
Dans la dernière vidéo dans laquelle il s’exprime, Robert Bourgi se présente comme le « dernier des Mohicans de la Françafrique ». Il explique qu’il a été pendant des décennies acteur et témoin des relations franco-africaines au niveau le plus élevé des Etats concernés. La réalité est qu’il a été l’exécuteur des basses œuvres d’une certaine France, celui qui était chargé de venir racketter les chefs d’Etats africains pour emplir les caisses des partis politiques de la droite française et les poches de plusieurs hommes politiques dont Jacques Chirac.
Il a raconté dans ses mémoires parues l’année dernière comment il avait commencé par les Libanais, sa communauté d’origine, ceux de Côte d’Ivoire, et ceux du Sénégal, pays où il était né, avant d’arriver aux chefs d’Etats. C’est lui-même qui a raconté comment il avait extorqué deux de nos milliards de francs au pauvre Laurent Gbagbo pour financer la campagne de Chirac. Gbagbo que certains de ses supporters veulent voir comme le « résistant » aux intérêts français en Afrique. C’est aussi lui qui rackettait sans pitié le président du pauvre Burkina Faso, Blaise Compaoré, qui lui, payait en cachant l’argent dans des Djembés transportés à Paris. Au Gabon, il s’était bien rempli la panse avec le père Bongo qui le rétribuait très grassement, et à la mort de ce dernier, il avait contribué à installer le fils Ali à la tête du pays. Mais sans doute parce que ce Bongo-là n’avait pas les mêmes largesses à son égard que son père, il le prit en grippe et devint son ennemi. Il cherche maintenant à séduire le nouveau pouvoir gabonais. En France, parce qu’il avait fréquenté les palais présidentiels et vu les petitesses des uns et des autres, il s’est pris pour un démiurge. Il a donc piégé François Fillon qui briguait la présidence de son pays en lui offrant de coûteux costumes et en le faisant savoir, parce que Fillon ne le prenait plus au téléphone.
C’est cet homme qui a contribué à piller et corrompre l’Afrique, à maintenir des régimes très contestés par les populations à la tête de nos Etats qui s’arroge le droit de vouloir nous donner des leçons et de tordre le cou à notre histoire récente. Dans une interview parue après la sortie de son livre, il avait affirmé que c’était Laurent Gbagbo qui avait gagné l’élection présidentielle en 2010, « parce que le Conseil constitutionnel l’avait dit. » En quelle langue faut-il expliquer à ces gens que le Conseil constitutionnel n’avait aucun pouvoir pour annuler les élections de régions entières dans le but de faire gagner un candidat, et que le dernier juge de notre élection sur lequel tous les acteurs, y compris Laurent Gbagbo lui-même, étaient tombés d’accord était le représentant du Secrétaire général des Nations Unis en Côte d’Ivoire ? Dans sa dernière vidéo, il déclare aussi que l’on a dénié sa nationalité ivoirienne à Tidjane Thiam, qui est de la famille d’Houphouët-Boigny. Dans quelle langue faut-il expliquer à ce type que c’est M. Thiam lui-même qui a renoncé à la nationalité ivoirienne en prenant celle de la France. La loi ivoirienne, adoptée du temps d’Houphouët-Boigny, dit sans ambigüité que celui qui prend la nationalité d’un autre pays perd celle de la Côte d’Ivoire. A-t-on mal fait d’appliquer cette loi parce qu’il s’agit de M. Thiam ? Aujourd’hui il a renoncé à la nationalité française et repris celle de la Côte d’Ivoire.
Pourquoi, bon Dieu, ne l’avait-il pas fait plus tôt ? Pourquoi a-t-il commencé par nier avoir pris la nationalité française avant de le reconnaitre plus tard ? Bourgi demande aussi que Guillaume Soro soit candidat. S’il ne sait pas ce que Soro a tenté de faire ici, nous, nous le savons.
Aujourd’hui Bourgi veut s’amender auprès de Laurent Gbagbo qu’il appelle « son frère ». Où était-il lorsque son « frère » tentait de confisquer le pouvoir qu’il avait perdu dans les urnes ? Pourquoi ne lui avait-il pas conseillé de respecter tout simplement le choix des Ivoiriens, au lieu d’enfoncer le pays dans une sanglante guerre ?
Si aujourd’hui, alors que de nombreuses portes se sont fermées pour lui, Robert Bourgi veut laver sa conscience tout en réglant des comptes, il devrait cependant se garder de « mettre sa bouche dans nos affaires. » Taisez-vous, Robert Bourgi ! Taisez-vous ! Vous avez fait suffisamment de mal à l’Afrique. Personne n’a besoin de vos leçons.
Venance Konan