Peine de mort pour cinq anciens responsables des renseignements gambiens : En attendant le tour de Yahya Jammeh

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Les militants et les militantes des droits de l’Homme en Gambie et d’ailleurs, qui sont vent debout, depuis notamment la chute du Satrape Yahya Jammeh en 2016, pour réclamer justice pour les nombreuses victimes de la barbarie de ce dernier, peuvent se réjouir, ne serait-ce que partiellement, de n’avoir pas prêché dans le désert. En effet, cinq anciens responsables des renseignements gambiens ont été condamnés à mort par un tribunal de Banjul le mercredi 13 juillet dernier. Il s’agit de l’ancien patron de la National Intelligence Agency (NIA), Yankuba Badjie, l’ancien chef des opérations, Sheikh Omar Jeng et trois autres ex-employés de ce service de renseignement. Il est reproché à ces cinq membres de la défunte et redoutable NIA, le meurtre d’Ebrima Solo Sandeng, leader du United Democratic party (UDP). Il faut rappeler que ce dernier avait rencontré la mort, deux jours après avoir été arrêté pendant une manif contre les abus de Yahya Jammeh. Les tortures et le meurtre de cet homme, avaient sonné le glas du régime du dictateur. Et on peut se permette de dire qu’à quelque chose, malheur est bon. En effet, ce crime avait eu l’avantage, si on peut s’exprimer ainsi, d’unir l’opposition, naguère divisée, comme un seul homme contre la tyrannie de l’illuminé Yahya Jammeh. La suite, on la connaît. Le dictateur a été battu dans les urnes et a été contraint de prendre la route de l’exil, grâce notamment à la pression de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Six ans après sa chute et 5 ans après son exil forcé, la Justice est en train de rattraper ses acolytes en Gambie. Ce procès est historique.

Les orfèvres de la torture à mort du régime dictatorial gambien déchu, sont en train d’être rattrapés par la Justice

Car, il était le seul en cours en Gambie pour les crimes commis sous la gouvernance sanguinaire de Jammeh. En outre, ce procès avait connu son coup d’envoi en 2017, année à laquelle l’ex-dictateur a été obligé de faire ses adieux à la Gambie, pays qui passait pourtant pour sa bananeraie privée, pour reprendre l’expression d’un autre dictateur qui est toujours en activité en Ouganda. Les 5 qui viennent d’être condamnés à mort peuvent s’estimer heureux. Car, quand ils étaient aux affaires aux côtés de leur mentor Yahya Jammeh, leurs victimes n’ont pas eu droit à un procès équitable comme eux. Toutes ont été arrachées à la vie de manière brutale, sans autre forme de procès. Et la liste des Gambiens et des Gambiennes qui ont subi leurs supplices avant de rendre l’âme, est tellement longue qu’on ne peut pas la citer exhaustivement. On peut se contenter donc de dire que le régime de Yahya Jammeh a été l’un des régimes les plus barbares de l’histoire politique de l’Afrique des 40 dernières années. Et l’homme n’a pas seulement sévi contre des Gambiens. Sa barbarie a également fait des victimes non-gambiennes. On se souvient, en effet, qu’une cinquantaine de migrants ouest-africains avaient été massacrés par un escadron de la mort, connu sous le nom de Junglers. Et il était de notoriété publique que cette structure tuait qui elle voulait et quand elle voulait, et qu’elle recevait directement ses ordres du demi-dieu de Banjul. L’actuel président, Adama Barrow, qui a été édifié sur l’ensemble des abus commis par son sulfureux prédécesseur, grâce aux enquêtes de la commission vérité, réconciliation et réparations, a donc l’obligation morale et politique de traquer les hommes et les femmes qui ont accompagné activement le despote pendant ses 22 ans de règne absolu. Pour le moment, ce sont cinq acolytes du tyran qui sont en train de rendre gorge en Gambie, en écopant de la prison à vie. Avant eux, c’est un autre ex-responsable du régime, Yankuba Touray, qui avait subi le même sort pour le meurtre, en 1995, du ministre des Finances, Kooro Ceesay. Un autre collaborateur du despote est jugé depuis avril dernier, en Allemagne, pour crimes contre l’humanité. Aux Etats-Unis, un autre acolyte, du nom de Michael Sang Correa, a été inculpé. Il attend son procès en 2023. Que ce soit donc en Gambie ou ailleurs dans le monde, les orfèvres de la torture à mort du régime dictatorial gambien déchu, sont en train d’être rattrapés par la Justice pour l’ensemble de leurs basses œuvres en attendant, il faut le souhaiter, le tour de celui qui les avait envoyés en mission, c’est-à-dire Yahya Jammeh himself. Et ce jour-là sera un grand jour pour la Gambie, l’Afrique et le reste du monde, ne serait-ce que pour sa dimension pédagogique.

Pousdem PICKOU, Le pays

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