Peut-on être fier du parcours des pays d’Afrique Noire depuis les glorieuses années d’indépendances? (une analyse de Laurent Kouassi , essayiste et observateur du monde politique)

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Laurent Kouassi , essayiste et observateur du monde politique

Pour l’année 2026, en lieu et place d’un message de vœux, l’essayiste et observateur du monde politique M. Laurent Kouassi partage ci-dessous son inquiétude sur la situation des pays d’Afrique Noire à partir d’une interrogation fondamentale et existentielle:

A cette pertinente question, deux pistes de réflexions diamétralement opposées s’affrontent sur le sujet.

La première qui estime que l’Afrique Noire fait son petit bonhomme de chemin malgré les difficultés, les obstacles et que même les pays dits développés ont eu des parcours similaires. Il a fallu des siècles pour que leurs peuples connaissent le plein développement et épanouissement.

Quant à la deuxième piste à laquelle j’adhère pleinement et qui est l’objet de cette publication, elle considère qu’il n’y a aucune justification possible à ce naufrage collectif et échec abyssal des pays de l’Afrique Noire. Les preuves existent à travers le monde que le développement d’un pays est possible en moins d’un siècle et même en un demi-siècle de durs labeurs. C’est le cas d’un pays comme Singapour. Et que dire de la Corée du Sud qui était dans les années 70 moins nantie que le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, mais de qui aujourd’hui l’on parle comme un grand état, et pour preuve, le premier sommet Corée du Sud – Afrique tenu les 4 et 5 juin 2024 à Séoul. Comme mentionné, les exemples foisonnent dans le monde avec les pays du Golf et certains pays intermédiaires comme le Vietnam, la Malaisie, le Brésil sans oublier la Chine qui a amorcé son réveil et son envol durant ces dernières décennies au point de s’adjuger la place de première puissance économique mondiale. N’oublions pas de passage, l’Inde qui est sur la même lancée avec sa montée en puissance ces dernières années. Pendant ce temps, qu’observons-nous en Afrique Noire, des nations censées être les «pays du Golf d’Afrique» à savoir le Gabon, la Guinée Équatoriale, la Guinée-Conakry et les deux géants que sont la RDC-Congo et le Nigeria qui est qualifié de géant aux pieds d’argiles?

L’enjeu de cette préoccupation est d’autant primordial qu’après plus de 60 ans d’indépendance pour la plupart des pays d’Afrique Noire, les fondamentaux ou piliers de bases indispensables à l’édification de nations modernes et prospères sont pratiquement inexistants ou en faillite. On parle de sociétés sans valeurs, sans acquis, des systèmes éducatifs et de santé défaillants, un capital humain de qualité inexistant, très peu de champions nationaux, la non-maîtrise des systèmes socio-économiques, la restriction des libertés d’expression, de manifestation et le comble est l’incapacité à organiser de simples élections libres avec des systèmes électoraux consensuels et équitables. Il est inadmissible que les périodes électorales continuent d’être des sources d’inquiétudes et de souffrances pour le citoyen africain?

Pendant la période des partis uniques, les peuples africains ont beaucoup souffert des coups d’État militaires. Et comme si cela ne suffisait pas, on assiste avec l’avènement du multipartisme des années 90 à un autre fléau à savoir les «coups d’État civils ». Ce dernier se caractérise par des modifications à profusion de la loi fondamentale, notamment la constitution des pays au point où en moins de 35 ans à partir de l’ouverture politique des

années 90, certaines nations sont à leur 7ème république (La Centrafrique), 5ème république (Le Gabon) après avoir fait 9 révisions de la constitution de 1991, 5ème république (Togo), 5ème république (le Tchad), etc… Tout est fait pour que le chef tire son épingle du jeu. Ce qui fut le cas de la Côte d’ivoire avec la constitution de 2016, qui a vu le verrou de l’âge de 75 ans maximum supprimé. Ainsi l’objectif principal de ces agissements est la conservation éternelle du pouvoir d’État afin de sauvegarder et renforcer des intérêts égoïstes et claniques au détriment du peuple. On constate ainsi que parvenir au pouvoir d’Etat en Afrique est synonyme d’enrichissement personnel et de son clan. Comment comprendre qu’en Afrique, les personnalités les plus riches originaires des différentes régions et communautés des pays, sont en majorité les barons et membres des partis politiques au pouvoir?

Et que dire des systèmes de gouvernance en Afrique Noire? Des systèmes politiques qui permettent à un dirigeant élu de devenir le maître absolu du pays avec le contrôle absolu de toutes les institutions républicaines. En somme des systèmes qui créent des demi-dieux, des semi-royaumes et des présidents omniscients et omnipotents. Que peut-on espérer de tels systèmes si ce n’est que la boulimie du pouvoir, des abus et la mal- gouvernance? C’est pourquoi, j’ai toujours considéré le secteur politique comme la véritable gangrène des sociétés africaines. Une pratique atypique de la politique sous nos tropiques faite de mensonges, de ruses, de fraudes, de tricheries et où règne la loi du plus fort en lieu et place de la confrontation des idées et des visions pour convaincre comme cela se voit sous d’autres cieux dans les démocraties apaisées et constructives. C’est donc l’eternel recommencement suivi généralement d’une chasse aux sorcières à chaque fois qu’il y des bouleversements ou renversements de régimes en place en Afrique Noire.

Et pourtant, on ne le dira jamais assez, la plus grande chance des pays africains, c’est d’être arrivés « jeunes » dans un monde déjà vieux où les différents modèles et stratégies de développement ont été déjà expérimentés et pleinement documentés. Tout ce qui reste à faire c’est de s’inspirer et au besoin les adapter aux réalités locales du continent noir.

Au vu de tout ce qui se passe sur le continent, on est en droit de dire que le livre

«L’Afrique noire est mal partie» de l’agronome René Dumont paru en 1962, résonne encore comme une prophétie.

Par ailleurs, ne venez pas me parler des agissements néfastes de l’impérialisme car comme le dit un adage africain «si tu laisses volontairement des fissures dans les murs de ta maison, alors tu devrais ne pas être étonné de voir des lézards et fournies dans ton édifice».

Et pour terminer, je demande à ce vaillant peuple d’Afrique noire qui est à la croisée des chemins de ne pas baisser la garde et surtout de ne pas se laisser emporter par le découragement et le désenchantement, car « il n’y a pas de autrement ».quant à un lendemain enchanteur et radieux pour notre beau continent.

Que Dieu aide l’Afrique Noire

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