Hamma Ahmadou Salif Ndiaye

Après l’interview de @JeanLouisBillon, (lifetTV 1er juillet 2020), je suis traversé par l’impression que, si alternance politique il doit y avoir en octobre prochain, ce sera davantage parce que le RHDP aura perdu le suffrage des ivoiriens par ses dérives que parce que le PDCI l’aura gagné.

Pour Monsieur le Ministre, la nuance pourrait n’avoir aucune importance. Suffisant du soutien des exclus et des déçus de la gouvernance Ouattara, le PDCI apparaît confiant. Mais lorsque le Ministre affirme qu’une fois l’objectif de battre le RHDP atteint, la rivalité essentielle entre un grand parti libéral (PDCI) et un grand parti socialiste (FPI) reprendra son cours avec “fair play”, il nous informe que l’alliance en cours de construction manque d’une vision commune cohérente et que, comme les autres, elle mourra sur l’autel des intérêts de ses membres.

Ainsi, sous cette hypothèse, on pourrait imaginer comme d’habitude après l’élection “un grand partage”, puis les perdants de 2020 (RHDP) redevenir les arbitres d’une opposition entre anciens alliés PDCI / FPI en 2025, pour relancer le cycle infernal de la compétition tripartite.

Au delà de l’ambition légitime du PDCI de reconquérir le pouvoir, la question demeure de savoir dans quel but. Quel est le projet de démocratisation et d’émancipation civique proposé aux Ivoiriens par le PDCI et ses alliés (valable bien sûr pour tous les partis en compétition) ?

Rien dans ce qu’a exprimé le ministre n’indique que nous allons changer de paradigme. J’ai été stupéfait qu’il affirme que les partis de l’alliance se réuniront APRES la victoire pour s’entendre sur un projet commun. Quelles politiques publiques cohérentes en sortiront ?

Le ministre, homme d’affaires accompli, évoque souvent la gouvernance sous l’angle de la justice des affaires et de la corruption. Bien, mais quelles sont les réformes institutionnelles prévues pour renforcer les libertés, les droits sociaux et politiques fondamentaux ds ivoiriens: Liberté d’opinion, droit à l’autodétermination (y compris monétaire), droit de vote sans entrave administrative, droit au respect du suffrage et à ds élections transparentes organisées par un arbitre impartial, droit à la santé, à l’éducation, à un emploi décent, au logement etc.

Veulent-il le pouvoir pour que leurs opposants n’aient plus droit de cité ds les médias publics ? Restreindre l’accès aux marchés publics aux camarades de parti ? Entretenir l’opacité sur le patrimoine ds fonctionnaires ? Tout ceci existe déjà, depuis le parti unique d’ailleurs.

Comment enfin le PDCI peut il s’absoudre de toute responsabilité dans la survenue de la crise ivoirienne au point de s’ériger en promoteur de la réconciliation nationale alors que son potentiel candidat en 2020 est celui là même sous le régime duquel est née la hiérarchisation des citoyens ?

Le PDCI / FPI mesurent t’il l’écho que peut avoir leur rhétorique relative aux “apatrides”, aux militants RHDP convoyés aux meeting “à la sortie des mosquées”, à l’immigration “massive” des étrangers ou encore aux inscriptions frauduleuses de ceux ci sur les listes électorales ?

Le PDCI a toujours plaidé innocent de l’ivoirité. Mais alors comment se fait il qu’une partie non négligeable de la population s’est sentie solidaire d’un homme politique présenté comme une victime, s’il avait été la seule victime ? Par quel ressort le RDR est-il venu au pouvoir ?

Face à la stratégie de stigmatisation du PDCI, et si l’argument émotionnel majeur du RHDP en 2020 consistait justement à raviver opportunément dans la mémoire de ses partisans le souvenir des injustices du passé et de se poser en protecteur en dépit de sa propre mal-gouvernance ?

Peut-il y avoir réconciliation sans reconnaissance de la vérité et sans exigence de justice, de part et d’autre ? Pour le PDCI et aux dires du ministre Billon, tout peut se régler par le dialogue. Certes mais par un dialogue de vérité, sûrement pas par un dialogue de sourds…

Bref, je livre mes pensées à chaud. Je souhaite que la campagne soit un moment d’apaisement et d’introspection profonde sur ce que nous désirons de DIFFÉRENT ET DE MEILLEUR pour notre pays à l’avenir. A défaut, ce sera beaucoup de bruits pour rien. Quel est votre avis sur la question.

Ahmadou Salif Ndiaye

Citoyen du Monde | Engagé pour la démocratie et la justice en Côte d’Ivoire | Conseiller Municipal Indépendant (Cocody)