Poutine résiste, Prigojine prend le pouvoir… Trois scénarios sur l’avenir politique de la Russie

La course au pouvoir repose sur plusieurs hypothèses, que Poutine reste au Kremlin ou non.

1. Evgueni Prigojine peut-il prendre le pouvoir ?

Et pour la première fois, il s’opposa au boss… Ce 15 juin, Evgueni Prigojine a commis un affront qui pourrait lui coûter cher. Sur son compte Telegram, le chef du groupe Wagner a annoncé qu’il empêcherait ses hommes de s’engager par contrat avec le ministère de la Défense russe – mesure qui, à terme, signifierait la dilution de son armée privée. « Aucun mercenaire n’est prêt à emprunter ce chemin de la honte », écrit-il rageusement, tout en feignant d’ignorer que l’ordre vient directement de… Vladimir Poutine. « C’est un fait sans précédent, estime Roman Aninjournaliste russe en exil, cofondateur du média Important Stories. Jusqu’à présent, Prigojine s’attaquait à des personnalités comme Ramzan Kadyrov, le président de Tchétchénie, ou Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, dont il critiquait l’incompétence, mais jamais au chef du Kremlin ! »

L’affaire semblait pourtant entendue : sans Poutine, Prigojine n’est rien. « Jamais il n’aurait pu recruter des combattants dans les prisons si le chef du Kremlin ne l’avait pas permis, rappelle Tatiana Stanovaya, fondatrice du cabinet d’analyse R.Politik. Et il a également besoin des institutions officielles pour poursuivre ses activités en Ukraine ou en Afrique. Il ne pourrait pas survivre sans ces liens. Et s’il devenait une menace pour Poutine, celui-ci s’en débarrasserait. » Prigojine aurait-il, malgré tout, décidé de voler de ses propres ailes ? L’hypothèse n’a rien d’absurde. « Prigojine est un ancien taulard, il a un instinct de survie très développé. S’il se sent suffisamment fort pour ignorer un ordre de Poutine, c’est qu’il bénéficie d’autres appuis haut placés », interprète l’historienne Françoise Thom. Prigojine sait aussi qu’il est très utile à Poutine pour contenir l’influence des généraux et du ministre de la Défense, qui, si la guerre se prolonge, prendront une importance croissante.

Reste que pour percer en politique, il lui faudrait l’appui des élites russes, celles-là mêmes qu’il voudrait, « parquer dans un stade, entouré de militaires en armes, comme l’a fait Pinochet ». Or il ne l’a pas. « Prigojine a plutôt intérêt à continuer de servir Poutine, juge l’historienne Galia Ackerman. Si la situation se corse pour le président, il pourrait former sa garde rapprochée et lui permettre de garder le pouvoir par la terreur. »

2. Poutine peut-il se maintenir ?

A 70 ans, Vladimir Poutine défie les statistiques d’espérance de vie masculine en Russie (67 ans) et ne semble pas pressé de prendre sa retraite. Le cours de la guerre en Ukraine peut-il bouleverser son destin ? « Une défaite militaire ne provoquera pas forcément sa chute, tempère Anna Colin-Lebedev, maîtresse de conférences à l’université Paris Nanterre, spécialiste des sociétés post-soviétiques. Son avenir repose sur sa capacité à juguler les nombreux effets négatifs du conflit : il cherche coûte que coûte à maintenir l’illusion que tout est sous contrôle. »

Problème, le pactole du pétrole et du gaz, redistribué pour acheter la paix sociale, risque de rétrécir sous l’effet de l’embargo occidental, même si la Chine et l’Inde ont partiellement pris le relais. Déjà, le mécontentement croîtrait parmi les élites et au sein du régime. Au point de le menacer ? « Il est très difficile de savoir si un complot est en préparation, estime Galia Ackerman. Poutine est quelqu’un de très méticuleux s’agissant de sa propre protection : le renverser est une tâche ardue. »

Quant à se trouver un successeur… « Rien n’indique qu’il en cherche un », poursuit cette spécialiste du monde russe. Quelle que soit l’issue de la guerre en Ukraine, la probabilité est forte qu’il soit de nouveau élu à la présidentielle de 2024. A moins que d’ici là…

3. Quelle Russie après Poutine ?

« Poutine sait que sa seule manière de quitter le Kremlin, ce sont les pieds devant : soit quelqu’un le tue, soit il meurt », résume l’historien Sergey Radchenko. Une chose est sûre, une Russie sans Poutine finira tôt ou tard par advenir. Certains, dans les cercles du pouvoir, s’y préparent déjà. Le premier scénario possible est le plus violent : une guerre des clans pour le trône, désastreuse pour le pays. « Poutine joue depuis son arrivée au Kremlin une sorte de rôle de parrain, qui garantit l’équilibre entre les différents groupes rivaux luttant pour le pouvoir, les ressources, l’accès au président », explique le journaliste Roman Anin.

Son départ entraînerait des affrontements entre des prétendants, disposant de véritables armées, comme Evgueni Prigojine, Ramzan Kadyrov et Viktor Zolotov (le chef de la garde nationale) ; ou contrôlant des services de sécurité, à l’instar de Nikolaï Patrouchev. « Ces types se détestent : si un clan l’emporte, les autres devront lui obéir, ou bien ils perdront tout, et y compris peut-être la liberté ou la vie », poursuit ce fin connaisseur du Kremlin. « On peut imaginer une bataille criminelle pour le contrôle des hydrocarbures, des biens, des usines… », renchérit l’écrivain Mikhaïl Chichkine. Une version moderne du « temps des troubles », entre 1598 et 1613, qui menaça l’existence même de l’Etat russe, entre la fin de la dynastie des Riourikides (celle d’Ivan le terrible) et les Roumanov.

Autre possibilité, le régime poutinien perdure, indépendamment de son créateur. Dans ce scénario, que la Russie conserve ou non les territoires conquis en Ukraine, les membres de l’élite s’accordent pour écarter le n° 1 russe. Pour eux, la guerre en Ukraine a été une catastrophe : elle les a appauvris et coupés du monde. « Les principes fondamentaux de ce régime : un groupe dirigeant, qui accapare les richesses pétrolières et gazières et s’en sert pour contrôler la politique intérieure et projeter sa puissance à l’étranger, peut très bien survivre à Poutine », souligne l’historienne Françoise Thom. La nouvelle équipe se rapprocherait des dirigeants européens et leur donnerait des gages en libérant des prisonniers politiques emblématiques, comme Alexeï Navalny, afin d’enclencher la levée des sanctions et la reprise des affaires. « La nature autocratique du régime resterait intacte, derrière une façade de démocratie Potemkine », poursuit la spécialiste. Les nouveaux dirigeants auraient compris qu’il ne sert à rien d’intimider l’Occident, mieux vaut essayer de corrompre ses dirigeants, comme au bon vieux temps…

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2 Commentaires

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