Fondatrice d’Ong pour l’autonomisation de la femme, la députée de Koumassi, Adjaratou Traoré, cadre du Rhdp, expose sur sa vision de leadership.

Comment définissez-vous le leadership de façon générale ?
Le leadership, c’est l’art de guider des Hommes vers des sommets en inspirant et influençant positivement. Un leader incarne la vision. Il doit être capable de guider des individus vers des objectifs élevés et communs. Il englobe l’influence politique, économique, psychologique ou sociale exercée par un individu sur un groupe ou une organisation. C’est donc un noble sacerdoce qu’il faut exercer avec habileté et sagesse.Existe-t-il, selon vous, un leadership féminin et un leadership masculin ? Pour quelles raisons doit-on mettre l’accent sur le leadership féminin en particulier ?

Un homme ou une femme détenteur d’un leadership par essence, se reconnaît à travers les éléments définis dans les lignes précédentes. Mais depuis de nombreuses années (et aujourd’hui, encore plus que dans le passé), à travers toute la planète, le mouvement d’émancipation des femmes a pris des contours universels, même s’il demeure inégalitaire au niveau des statistiques d’un continent à un autre. Compte tenu de cette dynamique, des inégalités longtemps observées et enracinées au détriment des femmes, ont commencé à se résorber aux plans politique, socio-économique et culturel dans la plupart des pays, notamment en Côte d’Ivoire. De ce point de vue, le leadership au féminin apparaît donc comme la capacité à faciliter et à permettre l’accès des femmes à des positions de leader ; ce qui par conséquent les autorise à piloter des projets, à manager des équipes, et surtout, à exercer d’éminentes responsabilités dans les sphères publiques et privées.

Quelle pourrait être la singularité du leadership féminin ?

Le leadership féminin se distingue par des « soft skills » tels que l’intelligence émotionnelle, l’empathie, la bienveillance, l’écoute active, la confiance en soi, la résilience et l’esprit d’équipe. Ces qualités, combinées à des opportunités équitables, ont le potentiel de permettre aux femmes d’exceller dans des rôles de premier plan, comme le démontrent des exemples de dirigeantes capables de piloter des entreprises en temps de crise et de mobiliser des équipes vers des objectifs transcendants. Des études suggèrent que le leadership féminin peut être plus performant, favorisant la fluidité des relations humaines au sein des organisations. En Côte d’Ivoire, ces dernières années ont également été témoins d’une ascension remarquable du leadership féminin, avec de nombreuses femmes dirigeantes démontrant leur capacité à exceller dans des postes de responsabilité, renforçant ainsi l’influence positive des femmes dans le pays.

Comment doit-on s’y prendre pour développer et inculquer aux femmes le sens du leadership au féminin ?

Pour encourager le leadership féminin, il est indiqué d’abord de fournir des outils pour contrer les traditions restrictives, et ensuite de travailler à un développement personnel axé sur la confiance en soi. La troisième étape implique la participation à des ateliers et séminaires avec des mentors, favorisant l’acquisition de compétences managériales et la lutte contre les inégalités.

Vous brandissez le leadership féminin comme porte-étendard dans le but de rééquilibrer les écarts entre les hommes et les femmes (dans les sphères économique et politique). Votre approche ne complexifie pas davantage un dialogue rendu nécessaire au sein des organisations ?

La démarche qui est la nôtre consistant à promouvoir le leadership au féminin participe d’un engagement humaniste. Ses contours nous inclinent à nous impliquer dans les grands débats de notre temps. Les destins des hommes et des femmes sont étroitement entremêlés depuis des lustres. Ils sont donc condamnés à vivre en parfaite intelligence. La promotion du leadership au féminin constitue aujourd’hui une question qui s’enracine dans le champ universel. En d’autres termes, plus les femmes pourront faire montre d’ingéniosité, de compétence, de résilience, d’empathie, plus elles contribueront à la résolution des problèmes de notre temps, au même titre que leur alter ego masculin pour l’avènement d’un monde meilleur.

Pouvez-vous nous faire un état des lieux du leadership féminin en Côte d’Ivoire dans les sphères politique et économique (que vous connaissez bien en votre qualité de députée à l’Assemblée nationale et de femme d’affaires) ?

L’état du leadership féminin en Côte d’Ivoire, notamment en politique et économie, est marqué par une évolution depuis les années 1990. Malgré des avancées juridiques libératrices dans cette période, la crise politico-militaire des années 2000 a freiné les progrès. Depuis l’arrivée en 2011 du Président de République, Alassane Ouattara, des initiatives juridiques et socio-économiques ont favorisé l’autonomie des femmes. Aujourd’hui, une nouvelle génération de femmes émerge, bien formée et déterminée à occuper des positions socio-économiques et politiques, signalant une transformation notable attribuée en partie à la dynamique initiée depuis 2011. Nombre de femmes s’imposent sur le champ politique à l’intérieur même des bastions jugés, il y a encore peu de temps, imprenables pour les représentants du sexe féminin. Et cet état de fait, on le doit incontestablement à la majorité à laquelle j’appartiens.

Il n’en reste pas moins que de nombreuses voix émanant de l’opposition ivoirienne, affirment plutôt que le pouvoir actuel fait assez de communication et d’affichage s’agissant du leadership au féminin. Pouvez-vous de façon concrète, nous indiquer des mesures et des actions prises par le gouvernement et la majorité en faveur de la condition de la femme depuis 2010 ?

Avant 2010, les femmes en Côte d’Ivoire étaient largement sous-représentées dans les instances dirigeantes nationales. Le contexte historique était marqué par des inégalités de genre profondément enracinées, limitant l’accès des femmes aux postes de leadership politique, économique et social. Cependant, depuis cette période, le gouvernement ivoirien a adopté des mesures audacieuses pour promouvoir l’égalité des sexes et le leadership féminin. Une loi a été instaurée, imposant la représentativité des femmes à hauteur de 30% dans les assemblées élues, ouvrant ainsi la voie à une plus grande participation politique des femmes. Récemment, nous avons pu constater une nette participation des femmes aux élections locales qui ont porté une femme au perchoir du Sénat, faisant d’elle l’une des cinq premiers personnages de l’Etat en termes de préséance. Cela est à saluer ! Ces mesures audacieuses ont donné naissance à une nouvelle génération de femmes leaders en Côte d’Ivoire, prouvant que des progrès significatifs ont été réalisés en faveur de l’égalité des sexes et du développement du leadership féminin.

Selon vous, quelles sont les qualités idéales d’une femme incarnant le leadership au féminin ?

Les qualités idéales d’une femme leader s’étendent bien au-delà des compétences traditionnelles. Elle doit être visionnaire, capable de voir au-delà des obstacles et inspirer les autres à la suivre. Ses talents en matière de communication sont cruciaux pour mobiliser les équipes et articuler une vision convaincante. Une femme leader doit également être douée pour la résolution de problèmes, capable de faire face aux défis complexes avec créativité et détermination. Elle doit être une négociatrice exceptionnelle, apte à trouver des solutions équilibrées et à défendre les intérêts de toutes les parties impliquées. En outre, une femme leader doit incarner un sens aigu de l’intérêt général, servant de modèle d’éthique et d’altruisme. Sa réputation doit reposer sur l’intégrité et la responsabilité, tout en contribuant à une société plus équitable. En développant ces qualités, elle devient une force de transformation positive, ouvrant la voie à une meilleure représentation des femmes dans les sphères du leadership.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme détentrice d’un haut potentiel et aspirante au leadership féminin ?

Je lui conseillerai l’humilité, je l’exhorterai à cultiver l’empathie, la bienveillance, le sens de l’écoute ; tout en développant son intelligence émotionnelle, elle devra être exigeante vis-à-vis d’elle-même, en même temps déterminée dans la quête de ses objectifs. En cette ère de possibilités infinies, je l’encouragerai à être intransigeante envers elle-même, à se dédier à ses objectifs avec une détermination inébranlable. Je lance un appel passionné à toutes les femmes : osez briser les préjugés, osez vous engager, osez donc ! Engagez-vous, élevez votre voix et embrassez le leadership pour que votre avenir soit façonné par votre vision et votre détermination.

Interview réalisée par Florence Edie

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