Analyse Le candidat à l’élection présidentielle de février 2024, dont le parti Pastef a été dissous, a été exclu des listes électorales. Son état de santé est très préoccupant, alertent ses proches, après un mois de grève de la faim.

« Ousmane Sonko ne peut rien et ne reconnaît personne », a rapporté, larme à l’œil, Aïda Mbodj, membre de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi après sa visite vendredi 25 août au principal opposant, hospitalisé depuis le 6 août. Celui-ci a entamé le 30 juillet une grève de la faim pour protester contre la dissolution de son parti, le Pastef, ainsi que contre son incarcération dans une nouvelle affaire où il est poursuivi pour huit chefs d’inculpation, dont « atteinte à la sûreté de l’État ».

Au chevet d’un candidat

Alors que sa santé était déjà précaire – il a été admis en réanimation dans la nuit du 16 au 17 août après un malaise –, l’état de celui qui est arrivé troisième à l’élection présidentielle de 2019 alarme ses proches. « Si l’on m’apprenait une mauvaise nouvelle dans les prochains jours, je ne serais pas surpris… », s’émeut El Malick Ndiaye, responsable de la communication du Pastef.

Malgré les appels à cesser sa grève de la faim, dont celui du puissant calife général des mourides, confrérie religieuse très influente au Sénégal, Ousmane Sonko refuse toujours de se soigner et de s’alimenter. Des militants emprisonnés ont répondu à son appel à le rejoindre dans sa grève contre « le régime dictatorial de Macky Sall ». Dans une pétition adressée au chef de l’État, 142 personnalités (intellectuels, juristes, hommes politiques…) réclament la libération d’Ousmane Sonko et l’annulation de la dissolution de son parti, justifiée selon le gouvernement par les nombreux « appels à l’insurrection » et « la promotion de la violence ». Un recours a été déposé.

Radiation des listes électorales

Au sein du Pastef, les inquiétudes grandissent, d’autant que « Sonko reste notre unique candidat », assure El Malick Ndiaye. Et son avenir continue de s’assombrir : la préfecture de Dakar a confirmé l’exclusion de l’opposant des listes électorales. Pour le gouvernement, la condamnation par contumace le 1er juin dernier à deux ans de prison ferme d’Ousmane Sonko pour « corruption de la jeunesse » dans une affaire de viol est définitive. Or, selon le code de procédure pénale, une personne jugée par contumace ne pouvant être candidat, il perd donc ses droits d’électeur, ce qui le prive de toute possibilité d’être élu.

Cette radiation est largement contestée par les avocats d’Ousmane Sonko. «C’est irrecevable et complètement insensé ! Il n’a pas encore été condamné de façon définitive, il reste donc éligible », rejette Me Cheikh Khoureychi Ba. De l’avis de nombreux juristes, son arrestation le 28 juillet annule de fait le verdict du 1er juin. « Si on applique rigoureusement la loi, le jugement rendu par contumace est anéanti à la suite d’une arrestation, peu importe le motif de celle-ci », précise Yaya Niang, enseignant-chercheur en droit public à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis.

Un recours est prévu, même si l’universitaire confesse avoir « peu d’espoir » sur son issue. Il garde en mémoire la radiation des listes électorales de Khalifa Sall, ex-maire de Dakar, en 2019. Le politologue Papa Fara Diallo parle de « bifurcation autocratique » : « Les services répressifs d’État sont instrumentalisés pour museler les voix discordantes. C’est inquiétant. »

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