La Chine tente de fédérer le Sud pour « dépasser la petite clique » du G7

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Pékin organise par visioconférence jeudi 23 juin un sommet des BRICS, à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, quelques jours avant le G7 en Allemagne.

La Chine a de grandes ambitions pour le 14e sommet des BRICS que Xi Jinping présidera, par vidéoconférence, jeudi 23 juin : ouvrir ce rassemblement de cinq grands pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à d’autres nations du Sud, pour « injecter plus d’énergie positive dans un monde confronté à des turbulences et à des défis », selon Wang Wenbin, porte-parole du ministère des affaires étrangères.

Il s’agit d’« encourager la communauté internationale à s’intéresser à la cause du développement global avec des actions pratiques », explique Le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste chinois. Le journal rappelle que, dès 2017, la Chine avait créé le format BRICS Plus, en associant cinq autres pays au sommet et qu’il s’agit maintenant d’aller plus loin.

Le Global Times est plus explicite. Pékin entend « contrebalancer la tendance des pays occidentaux à former des petites cliques avec le G7 ». La Chine entend « apporter un air frais au monde qui inclut un système de gouvernance global équitable au lieu d’un système dominé par l’hégémonie américaine », résume le quotidien nationaliste. Autour du sommet proprement dit se tiendront plusieurs événements que devrait également présider Xi Jinping, en particulier le BRICS Business Forum dès le 22 juin et un « Dialogue de haut niveau sur le développement global », le 24. Ce sommet se tient juste avant celui du G7 (du 26 au 28 juin), que préside l’Allemagne.

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Limites de l’initiative

Quels pays pourraient être associés aux BRICS ? Le 19 mai, la réunion des ministres des affaires étrangères – virtuelle – préparatoire du sommet avait été suivie d’un dialogue avec des représentants de l’Argentine, de l’Egypte, de l’Indonésie, du Kazakhstan, du Nigeria, des Emirats arabes unis, d’Arabie saoudite, du Sénégal et de Thaïlande.

Si la volonté de Pékin de fédérer des pays du Sud pour peser davantage face à l’Occident est explicite, la Chine est consciente des limites de son initiative. « L’efficacité du regroupement ne doit pas être amoindrie par une participation trop importante et ce regroupement doit aussi se prémunir contre d’éventuelles frictions provoquées par différentes demandes ou par des intérêts contradictoires », note l’économiste Chen Fengying dans le China Daily.

Non seulement l’Inde et la Chine ne parviennent pas à résoudre leur contentieux frontalier dans le Ladakh, mais les divergences sont également manifestes sur la question ukrainienne. Sur les 14 pays ayant participé au dialogue du 19 mai, sept ont voté la résolution de l’ONU soutenant l’Ukraine, six se sont abstenus et, bien sûr, la Russie a voté contre. Par ailleurs, l’Allemagne a invité au G7 les dirigeants d’Afrique du Sud, d’Argentine, d’Inde, d’Indonésie et du Sénégal. Il va être difficile pour ces pays d’être associés à une sorte de front « anti-G7 ».

« Sécurité globale »

« Aujourd’hui, comme sous Mao, les élites stratégiques chinoises croient apparemment que diriger un front uni dans le Sud aidera à contrebalancer ce qu’elles perçoivent comme des tentatives de l’Occident d’isoler la Chine et de prévenir son ascension », note Nadège Rolland, experte auprès du National Bureau of Asian Research dans la revue Foreign Affairs du 9 juin. Peu suspecte de complaisance à l’égard de Pékin, cette spécialiste note que la Chine engrange déjà un succès non négligeable, tant sur le plan économique, avec son projet des « nouvelles routes de la soie », que sur le terrain politique. « Certains pays développés sont déçus par le modèle démocratique libéral promu par les Etats-Unis qui, selon eux, a échoué à tenir ses promesses », constate-t-elle.

La Chine devrait tenter de faire avancer deux sujets : la « sécurité globale » et la « dédollarisation » du monde. Xi Jinping a évoqué le premier lors de la réunion préparatoire avec les ministres des affaires étrangères. Les pays des BRICS sont d’accord pour accroître leur coopération en matière de « lutte contre le terrorisme » et de cybersécurité, affirme la Chine.

Les sanctions occidentales contre Moscou ont relancé le débat sur le rôle du dollar dans les échanges internationaux. Un sujet qui intéresse doublement la Chine. Pékin tente, en effet, à la fois de promouvoir l’internationalisation prudente et progressive de sa monnaie, mais aussi de développer les mécanismes qui pourraient lui permettre de faire face aux sanctions occidentales en cas d’invasion de Taïwan.

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