A separatist belonging to the Movement of Democratic Forces of Casamance (MFDC) stands guard ahead of the release of seven captured Senegalese soldiers at an abandoned settlement, Baipal in Gambia on February 14, 2022. – Separatist rebels from Senegal’s southern Casamance region on Monday handed over seven Senegalese soldiers whom they had captured three weeks ago, AFP reporters saw, demanding nothing in return. (Photo by MUHAMADOU BITTAYE / AFP)

La Guinée-Bissau n’en finit pas avec ses spasmes socio-politiques. Petit et  pauvre, ce pays lusophone aux grands problèmes, est politiquement très instable. C’est le moins que l’on puisse dire. En effet, alors que le président Umaru Cissoko Emballo était en déplacement à Dubaï aux Emirats arabes unis où il prenait part à la COP28, un affrontement sanglant a opposé deux fractions de l’armée, en l’occurrence la Garde nationale et les forces spéciales de la garde présidentielle.

Le bilan encore provisoire fait état de deux cadavres laissés sur le carreau. En fait, ces combats entre soldats sont l’expression ou la conséquence des fractures politiques et crises persistantes que vit la Guinée Bissau et ce, depuis que l’actuel président Emballo a voulu s’affranchir de la tutelle de l’historique Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC).

A preuve, tout est parti de l’intrusion de la Garde nationale, sous les ordres du ministère de l’Intérieur dominé par le PAIGC, dans les locaux de la police judiciaire pour soustraire deux membres du gouvernement, eux-mêmes hiérarques du PAIGC, convoqués pour être entendus sur le retrait de dix millions de dollars des caisses de l’Etat. D’où la riposte des forces spéciales répondant de la présidence de la République ; donc du chef de l’Etat. Ainsi fonctionnent les institutions en Guinée Bissau avec des «  espèces de coalition entre certains segments des forces de sécurité et des acteurs politiques ».

Preuve, s’il en est, d’un malaise profond exacerbé, on le sait, depuis les dernières législatives qui ont  imposé une sorte de cohabitation dans la gestion des affaires de l’Etat. Certes, le président Emballo, rentré d’urgence de Dubaï, a promis l’enfer à tous ceux qui sont impliqués dans ce qu’il qualifie de « tentative  de coup d’Etat ». C’est de bonne guerre. Mais le mieux, pour lui, serait de travailler à résoudre durablement la crise politique persistante qui paralyse son pays.

A défaut, les mêmes causes pourraient produire les mêmes effets. Surtout dans ce contexte où l’on assiste à un retour en force des pouvoirs kakis dans bien des pays en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Du reste, n’eût été l’intervention de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Emballo, lui-même, aurait été déposé comme l’ont été certains dirigeants de  la sous-région.

 La Guinée Bissau est un narco-Etat où se jouent les contrebandes de tout genre

 On se rappelle d’ailleurs qu’il avait échappé à une autre tentative de coup de force en février 2022. D’où la nécessité, pour lui, de crever l’abcès en initiant, s’il le faut, un dialogue politique avec toutes les composantes de la nation aux fins d’aplanir les divergences. Naturellement, cela exigera des concessions de la part des uns et des autres. Mais étant donné qu’il s’agit de rabibocher les Bissau-guinéens avec eux-mêmes, aucun sacrifice ne sera de trop. Surtout quand on sait qu’en plus de l’instabilité politique qui la caractérise, la Guinée Bissau est un narco-Etat où se jouent les contrebandes de tout genre impliquant parfois même de hautes personnalités du pays. En tout cas, il faudra une thérapie de choc pour permettre à la Guinée-Bissau de se défaire de l’image d’Etat voyou qui lui colle à la peau. Le président Emballo saura-t-il poser le bon diagnostic pour en prescrire l’ordonnance médicale qui convienne ? On attend de voir.

 Boundi OUOBA

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