivoire, la candidature controversée du président Alassane Ouattara à un quatrième mandat et l’exclusion des principaux opposants alimentent les tensions à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre. A trois mois du scrutin, le pouvoir et l’opposition peuvent encore agir pour ne pas répéter les erreurs du passé.

    Que se passe-t-il ? La Côte d’Ivoire organise une élection présidentielle en octobre 2025. Si aucune violence n’a encore été signalée, la candidature controversée du président Alassane Ouattara à un quatrième mandat, l’exclusion des principaux opposants et un cadre électoral non consensuel suscitent des craintes quant au bon déroulement du vote.

    En quoi est-ce significatif ? La course à la présidence demeure une fragilité de la Côte d’Ivoire où, depuis 1995, aucun scrutin présidentiel n’a donné lieu à une alternance pacifique. Plusieurs Etats du Sahel, alignés sur la Russie, pourraient souhaiter voir ce pays, l’un des derniers de la région à afficher une proximité avec la France et le bloc européen, changer d’alliance.

    Comment agir ? Pour apaiser les tensions liées au scrutin, le gouvernement ivoirien devrait organiser, dans les plus brefs délais, un dialogue politique formel avec l’opposition, et les partis politiques dont le candidat a été exclu devraient résister à la tentation du boycott.

    Synthèse

    La Côte d’Ivoire organise une élection présidentielle en octobre 2025. La course à la magistrature suprême demeure une fragilité historique de la première économie francophone d’Afrique subsaharienne : depuis 1995, aucun scrutin présidentiel n’a donné lieu à une alternance pacifique. Comme lors de l’élection de 2020, durant laquelle des violences politiques ont fait 85 morts, la candidature controversée du président Alassane Ouattara à un quatrième mandat, l’exclusion d’opposants, un cadre électoral contesté et la résurgence du discours identitaire suscitent des inquiétudes quant au bon déroulement du vote. Le contexte géopolitique a aussi changé en cinq ans. Plusieurs Etats voisins du Sahel, désormais alignés sur Moscou, pourraient trouver un intérêt à voir la Côte d’Ivoire, l’un des derniers pays de la région proche de la France et du bloc européen, changer d’alliance. Pour apaiser les tensions liées à cette élection, le gouvernement ivoirien devrait organiser un dialogue politique formel avec l’opposition, et les partis dont le candidat a été exclu devraient résister à la tentation de la chaise vide.

    Une nouvelle fois, la Côte d’Ivoire est confrontée à son paradoxe présidentiel, celui d’un pays économiquement puissant mais politiquement vulnérable, en particulier au moment de choisir son président. Depuis la crise post-électorale de 2010-2011 et l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, l’économie ivoirienne affiche une croissance soutenue, avec un taux moyen de 7 pour cent par an entre 2012 et 2023, et le pays a massivement investi dans ses infrastructures. Le gouvernement a aussi reformé avec succès son armée, longtemps divisée et secouée par des mutineries. Depuis fin 2021, celle-ci protège efficacement le pays des attaques des groupes jihadistes armés actifs au Sahel. Malgré ces avancées, le système politique ivoirien reste cependant fragile, en raison notamment d’une culture hyper-présidentielle du pouvoir, de l’incapacité de sa classe politique à trouver des compromis et d’un processus de réconciliation nationale largement inachevé. Cette fragilité politique resurgit à chaque scrutin présidentiel et pourrait, cette fois-ci encore, menacer la stabilité du pays.

    L’absence de dialogue politique et les désaccords sur les conditions techniques et légales du vote installent … une tension peu rassurante entre le pouvoir et l’opposition.

    De fait, le paysage pré-électoral est assez identique à celui qui prévalait à la veille de l’élection de 2020. Annoncée le 29 juillet, la candidature du président Ouattara, 83 ans, à un quatrième mandat pourrait soulever des protestations similaires à celles d’il y a cinq ans. L’exclusion des principaux leaders de l’opposition de la liste électorale – dont Laurent Gbagbo du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire, condamné par un tribunal ivoirien en 2018 pour des faits liés à la crise de 2010-2011, et Tidjane Thiam, à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, pour une complexe affaire de double nationalité – risque de pousser leurs partisans à manifester leur frustration dans la rue. L’absence de dialogue politique et les désaccords sur les conditions techniques et légales du vote installent, en outre, une tension peu rassurante entre le pouvoir et l’opposition. Celle-ci a atteint un niveau inquiétant début avril quand les trois grands partis d’opposition ont quitté la Commission électorale indépendante (CEI). En mars, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire s’était dite préoccupée par le risque de troubles lors du scrutin.

    De même qu’en 2020, le président Ouattara et son parti, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, partent favoris de cette élection. Ils capitalisent sur un bon bilan économique et sécuritaire et l’absence de concurrents de poids, notamment Tidjane Thiam, considéré comme le principal adversaire avant sa radiation. De son côté, l’opposition a formé ces derniers mois plusieurs alliances, y compris un « front commun » entre Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, ancien Premier ministre en exil, visant à obtenir leur réintégration sur la liste électorale. Mais l’opposition reste dispersée et semble incapable de présenter des candidats alternatifs à ceux qui sont actuellement exclus. Pendant ce temps, le débat public accorde davantage de place aux tensions entre adversaires qu’aux sujets cruciaux pour l’avenir du pays, tels que la faible représentation de la jeunesse (75 pour cent de la population du pays est âgée de moins de 35 ans), les carences des systèmes éducatif et sanitaire, ou l’incapacité de la justice à solder équitablement les crimes commis pendant la crise de 2010-2011.

    L’élection d’octobre se tient, par ailleurs, dans un environnement géopolitique en pleine mutation. Abidjan entretient des relations de plus en plus tendues avec ses voisins sahéliens, désormais alliés à Moscou. Le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022. Celui-ci a accusé Abidjan de chercher à déstabiliser son régime, tandis que les autorités ivoiriennes soupçonnent Ouagadougou de mener une vaste campagne de désinformation contre leur pays. Le contexte international est, lui, caractérisé par le relatif désengagement de plusieurs partenaires de longue date, notamment la France qui a retiré en février son armée du pays, au moment où la Russie renforce sa présence dans l’un des rares Etats francophones d’Afrique de l’Ouest où elle n’a pas encore effectué de percée. Certains Etats du Sahel se réjouiraient d’un rapprochement entre Abidjan et le Kremlin, tandis que Moscou, qui est déjà intervenu dans des processus électoraux en Europe et dans le Caucase, mais aussi en Afrique, pourrait être tenté d’influencer le résultat du scrutin ivoirien.

    Sans mesures visant à réduire les tensions, cette élection risque de reproduire le scénario violent des précédents scrutins. Le camp au pouvoir porte une grande responsabilité à cet égard. En annonçant sa candidature à un quatrième mandat, le président Ouattara a pris le risque de susciter l’hostilité d’une partie de la population qui pourrait, comme en 2020, manifester violemment son désaccord. Sa candidature risque aussi d’apparaitre anachronique pour une partie de la jeunesse, déjà sous-représentée sur la scène politique ivoirienne, et d’accentuer son apparent désintérêt pour les élections. 

    Afin d’aller, comme l’a lui-même souhaité Alassane Ouattara dans son discours du 29 juillet, à une élection « apaisée » et « transparente », le gouvernement ivoirien devrait relancer, dès que possible, un dialogue formel avec l’opposition pour encourager les partis ayant quitté la CEI à réintégrer sa Commission centrale, et examiner la possibilité d’une révision de la liste électorale permettant à certains candidats radiés de se présenter. Si celle-ci n’est pas rouverte, les partis dont le candidat est disqualifié devraient remplacer ce dernier avant le 26 août, dernier jour du dépôt légal des candidatures, par un autre membre de leur formation et ne pas boycotter le vote. A trois mois de l’élection, la Côte d’Ivoire peut encore agir pour ne pas répéter les erreurs du passé.

    I.Introduction

    Prospère et stable depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011, la Côte d’Ivoire – la plus grande économie francophone d’Afrique subsaharienne – reste un pays politiquement fragile où la course à la magistrature suprême trouble, à échéances régulières, la paix civile. Depuis 1995, aucun scrutin présidentiel n’a donné lieu à une alternance pacifique. Election après élection, la Côte d’Ivoire reproduit des schémas identiques de crise politique, alimentés par des luttes personnelles de pouvoir, l’incapacité de la classe politique à dialoguer et à trouver des compromis sur les règles du jeu électoral, et la dangereuse instrumentalisation des questions liées à l’identité et à la nationalité.1

    La fragilité du système politique ivoirien trouve, en grande partie, sa racine dans la manière dont le premier président du pays, Félix Houphouët-Boigny, a exercé le pouvoir. « Père fondateur de la nation », ce dernier a gouverné, de l’indépendance en 1960 à la veille de son décès fin 1993, à travers un régime de parti unique dont il était l’axe central. Ce système présidentialiste lui a survécu et a été très peu modernisé. Il donne à la fonction de chef de l’Etat une telle importance que ceux qui la convoitent sont prêts à tout, y compris à la violence, pour s’en emparer ou la conserver. Cela dit, Félix Houphouët-Boigny avait su, 33 ans durant, contenir les rivalités et les divisions en trouvant un savant équilibre entre la soixantaine de groupes ethniques qui composent le pays, tout en ouvrant celui-ci à l’immigration régionale et internationale.

    Les successeurs de Félix Houphouët-Boigny, qui n’avait pas désigné de dauphin, n’ont pas réussi à préserver cet héritage. Dès après sa mort, une guerre de succession a éclaté entre Alassane Ouattara, son dernier Premier ministre, et Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale. Pour empêcher la candidature de son rival à la présidentielle de 1995, ce dernier s’est livré à d’intenses manœuvres, lesquelles ont fini par conduire les députés à modifier le code électoral pour y introduire une clause limitant l’éligibilité de tout candidat à la présidence à de stricts critères de nationalité et de résidence.2 Alassane Ouattara, qui vivait alors aux Etats-Unis et dont les détracteurs soutenaient que le père est d’origine burkinabè, ne répondait pas à ces exigences taillées sur mesure pour l’exclure.3 Sans grand rival après la décision du chef de l’opposition, Laurent Gbagbo, de boycotter le vote, Henri Konan Bédié a été largement élu à la tête du pays.

    En plus de fausser le jeu électoral et de discréditer la démocratie dans un pays où le multipartisme n’était alors vieux que de cinq ans, cette exclusion a eu pour effet de monter les populations les unes contre les autres. Schématiquement, celles du nord du pays, d’où Alassane Ouattara est originaire, se sont senties exclues car non représentées lors du vote. Pendant ce temps, celles du sud et de l’ouest forestier ont commencé à mettre en doute « l’ivoirité » – concept modelé par des proches du président Bédié, qui entend établir une différence entre les « Ivoiriens de souche » et les « Ivoiriens de circonstance », tout en dénonçant la « présence étrangère » sur le sol national – de leurs compatriotes septentrionaux, souvent associés ou confondus avec les nombreux travailleurs immigrés des pays sahéliens voisins.

    Fin 1999, le président Bédié a finalement été renversé par un coup d’Etat auquel ont participé plusieurs sous-officiers originaires du nord du pays. Après une courte et chaotique transition militaire, Laurent Gbagbo est devenu président en octobre 2000 à l’issue d’un scrutin violent et contesté, marqué par l’exclusion par le Conseil constitutionnel de quatorze candidats, dont Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Partisan de l’ivoirité, le président Gbagbo a eu largement recours à ce concept pour mobiliser ses soutiens (dont la majorité est originaire du sud et de l’ouest du pays) et renforcer son pouvoir, au risque de diviser encore un peu plus les Ivoiriens. Cette crainte s’est matérialisée en septembre 2002, lorsqu’une tentative de coup d’Etat a conduit à la division du pays en deux parties : l’une, au sud, administrée par le pouvoir central du président Gbagbo ; l’autre, au centre et au nord, tenue par la rébellion des Forces nouvelles, dont l’une des revendications était la pleine reconnaissance, comme ivoiriens, des citoyens originaires du nord.

    Signé en 2007 sous l’égide du président burkinabè de l’époque, Blaise Compaoré, l’accord politique de Ouagadougou a permis de geler le conflit et d’instaurer un dialogue direct entre les belligérants.4 Il a par ailleurs octroyé aux rebelles le poste de Premier ministre – revenu à leur chef, Guillaume Soro – et balisé la tenue d’une élection présidentielle inclusive. Repoussé à plusieurs reprises, le premier tour du scrutin, auquel ont participé toutes les principales figures politiques du pays, a eu lieu en octobre 2010, suscitant l’enthousiasme d’une population avide de tourner la page de dix ans de crise. Mais les choses ont dégénéré au second tour. Donné perdant face à Alassane Ouattara par la Commission électorale indépendante (CEI) et la communauté internationale, Laurent Gbagbo a contesté sa défaite, conduisant les deux camps à s’affronter militairement à partir de janvier 2011.5 Après un assaut de ses adversaires – appuyés par les forces françaises et des Nations unies – contre la résidence présidentielle, Laurent Gbagbo a été arrêté à Abidjan en avril 2011.

    Après six mois de violence et au moins 3 000 morts, Alassane Ouattara a été investi président en mai 2011 – un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui.

    Après six mois de violence et au moins 3 000 morts, Alassane Ouattara a été investi président en mai 2011 – un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. S’il jouit d’un bon bilan économique et sécuritaire, les efforts de son administration en matière de réconciliation ont été plus timides, et les graves événements de la crise post-électorale de 2010-2011 n’ont jamais été totalement soldés.6 Le président Ouattara a aussi tenté de déconcentrer le pouvoir présidentiel en créant, via une nouvelle constitution adoptée en 2016, la fonction de vice-président, mais celui-ci est nommé par le chef de l’Etat avec l’accord du parlement, qui lui est généralement acquis. L’exclusion de candidats s’est aussi poursuivie lors des deux scrutins présidentiels organisés sous sa présidence.7 En 2015, 23 candidats ont été exclus du vote et en 2020, le Conseil constitutionnel n’a retenu que quatre candidatures sur les 44 qui lui étaient soumises. Des violences ont enfin entouré la dernière présidentielle, qui s’est achevée sur un bilan total de 85 morts et 500 blessés dans des affrontements entre opposants et militants du parti au pouvoir.8

    Ce rapport repose sur plusieurs dizaines d’entretiens avec des responsables politiques, des membres de la société civile, des diplomates, des universitaires et des représentants d’organisations internationales. Les entrevues ont été réalisées à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, en janvier et février 2025. Ce rapport s’est par ailleurs nourri des échanges électroniques fructueux et réguliers que Crisis Group a eus avec des responsables politiques ivoiriens et plusieurs observateurs avisés de ce pays, ainsi que de conversations avec des diplomates à Bruxelles et à Dakar. Enfin, Crisis Group s’est appuyé sur la trentaine de textes relatifs à la crise ivoirienne publiés par l’organisation depuis 2002.

    II.Comme un air de déjà vu

    Le paysage pré-électoral de 2025 présente plusieurs similitudes avec celui de 2020, suscitant de nombreuses inquiétudes quant au bon déroulement du vote, prévu le 25 octobre prochain. Le 17 février, le journal d’opposition Générations Nouvelles résumait ainsi la situation politique : « Exclusion d’opposants, résurgence de discours violents, réformes électorales : présidentielle de 2025, les ingrédients d’une crise post-électorale présents. » Un mois plus tard, les membres de la Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire faisaient aussi part de leur préoccupation dans une déclaration publique, expliquant que « la situation politique actuelle continue de susciter l’inquiétude des Ivoiriens, dont beaucoup perçoivent désormais la politique comme une arène dangereuse ».9 Le 7 juin, lors d’un meeting à Abidjan, l’ancien président Laurent Gbagbo avertissait ses adversaires au pouvoir : « Vous avez voulu la bagarre, on fera la bagarre ».10 Bien qu’aucune violence n’ait pour le moment éclaté, le niveau de tensions actuel indique que ces craintes, provenant de sources très différentes, ne sont pas infondées.

    A.Alassane Ouattara, candidat à un quatrième mandat

    Désigné le 21 juin par son parti, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le président Ouattara, 83 ans, a annoncé, le 29 juillet, son intention de briguer un quatrième mandat présidentiel.11 Sa candidature n’est pas une surprise. Une large majorité des interlocuteurs rencontrés par Crisis Group, en janvier et février derniers, estimait ce scénario plus que probable. « Il ne peut pas ne pas l’être », expliquait l’un d’eux.12 

    La décision d’Alassane Ouattara présente plusieurs risques. Le premier est de susciter, comme ce fut le cas en 2020, un fort mécontentement populaire, susceptible d’être attisé par des réseaux sociaux manipulés par des adversaires intérieurs et extérieurs. Le président est, selon le Conseil constitutionnel, en droit de se représenter. Il a tenu à rappeler, dans son annonce de candidature, que la constitution « l’autorise à faire un autre mandat ». En 2020, ses opposants avaient invoqué l’article 55 de la constitution, stipulant que le président « n’est rééligible qu’une fois », pour contester sa participation au scrutin. Mais le Conseil constitutionnel avait estimé que l’adoption d’une nouvelle constitution en 2016, un an après la deuxième élection d’Alassane Ouattara, instituait une « Troisième République », remettant les compteurs à zéro et lui permettant de se représenter pour deux autres mandats en 2020 et 2025. 

    Avant la déclaration de candidature du président Ouattara, la question de la légalité d’un nouveau mandat n’était plus au centre du débat politique, comme elle l’était en 2020. Les partis d’opposition semblaient avoir accepté la décision du Conseil constitutionnel ou s’être résignés à l’idée que celui-ci ne ferait pas marche arrière.13 Mais l’annonce du chef de l’Etat a conduit l’opposition à tenter de rallumer la controverse. Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Guillaume Soro, ancien Premier ministre en exil, et Damana Pickass, vice-président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), ont simultanément dénoncé une violation de la constitution.14 

    Cette quatrième candidature [du président Ouattara] risque … de sembler anachronique aux yeux de nombreux jeunes Ivoiriens qui observent leur région changer.

    Cette quatrième candidature risque également de sembler anachronique aux yeux de nombreux jeunes Ivoiriens qui observent leur région changer. Ces mutations peuvent s’opérer de manière apaisée, à l’image du Sénégal, où le président Macky Sall a échoué à reporter l’élection présidentielle de 2024 face à l’intransigeance des institutions et de la société civile. Mais elles peuvent aussi emprunter des chemins beaucoup plus tortueux dans plusieurs pays où des dictatures militaires prospèrent sur la promesse d’un changement radical, qui reste à l’état de slogan mais qui exerce sur une partie de la population, notamment la plus jeune, un fort pouvoir d’attraction, les discours radicaux comblant, à bon compte, l’absence de perspective.15 

    Les raisons ayant poussé Alassane Ouattara à se présenter pour un nouveau mandat sont nettement plus nombreuses que celles qui auraient pu motiver son retrait de la vie politique. La première est l’absence de successeur désigné. En 2020, après avoir affirmé qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession, le président Ouattara était revenu sur sa promesse à la suite du décès soudain d’Amadou Gon Coulibaly, le successeur qu’il avait publiquement adoubé.16 Cette fois, Alassane Ouattara n’a pas désigné de dauphin. Aucun grand cadre du RHDP ne semble lui convenir pour le rôle.17 Dans son discours du 29 juillet, il s’est présenté comme le garant et le meilleur protecteur d’une Côte d’Ivoire « prospère » et « en paix » dans un contexte marqué par l’expansion des groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest et par les incertitudes économiques internationales. Il a soutenu que le « devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi » et mis en avant la nécessité de « l’expérience » pour faire face à ces défis.

    Par son annonce, le président Ouattara a aussi répondu à l’appel de son parti, dont une grande majorité des caciques estiment qu’il est le ciment de leur formation et que, sans lui, sa cohésion serait menacée. Selon eux, le parti n’a pas de chef incontesté en dehors du président sortant. Ils craignent que la succession de ce dernier entraine une bataille entre plusieurs personnalités qui serait dommageable pour le parti, et souhaitent repousser cette échéance le plus tard possible.18 Le RHDP n’a d’ailleurs évoqué ni n’a fait la promotion d’aucun autre candidat que le président Ouattara.

    Selon ses partisans, Alassane Ouattara a par ailleurs un bilan à défendre, en particulier sur les plans sécuritaire et économique. L’armée, « kaléidoscope » issu des dix années de partition du pays, a été réformée et unifiée avec succès.19 Les mutineries et les mouvements d’humeur qui l’agitaient de manière récurrente ont pris fin en 2018.20 De plus, après avoir conduit plusieurs attaques meurtrières en territoire ivoirien, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, Jnim) – le principal groupe jihadiste actif au Sahel et affilié à al-Qaeda – n’a plus frappé le pays depuis fin 2021. Cette situation s’explique notamment par un meilleur fonctionnement de l’appareil de sécurité et la mise en place d’un vaste programme régional de développement économique.21

    L’économie ivoirienne est … en forte croissance, avec un taux moyen d’environ 7 pour cent par an entre 2012 et 2023 et une prévision à 6,5 pour cent pour 2025.

    L’économie ivoirienne est également en forte croissance, avec un taux moyen d’environ 7 pour cent par an entre 2012 et 2023 et une prévision à 6,5 pour cent pour 2025.22 En 2010, le produit national brut de la Côte d’Ivoire était égal à celui du Cameroun ; il est aujourd’hui équivalent à celui cumulé du Cameroun et du Sénégal. L’économie s’est, en outre, diversifiée. Elle est moins dépendante des revenus agricoles (la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao), désormais équilibrés par d’autres ressources, notamment celles provenant des secteurs minier et pétrolier.23

    Cependant, ce bon bilan économique n’a pas gommé les fortes inégalités sociales qui caractérisent la société ivoirienne.24 Le secteur de l’éducation, par exemple, n’a pas profité de ce dynamisme. Sujets à de fréquents mouvements de grève, les établissements scolaires, dont le nombre a augmenté sous la présidence Ouattara, souffrent toujours d’un manque important d’enseignants.25 En moyenne, les Ivoiriens bénéficient de 4,9 années de scolarité, un chiffre à peine supérieur à la moyenne régionale de 4,5 années, alors que la Côte d’Ivoire contribue à 40 pour cent du produit intérieur brut de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).26 Il existe aussi une forte disparité entre Abidjan et le reste du pays : 80 pour cent de l’activité économique relèverait de la capitale économique, qui abrite 22 pour cent de la population ivoirienne.27 Cela dit, même avec ces nuances, il est difficile de contester que la Côte d’Ivoire est parvenue à mettre fin au marasme dans lequel l’avait plongée la phase militaire de la crise.

    B.Quatre figures de l’opposition exclues

    L’élection de 2025 n’échappe pas à la règle de la disqualification de candidats qui a marqué les scrutins présidentiels de 1995, 2000, 2015 et 2020. Cette fois, quatre figures de l’opposition sont d’ores et déjà hors course et ne figurent pas sur la liste électorale définitive publiée le 4 juin 2025. Il s’agit de l’ancien président Laurent Gbagbo, leader du PPA-CI ; de Charles Blé Goudé, à la tête du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes (Cojep) ; de Guillaume Soro, dont le parti, Générations et peuples solidaires (GPS), est interdit ; et de Tidjane Thiam, président du PDCI, la principale force d’opposition.

    1.L’ombre de la crise post-électorale de 2010-2011

    Laurent Gbagbo et son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, sont l’un et l’autre sous le coup d’une condamnation en Côte d’Ivoire pour des faits survenus pendant la crise post-électorale de 2010-2011, et qui les rend inéligibles.28 Arrêtés après la crise, inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, et placés en détention à La Haye, les deux hommes ont été définitivement acquittés par cette juridiction internationale en mars 2021.29 Le président Ouattara leur a ensuite permis de rentrer dans leur pays, respectivement en 2021 et en 2022.

    Si Alassane Ouattara a également autorisé Laurent Gbagbo à bénéficier de son statut d’ancien chef d’Etat et des avantages qui y sont liés (logement, sécurité, salaire, personnel, etc.), il n’a jamais permis à son adversaire de reprendre pleinement sa place sur l’échiquier politique en l’amnistiant pour sa condamnation par un tribunal ivoirien en janvier 2018.30 Pour favoriser la réconciliation nationale, le président Ouattara avait pourtant signé, en août de la même année, une ordonnance accordant une amnistie à environ 800 personnes poursuivies ou condamnées pour des infractions en lien avec la crise de 2010-2011. Cette mesure incluait la libération de Simone Gbagbo, condamnée en 2015 à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat. L’amnistie, au terme de laquelle les condamnations sont effacées du casier judiciaire, avait permis à l’ancienne première dame de redevenir éligible.31

    Le processus de réconciliation mis en place après les événements de 2010-2011 est resté inabouti et partial.

    Malgré ce geste présidentiel, le processus de réconciliation mis en place après les événements de 2010-2011 est resté inabouti et partial. Selon de nombreux témoignages, des membres de l’ancienne rébellion des Forces nouvelles, proche du président Ouattara, ont, par exemple, participé à des faits similaires à ceux reprochés à Laurent Gbagbo, à savoir le braquage d’agences bancaires. Mais ils n’ont jamais été inquiétés par la justice, en dépit des soupçons qui pèsent sur eux.32

    En exil, très vraisemblablement à Niamey, la capitale du Niger, l’ancien chef de cette rébellion, Guillaume Soro, a lui été condamné en 2021 par contumace à une peine de prison à vie pour atteinte à la sûreté de l’Etat. L’année précédente, ce dernier avait appelé publiquement l’armée à renverser Alassane Ouattara, avec lequel il avait pourtant été allié durant plusieurs années.33

    La probabilité de voir lever ces trois condamnations avant le mois d’octobre pour permettre à ces personnalités politiques de se présenter à la présidentielle, comme elles en ont émis le souhait, est très mince.34 Cela nécessiterait en effet que l’Assemblée nationale vote une loi d’amnistie ou que le président Ouattara signe une ordonnance en ce sens, comme il l’a fait en 2018.35 Mais les mauvaises relations qui subsistent entre le président Ouattara et Laurent Gbagbo, entre le président et Charles Blé Goudé, et l’appel au putsch qui a disqualifié Guillaume Soro du jeu démocratique, rendent ces deux options improbables.36

    2.Tidjane Thiam et le PDCI

    La décision de justice qui interdit à Tidjane Thiam, 63 ans, de se présenter ne peut faire, quant à elle et selon la loi, l’objet d’un recours.37 Après avoir mené une brillante carrière dans la haute finance internationale, notamment à la tête du Credit Suisse (2015-2020), Tidjane Thiam est rentré dans son pays en août 2022, puis a pris les rênes du PDCI en décembre 2023, affichant son intention de se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 2025.

    Mais le 22 avril dernier, un tribunal ivoirien a ordonné sa radiation de la liste électorale provisoire, une sanction confirmée début juin avec la publication de la liste définitive. Cette décision a été prise en application de l’article 48 du code de la nationalité – très rarement utilisé – qui stipule que l’acquisition d’une autre nationalité entraine la perte de la nationalité ivoirienne.38 Né à Abidjan en juillet 1962, Tidjane Thiam a été naturalisé français en février 1987 et n’a renoncé officiellement à cette nationalité qu’en mars 2025. La juge a donc estimé qu’il ne pouvait pas figurer sur la liste électorale en cours, car il n’était plus ivoirien au moment de son inscription en décembre 2022. Pour être candidat, Tidjane Thiam aurait dû renoncer à sa nationalité française avant de s’enrôler, à cette date, sur la liste électorale.39 La seule option pour qu’il puisse finalement être candidat serait la réouverture de la liste électorale et sa réinscription, désormais légalement possible puisqu’il a renoncé à sa nationalité française.

    La disqualification de Tidjane Thiam a tendu les relations entre le pouvoir et l’opposition. Le président du PDCI a affirmé que la loi qui l’a mis hors-jeu, votée en 1961, n’a jamais été appliquée en 64 ans (ce qui est difficile à vérifier sans éplucher plus de six décennies d’archives) et dénoncé une instrumentalisation de la justice par le pouvoir en place « pour éliminer » son « rival le plus sérieux ». Le RHDP a qualifié ces propos de « campagne d’intoxication » visant à ternir l’image du président et de son parti en les accusant, sans preuve, de manipuler la justice pour écarter ses adversaires.40 Depuis fin avril, le PDCI tente de mobiliser ses militants en organisant des manifestations. Si celles-ci sont restées pour le moment pacifiques, elles ont connu un succès mitigé, rassemblant plusieurs milliers de personnes tout au plus.41

    Entre-temps, les choses ont pris une tournure répressive. Le 11 juillet, trois responsables de la jeunesse universitaire du PDCI ont été placés sous mandat de dépôt et inculpés de troubles à l’ordre public. Selon leur avocat, ils sont accusés d’avoir publié sur les réseaux sociaux une vidéo appelant les jeunes du parti et du pays à se mobiliser pour un rassemblement en mai. Le 2 juillet, un autre membre de la jeunesse du PDCI avait été arrêté. En juin, le président de la jeunesse rurale du parti avait connu un sort similaire pour d’autres motifs.42

    Les derniers mois ont … montré les faiblesses actuelles du [Parti démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI].

    Les derniers mois ont aussi montré les faiblesses actuelles du PDCI. En désignant Tidjane Thiam, le 17 avril, comme son candidat à la présidentielle, le PDCI – héritier du parti unique fondé par Félix Houphouët-Boigny en 1946 – pensait pouvoir rajeunir sa direction afin de regagner, soit lors de cette élection soit lors de la prochaine, un pouvoir exécutif perdu en 1999.43 Mais la décision du tribunal d’Abidjan a mis au grand jour ses divisions internes. La justice est en effet intervenue sur la base d’une plainte en contentieux électoral (d’abord portée devant la CEI, qui l’a ensuite renvoyée devant le tribunal) déposée par plus d’une centaine de requérants, dont une majorité serait issue du PDCI.44

    Absent du pays depuis le 13 mars pour des raisons personnelles, Tidjane Thiam doit également composer avec la candidature déclarée d’un autre membre de son parti, Jean-Louis Billon. Ancien ministre du Commerce sous Alassane Ouattara (2012-2017), élu à plusieurs reprises maire et député, cet homme d’affaires dispose d’une implantation locale qui semble faire défaut à Tidjane Thiam. Après la radiation de ce dernier de la liste électorale, Jean-Louis Billon a affirmé sa volonté de représenter le PDCI lors de l’élection d’octobre.45 Comme Tidjane Thiam, Jean-Louis Billon ne contrôle pas l’ensemble du parti et le délai qui le sépare de l’élection semble trop court pour lui permettre de l’unifier, dans le cas, peu probable, où le PDCI le désignerait finalement comme candidat à la place de Tidjane Thiam.

    3.Une opposition divisée

    La radiation de Tidjane Thiam a débouché sur la création, mi-juin, d’un « front commun » entre le PDCI et le PPA-CI, le parti de Laurent Gbagbo, en vue de faire pression sur les autorités pour obtenir leur réintégration sur la liste électorale. Fin juin, Guillaume Soro a apporté son soutien à cette initiative.46 Si l’alliance entre trois poids lourds de l’opposition lui donne mathématiquement plus de force, elle pose aussi la question de l’utilité de la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI), une autre union d’opposants regroupant, depuis mars, 25 partis de différents horizons, dont le PDCI.47 Le PPA-CI ne fait pas partie de cette coalition, pas plus que Guillaume Soro. Parallèlement, Laurent Gbagbo a lancé le 15 juin une troisième alliance, le mouvement « Trop, c’est trop », qui entend dépasser la sphère politique pour s’ouvrir à la société civile.48 L’existence de plusieurs coalitions de l’opposition est une illustration de son niveau relativement élevé de division, y compris au sein même des partis.49

    Pour le moment, la perspective d’un candidat unique de l’opposition reste donc très lointaine, d’autant que le trio formé par Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro n’a pas grand-chose en commun, hormis d’être absent de la liste électorale. Une candidature unique semble pourtant être le seul moyen dont dispose l’opposition pour espérer l’emporter face à un parti présidentiel en ordre de bataille et uni autour du président Ouattara. 

    Le chef de l’Etat jouera vraisemblablement sa réélection face à une opposition dont le principal ténor pour le moment autorisé à se présenter est l’ancienne première dame, Simone Ehivet Gbagbo. Figure historique de l’opposition, cette dernière ne dispose cependant pas de l’appui d’un grand parti pour la propulser vers la victoire, et ce, même si elle parvenait à forger une union avec le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan et avec le Cojep de Charles Blé Goudé, deux formations de taille relativement modeste.50 Créé en août 2022, le Mouvement des générations capables (MGC), le parti dont Simone Ehivet Gbagbo est la présidente, ne soutient pas la comparaison avec les énormes machines que sont le RHDP et le PDCI, tant par le nombre de ses adhérents que par son ancrage sur le territoire national.

    III.Un système politique toujours fragile

    Outre la question de l’exclusion de candidats, les préparatifs de l’élection présidentielle d’octobre ont mis en évidence la fragilité persistante du système politique ivoirien, marqué par la résurgence régulière de la rhétorique identitaire dans le débat public, l’emprise de la culture hyper-présidentielle et l’absence de dialogue constructif entre le pouvoir et l’opposition. A ces faiblesses s’ajoute un nouveau facteur : le désintérêt croissant de la population ivoirienne, désabusée par les crises passées et le non-renouvellement de la classe dirigeante, pour la chose politique. Ce dernier élément est à double tranchant. Si la dépolitisation apparente de la société ivoirienne, notamment de la jeunesse, peut rendre plus difficile la canalisation de sa colère par les structures politiques ou syndicales traditionnelles et prévenir ainsi l’organisation de manifestations de rue violentes, elle fait craindre une forte abstention qui pourrait peser sur la légitimité du futur président.

    A.Nationalité et tout-puissants présidents

    La radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale a, une fois encore, remis la question de la nationalité et de l’identité dans le débat public. Cette problématique est centrale en Côte d’Ivoire, un pays carrefour dont la population est composée de 22 pour cent d’étrangers et où vivent des dizaines de milliers de citoyens binationaux. Sans avoir l’ampleur du débat délétère sur l’ivoirité des années 1990, la résurgence du discours identitaire, même minime comme c’est le cas aujourd’hui, est inquiétante. Avant même l’exclusion de Tidjane Thiam, ses origines ivoiriennes ont été questionnées. Un ministre du gouvernement a, par exemple, émis des doutes sur celles-ci, arguant du fait que son père est né au Sénégal.51 Plus généralement, des propos stigmatisant les étrangers ont été proférés durant des meetings électoraux. Le 1er mars, lors d’un discours public à Abidjan, Laurent Gbagbo a ainsi affirmé : « Certains étrangers fraudent pour obtenir la nationalité. Une fois la nationalité acquise, ils fraudent pour obtenir des terres, et après, ils fraudent pour construire de grands bâtiments ».52

    La décision du tribunal qui a conduit à l’exclusion de Tidjane Thiam est complexe et risque d’être mal interprétée par une partie de l’opinion, qui pourrait en conclure que le président du PDCI – le propre petit-neveu de Félix Houphouët-Boigny – n’est pas ivoirien. La juge qui a statué sur la légalité de sa candidature ne dit pas cela, mais qu’il ne l’était plus juridiquement au moment de son inscription sur la liste électorale. Sentant sans doute la dangerosité de la question, le directeur des affaires civiles et pénales du ministère de la Justice et des Droits de l’homme a organisé une conférence de presse, le 28 avril, pour tenter d’éteindre la polémique, déclarant que Tidjane Thiam « est indiscutablement ivoirien, selon le code de la nationalité ivoirienne ».53

    Empêché de se présenter, Tidjane Thiam a déclaré qu’il n’y aurait pas d’autre candidature du PDCI que la sienne.54 Là se trouve le dernier enseignement de cette affaire. La Côte d’Ivoire souffre d’une culture présidentielle qui se répercute au sein des partis politiques. Le cadre institutionnel ivoirien, héritage du système de parti unique, confère en effet au chef de l’Etat et à son entourage une part disproportionnée du pouvoir exécutif. Il en est de même au sein des formations politiques, dirigées par des individus tout-puissants qui, comme Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, restent en place pendant des décennies, empêchant le renouvellement du paysage politique et freinant la représentation des jeunes dans les institutions. Sur les 225 députés de l’Assemblée nationale, un seul a ainsi moins de quarante ans, alors que 75 pour cent de la population ivoirienne est âgée de moins de 35 ans.55 De même, les hommes sont surreprésentés dans les grands partis politiques, ce qui se traduit par un faible pourcentage de femmes députées.56 Ces chefs de parti préfèrent souvent boycotter le scrutin, plutôt que de présenter un autre candidat, condamnant leur camp politique à la défaite.

    B.Une inquiétante absence de dialogue

    Une autre constante caractérise les élections présidentielles en Côte d’Ivoire : l’opposition et le pouvoir sont en désaccord sur le cadre technique et légal de ces scrutins. Comme en 2010 et en 2020, la CEI, l’institution chargée d’organiser les élections, est au cœur de cette dispute. Le premier point de discorde concerne la composition de la Commission centrale, le centre décisionnel de l’institution. Celle-ci fonctionne de manière collégiale et réunit des représentants du gouvernement, de la société civile et des partis politiques, dont l’opposition. Cependant, en avril, les trois principaux partis d’opposition – le PDCI, le PPA-CI et le FPI – ont claqué la porte de la CEI pour protester contre ce qu’ils estiment être un manque d’indépendance de l’organisation.57 Cette situation jette le doute sur la possibilité d’une organisation consensuelle du vote et d’une acceptation apaisée des résultats au lendemain du scrutin.

    La CEI a fait l’objet de nombreuses réformes, mais celles-ci n’ont jamais fait consensus. La dernière en date, officialisée par un décret du 15 février 2023, attribue un siège au PPA-CI au sein de la Commission centrale, rééquilibrant ainsi la balance entre l’opposition et le pouvoir au sein de cet organe.58 En dépit de cette avancée, qualifiée de « victoire d’étape » par Laurent Gbagbo, l’opposition estime que la CEI est toujours trop proche du pouvoir et donc partiale. Les six représentants de la société civile feraient, selon elle, basculer l’organisation du côté du pouvoir. Pour remédier à cette situation, l’opposition propose, entre autres, de dissoudre la Commission centrale actuelle et de remplacer les membres issus de la société civile par sept hauts fonctionnaires au profil juridique.59 Elle propose en outre de chapeauter la Commission centrale par une Commission nationale de supervision composée des partis représentés au parlement.60

    Le deuxième désaccord porte sur la liste électorale, dont l’élaboration est l’une des missions principales de la CEI. Son manque d’inclusivité est d’abord pointé du doigt. La liste définitive contient en effet 8,7 millions d’électeurs pour un pays qui compterait quelque 12,5 millions de citoyens en âge de voter.61 Le document est pourtant le résultat d’un travail conjoint de la CEI et des partis politiques. A l’automne 2024, la première a ouvert pendant trois semaines plus de 12 000 centres d’enrôlement à travers le pays ; les seconds ont fait campagne pour pousser leurs militants et militantes à s’y inscrire.62 Au final, seuls près de 715 000 nouveaux électeurs et électrices ont été ajoutés à la dernière version de la liste qui datait de 2023, loin de l’objectif initial de quatre millions. L’absence d’existence administrative de nombreux citoyens et la baisse de l’engouement pour la politique (voir III.C) expliquent en partie cet échec.63 Selon la CEI, lors des premiers jours de l’opération, près de 5 800 lieux de recensement n’ont reçu aucun requérant.64 Il ne servait donc à rien, selon elle, de prolonger l’enrôlement, comme le voulait l’opposition.65

    La qualité de la liste est aussi remise en cause. Le PDCI et le PPA-CI dénoncent des irrégularités dans la liste électorale, notamment la présence d’électeurs morts ou mal enregistrés. Le 3 avril 2025, le PPA-CI a avancé le chiffre de six millions de noms mal enregistrés et promis de déposer des réclamations massives. Mais trois semaines plus tard, la CEI n’avait reçu que 12 000 réclamations, dont la moitié portaient sur des rectifications d’identité.

    Le dialogue entre l’opposition et le pouvoir sur ces questions est au point mort. Et c’est sans doute pour pousser le pouvoir central à reprendre les pourparlers que les principales formations de l’opposition ont quitté la commission électorale. La dernière phase de dialogue s’est achevée en mars 2022, avec notamment la décision de faire rentrer le PPA-CI dans la CEI, et n’a pas redémarré. Les partis d’opposition ont depuis envoyé, individuellement ou collectivement, plusieurs demandes pour sa réouverture. Certaines de ces requêtes sont restées sans réponse, d’autres ont fait l’objet d’accusés de réception dilatoires.66 Lors de l’annonce de sa création en mars, la coalition CAP-CI, qui s’est donnée comme mission première d’obtenir des réformes électorales par un dialogue politique, a rappelé qu’elle réclamait notamment la révision de la liste électorale et une réforme de la CEI.67

    Le pouvoir oppose à ces diverses demandes deux réponses. L’une est d’ordre général : le pays « n’est plus en crise » et le dialogue politique n’a donc plus lieu d’être.68 L’autre est d’ordre technique. Le dialogue politique, qui s’est déroulé entre janvier et mars 2022, serait suffisant et a répondu aux interrogations de l’opposition.69 Selon les responsables du gouvernement, cette phase du dialogue politique a débouché sur une réforme de la CEI qui donne plus de poids à l’opposition (même si cette dernière conteste cette interprétation). Les griefs de l’opposition seraient, selon eux, du ressort de la CEI, à qui ils lui ont conseillé de s’adresser.70 Enfin, le président de la CEI a évoqué la possibilité d’une révision de la liste, qui pourrait, faute de temps, avoir lieu après l’élection.71 Cette déclaration a donné à l’opposition l’impression de tourner en rond.72 La publication de la liste définitive a en effet rendu improbable la réouverture de celle-ci avant octobre, même si l’un des anciens conseillers d’Alassane Ouattara estime la chose encore possible.73

    C.Une population dépolitisée ?

    Selon plusieurs interlocuteurs rencontrés par Crisis Group, la population ivoirienne, lassée par des processus électoraux reproduisant les mêmes erreurs et conduisant régulièrement à des épisodes de violence, se détournerait peu à peu de la politique et de l’élection de son président.74 Celle-ci serait même devenue source de peur pour les citoyens qui hésiteraient désormais à s’en mêler. Au lieu d’être un moment d’affirmation de leur citoyenneté et la possibilité d’influencer l’avenir de leur pays, de nombreux Ivoiriens et Ivoiriennes verraient dans les élections un moment de tensions et de confrontations.75 En novembre dernier, la ministre de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, Myss Belmonde Dogo, s’inquiétait de cet état de fait et disait souhaiter que « les élections cessent d’être un épouvantail qui hante, qui terrorise les populations lorsqu’elles approchent ».76

    Désaveu et crainte de la politique ont deux conséquences importantes. Premièrement, cela rend plus difficile l’organisation, par les partis d’opposition, de manifestations de masse.77 Les Ivoiriens et Ivoiriennes, surtout parmi les jeunes, semblent moins enclins que par le passé à suivre les appels à sortir dans la rue, lancés par des leaders et des partis vieillissants.78 Non seulement ces mots d’ordre n’ont rien changé à leur quotidien, mais ils ont régulièrement conduit à des débordements meurtriers. Ce fait est accentué par la faible représentation des jeunes au niveau institutionnel, évoquée plus haut, qui a tendance à les détacher encore plus de la chose politique. Un interlocuteur résume la situation en ces termes : « La jeunesse ivoirienne est désormais beaucoup plus intéressée par la rivalité entre le Real Madrid et le FC Barcelone, que par celle qui oppose nos partis politiques ».79 La mobilisation relativement faible autour de la radiation de Tidjane Thiam peut être, en partie, interprétée comme une preuve de cette difficulté à rassembler.80

    [La] dépolitisation [de la population ivoirienne] est susceptible d’avoir une forte incidence sur la participation électorale.

    Deuxièmement, cette dépolitisation est susceptible d’avoir une forte incidence sur la participation électorale. L’abstention est en augmentation depuis l’élection présidentielle de 2010, qui avait enregistré plus de 80 pour cent de participation au premier tour. Le semestre d’extrêmes violences qui a suivi ce scrutin, alors que les électeurs espéraient un changement positif, a considérablement discrédité le vote à leurs yeux, marquant un tournant dans la relation entre les Ivoiriens et la politique.81 Le taux de participation est tombé à un peu plus de 50 pour cent en 2015 et en 2020, le boycott de l’opposition ayant tiré les chiffres vers le bas. Les municipales de 2023 ont attiré seulement 36 pour cent des inscrits. Dans certaines circonscriptions comme Abobo, l’une des communes les plus peuplées d’Abidjan, le taux de participation s’est effondré à 20,8 pour cent.

    En octobre 2025, un scénario de forte abstention pourrait se reproduire, compte tenu de plusieurs facteurs. L’exclusion de la totalité des grandes figures de l’opposition, la peur de nouvelles violences, le faible renouvellement de l’offre politique, ou encore la résignation à voir, faute d’alternative séduisante, Alassane Ouattara effectuer un quatrième mandat pourraient pousser de nombreux électeurs à ne pas se rendre aux urnes. Elu avec seulement deux ou trois millions de voix dans un pays qui compte plus de 30 millions d’habitants, le vainqueur de la prochaine présidentielle jouirait alors d’une légitimité assez mince. La démocratie s’en trouverait affaiblie dans une région où celle-ci est de plus en plus concurrencée par des modèles autoritaires.82

    IV.Une élection sous influence extérieure

    La présidentielle d’octobre se déroule dans un contexte géopolitique en pleine mutation, qui pourrait accentuer les faiblesses du système politique ivoirien et faciliter la déstabilisation d’un pays historiquement vulnérable au moment de choisir son président.83 Depuis le scrutin de 2020, le contexte régional et international a profondément changé. La Russie a notamment effectué une percée en Afrique de l’Ouest, poussant la France hors d’une partie importante de son pré-carré traditionnel, tandis que les relations entre la Côte d’Ivoire et ses voisins sahéliens, en particulier le Burkina Faso, se sont dégradées.

    A.Ambitions russes

    Autrefois proches de Paris, les trois pays du Sahel central – le Burkina Faso, le Mali et le Niger – ont récemment fait de Moscou leur principal partenaire extérieur dans le domaine sécuritaire. Ils ont créé l’Alliance des Etats du Sahel (AES) en septembre 2023, un pacte de défense devenu une confédération, et ont acté leur départ de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’organisation régionale ouest-africaine, en décembre 2024. Dans ce nouveau paysage, la Côte d’Ivoire fait figure de dernier bastion pro-occidental en Afrique de l’Ouest. De nombreuses sources rencontrées à Abidjan estiment que la Russie guette une opportunité pour « retourner » un pays qui « constitue le dernier rempart de la Cedeao telle qu’on l’a connue au cours des dernières années ».84 Le but de Moscou serait de faire entrer Abidjan dans son giron ou, a minima, defavoriser l’installation d’un régime plus conciliant que celui du président Ouattara, afin d’opérer un rapprochement avec ses alliés de l’AES. La Russie envisagerait la présidentielle d’octobre comme un moment opportun à exploiter.85

    Moscou profiterait, en outre, de l’espace laissé vacant par le désengagement partiel des Occidentaux de la Côte d’Ivoire. Les Etats-Unis de Donald Trump ont une approche comptable du pays : ils y maintiennent des investissements élevés et négocient actuellement leur présence sécuritaire, mais ils n’interviennent plus, comme il y a une quinzaine d’années, dans le débat politique et sur les questions des droits humains.86 La France, de son côté, reste présente mais elle est plus discrète qu’autrefois, craignant que ses paroles ou ses actes, mal interprétés, servent de point d’appui à des attaques informationnelles accusant Paris d’ingérence ou de manipulation. Par ailleurs, en février, Paris a officiellement rétrocédé à la Côte d’Ivoire sa base militaire de Port-Bouët, au sud-est d’Abidjan, et débuté le rapatriement de centaines de militaires qui y résidaient.87 Quatre jours seulement après le retrait officiel des troupes françaises, Alexey Saltykov, l’ambassadeur de Russie en Côte d’Ivoire, proposait aux autorités ivoiriennes une coopération militaire.88 Abidjan n’a pas répondu à cet appel du pied.

    Plusieurs leaders de l’opposition ont des affinités avec la Russie et l’AES. Des cadres de l’entourage de Laurent Gbagbo se sont rendus à plusieurs reprises à Moscou ou ont visité des pays de l’AES.89 Ils partagent avec les régimes militaires du Burkina Faso et du Mali le souverainisme et l’hostilité à l’égard d’Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo, qui a développé un discours souverainiste semblable à celui des pays de l’AES lorsqu’il était président (2000-2010), a affirmé en octobre 2024 porter « un bon regard » sur ses régimes « arrivés au pouvoir par leurs propres moyens ». Il a par ailleurs attaqué la Cedeao qui, selon lui, « n’a plus de raison d’être ».90 Guillaume Soro a effectué plusieurs visites dans les pays de l’AES.91 A l’inverse, Tidjane Thiam et le PDCI affichent des positions pro-occidentales.

    Plusieurs signes laissent penser que la Russie … se positionne pour profiter d’une présidentielle [en Côte d’Ivoire] troublée.

    Outre la logique d’expansion russe en Afrique de l’Ouest, qui vise en priorité l’Afrique francophone et fait de la Côte d’Ivoire une cible assez évidente, plusieurs signes laissent penser que la Russie, qui a tenté dans un passé récent d’influencer plusieurs processus électoraux à travers le monde, se positionne pour profiter d’une présidentielle troublée. Le premier est le renforcement de son personnel diplomatique : l’ambassade de Russie à Abidjan a entrepris de multiplier ses effectifs dans une proportion allant de 1,5 à 3.92 Le second est la multiplication des attaques informationnelles contre les dirigeants ivoiriens ou visant à accentuer les divisions dans le pays.93

    S’il est compliqué d’établir précisément la provenance des milliers de fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux, et visent directement le président ivoirien ou tentent d’induire en erreur la population, il est aussi difficile de ne pas voir une manipulation russe dans certaines d’entre elles. Fin mai 2024, par exemple, un document falsifié portant le logo de la représentation diplomatique d’Ukraine en Côte d’Ivoire appelait les jeunes Ivoiriens de 18 à 30 ans à s’engager pour « servir les forces armées ukrainiennes sur le front ». Ce document a circulé sur les réseaux sociaux un mois après l’inauguration de l’ambassade d’Ukraine à Abidjan. Il visait à la fois à dénigrer l’Ukraine, en laissant entendre que Kiev cherchait à envoyer de jeunes Ivoiriens dans une guerre lointaine, et à jeter, à l’aide d’un sous-entendu, le discrédit sur le gouvernement ivoirien en le rendant complice de vouloir engager la Côte d’Ivoire dans un conflit européen. De faux avis de recrutement du même type ont été diffusés au Cameroun, au Togo et au Sénégal, trois pays francophones où la Russie cherche également à accroître son influence.94

    B.Attaque informationnelle et mauvais voisinage

    La Côte d’Ivoire n’entretient pas publiquement de mauvais rapports avec la Russie. En revanche, les relations avec les pays de l’AES, alliés de Moscou, sont froides. Les liens avec le Mali se sont distendus après l’arrestation, en juillet 2022, et la détention à Bamako, pendant près de sept mois, de 49 militaires ivoiriens. Le 7 janvier 2023, jour de leur retour au pays, le président ivoirien a invité Assimi Goïta, le président de la transition malienne, à effectuer une visite à Abidjan. Celui-ci n’a pas honoré l’invitation, et les deux pays entretiennent des rapports méfiants.95 L’inculpation et l’incarcération à Abidjan, début juillet, d’un membre du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif malien, pour « offense au chef de l’Etat », témoignent des tensions persistantes entre le Mali et la Côte d’Ivoire.96

    La relation avec le Burkina Faso est, elle, exécrable. Le capitaine Ibrahim Traoré, le président burkinabè, a tenu à plusieurs reprises des propos accusateurs contre la Côte d’Ivoire qui, selon lui, menacerait son régime, allant même jusqu’à dénoncer « un centre d’opérations » installé à Abidjan et visant à déstabiliser le Burkina Faso.97 Ces accusations ont été réitérées le 21 avril quand le ministre de la Sécurité a annoncé à la télévision nationale l’échec d’un complot contre le président Traoré dont les initiateurs supposés « sont tous localisés en Côte d’Ivoire ».98 Dans les deux pays, des incursions récentes de membres des forces de sécurité ont donné lieu à l’arrestation et à la détention de soldats ou de supplétifs, dont deux gendarmes ivoiriens libérés par le Burkina Faso en décembre 2024 après plus d’un an de détention. Plus récemment, le 21 juin, des auxiliaires civils de l’armée burkinabè ont enlevé cinq gendarmes ivoiriens à la frontière entre les deux pays avant de les emmener au Burkina Faso, où ils ont été brièvement détenus.99

    Les canaux de communication entre Ouagadougou et Abidjan sont très étroits, surtout depuis le rappel fin 2024 de tous les diplomates burkinabè en poste en Côte d’Ivoire.100 Depuis, la Côte d’Ivoire a renforcé la protection de sa frontière nord en faisant l’acquisition de matériel aérien et de surveillance électronique.101 Ce dispositif serait dirigé contre la menace des groupes armés jihadistes, mais aussi en prévision d’une détérioration des relations avec le Burkina Faso qui, de son côté, a considérablement étoffé ses moyens militaires aériens en investissant massivement dans des drones militaires. Cette nouvelle puissance aérienne inquièterait les autorités ivoiriennes.102

    La mauvaise relation entre [le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire] va au-delà des différends entre leurs responsables.

    La mauvaise relation entre les deux pays va au-delà des différends entre leurs responsables. Elle s’exprime aussi dans la sphère informationnelle pour atteindre un public assez large, y compris la communauté burkinabè résidente en Côte d’Ivoire, laquelle compte plusieurs millions d’individus. Selon une source qui tient à conserver l’anonymat et tient une liste hebdomadaire des attaques en ligne contre la Côte d’Ivoire, environ la moitié de celles-ci serait émise depuis le Burkina Faso.103 On ne sait pas si ces messages malveillants sont le fait d’individus isolés liés ou manipulés par l’Etat burkinabè ou de groupes de personnes soutenant le régime de Ouagadougou.

    En janvier, la police ivoirienne a arrêté Alain Traoré, dit Alino Faso, un influenceur burkinabè installé à Abidjan depuis 2021 et soutien du régime d’Ibrahim Traoré. Le 24 juillet, Alain Traoré a été retrouvé mort dans sa cellule. Selon le procureur de la République de Côte d’Ivoire, qui a rendu public son décès trois jours plus tard, l’homme se serait suicidé. Les autorités du Burkina Faso ont rejeté cette thèse et exigé le rapatriement de son corps.104

    Le gouvernement ivoirien accusait Alain Traoré d’avoir travaillé à la préparation d’une campagne de désinformation d’ampleur contre la Côte d’Ivoire, d’avoir photographié plusieurs sites sensibles (dont la résidence privée du président Ouattara) et de détenir à son domicile du matériel électronique sophistiqué pouvant servir à des activités d’espionnage. Alain Traoré aurait appartenu à un réseau d’influenceurs radicaux, dénommé Brigade d’intervention rapide de la communication.105 Au total, dix-sept personnes ont été interpellées dans le cadre de cette affaire, dont une dizaine de ressortissants burkinabè.106A l’approche de la présidentielle, plusieurs sources rencontrées par Crisis Group voient ces arrestations comme la preuve que des soutiens du président burkinabè pourraient recourir, pendant la période électorale, à une vague d’attaques informationnelles afin de nuire à la Côte d’Ivoire.107

    De fait, la candidature d’Alassane Ouattara à un quatrième mandat représente un prétexte idéal pour lancer sur les réseaux sociaux une campagne de dénigrement de la Côte d’Ivoire et de son président. L’âge du chef de l’Etat, sa longue relation avec la France, sa longévité au pouvoir et l’exclusion de candidats à la suite de procédures judiciaires complexes et contestées constituent des ingrédients faciles à mélanger pour obtenir un récit complotiste présentant cette élection comme manipulée par Paris – et donc illégitime. En avril, une fausse information annonçant la mort du président Ouattara a abondamment circulé sur les réseaux sociaux.

    V.Faire baisser la température

    Si aucune violence n’a encore été signalée durant la pré-campagne, la configuration politique actuelle est porteuse de risques par le simple fait qu’elle reproduit des erreurs similaires à celles des précédentes élections qui ont accouché de situations troublées : candidature d’un président qui, pour une partie de l’opinion, s’accroche au pouvoir ; exclusion de candidats ; rhétorique identitaire ; désaccord sur les règles du jeu électoral et déficit de dialogue politique. Ces mêmes causes peuvent potentiellement produire les mêmes effets.

    Les risques sont les mêmes que par le passé. Faute de dialogue, l’opposition pourrait choisir de s’engager dans un rapport de force avec le pouvoir et lancer des appels à manifester, notamment dans les quartiers populaires d’Abidjan et dans l’ouest et le centre du pays, deux de ses bastions. Gérés par un appareil de sécurité trop répressif, et nourris de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux, ces mouvements de protestation pourraient dégénérer et se solder, comme en 2020, par un lourd bilan humain. Dans une région troublée, un dérapage pourrait aussi conduire le pays vers l’inconnu et justifier les inquiétudes de l’opposition et de l’Eglise catholique.108 Pour ne pas compromettre la stabilité de la Côte d’Ivoire, il est nécessaire d’inverser une tendance où s’accumulent les décisions qui font monter la tension par une série d’actes et de mesures capables de rapidement faire baisser la température.

    A.Relancer le dialogue politique

    Un important préalable à une élection « apaisée », pour reprendre le qualificatif utilisé par le président Ouattara, est la réouverture dans les plus brefs délais, et à l’initiative du gouvernement, du dialogue politique. Celui-ci devrait porter d’abord sur les conditions d’un retour des principaux partis de l’opposition au sein de la CEI. Il est en effet difficile d’imaginer comment cette élection pourrait se dérouler correctement et ses résultats faire consensus avec une CEI vidée des trois partis d’opposition les plus importants. La réouverture du dialogue semble être la condition sine qua non à leur réintégration dans la Commission centrale de l’institution. 

    Ce dialogue devrait aussi être l’occasion d’examiner la possibilité d’une révision de la liste électorale avec l’objectif de trouver plus de consensus autour de sa composition et éventuellement de permettre à certains candidats radiés de se présenterCe dialogue politique sera cependant difficile à tenir sans la présence, sur le territoire ivoirien, de l’ensemble des leaders de l’opposition. A ce titre, Tidjane Thiam devrait regagner la Côte d’Ivoire, dont il est absent depuis quatre mois. On voit mal, en effet, un dialogue politique digne de ce nom se tenir en l’absence du dirigeant du principal parti d’opposition qui a, qui plus est, appelé ce dialogue de ses vœux. 

    Plus généralement, la relance du dialogue politique est essentielle pour faire retomber la tension entre adversaires politiques. Le refus actuel du pouvoir de rouvrir ce dialogue est vécu comme une forme d’arrogance par l’opposition. Même si celui-ci ne débouche que sur très peu de concessions de la part des autorités, il aura au moins l’intérêt d’atténuer les frustrations des opposants, dont certains comprennent mal comment des membres du RHDP, qui se réclament de l’houphouëtisme, peuvent rejeter le dialogue, qui est pourtant l’une des valeurs premières de ce courant politique. Enfin, pour instaurer la confiance nécessaire à un dialogue apaisé, les différentes parties devraient s’abstenir de toute rhétorique identitaire ou de tout propos incitant à la haine, ces discours ayant montré par le passé leur potentiel dévastateur. 

    B.Résister à la tentation du boycott

    La probabilité d’une loi d’amnistie permettant à Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro (dont le parti a été dissous en Côte d’Ivoire) de se présenter au scrutin présidentiel est très faible. La candidature de Tidjane Thiam est, elle aussi, hypothétique puisqu’elle dépend d’une très incertaine réouverture de la liste électorale.

    Si la liste n’est pas réexaminée, les trois candidats dont le parti est autorisé à concourir à l’élection d’octobre devraient résister à la tentation de la chaise vide et s’inspirer du modèle sénégalais, qui a permis au parti d’Ousmane Sonko de remporter la présidentielle de mars 2024 avec un autre candidat que lui.109 Ces trois hommes devraient rapidement, et de manière pragmatique, désigner des remplaçants et mettre l’intérêt de leur parti au-dessus des leurs. Ils doivent le faire avant la fin du dépôt légal des candidatures, prévu pour le 26 août prochain. Cela serait un pas positif vers un changement de la culture politique au sein de partis dont le chef dispose d’un statut quasi monarchique.

    Au-delà des responsables politiques, il est aussi vital que les citoyens ivoiriens participent pleinement à cette élection. Le risque d’un taux d’abstention élevé lors de ce scrutin est en effet réel, et avec lui la possibilité de voir le président élu par deux ou trois millions de voix, ce qui soulèverait des questions sur la légitimité du processus. Le gouvernement et les partis politiques, avec le soutien des partenaires de la Côte d’Ivoire, notamment l’Union européenne, devraient lancer une opération massive pour appeler les Ivoiriens à se rendre aux urnes. Les partis politiques pourraient notamment signer un appel conjoint en ce sens.

    C.Prévenir les interférences extérieures

    Afin d’éviter les interférences négatives en amont et au lendemain des élections, il est important que les relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire s’apaisent. Dans un premier temps, ces liens pourraient être réchauffés par un tiers. Le Ghana, qui entretient de bons rapports avec les autorités des deux pays et qui dispose d’un envoyé spécial pour le Sahel, semble être le pays le mieux placé dans la région pour construire une passerelle entre les deux pays. Dans l’immédiat, Accra pourrait conseiller aux deux pays de permettre le retour de l’ensemble de leurs diplomates à Abidjan et à Ouagadougou.110 Par la suite, le Ghana pourrait organiser dans sa capitale, Accra, une réunion entre des représentants de haut niveau des deux pays afin qu’ils puissent reprendre langue.

    Le Burkina Faso a tout intérêt à vivre à côté d’une Côte d’Ivoire stable. Des millions de ressortissants burkinabè vivent en territoire ivoirien et leur pays n’aurait pas les moyens économiques de prendre en charge, même une fraction de cette population, si celle-ci était poussée au retour par une nouvelle crise en Côte d’Ivoire. Ouagadougou devrait exercer un contrôle accru sur les messages qui sont émis, depuis son territoire, sur les réseaux sociaux, notamment ceux qui visent au dénigrement de leur voisin et de ses dirigeants. 

    Inversement, la Côte d’Ivoire n’a rien à gagner à un affaiblissement de son voisin, qui pourrait entrainer une arrivée massive de demandeurs d’asile burkinabè sur son territoire, au-delà du nombre actuellement gérable d’environ 70 000 personnes. Pour ne pas envenimer davantage leurs relations avec le Burkina Faso, les autorités ivoiriennes devaient répondre positivement à la demande de rapatriement du corps d’Alain Traoré, formulée par les autorités burkinabè le 29 juillet. Enfin, les deux pays ont un intérêt sécuritaire commun et il est important qu’ils puissent reprendre dans un délai raisonnable des patrouilles conjointes à leur frontière.

    D.Promouvoir des processus électoraux plus représentatifs

    Pour rompre avec le cycle d’échecs électoraux qui affecte leur pays, les dirigeants ivoiriens, y compris les nouvelles autorités issues du vote d’octobre, devront envisager, sur le plus long terme, des mesures visant à instaurer des processus électoraux plus inclusifs, en particulier lors des scrutins présidentiels. A cet égard, deux problématiques sont particulièrement cruciales : les dispositions relatives à la nationalité et la place des jeunes dans la vie politique.

    Les exigences imposées aux candidats aux élections en matière de nationalité devraient être revues à la baisse pour permettre à un plus grand nombre d’Ivoiriens aux origines diverses de se présenter à un mandat électif, y compris celui de chef de l’Etat. Dans un pays où des centaines de milliers de citoyens sont issus de l’immigration, ces restrictions ne sont plus en phase avec la réalité démographique. Elles sont surtout un facteur d’instabilité : elles divisent les Ivoiriens et peuvent être instrumentalisées à des fins politiciennes. Elles sont aussi un manque à gagner pour un pays qui ne profite pas pleinement de sa diversité démographique. La loi de 1961 sur la nationalité ivoirienne devrait ainsi être modifiée pour permettre aux Ivoiriens qui possèdent une autre nationalité de briguer le suffrage des électeurs.

    Les institutions ivoiriennes ne reflètent pas non plus la réalité démographique d’un pays fondamentalement jeune, où les trois quarts de la population ont moins de 35 ans. L’Assemblée nationale n’est pas la seule institution où les jeunes sont sous-représentés. Les mairies comptent, par exemple, moins de 6 pour cent d’édiles ou d’adjoints de moins de 40 ans. Sur les 31 présidents de conseils généraux du pays, aucun n’est dans cette tranche d’âge.111 Le vainqueur de la présidentielle devrait faire de l’implication des jeunes dans la vie politique et dans les institutions du pays une priorité de son mandat.

    VI.Conclusion

    Depuis trois décennies, la Côte d’Ivoire peine à profiter pleinement de ses immenses ressources naturelles et humaines, handicapée par une compétition politique génératrice de crises. Le scrutin présidentiel d’octobre prochain ne fait pas exception. L’exclusion des principales figures de l’opposition, le manque de dialogue politique, les désaccords entourant l’organe chargé d’organiser le vote et le retour dans le débat public des questions relatives à la nationalité ont installé, ces derniers mois, un climat de tensions peu rassurant. Si la situation venait à dégénérer, elle pourrait compromettre la stabilité et le dynamisme économique dont le pays jouit depuis 2011.

    Face au risque de violence, la classe politique ivoirienne, dans son ensemble, devrait placer les intérêts de la Côte d’Ivoire au-dessus des ambitions personnelles de ses responsables et s’entendre sur les conditions permettant d’amorcer un cycle électoral plus apaisé. Le désintérêt croissant de la population ivoirienne pour la politique, en particulier parmi les jeunes, souligne l’urgence d’un changement de paradigme. Cette élection, qui sera sans doute la dernière à opposer des candidats issus de l’ère houphouëtiste, devrait être l’occasion de tourner la page des crises électorales passées et de préparer le renouvellement de la scène politique ivoirienne en vue du scrutin de 2030.

  • Le pouvoir de dire non, Une pièce de doctrine signée Dominique de Villepin.

    Le pouvoir de dire non, Une pièce de doctrine signée Dominique de Villepin.

    Nous vivons une époque charnière, traversée par des fractures profondes que l’on peine encore à nommer. Le monde vacille sous le poids de ses propres excès : surexploitation des ressources, dérèglement climatique, instabilité géopolitique, fatigue démocratique, perte du sens collectif. Ce que nous affrontons n’est pas une simple crise, c’est une mutation historique, une bascule d’époque. Nous sommes pris dans une accélération prodigieuse de l’Histoire, tel un train fou, lancé à pleine vitesse, dont les passagers ne peuvent plus descendre. 1979  : l’irruption de l’islamisme radical sur la scène mondiale et les révolutions conservatrices anglo-saxonnes. 1989  : la recomposition de la puissance avec d’un côté, la chute du mur de Berlin, de l’autre, les événements de Tian An Men. La séquence de 2001 avec la guerre contre le terrorisme et la démesure des interventions occidentales. 2008  : la secousse de l’ordre économique et financier de l’après-guerre, suivie de convulsions de plus en plus rapprochées  : la crise des dettes souveraines, les printemps arabes, la crise migratoire, la guerre commerciale sans compter la multiplication des États faillis et l’extension des crises régionales. 

    Ce texte est né d’une nécessité : celle de comprendre ce basculement, de déchiffrer les forces à l’œuvre, d’interroger les logiques qui redessinent notre avenir sans toujours dire leur nom. Il est né d’une intuition  : le trumpisme n’est pas la maladie du monde, il en est le symptôme. Et l’excès d’attention qu’il réclame et reçoit nous détourne de nos maux essentiels. L’idée de progrès s’effrite, les promesses de la modernité se dérobent, et l’ordre international issu des révolutions démocratiques semble perdre sa boussole. Face aux vertiges de l’histoire, il nous reste un levier fondamental  : notre esprit de résistance et la force du refus. Ce pouvoir inaltérable de dire Non, non pas par repli ou nostalgie, mais pour rester fidèles à nous-mêmes et rouvrir le champ des possibles. Mais pour cela, il faut se donner, méthodiquement, progressivement, les moyens de dire Non.

    Partout, des formes impériales resurgissent — politiques, économiques, technologiques, culturelles — dans un monde livré à la compétition brutale des puissances. Face à cette recomposition globale, il nous faut poser une nouvelle équation  : non plus celle de l’illimité prométhéen, mais celle des limites partagées  ; non plus celle de la domination, mais celle de la cohabitation. Ce texte explore les logiques d’épuisement, les dérives autoritaires, les fractures sociales, mais aussi les voies possibles d’un sursaut européen et républicain, dans la fidélité à l’idéal d’émancipation, à la promesse démocratique, à la dignité humaine afin de retrouver le courage d’inventer une République des vivants. 

    Car l’Histoire n’est pas écrite d’avance. Nous avons le pouvoir de dire Non à l’épuisement de la planète, au retour des logiques impériales, à cet âge de fer où la guerre redevient une méthode ordinaire, à la montée des autoritarismes, à la résignation démocratique. Non à la fragmentation identitaire, au repli sur soi, à la perte du sens, à l’effacement du commun.

    Le trumpisme n’est pas la maladie du monde, il en est le symptôme.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    L’épuisement du monde prométhéen

    Prométhée est épuisé. Voilà ce que nous devons reconnaître sans détour, avec la gravité qui s’impose. Notre monde, ivre de puissance, vacille désormais au bord de ses propres limites. Le sol se dérobe sous nos pas et l’horizon s’assombrit. Ma thèse est simple  : les transformations politiques actuelles et à venir du monde s’enracinent dans un phénomène unique, l’épuisement du modèle de développement de la modernité, fondé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles, sur l’intensification continue des échanges mondiaux, sur l’expansion de la sphère marchande dans nos vies, sur la centralité de la puissance militaire pour garantir l’ordre, et sur l’illusion de rivaliser avec les dieux. Cinq épuisements qui n’en font qu’un. 

    L’épuisement des ressources planétaires n’est plus un spectre lointain, mais une réalité concrète, pesante, palpable. Il ne s’agit plus de prophéties alarmistes, mais d’un présent qui chancelle, d’un avenir qui se rétracte. À mesure que montent les eaux et que s’effondrent les écosystèmes, c’est notre modèle de développement qui se révèle pour ce qu’il est : insoutenable, insatiable, inadapté.

    Nous franchissons, les uns après les autres, les seuils du réchauffement comme on franchit des lignes rouges dans un conflit que l’on ne maîtrise plus. Celui des 1,5 degrés celsius, longtemps présenté comme une limite à ne pas dépasser, est désormais en passe de l’être, emporté par une croissance toujours plus vorace, par une consommation mondiale devenue aveugle à ses propres ravages. Le budget carbone pour s’y maintenir se réduit à peau de chagrin, moins de sept ans d’émissions, et déjà les promesses des États s’étiolent dans l’ombre des renoncements. Les Accords de Paris ne sont plus que des serments oubliés ou trahis. Et voilà que l’on accepte l’idée d’un dépassement temporaire, comme si l’on pouvait jouer avec la chimie de l’atmosphère et la mécanique du vivant aussi aisément que l’on jongle avec des chiffres sur un tableau d’experts.

    Mais ce dépassement est un mirage. On nous parle de compensations, de plantations d’arbres, de technologies de capture du carbone, alors même que les fraudes prolifèrent, que les dispositifs expérimentaux restent balbutiants, que les forêts brûlent plus vite qu’on ne les plante. Le climatoscepticisme a cédé la place au climato-défaitisme, ce mal rampant qui sape les volontés, mine les engagements, désarme les peuples. Il se glisse partout, dans les discours, dans les urnes, dans les foyers. Il se fait fatalisme, résignation, cynisme.

    C’est un renoncement mondial qui nous menace, un effondrement de la diplomatie climatique, ce frêle édifice de promesses et de responsabilités partagées. Alors que les conférences se succèdent, l’alerte lancée par Jacques Chirac résonne comme un écho tragique : « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». Plus encore, ce défaitisme est une fracture. Il divise le Nord global et le Sud global, incapables de s’accorder sur une justice climatique, sur un partage équitable du fardeau. Et lorsque la responsabilité collective devient un fardeau individuel, les égoïsmes prolifèrent. Chacun accuse, jalouse, se replie. Ce n’est plus une solidarité du vivant, mais une concurrence des survivances.

    Ce que nous touchons du doigt, c’est la rareté du monde, l’étroitesse de notre planète. La compétition revient en force, féroce, pour les ressources minérales. Une nouvelle géopolitique des matières premières s’installe, brutale et instable. Le nickel indonésien, le coltan congolais, le cuivre chilien : autant de nouveaux Eldorado autour desquels s’aiguisent les appétits, se cristallisent les tensions. L’île de Sulawesi, le Kivu, les plateaux andins deviennent les nouveaux carrefours du monde, non plus pour l’échange, mais pour la conquête. Les trois quarts de la transformation du lithium se concentrent en Chine. Et pendant ce temps, nous poursuivons encore les mirages fossiles de la précédente révolution industrielle. Le pétrole, le gaz naturel, ces vieux dieux du progrès, continuent de régner, repoussant toujours plus loin les limites de l’extractible, même au prix de l’irréversible. L’Arctique est saigné, l’Orénoque est fracturé, et tout cela en hâtant un « pic pétrolier » qui crée de nouveaux chocs sans que le monde ait réussi à se désintoxiquer.

    Face aux vertiges de l’histoire, il nous reste un levier fondamental  : notre esprit de résistance et la force du refus. Ce pouvoir inaltérable de dire NonDOMINIQUE DE VILLEPIN

    Les sols s’appauvrissent, les engrais chimiques menacent de manquer, les champs se révoltent contre le productivisme. Comment nourrir dix milliards d’humains dans un monde qui dévore ses propres fondations ? Le ventre de la Terre n’est pas un puits sans fond, et les réserves du sous-sol en phosphore, indispensables à l’agriculture, pourraient être épuisées d’ici 50 à 100 ans.

    Mais l’épuisement n’est pas seulement celui des ressources naturelles. Il est aussi celui d’un modèle : celui de la mondialisation elle-même qui a contribué à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté extrême, notamment en Asie. Au début, on crut à un équilibre presque alchimique  : ici, des prix bas  ; là, des emplois nouveaux. Le Nord consommait, le Sud produisait, et chacun y semblait trouver son compte. Mais ce pacte fragile s’est rompu. Le Nord s’est découvert dépendant, désindustrialisé, privé de sa souveraineté économique, concurrencé dans sa consommation par l’émergence de nouvelles classes moyennes mondiales  ; le Sud, bien qu’accédant à des nouveaux revenus, a vu souvent les fruits de sa croissance confisqués. Ce qui fut promesse de prospérité partagée s’est mué en fracture planétaire. Les bénéfices se sont concentrés entre les mains d’une élite mondialisée et métropolitaine. Les marges sont devenues privilèges, les profits se sont mués en rentes. Le ressentiment a enflé. En Occident, les populismes s’élèvent, nourris de la colère de ceux qui ont vu s’évaporer leur travail, leur dignité, leur espoir. Dans les pays émergents, les inégalités se creusent, les villes tentaculaires s’étendent dans une fébrilité croissante. Ce reflux de la promesse mondialiste se manifeste aussi par un tournant tangible : la montée du protectionnisme et la fragmentation des chaînes d’échange. Depuis quelques années, les grandes puissances, sous l’impulsion des États-Unis à partir de 2016, et en réaction, l’Europe et la Chine, redressent leurs barrières douanières, invoquant la souveraineté économique, la sécurité ou la justice commerciale. Le commerce mondial, autrefois symbole d’intégration, devient théâtre de rivalités  : les taxes punitives sur les véhicules électriques, les restrictions sur les semi-conducteurs, les sanctions croisées prolifèrent. La mondialisation, longtemps promue comme horizon inévitable, se fissure en blocs régionaux, en chaînes raccourcies, en flux reconfigurés entre alliés de circonstance. C’est une nouvelle ère du « chacun pour soi », où la coopération cède la place à la suspicion.

    Et au sommet, une minorité d’acteurs économiques et politiques concentre une part croissante des richesses, façonne les règles du commerce mondial et dicte les récits. Le fossé entre le 1 % et le reste de l’humanité s’élargit chaque jour davantage, irrépressible, insupportable. La mondialisation n’est pas un complot, elle est une mécanique implacable. C’est le monde du chacun pour soi qui s’impose, un monde à somme nulle, où les gains des uns deviennent les pertes des autres. Un monde sans horizon commun.

    Dans ce monde, l’épuisement est partout. Il est dans l’air que l’on respire, dans la terre que l’on foule, dans les regards que l’on croise. Il est celui d’un Prométhée enchaîné non plus par les dieux, mais par ses propres œuvres.

    Depuis le tournant du siècle, la puissance militaire, cette force qu’on crut un temps capable de tout, s’est heurtée également à ses propres limites. Nous vivons le paradoxe amer d’une époque où l’impuissance naît de l’excès même de puissance. L’effondrement de l’URSS avait laissé les États-Unis seuls maîtres d’un ordre mondial en recomposition. La domination militaire qu’ils exerçaient alors, soutenue par leurs alliés, n’avait pas d’équivalent dans l’histoire connue : les deux tiers, parfois les trois quarts des capacités globales étaient concentrées entre quelques mains. Et cette domination s’était donné pour justification une promesse, celle d’un ordre libéral pacifié, régulé par le droit international et défendu par la force.

    Au début, on crut à un équilibre presque alchimique  : ici, des prix bas  ; là, des emplois nouveaux. Le Nord consommait, le Sud produisait, et chacun y semblait trouver son compte. Ce pacte fragile s’est rompu.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    La guerre du Golfe, en 1991, avait été présentée comme l’exemple éclatant de cette logique  : une guerre juste, brève, légitime. Mais si l’intervention militaire a atteint ses objectifs immédiats, faute de solution politique, elle a laissé en place un régime affaibli et autoritaire, nourri des frustrations et des humiliations qui allaient contribuer, une décennie plus tard, à de nouvelles instabilités régionales. Puis vinrent d’autres interventions, souvent sous couvert humanitaire, toujours portées par cette certitude que la force pouvait stabiliser, pacifier, réconcilier. Mais avec le recul, que reste-t-il de ces illusions  ? L’Afghanistan, vingt ans d’efforts, des milliers de morts, pour un retour des talibans sous les caméras du monde entier — retour rendu possible par l’accord signé à Doha en 2020 entre les États-Unis et les talibans, négocié sous la présidence de Donald Trump, dans une logique de retrait rapide qu’il présentait comme l’art du deal, mais qui a surtout acté l’échec d’une stratégie sans vision politique de long terme. L’Irak, livré aux milices et aux factions, devenu un foyer du terrorisme qu’on prétendait y éradiquer. La Libye, transformée en théâtre d’ombres d’une guerre civile sans fin. Le Sahel, enfin, où la France est contrainte non seulement de partir, mais de constater la perte de son influence, de la Libye au Sénégal, et du Mali au Tchad, dans une indifférence mêlée de ressentiment des peuples qu’elle croyait venir aider.

    À chaque fois, la même tentation : celle du raccourci stratégique. Puisque nous avons la force, pensait-on, pourquoi s’encombrer des lenteurs du dialogue, des incertitudes de la diplomatie, des méandres du compromis ? Je connais ces arguments  : on me les a opposés sans relâche depuis 2002, face à la volonté des États-Unis de partir en guerre en Irak jusqu’aux expéditions militaires occidentales contre le terrorisme et pour les droits de l’homme, au Sahel, sous l’égide française, en passant par la Libye de 2011. Mais cette force, sans vision ni patience, s’est à chaque fois retournée contre ses porteurs. Elle a piégé les puissances dans un engrenage infernal. La logique de l’escalade a laissé place à celle du retrait, souvent précipité, toujours humiliant. L’histoire bégaie, et c’est le même dilemme qu’au Vietnam ou en Algérie jadis  : partir ou s’enliser. L’image de la prise chaotique de Kaboul par les talibans en août 2021 était un écho grinçant à la chute de Saïgon en avril 1975.

    Mais tout autant que l’épuisement de la force, c’est l’épuisement de la logique marchande qui nous assaille. Le monde contemporain s’est mis en chiffres, en procédures, en équivalents monétaires. Il s’est fait abstrait. Devenu conquérant, le capitalisme a voulu faire de chaque chose, de chaque geste, une valeur mesurable. Il ne s’est pas contenté d’aliéner ceux qui produisent : il a aussi dépossédé ceux qui consomment. L’homme contemporain, loin d’être libéré, est devenu le produit d’un marché sans fin, où ses désirs sont formatés, ses besoins induits, sa singularité diluée. Or aujourd’hui, ce processus est proche de son accomplissement. Il ne lui reste plus guère de nouvelles conquêtes possibles.

    Tout est à vendre, tout est monétisé  : le soin, le loisir, la relation, l’intimité même. Le couple devient produit, l’amitié un service, la joie une performance. La vie devient marchandise, vidée de son mystère, privée de sa lenteur. Le tissu symbolique qui unissait les générations, les communautés, les langages, se délite. L’existence s’aplatit. Et l’on sent planer, dans cet aplatissement, l’écho prophétique de Walter Benjamin  : ce que nous perdons n’est pas seulement du contenu, mais une présence. L’aura. Cette lumière silencieuse qui fait de chaque vie une œuvre d’art.

    Ce processus se double d’une autre aliénation, plus insidieuse encore  : celle de la bureaucratisation. À mesure que croît la complexité du monde, les règles se multiplient, les normes se superposent, les procédures s’empilent. La bureaucratie est la forme sociale de la rationalité, expliquait déjà Max Weber. Il ne s’agit plus seulement de l’État ou des institutions publiques. Les banques, les plateformes, les grandes entreprises participent tout autant à cette mécanique. Les individus eux-mêmes sont mis à contribution  : qu’on se souvienne de cette folie du formulaire d’autorisation de sortie pendant le Covid, qui faisait de chaque Français le bureaucrate pointilleux de sa propre surveillance. Tout est codifié, standardisé, régulé, jusqu’à l’asphyxie. L’implicite culturel, le non-dit social, cette respiration subtile du lien humain, disparaît sous le poids de l’explicite normatif.

    Les individus, en quête de protection et d’équité, finissent par réclamer ces filets administratifs. Mais en les obtenant, ils sacrifient quelque chose de plus essentiel : la liberté, la responsabilité, la capacité à donner sens. L’existence se réduit à un ajustement constant, une conformité sans épaisseur. Et l’homme se trouve face à un monde qu’il ne comprend plus, mais qui le mesure sans cesse.

    Enfin, voici le dernier avatar de cet épuisement, l’empire de la donnée ou « dataïsation » du monde. Ce mot barbare cache une réalité redoutable. Nous avons cru que la révolution numérique ouvrirait une ère nouvelle de savoir, de communication, d’émancipation. Mais à mesure que nos gestes, nos mots, nos émotions mêmes deviennent des données, que le cœur battant des algorithmes nous transforme en produits de cette nouvelle économie numérique, nous avons troqué la liberté contre la convenance. Nos montres nous surveillent, la techno-surveillance nous encercle, les algorithmes nous analysent. Les plateformes nous gouvernent et un nouveau féodalisme s’installe. Chaque besoin satisfait est une information prélevée, chaque désir anticipé est une prophétie autoréalisée. Tous nos gestes se transforment en données, nos pensées mêmes se laissent devancer. Tout devient prédiction, tout devient produit. Ce n’est plus seulement le monde qui se chiffre, c’est notre humanité qui se calcule. Et bientôt, ce ne sera plus seulement nos actions qui seront représentées, mais nos vies entières simulées, reproduites, réduites, tout notre être même traduit en ligne de code. 

    Le vivant, dans sa singularité, sa fragilité, et sa grandeur aussi, risque lentement, insidieusement, de se dissoudre, car ce monde ne nous offre plus guère de marges de manœuvre. Il nous encadre, nous évalue, nous reflète. Mais il ne nous élève plus.

    Alors oui, Prométhée est épuisé. Et avec lui, c’est toute notre civilisation qui s’interroge : avons-nous trahi la promesse que nous nous étions faite d’un monde plus libre, plus juste, plus habitable ? Il ne suffit plus d’innover, d’optimiser, de réguler. Il faut réenchanter. Il faut retrouver, dans le bruissement des jours et le silence des gestes, la part humaine qui résiste encore.

    Tout autant que l’épuisement de la force, c’est l’épuisement de la logique marchande qui nous assaille.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    C’est, au fond, l’épuisement de la modernité elle-même que nous devons affronter. Non plus seulement l’épuisement des ressources, des modèles ou des institutions, mais celui d’une promesse vieille de plusieurs siècles : celle d’un monde libéré par la raison, élevé par la science, guidé par le progrès. Cette promesse s’effrite, se fissure, se dérobe. L’idéal prométhéen, qui porta l’humanité à se dresser contre les déterminismes, à défier les dieux, à s’arracher à la nature pour mieux la dominer, ne survit plus que dans quelques ultimes bastions.

    La technologie constitue aujourd’hui l’unique territoire où le rêve de l’illimité semble encore toléré. Mais ce rêve, à y regarder de plus près, est déjà confisqué. L’intelligence artificielle, loin de constituer une libération, s’enferme dans la logique opaque des monopoles. Le savoir est devenu brevet, le progrès innovation privée, la puissance un actif contrôlé par quelques géants. De la suprématie de l’IA à la conquête du quantique, ce qui se dessine n’est pas une émancipation partagée, mais une rareté organisée, une science cloisonnée, réservée à ceux qui peuvent se l’acheter. Du côté du transhumanisme, la promesse de dépassement de la condition humaine, avec ses perspectives d’humanité augmentée ou de vie indéfiniment prolongée, s’annonce comme l’inscription de l’inégalité sociale au cœur de la vie humaine. 

    L’espace, autrefois vaste promesse de l’infini, dernier continent de l’imaginaire collectif, devient lui aussi terrain de luttes, de convoitises, de prédations. Il ne s’agit plus d’exploration, mais d’exploitation. À la manière des compagnies des Indes, ce sont des firmes à charte, des consortiums mêlant ambition privée et souveraineté déléguée qui tracent la carte du ciel. On parle de bases lunaires, de constellations militarisées, de forages d’astéroïdes. À peine avons-nous souillé la Terre que nous prétendons coloniser les étoiles, dans une logique qui tient davantage du pillage que de la transcendance.

    Trois enjeux s’y entrelacent : celui, désormais banal, du commerce, avec ses autoroutes orbitales et ses marchés de demain ; celui, plus sinistre, de la militarisation, où chaque orbite devient un potentiel champ de bataille ; enfin, celui, plus ancien, plus mythique, de la colonisation, comme si l’homme pouvait fuir la Terre pour renaître ailleurs, vierge de ses erreurs. Mais que serons-nous, ailleurs, si nous ne changeons pas ici ?

    Reste l’identité. Le dernier territoire de l’illimité, parce qu’il est le plus intérieur. Là où, dans le secret des consciences, chacun peut encore tenter de se réinventer, de devenir autre, de devenir soi. C’est là que devrait résider notre liberté la plus profonde. Et pourtant, même ce domaine se trouve pris d’assaut, codifié, instrumentalisé. À droite, par une logique d’enracinement rigide, fixiste, parfois xénophobe, qui réduit l’identité à l’héritage, à la biologie, à une pureté fantasmée. À gauche, par une logique de fragmentation, où chaque différence codifie sa blessure, où la revendication devient assignation. Au nom de l’émancipation, chacun est enfermé dans sa case. La recherche de soi s’est muée en cartographie ésotérique. Chaque groupe trace ses frontières, érige ses normes, construit ses appartenances. Et ainsi, l’identité, lieu de jaillissement, d’invention, de dialogue, devient à son tour territoire occupé. On ne s’y découvre plus, on s’y conforme. On n’y devient plus, on y appartient. 

    L’avenir s’annonce incertain comme suspendu. Habitée pendant deux siècles par le recul de toutes les limites démographiques, du nombre et de l’âge, l’humanité semble tout à coup douter, bifurquer, entrer dans un temps de turbulences. C’est la fracture démographique mondiale, une transition inachevée, qui redessine en profondeur les rapports de force entre les continents, entre les économies, entre les générations, entre les récits.

    À peine avons-nous souillé la Terre que nous prétendons coloniser les étoiles, dans une logique qui tient davantage du pillage que de la transcendance.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Le monde s’accroît toujours, mais de manière inégale. Au Nord, les sociétés vieillissent, s’atrophient, doutent d’elles-mêmes. En Europe, au Japon, en Corée, en Chine même, la fécondité s’effondre, les populations actives reculent, les systèmes sociaux chancellent. À l’inverse, au Sud, notamment en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et dans une partie de l’Asie, les jeunesses s’impatientent, souvent laissées sans horizon. Deux mondes se regardent, l’un fasciné par sa longévité, l’autre par sa vitalité, mais ni l’un ni l’autre ne parvient à formuler un projet commun.

    Cette asymétrie démographique n’est pas une simple question de chiffres : elle est un soulèvement silencieux du monde. Car à mesure que les jeunes du Sud cherchent une place, une voix, un avenir, le Nord se replie sur ses peurs, ses frontières, ses mémoires. Les désirs de mobilité rencontrent des murs et des refus. Et ainsi, le choc démographique se transforme en choc politique, alimentant le populisme, la crispation identitaire, le fantasme de submersion.

    Mais peut-on construire un monde viable en dressant les générations les unes contre les autres, en mettant les continents en concurrence ? Ce que révèle cette fracture, c’est l’urgence d’une solidarité à la bonne échelle, d’un pacte intergénérationnel et intercontinental.

    Car l’humanité se tient là, entre l’excès et le manque, entre les sociétés rassasiées et celles encore affamées d’avenir. Et dans cette tension, il ne s’agit pas de maîtriser la démographie comme on gère un stock, mais de l’habiter politiquement, de lui donner un sens. 

    Cette somme des épuisements du monde est le premier terme de la nouvelle équation impériale. De l’autre côté du signe « égal », se dresse le second terme  : la réorganisation du monde autour de nouveaux empires, mus par la peur panique de la pénurie. Le « néo-impérialisme » se déploie en parallèle à l’intérieur des sociétés, en redistribuant le pouvoir, comme à l’extérieur, en changeant par la puissance les relations des nations entre elles.

    Les nouveaux despotes à l’âge impérial

    Vers l’intérieur, le néo-impérialisme impose son modèle autoritaire en attaquant la démocratie libérale. Les réponses idéologiques se déploient comme autant de tentatives pour sauver, préserver, ou reconquérir une souveraineté perdue. Mais parmi elles, deux logiques s’imposent, non comme solutions, mais comme spirales. Des spirales impériales, nourries par l’angoisse du déclin et l’appel des forces brutes.

    La première, c’est le déni frontal, la négation volontaire de toute limite. C’est l’illimitisme assumé, incarné par Donald Trump, figure d’un absolutisme sans habillage doctrinal, empire d’instincts et de postures, empire de commandement, au sens premier de l’imperium. L’action prime, le verbe tranche, le chef domine. Il ne gouverne pas, il incarne. Il n’organise pas, il impose. À l’intérieur comme à l’extérieur, tout doit se soumettre au théâtre de la puissance, à sa visibilité, à sa démonstration.

    Son attrait pour les figures de l’homme fort ne tient pas du hasard, mais d’un récit profond, enraciné dans la mythologie américaine. Il convoque l’imaginaire collectif : le cowboy solitaire, le gangster impitoyable, le flic sans scrupule. Chaque geste, chaque mot, chaque silence même est un fragment de cette dramaturgie brutale. Et cela touche, cela parle. Car derrière le leader, il y a le peuple, non pas uni, mais ligué, mimétique, prêt à croire que la force du chef est sa propre revanche, sa propre force.

    Ce trumpisme est davantage qu’un homme : c’est une structure affective, une économie morale fondée sur la domination. La nature, la femme, l’étranger, tout doit y rester à sa place. Les frontières doivent redevenir claires et les hiérarchies naturelles. L’énergie fossile est célébrée comme instrument de conquête, le pétrole foré comme totem de virilité économique. Et si le monde devient plus instable, alors l’empire devient mobile, réactif, adapté. Il ne suit aucun projet, mais épouse chaque opportunité. Il avance dans le brouillard, certain que sa force le guidera.

    Ce modèle, qui mêle extractivisme, capitalisme hybride, et néo-impérialisme économique, repose sur un rapport au monde purement utilitaire : tout ce qui est périphérique doit rapporter au centre. Les matières premières doivent nourrir la prospérité nationale. Le commerce international doit servir à abolir, ou au moins réduire, l’impôt intérieur. Le dollar doit être un instrument de captation mondiale, un privilège sans contrepartie. L’horizon, c’est une économie mondiale siphonnée au profit d’un seul peuple, d’un seul État, d’un seul homme. Cette captation s’incarne aujourd’hui dans le retour assumé du protectionnisme américain dont les droits de douane effectifs sont relevés en avril 2025 à des niveaux sans précédent depuis les tarifs Hawley-Smoot des années trente qui ont conduit à l’effondrement du commerce mondial. Ce nationalisme économique, présenté comme déclaration d’indépendance, dissimule une logique d’absorption : maintenir l’avance nationale en déstabilisant la concurrence mondiale. Le commerce n’est plus un espace de règles partagées, mais un champ de bataille aux allures de guerre commerciale permanente.

    Et à l’arrière-plan, c’est la technologie qui devient le bras armé de cette vision. Non pas l’innovation comme progrès partagé, mais la puissance technologique comme levier de domination. L’IA et le quantique ne sont pas perçus comme outils, mais comme armes. On consomme toujours plus d’énergie pour maintenir l’avance, quitte à en creuser le coût écologique. On collecte toujours plus de données, non pour comprendre, mais pour surveiller. La technologie devient empire. Et les empires d’aujourd’hui ne se contentent plus de gouverner les terres, mais partent à la conquête des esprits.

    Le modèle trumpiste, qui mêle extractivisme, capitalisme hybride, et néo-impérialisme économique, repose sur un rapport au monde purement utilitaire : tout ce qui est périphérique doit rapporter au centre.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    La deuxième réponse, elle, s’inscrit dans une autre tradition. Elle ne nie pas les limites, elle les intériorise. C’est la logique de l’autosuffisance, portée par Xi Jinping dans l’héritage du maoïsme. L’empire ne s’étend pas vers l’extérieur, il se referme. Il ne cherche pas la projection, mais la forteresse. Il bâtit une muraille industrielle, technologique, morale — des Grandes Murailles de sable et de feu. Là-bas, le pouvoir ne se projette pas, il s’enracine. Le Parti tient l’État, l’État tient la société, et la société, patiemment, construit sa propre indépendance. Cette stratégie s’est récemment accentuée face aux restrictions occidentales. En réponse aux sanctions américaines et aux enquêtes européennes, Pékin renforce son autarcie industrielle, sécurise ses approvisionnements critiques, et restructure ses débouchés commerciaux vers l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique latine. La Chine réagit non seulement par des mesures défensives, mais aussi par des contre-attaques ciblées sur des produits emblématiques.

    L’investissement public, massif, méthodique, permet à la Chine d’accomplir des bonds technologiques spectaculaires. Là où l’Occident s’enlise dans la complexité, Pékin avance. DeepSeek, Xiaomi, Huawei, BYD : autant de symboles d’une conquête tranquille, d’une montée en puissance par l’intérieur. Et dans cette stratégie, la taille du marché domestique devient une arme. La Chine n’exporte pas seulement des produits, elle exporte des normes, des rythmes, des standards. Elle devient un monde en soi.

    Mais cette logique est aussi fondée sur la méfiance. À l’intérieur, elle se traduit par la surveillance, le contrôle, l’homogénéité sociale qui atteignent leur paroxysme au Xinjiang et au Tibet. À l’extérieur, elle se double d’une prudence stratégique, d’une défiance constante. Le Parti, ici, ne prétend pas séduire, il veut durer. Et dans cette volonté de durabilité réside un impérialisme discret, enraciné, presque géologique. Là où l’Amérique choisit la projection de force, la Chine choisit l’exercice du contrôle. Là où les États-Unis laissent entrevoir la prédation, la Chine laisse imaginer une logique de rationnement.

    La troisième réponse, enfin, est celle de l’empire bénin du droit et de la politique. C’est le modèle européen qui oppose à la centralisation du pouvoir sa volonté d’être « unis dans la diversité », qui atténue les tentations absolutistes par la logique du compromis ou du consensus. Nous redécouvrons que l’Europe est un modèle d’actualité et peut-être le meilleur contre-modèle au néo-impérialisme qui agite le monde. Pour une Europe qui s’est construite sur des fantômes, des rêves et des cauchemars d’empire et qui s’est voulue à la fois post-impériale et post-nationale, le temps est venu d’inventer les contours d’un « post-Empire ».Et après tout, le Saint Empire Romain Germanique, qui n’était ni romain, ni saint, ni très germanique, ni vraiment impérieux, n’en a pas moins été l’empire le plus durable et de loin sur le continent, un millénaire. Un empire électif, mosaïque d’entités de tailles diverses et presque souveraines, un vaste espace de délibération, de jurisprudence, de droit et de respect des libertés. Comment ne pas voir une forme de filiation avec l’Union européenne d’aujourd’hui et en tout cas une leçon pour elle  ? Comment ne pas y lire un appel à résister aux tentations illibérales qui voudraient faire de l’Europe à son tour un empire parmi les autres  ?

    Ce modèle permet le partage des ressources, un multilatéralisme fondé non sur la force, mais sur la coopération. Mais cette voie est étroite. Car elle suppose l’accord, le dialogue, le consensus.

    Il suffit de regarder la carte, les ambitions impériales font tache d’huile. Vingt-cinq ans de règne de Recep Tayyip Erdogan ont fait glisser la Turquie vers un autoritarisme néo-ottoman. La Russie de Poutine prend des airs néo-tsaristes de gardienne du conservatisme chrétien. L’Inde de Narendra Modi réorganise la politique indienne depuis plus de dix ans au profit d’une vision ethno-religieuse qui tend à ériger la minorité musulmane en ennemie de l’intérieur. 

    Car face à l’empire, toute démocratie devient vulnérable. Elle doute, elle se divise, elle hésite. Et c’est ainsi que, lentement, se dessine une nouvelle gouvernementalité, non plus libérale, mais impériale. À l’intérieur des États eux-mêmes, cette logique s’impose : verticalité du pouvoir, culte de l’efficacité, soumission de l’opinion aux récits du chef. Nous entrons dans l’âge des nouveaux despotes. Ils ne sont pas tous violents, ni même tous cyniques. Mais ils partagent cette même conviction : la liberté est un luxe que le monde d’aujourd’hui ne peut plus s’offrir.

    La technologie devient empire. Et les empires d’aujourd’hui ne se contentent plus de gouverner les terres, mais partent à la conquête des esprits.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Et c’est cela, la véritable menace. Non pas l’échec de la démocratie, mais son remplacement silencieux par une autre forme d’organisation, plus directe, plus brutale, plus rapide. Une forme qui sacrifie le débat à la décision, la justice à la sécurité, le droit à l’ordre, la raison à la raison d’État. Une forme impériale, née non de la force des empires d’hier, mais du vide laissé par les démocraties épuisées d’aujourd’hui.

    Les empires ne naissent pas seulement de la conquête extérieure ; ils prospèrent d’abord par l’emprise intérieure. Ce que nous voyons émerger aujourd’hui, sous nos yeux souvent incrédules, c’est une distorsion lente, mais profonde des structures mêmes de la politique, une altération de ses fondements, de ses équilibres, de ses promesses.

    Le premier glissement, c’est celui de nombreux régimes vers une forme de monarchie plus ou moins élective, nourrie de fascinations pour le chef. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il est inscrit, de manière paradoxale, au cœur même de la République américaine, depuis George Washington, père fondateur d’un pouvoir qui s’est progressivement nimbé de sacralité, jusqu’à la présidence impériale assumée par Franklin D. Roosevelt. Ce souci légitime d’autorité peut dériver comme aujourd’hui vers un culte de la personnalité, une attente messianique à l’égard d’un homme seul, capable de tout résoudre par sa volonté, qui est l’expression d’un désespoir politique déguisé en espérance providentielle.

    L’Europe n’est pas épargnée. Elle connaît ses propres figures tutélaires. Les peuples, pris dans le tumulte des divisions et des incertitudes, se tournent vers des hommes qui promettent de trancher, d’unifier, de décider. C’est là la grande tentation des heures troubles. La France elle-même, avec son fond bonapartiste, ses institutions fragiles — quatorze Constitutions depuis 1789 —, son centralisme pathologique, n’échappe pas à cette inclination. Lorsque la défiance envers les partis, les syndicats, les corps intermédiaires dépasse le désir d’émancipation, alors la liberté se retire, et l’homme fort s’avance.

    Plus en profondeur encore, le pouvoir dans son essence même se réorganise. Il se concentre. Il se privatise. C’est la deuxième distorsion : celle de l’oligarchie qui glisse vers la ploutocratie. Partout dans le monde, les gouvernements sont peu à peu encerclés par une nouvelle aristocratie d’argent. Aux États-Unis, la généalogie est claire : des Pères fondateurs fortunés aux « barons voleurs » du XIXe siècle, les Rockefeller, les Carnegie, les Morgan, jusqu’aux treize milliardaires de l’administration Trump. Au Capitole, lors de la deuxième investiture de Donald Trump, on a compté mille trois cents milliards de dollars de fortunes personnelles réunis dans la même salle. Le pouvoir économique se confond avec le pouvoir politique.

    La France n’est pas épargnée. La recomposition des fortunes, la rigidité des patrimoines, la montée des inégalités nourrissent un ressentiment profond. Au sommet, un petit nombre d’acteurs économiques dispose d’une influence considérable sur le levier médiatique. Il contrôle une part très significative de la presse quotidienne nationale — près de 90 % des tirages — ainsi qu’une majorité des audiences télévisées et une large portion du trafic sur les sites d’information en ligne. Dans les étages intermédiaires, une bourgeoisie patrimoniale sécurise ses acquis, transmet ses biens et ses actifs à l’abri des niches fiscales, consolide ses positions. La méritocratie recule, le capitalisme et la société d’héritiers progressent. La fortune héritée représente aujourd’hui 60 % du patrimoine des ménages en France, près du double des 35 % enregistrés au début des années 1970. L’effort, le travail, l’engagement ne suffisent plus. Et au cœur de la société, la classe moyenne oscille entre colère et peur, entre rejet et résignation. C’est elle qui sent le plus cruellement que l’ascenseur social est bloqué, que la promesse républicaine ne fonctionne plus. C’est elle qui voit venir le déclassement et redoute que ses enfants vivent moins bien qu’elle.

    Le pouvoir dans son essence même se réorganise. Il se concentre. Il se privatise.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    La troisième distorsion, plus subtile, plus pernicieuse, c’est celle de la démocratie elle-même et de la place donnée au peuple. Lorsqu’elle se réduit à la volonté majoritaire, elle perd sa substance. C’est ce despotisme de la majorité que Tocqueville avait pressenti, que nos sociétés démocratiques expérimentent aujourd’hui. Aux États-Unis, l’unanimisme social pèse comme une injonction morale : toute opposition devient suspecte, toute nuance trahison. Ce fut le sens du propos brutal, mais révélateur, du vice-président J. D. Vance à Munich : ce n’est pas l’ennemi extérieur qui inquiète, mais bien les oppositions de l’intérieur à la toute-puissance populaire.

    En Europe, ce phénomène prend le nom imprécis de populisme. Mais il ne s’agit pas d’un simple courant d’opinion. C’est une volonté d’épuration institutionnelle. Il s’agit d’abolir tout ce qui entrave la volonté immédiate du peuple tel qu’on l’imagine ou le fantasme : les contre-pouvoirs, les médias, la justice nationale et internationale, les collectivités, l’Europe. C’est la démocratie vidée de ses garanties, réduite à sa forme brute, instrumentalisée. En Israël comme aux États-Unis, le juge incarne l’ennemi de l’intérieur, l’empêcheur de commander en rond. Les accusations contre la « dictature des Juges » en France vont dans le même sens. 

    Cette évolution ne naît pas seulement de la mauvaise volonté ou des manipulations. Elle est aussi le produit d’une société fragmentée, désaffiliée, atomisée. Les réseaux sociaux, bien sûr, ont amplifié les logiques de confirmation, les bulles d’opinion, la violence de l’expression. Mais le mal est plus profond. Il réside dans la mutation silencieuse du rapport des individus à la politique.

    C’est une individualisation extrême. Les grands récits collectifs s’effacent. Les partis, les Églises, les syndicats s’effondrent. Le citoyen devient consommateur politique. Il choisit, il zappe. La démocratie devient un marché de préférences. Les applications de recommandation de vote, ludiques en apparence, sont le symptôme d’une logique perverse : on ne choisit plus son destin commun, on sélectionne son profil politique comme on choisirait une série à regarder.

    C’est aussi une forme de laxisme civique. Le refus de toute contrainte pour soi se double d’un désir accru de contrainte pour les autres. La liberté, dans ce contexte, devient caprice, et la responsabilité s’évapore.

    Enfin, cette crise est celle de l’efficacité démocratique. Nos institutions, alourdies, fragmentées, peinent à se réformer. Les promesses sont répétées sans être tenues. Le langage politique perd sa valeur. La loi devient une forêt. L’initiative citoyenne paraît une façade. Le Référendum d’Initiative Partagée s’avère presque impossible à enclencher. Les conventions citoyennes restent sans lendemain. D’où ce cri qui monte contre le système, ce refus global, ce « dégagisme » devenu le seul recours de ceux qui n’en ont plus.

    C’est cette mécanique de l’épuisement démocratique que les empires exploitent. C’est cette fatigue des peuples que les despotes modernes transforment en énergie. Car un peuple lassé de la liberté peut devenir disponible à la servitude. Non qu’il la souhaite. Mais il peut finir par l’accepter, par s’y résigner, par la confondre avec l’ordre. Et alors, le rideau tombe.

    Les empires, aujourd’hui comme hier, se bâtissent sur une idée simple : refuser les avancées de l’émancipation. Refuser les fruits de l’âge des Révolutions. À mesure que le monde s’épuise, les systèmes impériaux se dressent à nouveau comme des forteresses du passé, réactivant les ressorts anciens du pouvoir, les verticalités oubliées, les exclusions féroces. Ils ne sont pas novateurs : ils sont réactionnaires. Ils ne regardent pas l’avenir avec confiance, ils y voient une menace.

    Toutes les idéologies impériales contemporaines ont ceci de commun qu’elles entendent briser les promesses de 1789. Elles veulent faire taire les voix de l’autonomie, de la liberté, de l’égalité. Elles forment un chœur dissonant, mais convergent.

    L’islamisme, d’abord, avec sa pulsion de mort, sa haine de la vie et du bonheur sur terre, agit à double tranchant  : d’un côté, il vise à faire renoncer les démocraties à leurs principes en les enfermant dans la peur, la haine, la crispation sécuritaire. De l’autre, il cherche à imposer sa propre loi, autoritaire et théocratique, à régir les sociétés du Moyen-Orient comme les communautés musulmanes dans les pays occidentaux. Il refuse la sécularisation, récuse le pluralisme, nie l’autonomie des individus.

    Le fascisme, quant à lui, n’a pas disparu : il mute, il se recycle, il se déguise. Il ressurgit partout, caméléon aux mille visages. Il rejoue sans cesse la même spirale : celle d’un « nous » fermé, agressif, ethno-identitaire. Et face à ce « nous » prétendument pur, il désigne des ennemis, toujours les mêmes : les immigrés, les étrangers, les minorités. Il ne cherche pas à instaurer l’ordre, mais à imposer la domination. Non pas à construire la nation, mais à dresser des murs d’exclusion. C’est un fascisme nouveau, mais fidèle à ses racines : autoritaire, charismatique, belliqueux.

    On ne choisit plus son destin commun, on sélectionne son profil politique comme on choisirait une série à regarder.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    À cela s’ajoute le néolibéralisme durci en machine de guerre sociale. Un ordre économique qui, loin de tenir sa promesse de prospérité partagée, accroît les écarts, fracture les sociétés, attise les colères. L’État devient alors veilleur de nuit, partisan, au service d’intérêts consolidés. La redistribution est perçue non comme justice, mais comme fardeau. Et dans les marges, le crime organisé occupe les vides laissés par la République, usurpant les fonctions de l’État, là où celui-ci se retire. 

    Ces empires imposent ce que l’on pourrait appeler des « politiques de la vie », qui sont en réalité la mort de la politique. L’expérience du Covid a montré à quel point le pouvoir pouvait se redéployer dans la sphère intime  : protéger les citoyens contre eux-mêmes, gérer les corps, contrôler les mobilités, suspendre les libertés au nom du bien commun. Et si cette logique peut, en certaines circonstances, être nécessaire, elle devient perverse lorsqu’elle s’installe dans la durée. Lorsque la sécurité prend le pas sur la liberté, la vie elle-même est administrée, régulée, surveillée, et l’espace du débat, de la contestation, de la désobéissance, s’amenuise. Mais ce que ces empires revendiquent surtout, c’est une nouvelle légitimité, un autre récit. Ils ne se contentent pas d’être des puissances : ils se posent en civilisations. C’est le retour des États-civilisations. Ils ne veulent plus être de simples acteurs dans le concert des nations, mais la forme aboutie d’un peuple, d’une histoire, d’une essence. Ils brouillent volontairement les frontières entre le politique et le sacré, entre le pouvoir et l’identité, entre l’administration des choses et le salut des âmes.

    Les États-civilisations s’enracinent dans des récits anciens, des mémoires blessées, des nostalgies impériales. Ils prétendent incarner le destin d’une culture, d’un peuple choisi par l’Histoire. Ce glissement éclaire plusieurs tendances contemporaines  : le rôle croissant de l’évangélisme ultraconservateur dans la vie politique américaine, alors même que le pays se déchristianise rapidement. La ferveur d’un peuple en quête de repères est récupérée par des acteurs politiques qui font de la foi non plus une quête spirituelle, mais un levier d’emprise et de pouvoir.

    Ce glissement explique aussi la crise de la sécularisation et de la laïcité, qui ont pris en Europe, au fil des histoires nationales, des visages multiples, où les principes de séparation sont remis en cause à la fois par ceux qui veulent réimposer la religion dans la sphère publique et par ceux qui redoutent la coexistence des différences culturelles. Il permet aussi de comprendre l’impasse de l’islam politique, incapable de trouver une forme stable de représentation, tiraillé entre panarabisme, panislamisme et nationalismes concurrents, et rétif à la sécularisation. Et il éclaire enfin le retour idéologique du communisme chinois, sous la bannière d’une doctrine restaurée, la « Pensée Xi Jinping », qui mêle marxisme, tradition confucéenne, et ambitions impériales. Ce n’est pas simplement une politique ; c’est une ontologie du pouvoir. Un récit de grandeur, de permanence, d’unité millénaire. Ce qui est attaqué, ce sont les fondements mêmes de l’âge des Révolutions. L’idée que les peuples peuvent s’autogouverner. Que l’État est au service des citoyens. Que les droits précèdent le pouvoir. Ce qui vacille, ce ne sont pas uniquement des institutions, mais une philosophie du monde, née avec la Révolution française, prolongée par les grands basculements du XXe siècle.

    On a cru, trop vite, que l’onde révolutionnaire avait pris fin en 1989, avec la chute du mur de Berlin. On a pensé que la démocratie libérale était le point final de l’histoire, le terme naturel de toute évolution. On a voulu croire que l’affrontement entre Révolution et Contre-Révolution était chose du passé. Mais la lutte continue. Elle connaît aujourd’hui une nouvelle vague, plus confuse, plus brutale, plus globale. Après la Révolution française et sa lutte contre l’absolutisme monarchique, après la Première Guerre mondiale et l’effondrement des empires autoritaires, après la Seconde Guerre mondiale et la défaite du fascisme, après la Guerre froide et le rejet du stalinisme, voici venue l’heure d’un nouveau combat contre l’hypercratie, cette forme liquide et tentaculaire du pouvoir globalisé, médiatique, algorithmique, déresponsabilisé.

    C’est un combat sans tranchées, sans frontières nettes, sans manifestes flamboyants. Mais c’est un combat décisif. Car ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le régime des libertés, mais la possibilité même de la politique. La possibilité de débattre, de décider ensemble, de choisir une orientation commune.

    Dans ce monde éreinté, bousculé, tenté par le repli et la simplification, il nous faut réaffirmer les principes fragiles, mais essentiels, de l’héritage révolutionnaire. Non pas par nostalgie, mais par nécessité. Non pas pour restaurer un âge d’or perdu, mais pour retrouver la force d’un idéal partagé. L’idéal d’un monde où l’homme, libéré des dominations, retrouve le pouvoir de dire « nous », « le pouvoir de dire nous, le peuple ».

    Voici venue l’heure d’un nouveau combat contre l’hypercratie, cette forme liquide et tentaculaire du pouvoir globalisé, médiatique, algorithmique, déresponsabilisé.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Le nouvel âge de fer

    Voilà l’esquisse de l’impérialisme tel qu’il s’enracine à l’intérieur. Mais, dans le même temps, il se déploie aussi à l’extérieur. Le monde ne se structure plus selon l’ordre westphalien des États-nations. Il ne repose plus sur l’équilibre fragile des souverainetés égales. Il s’organise, à nouveau, selon des logiques impériales. Il s’agit là d’un basculement historique majeur, qu’il faut nommer avec lucidité : nous sommes entrés dans un nouvel âge de fer et non dans un âge d’or. Un monde de puissances continentales, de civilisations arc-boutées, d’empires rivaux, engagés dans une lutte pour l’accès à des ressources désormais rares, escomptant par une stratégie de domination préventive et de suprématie technologique, se prémunir eux-seuls de la pénurie, en imposant leur hégémonie. Et dans ce monde-là, l’État-nation, fruit de l’âge des révolutions, semble chaque jour plus vulnérable.

    Les États faillis prolifèrent, laissant la place aux guerres civiles et aux grands trafics transnationaux du Sahel au Moyen Orient. Ailleurs de nouvelles défaillances guettent, de la côte pacifique de l’Amérique latine jusqu’à l’arc caribéen. C’est le signe de l’échec de l’implantation du modèle de l’État nation après la décolonisation, c’est le signe également du refus des grandes puissances de laisser s’installer des souverainetés fortes.

    Les États-Unis, d’abord, ont amorcé un virage impérial. Non pas à la manière des vieilles puissances coloniales, mais selon une logique de réseaux, d’infrastructures, de contrôle périphérique  : le dollar, le droit extraterritorial et les sanctions, les plateformes technologiques, les flux de données. C’est une mutation longue, structurelle, pas un caprice. Depuis le pivot asiatique initié par Barack Obama, l’Europe n’est plus au cœur de la stratégie américaine. Les guerres perdues — Irak, Afghanistan — ont révélé les limites de la projection globale. Le trumpisme, en creusant l’écart entre idéologie isolationniste et affirmation brutale de la puissance, a fracturé l’alliance occidentale, mais aussi ouvert une série de possibles.

    Car tout devient pensable : une Sainte-Alliance paradoxale entre Russie et États-Unis contre l’Europe, rêvée par certains doctrinaires ultraconservateurs. Un Yalta transactionnel avec la Chine, autour d’un partage des zones d’influence, improbable mais redouté. L’effondrement même de l’appareil impérial américain, devenu trop lourd, trop rigide, irréformable, à la manière d’une Perestroïka inversée. Ou encore une forme d’isolement géostratégique, laissant place à une multipolarité brutale, où les grandes aires d’influence se redistribuent sans ordre ni pacte.

    Dans ce grand jeu, la Chine avance avec la lenteur méthodique des puissances anciennes. L’Empire du Milieu renoue avec sa propre mythologie. Sa transformation économique la pousse dans cette direction  : l’augmentation des coûts de production exige une intégration régionale plus étroite, et ses nouvelles ambitions industrielles, notamment dans les technologies vertes, nécessitent une sécurisation offensive des ressources. Nickel, cuivre, routes maritimes deviennent autant de pièces sur un échiquier impérial. L’Initiative des Nouvelles Routes de la Soie en est la traduction la plus visible  : couloirs de production, ports, infrastructures, endettement stratégique. Tout plutôt que l’isolement. Tout plutôt que l’asphyxie.

    Nous sommes entrés dans un nouvel âge de fer et non dans un âge d’or.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Mais la logique n’est pas seulement économique. Elle est aussi sociale et politique. Le Parti Communiste chinois, jadis adossé à la paysannerie et au prolétariat d’usine, s’adresse désormais aux bénéficiaires de la croissance : les classes moyennes des grandes villes, la bourgeoisie manufacturière et technologique. Pour tenir cet ensemble hétérogène, il faut de nouveaux récits  : un nationalisme cocardier, la quête de reconnaissance mondiale, la réinvention d’une fierté impériale. L’armée suit. La marine s’équipe. L’espace, le cyber, l’intelligence artificielle deviennent les nouveaux théâtres de puissance. Mais la stratégie reste patiente : gagner du temps. Laisser l’Amérique s’isoler. Laisser Taïwan douter. Laisser l’hégémonie s’imposer d’elle-même, par effet d’évidence.

    La Russie, elle, ne revient pas à l’empire. Elle ne l’a jamais quitté. Elle s’est construite comme un État impérial, sur la diversité forcée des peuples et un autoritarisme centralisateur. Elle ne conçoit pas son avenir en rupture avec son passé, mais dans la continuité d’une civilisation. Elle hésite entre un tropisme occidental et une identité eurasiatique, entre Pierre le Grand et Ivan le Terrible, entre Saint-Pétersbourg et Moscou.

    Cette Russie post-soviétique, reconstruite autour de l’idée d’une destinée géopolitique singulière, se sent aujourd’hui confortée. Non pas isolée, mais légitimée. La reconquête de sa zone d’influence, la remise en cause des frontières héritées de 1991, la présence dans les crises du Moyen-Orient, les liens renforcés avec l’Afrique ou l’Asie  : tout cela obéit à une logique d’encerclement souple, d’expansion périphérique. La guerre d’Ukraine n’a pas simplement choqué l’Europe  : elle a confirmé au reste du monde que les règles internationales n’étaient plus universelles. Et que la force redevenait une langue audible.

    L’Inde s’affirme, forte de sa démographie, de sa croissance, de son ancrage culturel millénaire. Mais elle hésite entre ouverture stratégique et nationalisme hindou. Elle veut être un empire sans renier la démocratie, un pivot entre l’Occident et l’Asie, sans toujours savoir quelle voie privilégier.

    C’est cela, le nouvel âge de fer, une mécanique de dislocation du monde d’après 1945 qui avance d’elle-même inexorablement. Non plus un ordre mondial, mais une série de désordres impériaux. Des logiques conquérantes réactivées, des souverainetés remises en cause, des peuples utilisés comme leviers. Ce n’est pas le retour de l’histoire, c’est son emballement. Et dans cette mêlée, l’idéal d’un monde organisé autour d’États libres, égaux, coopérants, s’éloigne — comme une île brumeuse, au loin, qu’on aperçoit encore, mais qu’on ne parvient plus à atteindre.

    Les empires relancent aujourd’hui leur rivalité globale, non plus sur le seul terrain militaire, mais dans tous les champs de la puissance. La guerre n’est plus une exception : elle devient un état latent, le fond sonore, la toile sur laquelle se dessine la compétition planétaire.

    Les flux deviennent frontières. Les routes maritimes, naguère artères du commerce, sont désormais des lignes de front. Chaque détroit militarisé, chaque corridor sécurisé, chaque port surveillé, redessinent une nouvelle géographie de la puissance. La carte du monde n’est plus celle des Nations, mais celle des accès, des goulots, des points de bascule. Et partout la logistique parle la langue des armes. La guerre de demain commence dans les ports du Golfe, sur les rails de la Route de la Soie, dans les batteries électriques ou les réseaux de fibres sous-marines.

    Les empires réarment. Les budgets militaires augmentent. L’espace aérien, maritime, exo-atmosphérique devient théâtre de manœuvres. Ils réinvestissent dans les capacités de production industrielle de guerre, modernisent leurs arsenaux nucléaires, développent des drones, des cyberarmes, des intelligences artificielles militaires. Le champ de bataille s’est étendu  : il n’a plus de limites spatiales, plus de seuils temporels. Ce n’est plus la guerre comme rupture, mais la guerre comme continuum. Une guerre en réseau, fluide, permanente. Une guerre non déclarée, mais omniprésente.

    La mécanique guerrière nourrit aussi une spirale de prolifération nucléaire. Bien des stratèges dans le monde n’auront tiré qu’une leçon de l’attaque de l’Ukraine par la Russie  : si Kiev n’avait pas cédé en 1994 son arsenal nucléaire en échange de la garantie de ses frontières par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, elle n’aurait pas été envahie. Les mêmes, ou d’autres, constatent avec la diplomatie erratique de Donald Trump que la parole des États-Unis n’engage plus comme auparavant. Les alliés peuvent être tentés d’assurer désormais leur propre dissuasion. Ces tentations multiples sont ce qu’on appelle la prolifération horizontale, mais il faut y ajouter la pression à la prolifération verticale, à l’expansion, la modernisation et la diversification des arsenaux nucléaires des puissances dotées, augmentant de façon disproportionnée les risques d’usage réels de ces armes. 

    C’est dans ce contexte qu’émerge un concept aussi central que dangereux : la guerre hybride. Un terme apparemment technique, mais porteur d’une révolution stratégique. Il brouille les frontières entre guerre et paix, entre civil et militaire, entre intérieur et extérieur. Il dissout les distinctions fondatrices du droit international et de la démocratie. C’est en dernière analyse la guerre telle que les empires la conçoivent : perpétuelle, asymétrique, opaque. Un outil de maintien de l’ordre par la peur à l’intérieur, un instrument d’expansion dans les interstices incertains du monde. Nous devons apprendre à y résister, sans pour autant en adopter la logique au risque d’y être engloutis. 

    La carte du monde n’est plus celle des Nations, mais celle des accès, des goulots, des points de bascule. Et partout la logistique parle la langue des armes.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    À la différence de la Guerre froide, qui reposait sur une bipolarité explicite et une forme de stabilité stratégique, la guerre hybride fonctionne par seuils progressifs d’irréversibilité. Elle est faite de cyberattaques, de campagnes de désinformation, de sabotages économiques, de pressions diplomatiques maximales, de violences asymétriques. Elle est diffuse. Elle est systémique. Elle est insaisissable.

    Mais déjà, cette guerre hybride devient mondiale. Ce que nous voyons émerger, c’est la première guerre hybride globale de l’histoire  : un conflit multiforme, étendu à l’échelle planétaire, mobilisant tous les leviers de la puissance — militaires, économiques, technologiques, culturels, cognitifs. Une guerre dans laquelle les sociétés elles-mêmes sont devenues les premières cibles, et parfois, les premiers vecteurs. Et demain, si les seuils sont franchis, si les ambitions s’entrechoquent sans cadre, sans dialogue, sans dissuasion crédible, cette guerre globale pourrait devenir totale, quoique d’un genre nouveau. Non pas une Troisième Guerre mondiale au sens classique, mais une guerre totale d’un type inédit : déterritorialisée, multidimensionnelle, sans déclaration de guerre ni paix possible. Taïwan est l’abcès de fixation des aspirations nationales chinoises et des tentatives d’endiguement américaines. Chaque geste mal interprété est susceptible de conduire à l’irréparable. D’où la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes robustes de déconfliction. 

    Aujourd’hui, dans cette logique impériale, la paix même peut devenir un levier de puissance, un calcul stratégique dans la guerre globale. Ainsi, face à l’engrenage des crises, tant en Ukraine qu’au Proche-Orient, Donald Trump se présente en promoteur de paix, mais une paix de circonstance, conçue comme un acte de communication, soucieuse de bénéfices immédiats, diplomatiques ou économiques, sans souci réel de l’avenir, ni des peuples concernés. À chaque fois, le même schéma se répète  : un Président américain se rangeant du côté du plus fort, Vladimir Poutine en Ukraine, Benjamin Netanyahou à Gaza. Dans les deux cas, les peuples sont relégués au rang de variables secondaires.

    Pourtant ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’Ukraine. Ce qui se prépare dépasse Gaza. Nous entrons dans un monde où la guerre n’est plus un accident, mais un outil ordinaire, une méthode banalisée du rapport de force. Un monde de rivalités déchaînées, de puissances réarmées, d’équilibres disloqués. Ce nouvel âge de fer n’est pas une menace lointaine  : il est déjà là. Et il tente d’aspirer l’Europe stupéfiée dans son engrenage, comme une proie offerte à des ambitions croisées. Le piège se referme. Il ne dit pas son nom. Il se présente comme un appel à la fermeté, à la solidarité, à l’honneur. Mais il dissimule une logique redoutable, celle de l’instrumentalisation. Car ce que certains souhaitent à Washington comme à Moscou, c’est faire de l’Europe le marchepied de leur stratégie, la variable d’ajustement de leurs ambitions impériales. Une Europe exposée, divisée, mise devant le fait accompli.

    Face à cela, l’Europe doit tenir bon. La France doit tenir bon. Et cela commence par reconnaître que le soutien à l’Ukraine est vital, car c’est notre propre sécurité qui s’y joue, comme s’est joué en Espagne en 1936 le destin européen. Nous devons continuer à soutenir l’Ukraine, à défendre sa souveraineté face à l’agression russe. Nous devons également réaffirmer notre engagement à participer à tout effort de consolidation d’un cessez-le-feu, puis d’une paix durable avec garanties de sécurité, dans un cadre multilatéral et en coordination étroite avec nos partenaires européens. 

    Face aux crises, trois principes doivent guider l’action européenne. D’abord le principe d’unité. Il ne sert à rien de courir chacun pour soi dans l’antichambre du pouvoir américain. Il faut une voix européenne  : claire, cohérente, collective. Une Europe qui ne cherche pas l’approbation du plus fort, mais l’accord volontaire des Nations. Ensuite, le principe de sécurité. La dissuasion ne s’improvise pas, elle se construit dans la durée, par la légitimité du droit et la solidité des alliances. Il ne peut y avoir de sécurité sans vision d’ensemble, sans stratégie partagée. Enfin, le principe d’indépendance. L’Histoire nous a appris les dangers des automatismes comme des emballements  : l’engrenage des alliances en 1914, les retournements de 1940, l’humiliation de Suez, l’enlisement des guerres coloniales. C’est dans la fidélité à notre tradition diplomatique que réside notre force. Celle de la parole tenue, de l’équilibre recherché, de la paix bâtie. La France et l’Europe doivent être les architectes politiques, avec les Ukrainiens, d’une paix fondée sur le droit, la souveraineté des nations et la sécurité collective. Face aux initiatives compulsives de l’Administration Trump, cédant aux injonctions russes, il nous revient de rappeler au Président américain qu’il portera l’entière responsabilité de l’accord qu’il aura conclu. Face aux cynismes des empires, il n’est pas de plus grande force que celle des principes. 

    Ce que nous voyons émerger, c’est la première guerre hybride globale de l’histoire  : un conflit multiforme, étendu à l’échelle planétaire, mobilisant tous les leviers de la puissance — militaires, économiques, technologiques, culturels, cognitifs.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Et cela vaut aussi pour le Proche-Orient. À Gaza, l’Europe ne peut continuer à rester spectatrice muette d’un conflit qui broie les civils et détruit toute perspective de paix. Là encore, les peuples sont traités comme des variables secondaires et la voix européenne reste trop peu audible, faute d’unité, de vision et de volonté politique. Pourtant les pays de la région se mobilisent. Le Plan adopté au Caire constitue aujourd’hui une alternative crédible à la fois à l’enlisement dans la violence et à la légalisation du fait accompli portée par le Plan Trump, une « Riviera on Gaza » qui n’a guère d’autre précédent que les traités des réserves indiennes conclus par les États-Unis jadis.

    Ce n’est pas un hasard si ces espaces — Ukraine, Gaza — sont devenus centraux dans la nouvelle grammaire de la puissance. Les empires investissent en priorité les zones interstitielles, ces marges que l’on croyait périphériques, mais qui deviennent des carrefours stratégiques. C’est là qu’ils peuvent se mesurer avec le moins de freins et de risques  ; c’est là qu’ils peuvent affaiblir ensemble les États nations qui encombrent leur vision du monde divisé en zones d’influences. À cet égard le plan Trump sur le « partage » des ressources minérales ukrainiennes dépasse la simple cupidité, il vise aussi à saper la souveraineté ukrainienne dans un moment de vulnérabilité maximale.

    L’Europe de l’Est, elle, semble rattrapée par une malédiction historique. Elle redevient ce qu’elle fut si souvent, un espace de frictions, d’affrontements et de glacis. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a créé un fait accompli, quelles que soient les justifications avancées par Moscou. La remise en cause de l’intangibilité des frontières, la violation du Mémorandum de Budapest de 1994, qui garantissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine, font redouter des répétitions ailleurs. Par la pression, par la ruse ou par la force. D’abord dans d’autres ex-républiques soviétiques, puis chez des voisins plus proches, comme la Pologne. Dans les Pays Baltes, où les minorités russophones sont encore significatives, le risque est d’autant plus aigu que ces États ont appartenu à la fois à l’URSS et à l’Union Européenne. Ils constituent le test ultime de la détermination européenne, la véritable inconnue de l’équation poutinienne. L’Europe n’a pas d’autre choix que de s’engager fortement et durablement sur les deux fronts vitaux pour elle  : la défense du droit international d’un côté, la garantie de sa sécurité sur sa frontière orientale de l’autre. Cela suppose d’empêcher que l’Ukraine ne devienne un État failli, un trou noir sécuritaire. Il faut bâtir un chemin d’adhésion graduelle, pragmatique et réaliste. Il faut aussi refuser toute validation juridique de transferts territoriaux imposés qui ne seraient pas librement consentis par l’Ukraine.

    Le Moyen-Orient, quant à lui, demeure un foyer incandescent des tensions impériales  : fragmenté, fracturé, surarmé, traversé par des conflits identitaires, religieux, énergétiques. La région n’est plus seulement un théâtre d’affrontement entre grandes puissances : elle est devenue le creuset où s’imbriquent toutes les logiques impériales. Externes avec les États-Unis, la Russie, la Chine  ; internes avec l’Iran, Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite. Mais dans ce carrefour du monde, nul ne peut durablement imposer son hégémonie. D’où une succession de jeux d’équilibre et de bascule, perpétuels et instables. 

    La tragédie du 7 octobre 2023 a ouvert une nouvelle ère pour tous les peuples de la région, tout en rappelant au monde que les plaies du passé ne se sont pas refermées. Face à des attaques terroristes d’une ampleur inédite, Israël, confronté à une menace existentielle sur son territoire, a répondu par une logique de guerre totale, menée sur sept fronts accompagnée d’un durcissement intérieur, de la mise au pas de la justice et des médias. Le risque est double  : voir basculer la démocratie israélienne vers un modèle séparatiste, annexionniste, militariste  ; mais aussi laisser dans l’histoire collective, les stigmates durables des bombardements massifs sur Gaza et du siège imposé à une population entière en violation du droit humanitaire international. Tant qu’il n’y aura pas de justice pour tous les peuples de la région, y compris les Palestiniens, mais aussi les Libanais et les Syriens, il n’y aura pas de paix durable, ni d’ordre véritable au Proche-Orient. C’est ce qui rend les victoires tactiques de Tsahal aussi tragiques que politiquement fragiles. Même si l’Iran apparaît aujourd’hui affaibli, même si ses relais — le Hamas, les Houthis et le Hezbollah — subissent des pertes lourdes, la tentation d’un changement de régime à Téhéran ravive un autre spectre, celui d’une déstabilisation régionale supplémentaire. Et avec lui, celui d’une domination américaine sans partage sur la région, directe ou par procuration. C’est là un retour inquiétant de la « question d’orient » avec ses effets pervers bien connus, d’instabilité durable, de surenchère des extrêmes, d’un retournement possible des alliés de circonstance.

    Aucun empire africain ne se dessine. Mais les appétits s’aiguisent, la compétition s’intensifie, les routes stratégiques se densifient, du Sahel aux Grands Lacs.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    L’Amérique latine, autrefois considérée comme l’arrière-cour des États-Unis, redevient un espace d’intérêt stratégique mondial. La Chine et la Russie y avancent leurs pions avec méthode. Les ressources abondantes — cuivre, lithium, gaz, terres agricoles — aiguisent les rivalités et attisent les convoitises. Les régimes vacillent, les alliances se renégocient. Le Brésil de Lula tente de construire une troisième voie fondée sur l’équilibre et l’autonomie stratégique, qu’il est dans l’intérêt de l’Europe de soutenir et d’accompagner. Le traité Union-Mercosur ne saurait être abordé sous le seul angle commercial. Il a une dimension géopolitique majeure. Mais il nous revient de défendre pied à pied les intérêts européens dans ce partenariat, en assumant notre responsabilité politique.

    L’Asie du Sud-Est incarne la zone-pivot du XXIe siècle. Elle est le cœur battant de la mondialisation et le principal théâtre de l’affrontement sino-américain. C’est là que se jouera l’équilibre du Pacifique, dans le détroit de Malacca, sur les récifs de la mer de Chine méridionale, dans les grands accords commerciaux, dans les pactes de sécurité. Les États devront veiller jalousement à leur indépendance et à leur stabilité intérieure, tout en arbitrant. Mais ils devront aussi éviter que ce jeu d’équilibre ne dégénère en instabilité chronique ou ne les transforme en théâtres de guerre civile par procuration. L’Inde peut, dans ce contexte, jouer un rôle stabilisateur empêchant le face à face sino-américain de dégénérer. Mais cela exige une vigilance permanente, en raison notamment de la prolifération d’alliances militaires — du pacte anglo-saxon de l’Aukus à la réunion du Quad — qui peuvent, à force d’entrelacements, conduire à la déflagration, comme jadis les alliances de 1914. 

    L’Afrique enfin, demeure convoitée, fragmentée, traversée par des appétits multiples. Les tentatives d’hégémonie s’y succèdent et échouent. Aucun empire africain ne se dessine. Mais les appétits s’aiguisent, la compétition s’intensifie, les routes stratégiques se densifient, du Sahel aux Grands Lacs. La course impériale s’y joue sur fond d’instabilité chronique et de tragédies humaines. Il est de l’intérêt, mais aussi de la responsabilité morale et politique de l’Europe d’empêcher un nouveau et funeste « partage de l’Afrique ». Aujourd’hui, la bataille collective pour la croissance et pour le développement, seule, peut éviter la catastrophe annoncée pour un continent dont le poids démographique mondial ne va cesser d’augmenter d’ici la fin du siècle, jusqu’à 2,5 milliards de personnes et dont le retard économique ne cesse de se creuser. En 1990 14 % des pauvres mondiaux vivaient en Afrique. En 2030, ils seront 80 %. La brutalité des coupes des États-Unis dans le budget de l’USAID doit être l’occasion de remettre autour de la table les donateurs mondiaux autour d’une nouvelle stratégie collective.

    Mais au-delà de ces batailles géographiques, c’est une autre guerre qui se prépare : la bataille pour l’ordre. L’ordre international, tel qu’il a été conçu en 1945, repose sur une fiction noble, celle de la paix par le droit, de la souveraineté par l’égalité, de la sécurité collective par l’alliance. Or cet ordre est aujourd’hui miné de l’intérieur. Les empires n’en veulent plus. Les uns, comme la Russie, veulent le détruire. Les autres, comme la Chine, veulent le remodeler à leur avantage. L’ONU est marginalisée, le multilatéralisme court-circuité, le droit international invoqué à géométrie variable. Ce que l’on voit poindre, c’est un retour assumé aux sphères d’influence, aux zones d’exclusion, aux rapports de force bruts. L’ordre de 1945 ne s’effondre pas sous les coups de la guerre. Il s’efface par indifférence stratégique, par corrosion lente des principes.

    Cette confrontation entre empires n’a pas pour horizon l’équilibre, mais l’hégémonie. Elle se développe en spirale : une rivalité qui ne s’autorégule pas, mais qui s’intensifie à mesure qu’elle se prolonge. L’ambition n’est plus la coexistence, mais la domination exclusive. Ce que certains osent déjà nommer un « empire mondial ».

    Les empires dessinent, dans leur confrontation continue un monde d’incertitudes stratégiques, de recompositions brutales, de rapports de force déliés de toute morale à l’extérieur, et une soif de contrôle mobilisant les peurs à l’intérieur. Voilà la nouvelle équation impériale. 

    Si nous voulons en modifier les termes, nous devons y opposer deux forces d’équilibrage fondamental  : l’Europe, comme puissance régulatrice, la République, comme principe de souveraineté, c’est-à-dire de maîtrise lucide de son propre destin. 

    L’ordre de 1945 ne s’effondre pas sous les coups de la guerre. Il s’efface par indifférence stratégique, par corrosion lente des principes.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Réveiller l’Europe

    L’heure européenne a sonné. L’Europe est l’antidote qui nous permet d’espérer en un monde raisonnablement sûr. 

    Elle est d’abord la meilleure garantie de sécurité pour nous, Européens. L’enjeu est pressant. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a été un réveil brutal face à nos dépendances énergétiques et à nos insuffisances militaires. Deux ans de guerre en Ukraine ont détruit plus de dix fois le nombre de chars de l’inventaire français. Pour ceux qui s’étaient rendormis, Donald Trump a brutalement sonné le rappel à l’ordre en ce début d’année par sa volte-face sur l’Ukraine. Nous sommes seuls, et isolés nous ne pesons pas grand-chose. La défense européenne n’est plus un choix. L’Europe qui fut, selon le mot du Général de Gaulle, le « levier d’Archimède » des nations d’Europe doit devenir le « bouclier d’Archimède » permettant à chaque pays de bénéficier de la protection effective des autres. Il n’y aura pas demain d’armée européenne, mais il peut y avoir une armée commune des Européens, mutualisant les achats, les entraînements, les planifications stratégiques et la logistique. 

    Sur les opérations, nous prenons conscience que les Européens membres de l’OTAN ne pourraient assumer de mission ambitieuse ensemble sans appui américain. Cela signifie qu’il faut œuvrer pour une OTAN à deux niveaux d’interopérabilité, l’un, de base, entre tous les Européens de l’alliance, l’autre entre le pilier européen et les États-Unis, de manière subsidiaire. Une « avant-garde » européenne sera nécessaire, associant d’abord les cinq principales armées de l’Union, France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, c’est-à-dire à eux cinq les deux tiers des dépenses des Européens continentaux de l’OTAN, ainsi que des partenaires régionaux, Royaume Uni, Turquie et Norvège. Cette base volontaire aurait vocation à être formalisée dans un Traité de défense collective progressivement ouvert à d’autres participants. 

    En matière d’équipements, notre dépendance nous apparaît de façon éclatante également, sachant que les deux tiers des commandes militaires des pays européens, ces cinq dernières années, ont porté sur du matériel américain, et jusqu’à 90 % pour certains pays. De surcroît, l’utilisation de la technologie américaine n’est pas neutre. Les F35 américains pourraient à distance être empêchés de décoller par les États-Unis. Or plus de la moitié des forces aériennes européennes est constituée de F16 et de F35, d’où le paradoxe danois qui pourrait voir ses avions cloués au sol en cas d’invasion du Groenland. Dans de nombreux domaines industriels, nous ne sommes pas en mesure de produire les quantités nécessaires. Pour assumer l’indépendance collective de la défense européenne et nous hisser à la hauteur des empires, nous devrons accepter un véritable partage du fardeau, en assumant un certain degré de planification des installations industrielles de défense en Europe, une capacité de financement commune et pérenne par un emprunt européen, ainsi qu’une mutualisation des achats pour améliorer la qualité, les prix et les quantités disponibles. 

    Aujourd’hui, un angle mort persiste dans l’enthousiasme général pour le réarmement  : réarmer, oui, mais pour quelles missions  ? Les différents États ont des visions et des besoins très différents qu’il faudra parvenir à harmoniser. Une dimension de défense territoriale conventionnelle est indispensable pour rassurer les pays de l’Est en première ligne face à des menaces russes éventuelles à l’horizon de 3 à 10 ans. 

    Une dimension de projection de force, dans l’esprit de ce que l’armée française ou britannique est entraînée à faire, sera nécessaire pour conserver une crédibilité globale, notamment dans l’Indo-Pacifique. Cela plaide soit pour une plus grande intégration de notre force aéronavale avec les Britanniques ou des investissements plus importants dans la Marine, avec l’enjeu de la construction d’un second porte-avions et l’expansion de la flotte de sous-marins nucléaires d’attaque.

    Une dimension de dissuasion renforcée implique une extension du stock d’armes nucléaires et peut-être une diversification des types d’armements, en réponse aux capacités croissantes des rivaux. À l’heure des doutes sur le parapluie nucléaire des États-Unis, la France a eu raison d’ouvrir le débat sur un possible remplacement de la garantie américaine par l’extension des garanties françaises. Mais cela impose des choix difficiles et urgents, et nécessite des négociations claires, tant sur les doctrines d’emploi que sur les volumes d’équipements à engager, sans pour autant remettre en cause le principe de souveraineté française sur la décision ultime.

    Plus de la moitié des forces aériennes européennes est constituée de F16 et de F35, d’où le paradoxe danois qui pourrait voir ses avions cloués au sol en cas d’invasion du Groenland.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Il faut aussi y ajouter une dimension essentielle de défense civile, inspirée du modèle suédois de « défense totale » ou du système suisse. Cela implique un renforcement des réserves de défense non seulement en termes de mobilisation stratégique en cas de crise, mais aussi en intégrant des compétences professionnelles spécialisées, notamment en cybersécurité. Il y a un besoin spécifique de plus d’ingénieurs et plus généralement d’un effort éducatif considérablement accru, car il constitue notre meilleure arme face aux obscurantismes et aux déclinismes dans cette compétition pour la puissance.

    Ensuite, l’Europe a vocation à devenir une puissance d’équilibre dans le monde, capable de proposer un modèle alternatif aux impérialismes agressifs, en défendant avec fermeté le droit international et les institutions multilatérales. 

    La diplomatie climatique est un enjeu identitaire et structurant. C’est à travers elle, en nouant des partenariats solides et en tissant des passerelles concrètes entre le Nord et le Sud Global, au nom de l’efficacité et de la justice climatique, que nous pourrons revivifier l’architecture des Nations Unies aujourd’hui sévèrement remise en cause. En novembre prochain, la COP30 à Belém, au Brésil, sera un test majeur. Elle marquera soit un sursaut de la diplomatie climatique, soit son effondrement définitif. À nous de fédérer en amont le plus grand nombre de pays volontaires possibles et de maintenir l’espérance d’une action collective à la hauteur des enjeux planétaires. 

    Notre continent, sans naïveté, mais sans reniement, doit continuer d’être perçu comme une puissance bienveillante et post-impériale, capable d’exister non par la force mais par l’exemplarité, non par l’imposition mais par la proposition. Il doit continuer à défendre, avec clarté et constance, la possibilité d’un ordre juridique international. Si un ordre mondial véritable semble hors de portée, alors veillons au moins à maintenir, sur notre continent, une architecture cohérente, protectrice, démocratique. Un ordre international, non pas total mais inclusif, capable d’accueillir ceux qui le souhaitent, avec ou sans les États-Unis, si tel est le prix de la continuité, dans le cadre rénové des grandes institutions multilatérales : le FMI, la Banque mondiale, l’Organisation des Nations Unies. Mais cette renaissance continentale n’a de sens que si elle s’inscrit dans un multilatéralisme repensé, lucide, réarmé, adoptant pour doctrine un internationalisme réaliste contrecarrant efficacement la « realpolitik » dépourvue de scrupules.

    L’ONU ne peut attendre de savoir si elle succombera à la maladie, comme jadis la Société des Nations, vidée de sa substance avant d’être abandonnée. Elle doit prendre l’initiative et engager sans tarder un processus de réforme, notamment sur la restriction, à l’étude, du droit de véto. Elle doit également s’atteler à améliorer la transparence des débats au sein du Conseil de Sécurité, en les diffusant mondialement et systématiquement. Autre chantier indispensable, l’adjonction de membres semi-permanents afin de mieux refléter l’équilibre des puissances du XXIe siècle et de garantir une meilleure représentativité de l’Inde, de l’Afrique, de l’Amérique Latine, sans qu’il soit nécessaire de conclure un nouveau traité, perspective aujourd’hui utopique. Et si, dans un scénario hier impossible, aujourd’hui seulement improbable, les États-Unis devaient répudier les Nations Unies, ce serait alors à Genève de porter l’esprit de paix et de propositions pour le monde, afin d’offrir une nouvelle demeure à la conscience universelle. 

    Face à la prolifération, l’Agence internationale à l’énergie atomique doit à nouveau être le fer de lance d’une politique de non-prolifération multilatérale et crédible. Mais il faudra sans doute créer d’autres agences pour superviser de nouvelles proliférations, dans le domaine des systèmes d’armements létaux automatisés, c’est-à-dire le visage militaire de l’IA. Un traité équivalent au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 1968 sera indispensable. De même qu’un nouveau traité de l’espace doit rappeler et rendre applicables les principes de non-militarisation et de non-appropriation de l’espace exo-atmosphérique.

    La réforme de l’ONU doit s’accompagner d’une révision des institutions de Bretton Woods et de l’OMC, les trois clefs de voûte de l’ordre économique, financier et commercial mondial. Le FMI pour redevenir crédible, devra être rééquilibré par une redistribution des quotes-parts au bénéfice de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique, afin d’acter une géopolitique du développement plus juste. Son mandat demanderait à être élargi à la stabilité et la sécurité des échanges financiers mondiaux, pour apporter une alternative crédible et juste à l’hégémonie du dollar. 

    La Banque mondiale, quant à elle, pourrait devenir le lieu d’une véritable coopération entre les Banques de développement, chinoises, africaines, européennes, afin de construire des projets communs, durables, mutualisés. Son mandat pourrait s’élargir à la supervision des échanges mondiaux liés aux matières premières stratégiques, pour garantir plus de transparence, de sécurité et d’équité, notamment sur le cuivre et le nickel. 

    Ce monde n’est pas à inventer à partir de rien. Il est là, en friche. Il attend que nous osions penser, décider et bâtir. Non pas en rêvant l’unité là où règne la diversité, mais en assumant la complexité, en tissant les compromis, en acceptant les imperfections. C’est cela, l’ambition du politique au XXIe siècle : non pas dominer, mais relier. Non pas incarner la force, mais faire vivre la promesse. Ce combat se joue aussi sur le terrain du commerce. Confrontée au dumping technologique, à la concurrence subventionnée et à l’extraterritorialité des sanctions, l’Union européenne a dû réagir : elle a imposé des droits compensateurs sur les véhicules électriques chinois, met en œuvre un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, et plaide pour une économie plus résiliente. C’est la recherche d’une autonomie stratégique ouverte, entre coopération régulée et protection ciblée. Mais cette ligne de crête est étroite : ne pas céder à l’illibéralisme, tout en refusant la naïveté commerciale. Le libre-échange sans règles est un mirage ; la fermeture brutale, un piège. Entre les deux, il y a un chemin de résistance : celui du juste échange, du respect mutuel, d’un multilatéralisme régénéré.

    Enfin, l’Europe doit offrir une alternative d’équilibre, la preuve pour de grands ensembles politiques qu’il existe une autre voie que celle du fer et du sang pour maintenir l’unité, la prospérité et la sécurité. Cela ne se fera ni dans la peur, ni dans la haine, mais dans la fidélité active à ce que nous avons été, cette idée européenne de liberté réfléchie, de progrès partagé, de dignité universelle.

    C’est cela, l’ambition du politique au XXIe siècle : non pas dominer, mais relier. Non pas incarner la force, mais faire vivre la promesse.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Mais cela ne peut se faire seul. Ni à l’échelle d’un individu, ni à celle d’un seul pays, fut-il riche de son ambition et de sa mémoire. Cela suppose de penser à l’échelle continentale. D’assumer la vocation internationale et ouverte de ce camp du juste équilibre. Il ne peut réussir qu’en tissant des liens dans un monde fracturé, où les passions tristes menacent de tout recouvrir. Il ne peut espérer résister qu’en s’appuyant, partout, sur les braises encore vives de la démocratie : sur l’espoir populaire en Inde, sur l’envie de liberté en Chine, sur la soif de développement en Afrique, sur la peur persistante du fascisme oligarchique qui guette aux États-Unis. Partout, des forces existent, souvent étouffées, souvent invisibles, mais bien réelles. C’est à elles qu’il faut tendre la main.

    Un saut confédéral assumé doit renouveler la libre association des États, assumant pleinement un principe de subsidiarité fort  : faire faire par les institutions de l’Union tout ce que les États séparément ne sont pas en mesure d’accomplir, mais rien de ce que ceux-ci peuvent faire seuls. C’est cela le principe fondateur de la liberté européenne, celle que firent valoir contre d’autres puissances les cantons suisses jadis, celle que les cités italiennes opposaient aux empereurs. Ce saut peut s’articuler autour de quatre volets essentiels. 

    Premier volet  : un instrument de pilotage pour un élargissement maîtrisé, accompagné, décorrélé de l’extension automatique de l’OTAN. Il faut se donner le temps d’une convergence économique, politique et sociale dans la durée, créer des paliers progressifs et des dispositifs d’aides diversifiés. Il faut éviter à la fois les précipitations et les blocages et notamment renoncer à la règle de l’unanimité pour l’ouverture des différents dossiers d’adhésion, prolongeant à l’infini les mélodrames. Une telle réforme n’aurait pas besoin d’une révision des traités. 

    Deuxième volet  : une consolidation sociale. L’Europe n’est pas qu’un marché, plus ou moins ouvert ou protégé. Elle est une communauté de vie permettant une protection sans équivalent dans le monde des droits individuels, environnementaux et sociaux de ses centaines de millions d’habitants, tout en étant un territoire de compétitivité, d’innovation et d’excellence technologique. C’est en poursuivant les progrès de cette protection et de cette solidarité entre les territoires que nous pourrons faire rayonner le modèle à l’échelle mondiale.

    Troisième volet  : la compétitivité économique et la croissance. Nous devons accélérer en matière d’innovation technologique et coordonner les financements et les régulations nationales, tout en développant des instruments de financement puissants en faveur de l’innovation de rupture dans la lignée des expérimentations menées par l’Initiative conjointe pour une DARPA européenne (JEDI). Impulser davantage de croissance européenne passe également aujourd’hui, par un saut vers une Union des Marchés de Capitaux qui mobilise efficacement l’épargne des Européens au service de leur propre économie. Faute de rendements suffisants, ce sont 500 milliards d’euros qui partent chaque année vers les États-Unis. Cela suppose enfin un assouplissement des règles de concurrence pour favoriser l’émergence de géants européens dans les secteurs industriels clés pour notre indépendance économique. 

    Quatrième volet  : la consolidation politique de la démocratie. L’adhésion à la démocratie est une condition d’entrée dans l’Union, mais à l’heure où certains pays pourraient être tentés de franchir les lignes rouges, il convient de réfléchir au renforcement des libertés individuelles. La Cour de Justice de l’Union Européenne pourrait évoluer vers un rôle de garante en dernier ressort, une sorte de cour suprême européenne restreinte à laquelle un ressortissant pourrait faire appel, en cas de litige avec son propre État, au titre d’une violation des engagements pris dans le cadre des traités européens. La règle de droit doit rester la boussole commune. Non comme une condition technocratique, mais comme une exigence démocratique. Car sans justice indépendante, sans presse libre, sans respect des minorités, l’Europe ne serait qu’un nom.

    Partout, des forces existent, souvent étouffées, souvent invisibles, mais bien réelles. C’est à elles qu’il faut tendre la main.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Redresser la République

    J’ai essayé de le montrer  : l’État-nation démocratique et libéral est confronté à un défi existentiel, à une confrontation entre l’abandon et la fidélité à ses principes. L’histoire n’est pas terminée, elle nous met en demeure. Elle ne réclame ni nostalgie ni fuite en avant, mais un sursaut lucide et courageux. Deux camps se font désormais face pour dessiner l’avenir de nos démocraties. 

    Le premier camp, celui de la Contre-Révolution, veut abolir l’héritage des Lumières, restaurer l’ordre par la peur et imposer la soumission, en exaltant le mythe d’une pureté originelle. C’est un camp réactionnaire, même s’il est hétéroclite mêlant l’ultra-conservatisme religieux, le populisme identitaire jusqu’au techno-libertarisme. Il rejette la liberté au nom d’une identité figée et refuse la diversité au profit d’une vérité unique. Il est dangereux parce qu’il est déterminé. Il parle aux instincts, flatte les colères, promet un ordre fondé sur la domination. Et il est international  : l’islamisme, le néo-tsarisme russe, le néo-conservatisme américain portent tous une défiance envers la liberté moderne.

    Le deuxième camp, celui des enfants de la Révolution, est aujourd’hui divisé. Il compte d’un côté, ceux qui veulent prolonger l’élan révolutionnaire, et de l’autre côté, ceux qui veulent consolider les acquis et préserver ainsi le centre des dérives autoritaires. L’enjeu est double  : maintenir l’unité entre ces deux courants, seule chance de l’emporter dans des démocraties où l’illibéralisme progresse  ; et faire émerger une lecture modérée, capable d’exercer le pouvoir sans trahir ses principes. Il ne faut se tromper ni d’adversaire, ni d’objectif. L’époque n’est pas à rejouer les drames de l’Histoire, ni à faire table rase en croyant qu’il suffirait de désigner les coupables pour soulager les blessures.

    Le camp du progrès cherche une sagesse nouvelle. Il ne veut ni une révolution totale, ni un retour figé à l’ordre ancien. Il aspire à une modernité consciente de ses limites, attentive à l’épuisement des ressources, à la vulnérabilité des sociétés, à la fragilité des individus. Il veut bâtir un humanisme écologique, une économie des communs, pour faire naître une république des vivants.

    Il ne s’agit plus de conquérir le monde, ou d’accélérer sans fin, mais d’apprendre à l’habiter. Il ne s’agit plus d’étendre la souveraineté, mais de l’enraciner dans le réel. Car ce que nous devons préserver aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des institutions, mais des manières de vivre ensemble. Ce camp, le nôtre, n’a pas encore trouvé ses mots, ni ses voix, ni sa forme politique. Mais il a commencé à chercher. 

    Face aux empires sans frontières, il faut refonder une République des Lumières. Une République qui assume les limites de la puissance humaine, qui sache dire non à l’exploitation sans fin, à la marchandisation de l’intime, à une technocratie détachée de toute éthique. Mais aussi une République capable de dire oui, à la transmission, à la diversité, à une certaine lenteur du monde et à sa beauté.

    L’histoire n’est pas terminée, elle nous met en demeure. Elle ne réclame ni nostalgie ni fuite en avant, mais un sursaut lucide et courageux.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Face aux dévoiements de l’invocation du peuple et à la montée des revendications identitaires, il faut réarmer la démocratie. Non par la force, mais par la confiance retrouvée. Redonner du sens au suffrage, de la cohérence au débat, de la clarté à l’action publique. Il faut réhabiliter les corps intermédiaires, valoriser les appartenances choisies, renforcer les solidarités concrètes. Réconcilier la Nation avec elle-même, sans céder à l’exclusion, ni au ressentiment. La vérité est parfois difficile à entendre, mais elle est nécessaire : l’État-nation démocratique et libéral ne succombe pas seulement aux assauts extérieurs. Il s’est affaibli de l’intérieur. Derrière les apparences de la démocratie de masse, la volonté politique a glissé vers une logique d’offre, de communication et de gestion.

    La démocratie libérale a baissé la garde en croyant triompher. Le consumérisme démocratique a entretenu l’illusion  : le citoyen devenu client a cru choisir là où il ne faisait que sélectionner. Le médiatisme a confié la formation de l’opinion à des sphères qui ne répondent plus aux citoyens, mais aux logiques marchandes. L’élitisme technocratique a miné la souveraineté populaire, réduite à une formalité électorale entre deux décisions déjà prises.

    L’État-nation s’est voulu moderne ; il est devenu managérial. Il a troqué l’autorité pour l’efficience, le sens pour le pilotage, le service public pour un logique d’optimisation. En France, le macronisme incarne cette métamorphose. Mais cette tendance est européenne. Derrière le discours d’équilibre, le « en même temps » a souvent masqué l’absence de cap. Derrière une parole présidentielle omniprésente, un pouvoir personnel s’est imposé, bavard, ambigu, trop centré sur lui-même pour être démocratique, trop insaisissable pour être républicain. La verticalité du pouvoir a trahi la promesse horizontale du candidat.

    Avec l’effondrement des grands systèmes bipolaires des Trente Glorieuses, la recomposition du paysage politique a produit un pouvoir sans racines, sans contre-pouvoirs solides, où l’action se réduit à un exercice de survie et de communication. Dernier symptôme en date, le SPD, le plus vieux parti d’Europe continentale, ne rassemble plus que 16 % des électeurs allemands en 2025. En Grande-Bretagne en 2024, les Tories, un parti plus ancien encore, sont tombés à 121 sièges, leur plus faible résultat de tous les temps. Le pouvoir s’est éloigné des classes populaires, s’est confondu avec les intérêts des classes moyennes supérieures, et a nourri un ressentiment social profond, incarné en France, par les Gilets Jaunes, les colères de la jeunesse, les révoltes des banlieues.

    Mais le plus grave est ailleurs, dans la transformation de l’idée de nation. Ce n’est plus l’idée républicaine, inclusive, fondée sur la volonté commune, qui structure le débat public. C’est une idée appauvrie, fermée sur elle-même qui nous menace : l’identitarisme. Sous couvert de la République, il ressuscite les vieux réflexes de la Contre-Révolution  : trier, exclure, désigner un ennemi intérieur. La tentation est là  : traquer l’étranger dans le citoyen, faire du droit du sol un danger, de la double nationalité une trahison. Il ne construit plus la Nation autour de principes, mais autour de fantasmes ethniques. Ce n’est pas nouveau. La France a déjà connu ses moments de bascule : l’affaire Dreyfus en 1894, Vichy en 1940, l’OAS en 1962. Toujours la même tentation : faire reculer la République au nom d’un peuple mythifié et homogène. Toujours les mêmes figures, les mêmes invectives.

    Aujourd’hui, en France, comme dans la plupart des démocraties européennes, trois grandes peurs structurent le débat public : la peur du terrorisme, la peur de l’islam, la peur de l’immigration. Dans cet environnement saturé de faits divers érigés en symboles, en révélateur de civilisation, les faits eux-mêmes comptent moins que leur instrumentalisation. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à désigner. À chaque crise, un bouc émissaire. À chaque drame, un pas de plus vers l’irréversible. Résultat  : l’extrême droite pénètre les centres de pouvoir, aux Pays-Bas, en Italie, ou s’en approche dangereusement avec l’AfD en Allemagne, avec le FPÖ en Autriche. Que vaut l’indignation individuelle face à cette marée montante  ? C’est dans ce contexte que prospère le mensonge de l’État qui, au lieu de reconnaître ses fragilités, les masque par des discours sécuritaires et des postures incantatoires. Il devient un État maltraitant, qui gouverne par la peur et l’usure civique.

    Rajeunir la République, dans le cas de la France, ce n’est pas en repeindre la façade. C’est redonner à la démocratie la capacité d’agir pour renouer avec un double impératif : l’Ordre et la Justice. Ces deux piliers sont indissociables. L’ordre sans la justice mène à la tyrannie. La justice sans l’ordre conduit à l’anarchie.

    L’État-nation s’est voulu moderne ; il est devenu managérial.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    L’ordre, ce n’est pas l’autoritarisme. C’est le respect des règles, l’efficacité des institutions, la légitimité retrouvée de l’action publique. Un État qui tient ses engagements protège sans brutaliser, connaît son territoire et ses habitants, y compris ceux qui sont en situation irrégulière, car on ne gouverne pas dans l’ignorance. L’ordre, c’est une chaîne pénale cohérente, une justice respectée, une police et une magistrature qui coopèrent au lieu de s’accuser trop souvent. La justice commence par la reconnaissance du mérite, de l’effort et de la réalité sociale de chacun. Elle suppose une fiscalité juste, lisible, ce qui implique une réforme en profondeur et pas seulement des ajustements techniques. Elle suppose aussi un État social moderne qui accompagne sans uniformiser vers l’emploi, la formation, la dignité. La République ne doit plus être un distributeur aveugle, mais une promesse politique incarnée, adaptée à chacun.

    Pour cela, il faut revenir aux fondamentaux, la tâche des élus est claire, gouverner et réformer. Gouverner, c’est comprendre l’appareil d’État, respecter ses agents, ses rythmes et valoriser les compétences qu’il porte. C’est redonner aux concours leur rôle central, réhabiliter les vocations républicaines. C’est garantir à tous un accès effectif au droit et à l’information. À l’heure des données, gouverner c’est savoir ce que l’on mesure et ce que l’on choisit d’ignorer. Gouverner, c’est aussi traiter la question de l’immigration au fond, sans théâtre d’ombres, construire un cadre européen crédible, la seule échelle valable aujourd’hui. Relancer des politiques d’intégration ambitieuses, et par la diplomatie, négocier avec les pays d’origine, des conditions claires pour le retour des personnes concernées par une obligation de quitter le territoire français. 

    Réformer, ce n’est pas imposer. Ce n’est pas casser. C’est rassembler, dialoguer, poser des cadres, fixer des caps, donner du sens. Il faut sortir de la caricature néolibérale de la réforme, synonyme de démantèlement. Cesser le bavardage législatif et l’empilement des normes. Retrouver le temps long de la délibération démocratique. En France, la réforme des retraites a échoué politiquement parce qu’elle a été imposée, contre les syndicats, contre le monde du travail, contre le peuple. Elle a cristallisé le divorce entre ceux qui décident et ceux qui vivent les décisions. Rien de durable ne pourra être construit sur cette fracture si l’on ne fait pas un pas de côté pour relancer, en donnant les gages nécessaires, un dialogue de bonne foi fondé sur la justice. 

    L’histoire m’a appris que le courage en démocratie n’est pas d’imposer son avis contre celui de tous les autres, mais de reconnaître quand on s’est trompé et de corriger. Ce n’est pas par l’hybris, mais par l’humilité que l’on rajeunit la République. Ce n’est pas en changeant de vocabulaire, mais en rétablissant sa fonction première  : transformer le réel par la parole partagée, la règle librement acceptée, l’engagement commun. Rajeunir la République, c’est rendre à la démocratie la force de sa promesse. 

    L’enjeu est d’articuler les trois souverainetés héritées de l’âge des révolutions qui fondent ensemble la liberté politique des peuples européens  : la souveraineté nationale, la souveraineté populaire, la souveraineté individuelle. C’est ce trépied qu’il nous faut restaurer.

    La souveraineté nationale s’exprime d’abord par la parole de nos pays dans le monde, car c’est leur identité, leur singularité et leur message. Cette voix, la France l’a largement perdue au cours des deux dernières décennies. Ses dirigeants parlent de façon si confuse, éphémère, contradictoire, parfois même paresseuse qu’ils ne franchissent plus le mur du son. Bien peu nous écoutent encore ressasser, entre nous, nos amertumes et nos anciennes grandeurs, lassés de nous voir dérouler une diplomatie d’habitude, ponctuée de temps à autre de coups de menton. Quels sont les engagements clairs et suivis  ? Au Sahel  ? Au Proche et Moyen-Orient  ? En Ukraine  ? Seule la diplomatie climatique, depuis les Accords de Paris, a su maintenir une ligne constante et entreprenante.

    En France, la réforme des retraites a échoué politiquement parce qu’elle a été imposée, contre les syndicats, contre le monde du travail, contre le peuple. DOMINIQUE DE VILLEPIN

    La France ne retrouvera sa place que lorsqu’elle assumera sa vocation  : être une puissance d’équilibre et d’initiative dans toutes les enceintes multilatérales comme dans toutes les zones de crise du monde, autour de trois principes. D’abord, une diplomatie collective. La France doit retrouver des points d’appuis solides pour reconstruire des majorités durables. Deuxièmement, une diplomatie d’initiative. Il ne s’agit pas de se retirer pour concentrer nos forces, mais au contraire d’avancer partout nos propositions fondées sur les principes de la solidarité des peuples, de la souveraineté des États-nations et de la responsabilité mondiale. Une idée rejetée aujourd’hui peut devenir une victoire demain. Troisièmement, une diplomatie pacifique. La guerre doit être un ultime recours et pas un outil d’influence. On ne peut être un faiseur de paix crédible quand on ne cesse de vouloir y recourir. 

    La souveraineté nationale, comme expression de notre liberté dans le monde, passe aussi par une politique culturelle ambitieuse, généreuse et populaire. Une politique qui échappe à la fois aux élitismes étroits et à la consommation de masse des industries culturelles qui seront de plus en plus automatisées à l’avenir. La France, c’est encore cela : le facteur humain.

    Deuxième de nos souverainetés essentielles, la souveraineté populaire suppose une démocratie réelle, où les citoyens ne sont pas réduits au rôle de figurants, mais retrouvent les moyens d’agir. Cela exige des institutions lisibles, des procédures de délibération et de participation modernisées, une décentralisation vivante qui redonne chair à la citoyenneté de proximité, à l’échelle des communes, des départements, des régions. Cela suppose aussi de remettre au centre la question de la représentation : redonner sa place au Parlement, revitaliser les partis politiques, réarmer les syndicats, recréer des lieux d’engagement collectif.

    La souveraineté populaire ne peut se contenter d’un vote tous les cinq ans. Elle exige des contre-pouvoirs effectifs, une information pluraliste, des droits garantis, un espace public protégé. Elle repose sur une vision du citoyen non comme un consommateur d’opinion, mais comme un sujet de droits et de devoirs. Elle ne peut s’épanouir dans une démocratie réduite à des choix de catalogue. Elle a besoin d’une République de citoyens.

    Enfin, la troisième souveraineté, la souveraineté individuelle est le fondement moral de tout l’édifice. Elle ne se confond pas avec l’individualisme. Elle est le droit de chacun à être reconnu dans sa dignité, de disposer de soi, et de prendre part à la vie commune. Elle suppose des libertés effectives, d’expression, de conscience, d’association. Mais aussi la possibilité d’une vie digne à travers l’éducation, la santé, l’emploi et la culture.

    Et cette souveraineté aujourd’hui ne peut se penser sans une exigence écologie démocratique. Nous ne préserverons notre liberté que si nous respectons les conditions naturelles de cette liberté. L’épuisement du vivant, le dérèglement climatique, l’effondrement des équilibres planétaires menacent directement l’autonomie humaine. Cette liberté individuelle est fragile, mais aussi la plus fondamentale. Elle donne sens aux deux autres. Sans elle, la souveraineté nationale tourne à la domination ; sans elle, la souveraineté populaire peut devenir tyrannie. Elle est l’ultime garantie, le cœur moral du pacte démocratique.

    La souveraineté de la personne s’enracine dans l’autonomie des Lumières : celle de l’individu capable de raison, de jugement et de discernement. Elle s’épanouit dans une culture humaniste qui ne sacralise pas l’individu-roi, mais place la dignité humaine au sommet de l’édifice républicain. Une dignité qui n’est ni donnée, ni abstraite, mais conquise et garantie par les institutions.

    Aujourd’hui, cette souveraineté doit être renouvelée. À l’ère des intelligences artificielles, des big data et des plateformes globales, il faut inventer une nouvelle génération de droits : les droits cognitifs. Ce sont des droits qui protègent non plus seulement nos corps ou nos biens, mais notre esprit, notre capacité à juger, notre libre-arbitre. Cela commence par la question des données personnelles. Il ne s’agit plus simplement d’assurer leur confidentialité. Il faut redéfinir leur statut : sont-elles des biens privés ? Des biens communs ? Des prolongements de la personne humaine ? Leur captation, leur circulation, leur revente ne peuvent plus se faire dans l’opacité et l’asymétrie. Une contractualisation explicite, universelle et clairement opposable de leur usage devient indispensable. L’Europe doit poser les bases d’une nouvelle souveraineté numérique, reconnaissant à tous les citoyens, le droit de ne pas être assigné à une bulle algorithmique, mais aussi un véritable droit à l’oubli pour que l’empreinte numérique ne devienne jamais une identité numérique. Cela suppose aussi de repenser la propriété intellectuelle dans ce nouvel âge. Non pour brider l’innovation, mais pour en garantir le partage équitable. Il faut tracer une frontière claire entre l’invention, qui mérite protection, et l’appropriation abusive du savoir ou des créations collectives.

    Nous ne préserverons notre liberté que si nous respectons les conditions naturelles de cette liberté. L’épuisement du vivant, le dérèglement climatique, l’effondrement des équilibres planétaires menacent directement l’autonomie humaine. DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Mais au-delà de ces aspects techniques, il s’agit de reformuler la place du droit dans nos sociétés. Non comme un instrument de contrôle ou de stigmatisation, mais comme le garant de la responsabilité partagée. Être sujet de droit, c’est être responsable de ses actes, mais aussi avoir le droit de demander des comptes à l’État, aux entreprises, aux algorithmes.

    Enfin, nous devons défendre la rationalité elle-même. À l’âge des « vérités alternatives », des manipulations de masse, de la saturation informationnelle, la liberté de pensée est menacée non par la censure directe, mais par le brouillage permanent. Il faut redonner à l’éducation sa mission première : non pas dicter ce qu’il faut penser, mais apprendre à penser par soi-même. L’école doit redevenir l’institution centrale de la souveraineté individuelle.

    La liberté d’expression ne peut être absolue si elle détruit les conditions du vivre ensemble. Elle doit être protégée, mais encadrée par le respect de la vérité, de la dignité humaine, de la cohésion sociale. Ce n’est pas une contradiction, mais une exigence républicaine. C’est dire que cette liberté doit, sur les réseaux sociaux, s’arrêter là où commence la volonté délibérée de désinformer et d’intoxiquer notre démocratie. Elle ne peut servir de paravent à la destruction du débat démocratique. 

    La dignité de la personne est aussi matérielle. Elle suppose que chacun ait accès à un minimum vital : un logement digne, un emploi stable, une santé protégée. La liberté réelle ne peut exister que si les besoins fondamentaux sont assurés. Autrement, elle reste une formule vide. Cette dignité se fonde aussi sur la reconnaissance du mérite, de l’effort, de l’engagement personnel. Non pour établir une hiérarchie entre les êtres, mais pour offrir à chacun une place. Pas une société de l’excellence où l’on méprise les perdants, mais une société juste dans laquelle personne n’est inutile. La République n’est pas l’uniformité. Elle est une promesse que chacun puisse se tenir debout, sans renier ce qu’il est.

    C’est pourquoi nous devons articuler ces trois souverainetés dans un projet cohérent. Une Nation souveraine dans une Europe co-souveraine, au service d’un peuple libre et d’individus protégés. Une République qui reconnaît ses dettes, honore ses promesses, prépare lucidement l’avenir.

    Le moment est venu d’un nouvel acte républicain qui ne soit pas simplement défensif, mais refondateur. Un acte qui réponde à la crise de la modernité par une fidélité active à son idéal : émanciper l’humanité, en assumant ses limites. Si rien n’est perdu, rien ne sera donné. Ce combat n’est pas celui d’un camp politique, c’est celui d’une civilisation. Il est temps de le mener. Les trois souverainetés ne sont pas des blocs figés, mais des dynamiques vivantes. Elles s’équilibrent, se corrigent et se contiennent les unes les autres. La souveraineté nationale sans la souveraineté populaire devient impériale. La souveraineté populaire sans celle de la personne humaine glisse vers l’autoritarisme. Et la souveraineté de la personne, sans appui collectif, devient impuissante.

    Dans un monde livré à l’hypercratie, aux empires, à la confusion, le devoir de la République est de restaurer cet équilibre, de tenir bon sur ses principes, de refonder son action. Et de croire encore que la liberté n’est pas un luxe, mais un besoin vital. Que la justice n’est pas une faiblesse, mais une force. Et que l’ordre républicain n’est pas une nostalgie, mais un avenir.

    *

    Nous ne vivons pas une simple période de troubles. Nous traversons un changement d’ère. Le monde tel que nous le connaissions se défait sous nos yeux. La planète s’épuise, les sociétés se crispent, les démocraties doutent d’elles-mêmes. Un modèle de civilisation fondé sur l’illimité, sur la conquête de la nature, sur la croissance perpétuelle et une confiance aveugle dans la technique, se retrouve dans l’impasse. Les signes sont là, massifs, incontestables : dérèglement climatique, effondrement du vivant, retour des conflits armés, montée des régimes autoritaires, fatigue démocratique, sentiment diffus de dépossession, d’impuissance, de solitude. Face à cela, le silence serait complicité. L’attentisme serait désertion. Il nous faut retrouver un cap et reprendre l’initiative. Mais il ne s’agit plus de prolonger les trajectoires anciennes, de raccommoder les promesses brisées. Il s’agit d’inventer autre chose. Un équilibre nouveau. Une force nouvelle. Une fidélité renouvelée à ce que nous avons été, et un courage tranquille pour ce que nous devons devenir. Ce n’est pas un programme de réformes techniques. C’est une refondation politique et morale. Non par la rupture brutale, mais par l’enracinement, par l’élévation de l’ambition commune.

    Tout commence par une reconnaissance : celle de nos limites. Puisque, comme j’ai voulu le montrer, la rareté planétaire est la source souterraine de toutes les dérives politiques actuelles. Sa prise en compte solidaire, rationnelle et collective doit devenir le socle de la renaissance démocratique. L’exigence écologique ne peut plus être une politique sectorielle parmi d’autres, mais un socle de principes sur lequel reconstruire plus solidement et durablement. Nous devons sortir de l’illusion d’un monde sans bornes, d’une humanité toute-puissante. Nous devons inscrire dans notre droit, dans notre politique, dans notre économie, le principe de finitude. Cela exige une révision de notre rapport à la Terre. Elle n’est pas un stock, elle est une condition de notre liberté. Nous devons faire de la neutralité carbone en 2050 un objectif constitutionnel, contraignant et opposable. Nous devons reconnaître juridiquement les écosystèmes, protéger le cycle de l’eau, les sols fertiles, les forêts primaires. Nous devons mettre fin à l’exploitation aveugle des ressources, en reprenant la main sur les secteurs stratégiques : énergie, eau, numérique, transports, alimentation. Il s’agit de garantir à la puissance publique les leviers de la transition. Il ne s’agit pas d’interdire, mais de planifier. Nous devons par exemple augmenter les espaces sanctuaires permettant la renaissance de la biodiversité et dépasser l’engagement diplomatique de 17 % des terres en protégeant l’équivalent de 25 % du territoire. Il faut relocaliser ce qui est vital. Il faut désinvestir ce qui est toxique. Il faut simplifier. La politique doit redevenir puissance d’orientation. Et dans un monde fragmenté, instable, le rôle de la France et de l’Europe est d’être une force de propositions, comme architecte des biens communs mondiaux, porteur d’une diplomatie climatique active, capable d’offrir des alternatives à la brutalité impériale.

    Tout commence par une reconnaissance : celle de nos limites. Puisque la rareté planétaire est la source souterraine de toutes les dérives politiques actuelles.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Tout cela aboutit à une prise de conscience  : nous pouvons dire Non. Car cette transition ne suffira pas si la démocratie continue de s’éroder dans le bavardage ou la gestion sans vision. Il faut rétablir la souveraineté populaire dans sa plénitude. Redonner du poids à la parole citoyenne, du temps à la délibération et de la clarté à la décision. Le Parlement ne peut plus être une chambre d’enregistrement. Il doit redevenir le cœur battant du débat public démocratique. Le gouvernement ne peut plus gouverner seul, par ordonnances ou par décrets. Il doit accepter l’épreuve du dialogue, et s’assujettir à l’exigence de cohérence. Les citoyens doivent pouvoir intervenir : par référendum, par convention, par initiative directe. Les collectivités territoriales doivent être libérées de leur tutelle implicite, dotées de moyens, d’autonomie, d’une capacité d’innovation politique. Dans chaque quartier, dans chaque village, il faut faire renaître le sentiment d’une citoyenneté concrète, visible, active. Et les contre-pouvoirs doivent être protégés : les médias, la justice, les syndicats, les associations. Ils ne sont pas des obstacles, mais des gardiens. Sans eux, la démocratie devient façade. Avec eux, elle respire.

    Mais la souveraineté ne s’arrête pas à l’échelle collective. Elle doit aussi se penser à hauteur d’homme. Que vaut la liberté si elle n’est pas vécue ? Que vaut l’émancipation si elle reste inaccessible ? Dans le monde qui vient, il faudra garantir à chacun les moyens de vivre dignement, de penser librement et de choisir sa voie sans être assigné à sa condition. Cela suppose une fiscalité équitable, qui corrige, redistribue et valorise l’effort, avec un accès réel aux droits fondamentaux : la santé, le logement, l’emploi, la mobilité. 

    Aujourd’hui, partout en Europe, le manque de nouveaux logements freine l’épanouissement de la jeunesse, aggrave la précarité et pèse sur les ressources des ménages. La priorité doit être donnée à la construction de logements neufs, à la fois pour disposer de logements supplémentaires et pour remplacer les passoires thermiques qui alourdissent notre empreinte carbone. En France, cela suppose un plan sur cinq ans programmant et accompagnant la construction effective de 500 000 logements par an. Et dans un monde gouverné par les données, par les algorithmes, par l’intelligence artificielle, il faudra affirmer de nouveaux droits : la transparence des systèmes, la maîtrise des données personnelles, le droit à l’explication. La souveraineté numérique doit prolonger la souveraineté humaine. Ce que nous devons défendre, ce n’est pas une technologie, mais une conscience éclairée.

    Enfin, rien de tout cela ne tiendra si nous ne savons pas réparer notre lien collectif. La République ne tient pas par la seule loi. Elle tient par une certaine idée du nous, par un tissu commun que ni la technique ni l’économie ne suffisent à tisser. Il nous faut retrouver une unité qui ne soit pas uniformité, un commun qui respecte les différences sans les dissoudre. La laïcité doit être défendue, non comme une arme, mais comme une promesse républicaine. Elle protège toutes les consciences, garantit la neutralité de l’État, rend possible la coexistence dans le respect. Il n’y a pas d’avenir républicain sans une pluralité assumée. Cela suppose de réinvestir les lieux d’échange et de partage  : les bibliothèques, les centres sociaux, les maisons de la culture, les espaces de parole. Cela suppose aussi de reconstruire un pacte intergénérationnel : que les jeunes aient leur place, que les anciens soient considérés et écoutés. Que chacun puisse se projeter dans la société et s’y reconnaître. 

    Car la nation n’est pas un réflexe. C’est un projet. Elle ne naît pas de l’exclusion, mais de l’engagement commun. Elle ne se proclame pas, elle se construit chaque jour. Et la France, si elle veut être fidèle à elle-même, doit redevenir capable de parler fort et juste, chez elle comme dans le monde. Elle ne peut plus se contenter d’être une puissance qui gère. Elle doit redevenir une puissance qui élève, protège et unit.

    La nation n’est pas un réflexe. C’est un projet. Il sera celui de la République des vivants. Une République des limites, de la justice, de la dignité.DOMINIQUE DE VILLEPIN

    Ce que nous proposons ici, ce n’est pas un idéal hors de portée. C’est un horizon de responsabilité. C’est un appel à renouer avec ce que nous avons de plus précieux : notre capacité à dire « nous », à décider ensemble, à faire œuvre commune. Le XXIe siècle ne sera pas celui des empires, s’il veut encore être humain. Il sera celui de la République des vivants. Une République des limites, de la justice, de la dignité.

    Dans ce monde heurté, traversé par les peurs et les fractures, par les renoncements et parfois même les reniements, il ne suffira pas de dire non. Il faut également avoir le courage de dire oui à ce qui nous unit et nous élève. Oui, à une République restaurée, où la liberté est retrouvée, l’égalité assurée et la fraternité éprouvée. Oui, à une démocratie rajeunie, où le peuple reprend toute sa place qui est celle d’un souverain et non d’un serviteur. Oui, à une Europe enfin puissance, qui assure la paix sur le continent et contribue à l’équilibre du monde. Oui, à un monde plus respirable, plus humain, plus juste, où la barbarie recule et les Lumières progressent. 

    Français, Européens, nous portons ensemble la mémoire des déchirures, des empires, des dominations, des barbaries inouïes du XXe siècle. Mais de ces ruines est née une idée du droit, de la paix, de la coopération. Une volonté de bâtir un espace commun où la force ne fait pas la loi, où l’arbitraire ne fait pas la justice. Il nous appartient de faire vivre cet héritage encore aujourd’hui, porté par l’exigence des générations futures et l’exemple de celles qui nous ont précédés. Ce legs ne nous enferme pas. Il nous donne une responsabilité particulière, celle de tenir sans trembler le fil fragile d’une humanité vivante, d’une conscience universelle.

  • ÉTATS-UNIS : PLUS DE 6 000 VISAS ÉTUDIANTS ANNULÉS PAR L’ADMINISTRATION TRUMP

    ÉTATS-UNIS : PLUS DE 6 000 VISAS ÉTUDIANTS ANNULÉS PAR L’ADMINISTRATION TRUMP

    L’administration Trump continue de blacklister les universités en corsant les mesures barrières sur les visas étudiants, en révoquant plus de 6 000 visas pour des motifs divers comme le dépassement de la durée de séjour, des infractions pénales, des accusations de soutien au terrorisme. C’est un durcissement continue de la politique migratoire que l’Administration Trump 2.0 resserre les conditions d’entrée et de séjour des étudiants étrangers sur le sol américain.

    Selon le Département d’État, plus de 6 000 visas d’étudiants ont été annulés ces derniers mois. Parmi ces révocations, une majorité concerne des étudiants ayant enfreint la loi américaine, notamment par des actes d’agression, des conduites en état d’ivresse ou sous influence, ainsi que des infractions telles que les cambriolages. Environ 4 000 visas ont ainsi été annulés pour ces raisons.

    Des tensions exacerbées par le contexte politique international

    Entre 200 et 300 visas auraient été également retirés pour des motifs liés au terrorisme, conformément aux règles d’éligibilité du Foreign Affairs Manual du Département d’État. Ce dernier définit comme inéligibles les individus impliqués dans des activités terroristes ou liés à certaines organisations considérées comme terroristes. Le responsable n’a pas précisé les groupes auxquels ces accusations se réfèrent, mais la démarche fait preuve d’une vigilance accrue des autorités américaines à l’égard des étudiants étrangers.

    L’administration Trump fait preuve d’une fermeté particulière envers l’immigration, surtout au sujet des étudiants. Le Département d’État a d’ailleurs demandé aux diplomates américains à l’étranger de renforcer l’examen des dossiers, en particulier lorsqu’ils estiment qu’un candidat pourrait représenter une menace, notamment en raison d’un passé d’activisme politique.

    Ce durcissement à l’encontre de plusieurs universités américaines, s’explique en partie par les manifestations étudiantes en faveur des droits des Palestiniens lors du conflit israélo-palestinien. Certaines universités, comme Harvard, ont été accusées par la Maison-Blanche d’abriter des mouvements hostiles ou antisémites. En réaction, Trump a menacé de supprimer certains financements publics, provoquant un déplacement des ressources vers d’autres pays européens qui souhaitent attirer des talents. Le secrétaire d’État Marco Rubio a également confirmé que de nombreux visas, incluant ceux de plusieurs étudiants, avaient été révoqués parce que leurs titulaires s’étaient engagés dans des activités jugées contraires aux intérêts et priorités de la politique étrangère des États-Unis. Cette mesure concernait notamment des soutiens présumés aux Palestiniens et des critiques envers les actions d’Israël dans le cadre de la guerre à Gaza.

    Une administration critiquée sur le plan des libertés

    Selon défenseurs des droits civiques et des libertés individuelles, cette politique pourrait porter atteinte aux droits à la liberté d’expression, garantis par le Premier Amendement de la Constitution américaine. Ils dénoncent une forme de répression ciblée contre des opinions politiques, notamment lorsqu’il s’agit d’engagements en faveur de la cause palestinienne. D’autres observateurs soulignent que ces mesures s’insèrent dans une dynamique d’intensification du contrôle migratoire que Washington mène depuis plusieurs années, mais qui a pris une ampleur particulière sous l’administration Trump.

    Ces mesures viennent rappeler les défis que pose l’équilibre entre sécurité nationale et respect des droits fondamentaux dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques. L’administration américaine continue de durcir sa politique à l’égard des étudiants étrangers en renforçant les contrôles et en prenant des mesures sévères contre ceux qui enfreignent la loi ou sont considérés comme des menaces à la sécurité nationale. Ces décisions reflètent une vision de plus en plus restrictive de l’immigration, à un moment où les débats sur les libertés publiques et les engagements politiques des étudiants font rage au sein du pays.

    DJOMANDE Aziz

  • Meeting à Yopougon : Le double pari risqué de Gbagbo

    Meeting à Yopougon : Le double pari risqué de Gbagbo

    A dire vrai, Laurent Gbagbo n’avait pas besoin de faire « Côcôcô », autrement dit toquer à la porte de Yopougon, tant il était chez lui dans ce quartier populaire et populeux d’Abidjan, réputé être le fief de l’ancien président ivoirien, quand bien même la mairie est actuellement occupée par un du RHDP. C’est donc sur ses terres que l’enfant terrible de Mama a clôturé samedi dernier la tournée Côcôcô entreprise depuis le début de l’année par le PPA-CI (Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire), un parti politique fondé en 2021 dans le sillage de son retour de La Haye.

    Ce bouquet final était d’autant plus attendu qu’il intervenait à un peu plus de deux mois de la présidentielle d’octobre prochain et à dix jour de la date limite de dépôt de candidature (le 26 août). Un scrutin pour lequel, rappelons-le, le Woody, est forfait au même titre que d’autres poids lourds de l’opposition ivoirienne tels Tidjane Thiam, Guillaume Soro ou Charles Blé Goudé. L’exclusion de Gbagbo de la liste électorale, selon les autorités ivoiriennes, repose sur ses condamnations judiciaires, en l’occurrence, les vingt ans de prison dans l’affaire dite du « braquage de la BCEAO », survenue lors de la crise post-électorale de 2010-2011.

    Pourtant, les militants du PPA-CI, sortis en masse à la mythique place Figayo, y croient toujours dur comme fer : leur champion sera bel et bien de la partie ; sauf qu’on ne voit pas trop quel miracle électoral pourrait bien se produire d’ici-là pour que leurs désirs soient satisfaits.

    Dans cette affaire, Gbagbo mène deux combat : pour sa propre candidature, perdue d’avance, et surtout pour empêcher le 4e mandat d’Alassane Ouattara. Et là aussi, ce n’est pas gagné d’avance, quand bien même il n’a cesser de marteler ceci : « Notre détermination est nette et claire : il n’y aura pas de 4e mandat ». On est bien curieux de savoir comment il va s’y prendre pour empêcher que la volonté d’ADO soit faite.

    Les manifestations, jusque-là pacifiques, vont-elles devenir de plus en plus violentes au fur et à mesure que le rendez-vous électoral approchera ? Là est la question. Mais si tel devrait être le cas, ça pourrait très rapidement se retourner facilement contre lui, car le pouvoir se fera fort d’utiliser la violence légale pour maintenir ou restaurer l’ordre, tout en mettant sur le dos de Gbagbo la responsabilité des dérives pour avoir envoyé ses militants dans la rue. A tous les coups, il risque d’en sortir perdant.

    Il ne le sait que trop, lui, qui, dans son discours a, du reste, recadré ses militants qui, lors d’une marche, avaient eu proférer des messages aux relents xénophobes. Autant dire qu’il se la doit jouer avec prudence pour réaliser son double objectif sans pour autant être le fauteur de troubles aux lourdes conséquences.

    Issa K. Barr

  • Ouattara, Sassou, Biya, Museveni, Guelleh: les derniers « capitaines » s’accrochent au pouvoir

    Ouattara, Sassou, Biya, Museveni, Guelleh: les derniers « capitaines » s’accrochent au pouvoir

    Entre octobre 2025 et avril 2026, l’Afrique centrale et de l’Ouest s’apprête à vivre une séquence politique inédite : cinq présidents parmi les plus anciens du continent brigueront, chacun, un nouveau mandat. Paul Biya au Cameroun, Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, Yoweri Museveni en Ouganda, Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville et Ismaïl Omar Guelleh à Djibouti. Certes, Sassou et Guelleh n’ont pas encore officialisé leur candidature, mais rares sont ceux qui doutent de leur volonté de prolonger leur règne.

    Des âges avancés, une longévité exceptionnelle

    Le plus jeune de ces “candidats du long cours” a 77 ans ; le plus âgé, Paul Biya, atteint 92 ans. Tous cumulent plusieurs décennies de pouvoir, parfois plus longues que l’espérance de vie moyenne dans leurs pays respectifs. Biya règne depuis 1982, Museveni depuis 1986, Sassou alterne au pouvoir depuis 1979, Guelleh depuis 1999, et Ouattara, arrivé en 2011, s’apprête à briguer un quatrième mandat malgré les vives contestations de l’opposition.

    Le paradoxe de la stabilité et de l’immobilisme

    Pour leurs partisans, ces dirigeants incarnent la stabilité face aux incertitudes régionales : menace terroriste au Sahel, instabilité des institutions, crises sécuritaires. Mais pour leurs opposants, ils symbolisent l’immobilisme, l’accaparement du pouvoir et l’étouffement des alternatives démocratiques. Cette longévité politique nourrit un paradoxe : la continuité rassure certains, mais elle empêche le renouvellement et accentue la défiance des jeunes générations.

    L’ombre des révisions constitutionnelles

    Tous ont usé, à un moment ou un autre, de révisions constitutionnelles ou d’interprétations favorables des textes pour se maintenir. Ce phénomène, que les politologues qualifient de “constitutionnalisme opportuniste”, reste un obstacle majeur à l’enracinement démocratique sur le continent. La Commission de l’Union africaine, bien que régulièrement interpellée, peine à sanctionner ces pratiques, ce qui conforte les chefs d’État dans leur stratégie de longévité.

    Quel avenir pour la relève ?

    Ces élections à venir posent une question centrale : quelle place pour une véritable alternance démocratique dans ces pays ? La jeunesse, majoritaire dans la démographie africaine, observe avec scepticisme ce scénario de “présidences à vie”. Le risque est grand que ces scrutins renforcent l’idée d’un verrouillage politique, susceptible d’alimenter frustrations sociales et contestations violentes.

    Avec Jeune-Afrique

  • CÔTE D’IVOIRE : NOUVELLE PASSE D’ARME VERBALE ENTRE ALASSANE OUATTARA ET LAURENT GBAGBO

    CÔTE D’IVOIRE : NOUVELLE PASSE D’ARME VERBALE ENTRE ALASSANE OUATTARA ET LAURENT GBAGBO

    En se désignant, samedi 16 août dernier, « candidat contre le 4ᵉ mandat », Laurent Gbagbo a envoyé une réponse claire au président Alassane Ouattara, qui avait annoncé, le 29 juillet dernier, son intention de briguer un nouveau mandat présidentiel.

    out est parti d’un discours prononcé le mardi 29 juillet, à son retour d’un voyage à Paris. Le chef de l’État ivoirien, répondant favorablement à l’appel de ses partisans, a déclaré qu’il briguerait un nouveau mandat présidentiel. 

    Les raisons d’une candidature

    « Après mûre réflexion et en toute conscience, je vous annonce aujourd’hui que j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 », a affirmé Alassane Ouattara. « Je suis candidat parce que la Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet », a-t-il ajouté.

    La Constitution est claire et nette. Elle interdit à un citoyen de faire plus de deux mandats

    Si cette annonce a été largement saluée par ses proches, notamment la haute direction du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), elle a, en revanche, été perçue comme un acte de défiance par l’opposition, qui dénonce « une violation de la Constitution ». En meeting, samedi à Yopougon, Laurent Gbagbo a répliqué sans détours.

    « Je voudrais que vous alliez lui dire qu’il ne fera pas de 4ᵉ mandat », a lancé l’ancien chef de l’État, assurant la détermination « claire et sans faille » de l’opposition à faire barrage à ce qu’il qualifie de dérive. « La Constitution est claire et nette. Elle interdit à un citoyen de faire plus de deux mandats », a rappelé le président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI).

    Une rivalité qui traverse l’histoire

    Cette confrontation verbale illustre une fois de plus la profondeur de la rivalité entre Ouattara et Gbagbo. Les deux hommes s’étaient déjà affrontés lors de la présidentielle de 2010, dont la crise post-électorale avait coûté la vie à plus de 3 000 personnes. Le retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire, après son acquittement par la CPI en 2021, a ravivé les lignes de fracture au sein du paysage politique.

    Un climat socio-politique tendu

    Cette nouvelle passe d’armes intervient dans un contexte socio-politique tendu. À un peu plus de deux mois de la présidentielle, les principaux dirigeants de l’opposition, dont Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo, restent exclus du processus électoral en raison de décisions judiciaires controversées.

    L’opposition, notamment le Front commun PDCI-RDA – PPA-CI, dénonce une « instrumentalisation de la justice » à des fins politiques et accuse le pouvoir de vouloir verrouiller le processus électoral. Le gouvernement, de son côté, rejette ces accusations et exhorte l’opposition à désigner des candidats éligibles et à se préparer à affronter les urnes.

    Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, soutenus par d’autres dirigeants de l’opposition tels que Guillaume Soro (GPS), également exclu, et Pascal Affi N’Guessan, réclament « des élections inclusives, transparentes et démocratiques ». Ils affirment vouloir utiliser « des moyens démocratiques et légaux » pour y parvenir.

    Lors de son discours à la veille du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a promis que les élections se tiendraient à la date indiquée et seraient « sécurisées, transparentes et démocratiques ». Un message ferme qui écarte tout rapport éventuel et constitue une mise en garde face aux risques de troubles.

    Jean Kelly KOUASSI