Pourquoi ce « check » de Biden en Arabie saoudite ne passe pas inaperçu

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Le président américain a rencontré Mohammed ben Salmane, accusé d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi.

Près de quatre ans après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) est accusé d’être le commanditaire par les renseignements américains, la visite de Joe Biden en Arabie saoudite est scrutée de près. Et le salut poing contre poing entre le président américain, qui avait promis de faire de l’Arabie saoudite un ”État paria”, et MBS, ce vendredi 15 juillet, a été largement commenté.

L’avion du dirigeant américain a atterri à Jeddah, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, après un vol direct depuis Israël, une première alors que Washington cherche à normaliser les relations entre ses deux plus importants partenaires au Moyen-Orient.

Joe Biden, portant des lunettes de soleil, n’a pas été reçu par ses homologues sur le tarmac de Jeddah mais par le gouverneur de La Mecque, le prince Khaled al-Fayçal, et la princesse Reema Bandar Al-Saoud, ambassadrice saoudienne à Washington. Il s’est rendu quelques minutes plus tard au palais royal de Jeddah où il a été accueilli par un check du poing, forme de salutations répandues depuis le Covid-19, par Mohammed ben Salmane, le puissant dirigeant de facto du royaume saoudien âgé de 36 ans.

À Jeddah, Joe Biden a rencontré le roi Salmane, malade et âgé de 86 ans, avant une “session de travail” menée par le jeune prince, incontournable sur tous les dossiers, du pétrole au militaire.

Le président américain a déclaré avoir prévenu le prince héritier d’Arabie saoudite d’une “réponse” de sa part si de nouvelles attaques contre des dissidents devaient se produire, qualifiant de “scandaleux” le meurtre de Khashoggi.

“J’ai juste fait comprendre que si une telle chose se reproduit, ils auront cette réponse et bien plus encore”, a-t-il déclaré devant des journalistes, disant avoir évoqué cette affaire “au tout début” de la réunion avec MBS.

Les autorités saoudiennes ont toujours nié la responsabilité directe du prince héritier dans ce meurtre.

Biden avait promis de faire de l’Arabie saoudite un “paria”

La Maison Blanche souhaitait éviter les images d’une poignée de main entre Biden et MBS, selon les médias américains. “Il est aussi important de noter qu’il s’agisse d’un check ou d’une poignée de main, MBS obtient ce dont il désire depuis longtemps: une validation publique du leader du monde libre”, a commenté un journaliste du Washington Post. Le journal avait longuement enquêté sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, qui tenait une chronique dans ses colonnes.

“Oui, c’est un check plutôt qu’une poignée de main, a tweeté une autre journaliste du média américain. MAIS Biden a tout de même checker l’homme qui a commandité le meurtre -et le démembrement à la scie- d’un journaliste américain [Jamal Khashoggi était exilé aux États-Unis], après avoir refusé de dire s’il allait confronter directement MBS sur le meurtre de Jamal Khashoggi.”

Jamal Khashoggi avait été tué et démembré le 2 octobre 2018 dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul alors qu’il venait chercher des papiers nécessaires à son mariage avec sa fiancée turque.

Imaginant ce que son fiancé aurait tweeté après ce check, l’autrice turque Hatice Cengiz a écrit en s’adressant à Biden: “Est-ce là votre façon de faire rendre des comptes aux responsables de mon meurtre? Le sang de la prochaine victime de MBS est sur vos mains.”

Une visite critiquée par les défenseurs des droits humains

Lorsqu’il était encore candidat, Joe Biden avait promis de faire de l’Arabie saoudite un “paria”, en particulier à cause de l’assassinat en 2018 du journaliste et critique saoudien Jamal Khashoggi. Une fois élu, il avait déclassifié un rapport accablant sur la responsabilité du prince dans ce meurtre.

La visite de Joe Biden a été particulièrement critiquée par les défenseurs des droits humains, la puissante monarchie du Golfe étant accusée de graves violations, avec une répression féroce des opposants.

La rencontre entre Joe Biden, en plein exercice d’équilibriste, et MBS est le point d’orgue de cette tournée au Moyen-Orient, alors que Washington cherche à convaincre le royaume d’ouvrir les vannes de sa production pétrolière. L’enjeu: abaisser le prix du gallon d’essence à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.

Début décembre, Emmanuel Macron avait été l’un des premiers dirigeants occidentaux à rencontrer en Arabie saoudite le prince héritier depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Le chef de l’État avait jugé nécessaire de parler au “premier pays du Golfe en termes de taille” pour pouvoir “œuvrer à la stabilité de la région”. Mais cela “ne veut pas dire qu’on est complaisant”, avait-il ajouté, en faisant allusion à cet assassinat.


Affaire Khashoggi : MBS répond à Biden en soulignant les « erreurs » commises par Washington

Le prince héritier Mohammed ben Salmane et le président américain Joe Biden ont, lors de leur rencontre en Arabie saoudite, brièvement évoqué l’affaire Jamal Khashoggi. Si pour MBS, ce meurtre est une « tragédie », c’est aussi une affaire classée. MBS a également souligné les « erreurs » des États-Unis, notamment en Irak. 

L’Arabie saoudite a fait savoir samedi 16 juillet que l’assassinat du journaliste critique Jamal Khashoggi était une « tragédie » sur laquelle il était inutile d’épiloguer, après que le président américain Joe Biden l’a évoqué lors de sa visite dans la monarchie du Golfe. Il a aussi souligné « des erreurs » de Washington, notamment en Irak.

Le président américain de 79 ans, qui avait entamé mercredi sa tournée au Moyen-Orient par une visite en Israël et dans les Territoires palestiniens, a passé moins de 24 heures en Arabie saoudite où il a rencontré plusieurs chefs d’État et responsables de la région, dont le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS).

Il a quitté l’Arabie saoudite samedi après une visite très controversée durant laquelle il a tenté de réaffirmer l’influence des États-Unis au Moyen-Orient, où il s’est rendu pour la première fois en tant que président.

L’administration Biden dit vouloir promouvoir une nouvelle « vision » pour le Moyen-Orient, basée sur le dialogue et la coopération économique et militaire. Avec en toile de fond les processus de normalisation entre Israël et les pays arabes.

Ce qui ne l’a pas empêché de promettre, dans une allusion transparente à Téhéran où se rend bientôt le président russe Vladimir Poutine : « Nous ne tolérerons pas qu’un pays essaie d’en dominer un autre dans la région au travers de renforcement militaires, d’incursion, et/ou de menaces. »

Joe Biden a, par ailleurs, promis que son pays « ne se détournerait pas » du Moyen-Orient en laissant « un vide que pourraient remplir la Chine, la Russie ou l’Iran ».

« Check » entre Joe Biden et MBS

Le voyage restera marqué par l’image d’un président échangeant le « check » du poing avec MBS, accusé par les renseignements américains d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Kashoggi en 2018. Joe Biden avait d’ailleurs promis de faire de l’Arabie saoudite un « paria ». 

🇸🇦 Joe #Biden est arrivé en #ArabieSaoudite, dont il voulait faire un pays « paria », pour une rencontre historique avec #MBS, le prince saoudien. Il lui a fait un « check » à son arrivée. Enjeux de pouvoir à suivre dans le #20h sur @infofrance2 @France2tv pic.twitter.com/Wa8m5zNu6n— France TV Washington (@F2Washington) July 15, 2022

Critique du pouvoir après en avoir été proche, Jamal Khashoggi a été assassiné dans le consulat saoudien d’Istanbul en 2018. Les services de renseignement américains ont pointé la responsabilité du prince héritier Mohamed ben Salmane, envenimant les relations entre Riyad et Washington. 

Surnommé MBS, le dirigeant de facto du royaume, recevant le président américain vendredi, « a expliqué (à Joe Biden) qu’il s’agissait d’une tragédie pour l’Arabie saoudite », selon le ministre d’État aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir.

Le responsable saoudien a, par ailleurs, mis en avant les « erreurs » des États-Unis, citant l’affaire d’Abou Ghraib, cette prison irakienne où des militaires américains ont pratiqué torture et traitements humiliants.

Le prince héritier a assuré que « les responsables [du meurtre de Khashoggi] avaient fait l’objet d’une enquête, avaient été confrontés à la justice et payaient désormais pour le crime », a-t-il ajouté dans une interview avec CNN.

Interrogé sur un rapport du renseignement américain désignant MBS comme le commanditaire de l’opération, le ministre saoudien a lancé : « Nous savons bien ce qu’avait conclu le renseignement à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein », qui n’ont jamais existé.

Des coupables « punis »      

Adel al-Jubeir a également précisé que le royaume estimait que l’affaire Khashoggi avait été suffisamment traitée, même si la dépouille du journaliste n’a jamais été retrouvée. 

En 2020, un tribunal saoudien a condamné huit personnes à des peines allant de sept à vingt ans de prison pour ce meurtre. Leurs noms n’ont jamais été publiés, et la fiancée de Khashoggi a qualifié le jugement de « farce ».

« Le Royaume d’Arabie saoudite a enquêté sur ce crime. Le Royaume d’Arabie saoudite a demandé des comptes à ceux qui en sont responsables, et ils paient le prix du crime qu’ils ont commis en ce moment même », a déclaré Adel al-Jubeir. 

« Nous avons enquêté, nous avons puni et nous avons mis en place des procédures pour que cela ne se reproduise pas. C’est ce que font les pays dans des situations comme celle-ci. » 

La fiancée de Jamal Khashoggi, a exprimé son indignation quant à la rencontre entre Joe Biden et Mohammed ben Salmane, imaginant ce que son compagnon aurait pensé de cette visite. « Est-ce là votre façon de faire rendre des comptes aux responsables de mon meurtre ? Le sang de la prochaine victime de MBS (surnom de Mohammed ben Salmane, NDLR) est sur vos mains », a-t-elle tweeté vendredi.

Avec Reuters et AFP

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