Analyse Le président sénégalais Macky Sall a déclaré, lundi 3 juillet, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2024. Une annonce accueillie avec soulagement après des mois de violences sociales et politiques dans tout le pays.

Au lendemain de la décision prise par le président Macky Sall de ne pas briguer un troisième mandat en 2024, le soulagement et la satisfaction dominaient les esprits au Sénégal. «Ce qu’il a fait est fondamental : il donne le bon exemple et cela va influencer positivement les futurs présidents du pays, ainsi que servir d’exemple à d’autres présidents africains », veut croire Ibrahima, un Dakarois de 35 ans.

Ce dernier a été surpris par cette décision, qu’il n’espérait plus après les violences meurtrières qui ont suivi la condamnation du principal opposant politique, Ousmane Sonko, à deux ans de prison ferme, le 1er juin.

Sortir du climat explosif

«Depuis deux ans, le Sénégal vit des tensions : il y a eu plus de 30 morts entre 2021 et 2023. Vu le contexte, il aurait été difficile pour Macky Sall d’annoncer sa candidature. Il aurait mis le feu à la poudrière », analyse Babacar Ndiaye, politologue. Un climat explosif que des membres de l’opposition imputent au président.

«Dommage qu’il n’ait pas fait cette déclaration dès sa réélection en 2019, cela aurait épargné à notre pays toutes ces pertes en vies humaines », a réagi Aminata Touré, ancienne première ministre, désormais passée dans l’opposition et candidate à la présidentielle de 2024. Du côté du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, le député Alioune Sall assure que « Macky Sall ne mérite aucun éloge », soulignant qu’il respecte seulement la Constitution et la volonté des Sénégalais.

Pour le clan présidentiel, « c’est une grosse satisfaction citoyenne » qui ancre le Sénégal dans «sa tradition de démocratie ouverte et de transmission pacifique du pouvoir. Macky Sall a parlé en président de tous les Sénégalais », appuie Pape Mahawa Diouf, coordonnateur de la cellule de communication de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar (BBY).

Nouvelle donne

Avec cette nouvelle donne se pose désormais la question dans le camp présidentiel du potentiel successeur de Macky Sall, aucun dauphin n’ayant été désigné. « Demain est un autre jour », répond à ce sujet Pape Mahawa Diouf.

Cependant, plusieurs noms circulent déjà : celui du premier ministre, Amadou Ba, ou celui d’Aïssata Tall Sall, la ministre des affaires étrangères. « Le candidat de la coalition devra fédérer. Les ambitions personnelles vont se réveiller, il va y avoir des turbulences dans les prochains mois. À voir ce que la coalition BBY, dont le dénominateur commun était Macky Sall, va devenir », note Babacar Ndiaye.

Du côté de l’opposition, on reste prudent. À la suite du dialogue national qui a pris fin le 24 juin, Karim Wade et l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall devraient recouvrer leur éligibilité et revenir dans la course. Le sort d’Ousmane Sonko, toujours assigné à résidence, est incertain. «Il faut rester mobilisés, c’est une première victoire. Ce n’est pas au président de sélectionner qui doit participer ou non à l’élection présidentielle. Nous exigeons des élections inclusives, libres et transparentes », insiste Aminata Touré.

«Ce qui fera que Macky Sall sortira par la grande porte, ce sera l’organisation d’élections transparentes et la passation du pouvoir dans le calme, mais aussi la matérialisation des réformes attendues», souligne de son côté Babacar Ndiaye.

 

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