Quatre personnes ont été tuées lors d’une attaque armée à Difita, près de Téhini, à la frontière burkinabè. Un drame, attribué à un groupe dénommé ‘Claire action’, qui ravive les souvenirs de la rébellion et inquiète à l’approche de la présidentielle d’octobre.
Une attaque meurtrière dans le village de Difita, situé dans le département de Téhini, à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, soulève de nouvelles inquiétudes sur la sécurité dans le nord du pays. Dans la nuit du 24 au 25 août, des hommes armés non identifiés ont mené une incursion violente, tuant quatre paysans, selon l’état-major des armées ivoiriennes.
L’assaut, survenu aux environs de deux heures du matin, a également fait un blessé grave, un disparu, ainsi que des dégâts matériels importants. Plusieurs cases ont été incendiées, du bétail emporté et des moyens de locomotion détruits. « Le Commandement de la zone opérationnelle nord a engagé des moyens aériens et terrestres », précise un communiqué militaire, sans donner davantage de détails sur l’identité des assaillants, qui ont pris la fuite.
Pas une attaque jihadiste
Si l’armée n’a pas attribué officiellement cette attaque, plusieurs voix régionales s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une opération jihadiste. « Il ne s’agit pas du tout d’une attaque terroriste », a affirmé le journaliste d’investigation Serge Daniel, double lauréat du prix Norbert Zongo, citant des sources locales.
Selon ses informations, l’opération aurait été planifiée par un groupe politico-militaire émergent, portant le nom de code provisoire « Claire action ». Ce groupuscule chercherait à perturber la stabilité du pays en période préélectorale. « Ce n’est probablement pas la dernière attaque », a ajouté le journaliste sur le réseau X (ancien Twitter).
Une base hors des frontières ivoiriennes
Toujours selon ces sources, au moins un pays voisin de la Côte d’Ivoire servirait de base arrière à ce mouvement. Aucune confirmation officielle n’a été donnée sur l’identité de ce pays, mais la zone frontalière entre le nord ivoirien et le Burkina Faso reste particulièrement fragile.
L’incident survient en effet dans une zone historiquement instable. La Côte d’Ivoire a connu, le 19 septembre 2002, une rébellion venue du Burkina Faso, qui a coupé le pays en deux pendant près d’une décennie. Ces mêmes rebelles avaient soutenu Alassane Ouattara dans son accession au pouvoir en 2011.
Mais depuis, le contexte régional a radicalement changé. Le Burkina Faso, aujourd’hui dirigé par des militaires hostiles à Paris, est en conflit politique frontal avec le président ivoirien, régulièrement accusé par ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES) d’être un « pion de la France », chassée de la région.
L’ancien chef rebelle Guillaume Soro, figure centrale de la rébellion de 2002 et ex-allié de Ouattara, est désormais l’un de ses principaux opposants. Exilé dans des pays de l’AES, notamment au Burkina Faso, il reste perçu par Abidjan comme une menace politique et sécuritaire. En 2024, des informations avaient déjà circulé sur des ex-soldats ivoiriens franchissant la frontière pour recevoir une formation militaire au Burkina, dans l’optique d’attaquer la Côte d’Ivoire.
Une source sécuritaire américaine, citée par Serge Daniel, souligne que Washington suit de près l’évolution de la situation : « Nous surveillons tout le secteur, pour défendre nos propres intérêts sécuritaires dans la région. »
Des enjeux politiques en toile de fond
L’attaque de Difita est la première à faire des morts dans le nord de la Côte d’Ivoire depuis 2021. La zone frontalière avait déjà connu plusieurs incursions armées par le passé. En juin 2020, une attaque contre une position militaire à Kafolo avait fait 14 morts parmi les soldats ivoiriens. En mars 2021, le même village avait été de nouveau visé, causant la mort de cinq personnes, dont deux militaires.
Depuis, l’armée ivoirienne avait multiplié les opérations de sécurisation, rendant la région relativement calme. Mais le département de Téhini reste sensible, marqué par des tensions liées à l’orpaillage clandestin et à la proximité des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), supplétifs de l’armée burkinabè.
L’apparition de ce nouveau groupuscule change la donne sécuritaire. « Perturber les élections ivoiriennes est l’objectif du groupe », selon les sources régionales citées par Serge Daniel. Le calendrier électoral de 2025, marqué par de fortes tensions politiques internes, pourrait offrir un terreau favorable à de telles tentatives de déstabilisation.
En attendant, l’armée ivoirienne affirme rester mobilisée sur le terrain. Mais l’absence de revendication officielle entretient le mystère sur les motivations réelles de cette attaque.
Samuel KADIO