La justice a suspendu, samedi, le 8e congrès extraordinaire de la plus ancienne formation politique de Côte d’Ivoire sur plainte de deux militants.

C’était la consternation ! Des larmes mêlées à des gouttes de sueur dégoulinaient sur le visage des militants. On se croirait à une cérémonie funèbre. Une chape de plomb vient de s’abattre sur eux. La décision de suspendre et de reporter le 8e congrès extraordinaire a été mal vécue par les militants du vieux parti.

La mort dans l’âme, ils n’en revenaient pas. Alors qu’ils s’étaient mobilisés pour se donner un nouveau président, une décision de justice, prise la veille, a mis fin à leurs rêves. Ils n’ont pas pu accéder aux lieux des assises. Le palais des congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire et la Maison du parti à Cocody Abidjan.

La situation était tendue samedi. La police nationale a verrouillé les deux lieux de cette rencontre. Un important cordon policier avait été déployé, empêchant les congressistes venus de tout le pays d’y avoir accès.

Et pourtant, tout était fin prêt pour cette grand-messe politique. Les congressistes avaient retiré leur mandat la veille. Des militants étaient en route pour prendre part à la désignation du successeur de Henri Konan Bédié. Hélas ! Le congrès a été suspendu in extremis par une ordonnance en référé du tribunal de grande instance d’Abidjan.

Qui sont les plaignants

Des militants du vieux parti, à savoir Blesson Christophe (membre du bureau politique), secrétaire général de la section du Pdci de Yopougon Niangon Saint-Pierre et Ourah Affromou Mathieu, opérateur économique, président du Rassemblement pour la victoire du Pdci et congressiste statutaire, ont saisi la justice pour exiger une annulation de ce congrès. Ces deux responsables de base du Pdci-Rda avaient pour avocat Me Alphonse Van, lit-on sur l’ordonnance. Ils reprochent, entre autres, aux organisateurs du congrès la non publication de la liste des congressistes et de la liste des candidats retenus.

En outre, «le comité électoral n’a produit aucun document pouvant attester l’éligibilité des candidats retenus…», ont-ils relevé. Selon eux, cette «opacité» du processus électoral pourrait conduire à des «troubles».

Aussi ont-ils demandé à la justice de «suspendre» et de «reporter» le congrès. Ils ont été suivis par la juge Touré Aminata. Il faut souligner que ces deux secrétaires de section avaient exprimé leur mécontentement à la suite de la mise à l’écart du secrétaire exécutif en chef Maurice Kakou Guikahué. Dans un communiqué publié en début du mois, ils avaient apporté leur soutien au chef du secrétariat exécutif du Pdci-Rda.

Un bureau politique pour examiner la situation

Après la suspension de son congrès, la direction intérimaire annonce la convocation d’un bureau politique pour examiner la situation qui prévaut et avisera, a annoncé le porte-parole du Pdci-Rda, Brédoumy Soumaïla, dans un communiqué. « Le Pdci-Rda exprime sa grande indignation et condamne avec la dernière énergie ces pratiques d’un autre temps qui portent atteinte à la démocratie et aux libertés. Le Pdci-Rda regrette le désagrément subi par ses militants. Le Pdci-Rda les invite à ne pas céder à la provocation », a invité le porte-parole.

Se prononçant sur le report du congrès, le député Brédoumy Soumaila a fait observer que la direction de son parti a informé les congressistes que le parti a fait l’objet d’une assignation en référé d’heure à heure, le vendredi 15 décembre, à 15h30, qu’il n’a pas reçue. Et que par une ordonnance de la présidente du tribunal de 1re instance d’Abidjan, le 8e congrès extraordinaire a été suspendu et reporté.

Thiam maintient sa candidature

Dans un communiqué, Tidjane Thiam, l’un des deux candidats à ce congrès, a appelé au calme. Il a demandé aux militants de « s’abstenir de tout déplacement ». Fort du soutien de plusieurs élus (députés, maires et sénateurs), l’ancien directeur général du Crédit Suisse fait figure de favori dans la course à la succession du Sphinx de Daoukro. ‘’On peut changer la formule, on peut changer la date, je serai candidat», a clamé Tidjane Thiam, samedi.

Jean-Marc Yacé appelle à l’apaisement

De son côté, le candidat Jean-Marc Yacé a appelé à la sérénité. « En ce jour crucial du samedi 16 décembre 2023, notre grand parti se trouve à un carrefour décisif, par marque des circonstances inattendues qui freinent la tenue de notre congrès extraordinaire… Je vous appelle à l’apaisement, à la réflexion collective et à la recherche de solutions concertées », a-t-il exhorté. Et d’inviter les militants : « Restons fidèles à nos idéaux et soyons les bâtisseurs d’une démocratie éclairée, à l’image de ce que le père fondateur, Félix Houphouët-Boigny et son successeur, notre regretté président Henri Konan Bédié, ont envisagé pour notre cher parti et pour notre pays ».

Guikahué n’est mêlé ni de près ni de loin à l’action judiciaire…

Suspectée d’être derrière les plaignants, la direction de campagne du vice-président du Pdci-Rda a rappelé, samedi, dans un communiqué signé du député Isac Adi, que Maurice Kakou Guikahué avaitpromis « de ne jamais saisir la justice contre le Pdci, qu’il n’est mêlé ni de près ni de loin à l’action judiciaire en cours ».

Le directeur de campagne a marqué sa surprise, son indignation et dément formellement ces allégations. Isac Adi a révélé que le chef du secrétariat exécutif du Pdci-Rda s’apprêtait à se rendre, avec sa délégation, au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire afin de prendre part au 8e congrès extraordinaire du Pdci-Rda, quand il a été informé par son équipe de protocole sur place de la suspension dudit congrès et ce, en exécution d’une décision de justice.

Face à cette situation, l’heure est aux interrogations. Le Pdci-Rda va-t-il imploser ? Arrivera-t-il à se choisir un président avant la fin de l’intérim du président Cowppli-Bony prévue le 2 février 2024 ?

Les explications de Chrysostome Blessy

Devant les militants, le conseil juridique du Pdci-Rda, Me Chrysostome Blessy, a indiqué : ‘’Le coup a été bien monté’’, car ‘’on n’a pas encore été notifié de la décision (de justice). Nous l’avons découverte sur les réseaux sociaux’’ et ‘’ nous sommes samedi et demain dimanche est un jour non ouvré’’.

Pour Me Blessy, la durée de l’intérim ne doit pas être dépassée, sinon, le Pdci va aller à l’aventure. Or l’intérim finit le 2 février 2024. « Nous serons en pleine Can. Les activités publiques seront gelées. Le bureau politique va aviser et voir dans quelle mesure nous prendrons des dispositions », a-t-il déclaré aux médias samedi.

Patrick N’Guessan
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