L’expulsion de migrants vers le Rwanda pousse le prince Charles à prendre position,“déçu par cette politique”

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Le fils de la reine Elizabeth a dit en privé être « consterné » par le projet du gouvernement de renvoyer au Rwanda des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni.

ROYAUME-UNI – Une prise de position rare. Le prince Charles a jugé en privé “consternant” le projet du gouvernement britannique de renvoyer au Rwanda des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, a rapporté ce samedi 11 juin le quotidien The Times, à quelques jours de premiers départs prévus.

Une source a affirmé au journal avoir entendu plusieurs fois le prince de 73 ans exprimer en privé son opposition à cette politique destinée à dissuader les traversées illégales de la Manche par des migrants, toujours plus nombreuses.

L’héritier de la couronne britannique s’est dit particulièrement gêné par ce sujet, craignant que cela n’éclipse une réunion du Commonwealth qui se tiendra à partir du 20 juin au Rwanda, où il représentera sa mère la reine Elizabeth II.

Le prince Charles “déçu par cette politique”

“Il a dit qu’il était plus que déçu par cette politique”, a déclaré cette source anonyme. “Il a dit qu’il pensait que toute l’approche du gouvernement était épouvantable”, a-t-elle ajouté.

Un premier vol transportant une trentaine de demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni est prévu mardi, après l’échec vendredi du recours en justice d’associations de défense des réfugiés. 

Le juge de la Haute Cour de Londres Jonathan Swift, qui examinait l’affaire en urgence, a déclaré qu’il était “important dans l’intérêt public que la ministre de l’Intérieur puisse mettre en œuvre des décisions de contrôle de l’immigration”.

Le Premier ministre Boris Johnson s’est félicité de cette décision de justice, assurant que cette stratégie contribuerait ”à briser le modèle commercial de ces criminels impitoyables”.

Les plaignants, dont les associations Care4Calais et Detention Action, ont cependant interjeté appel, qui sera entendu lundi, à la veille des premiers départs prévus. Clarence House, qui gère la communication du prince Charles, n’a pas démenti ses propos mais insisté sur la neutralité politique de l’héritier du trône.

Officiellement, le prince Charles “reste neutre”

James Nichol, avocat et administrateur de l’association Care4Calais, a dénoncé une politique “brutale” visant “des gens qui viennent de pays déchirés par la guerre” et “sont déjà traumatisés”. Sonya Sceats, directrice générale de l’association Freedom From Torture, a également exprimé sa “déception”, mais souligné que le combat était “loin d’être terminé”.

“Nous ne commentons pas de supposées conversations privées anonymes avec le prince de Galles, sauf pour réaffirmer qu’il reste politiquement neutre. Les questions politiques sont des décisions pour le gouvernement”, a indiqué un porte-parole.

Bien que le prince Charles ait exprimé ses opinions sur différents sujets au cours de sa vie, ses interventions sur des questions prêtant à controverse se sont faites plus rares ces dernières années, à mesure qu’il se prépare à succéder à sa mère Elizabeth II, âgée de 96 ans. Dans une interview à la BBC en 2018, il avait promis de rester neutre une fois devenu roi.

En envoyant des demandeurs d’asile à plus de 6.000 kilomètres de Londres, ce qui rappelle la politique menée par l’Australie, le gouvernement compte dissuader les arrivées clandestines dans le pays, toujours plus nombreuses.

Une diversion pour Boris Johnson?

Depuis le début de l’année, plus de 10.000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse considérable par rapport aux années précédentes, déjà record.

L’évêque de Douvres, une des villes du sud-est de l’Angleterre où arrivent les migrants après avoir traversé la Manche, Rose Hudson-Wilkin, a exprimé sa “honte d’être britannique” et sa “colère”.

“Nous créons un système de réfugiés à deux niveaux.(…) Si vous avez l’air un peu différent, alors nous ne voulons pas de vous ici, vous allez au Rwanda. C’est mal”, a-t-elle déclaré à Times Radio. Ce projet est aussi vu par l’opposition travailliste comme une tentative de “diversion” face aux scandales politiques affaiblissant le Premier ministre Boris Johnson.

Le Rwanda, dirigé par Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, selon l’ONU, est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d’expression, les critiques et l’opposition politique. Boris Johnson avait lui décrit ce pays d’Afrique de l’Est comme l’un des “plus sûrs au monde, mondialement reconnu pour son bilan d’accueil et d’intégration des migrants”.

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Le vol britannique censé expulser des migrants vers le Rwanda annulé en dernière minute

Le Boeing 767 qui devait emmener les premiers migrants vers le Rwanda, depuis Amesbury en Angleterre, le 14 juin 2022.

C’est un revers humiliant pour le gouvernement britannique de Boris Johnson: malgré sa détermination à expulser des migrants vers le Rwanda pour dissuader les arrivées illégales au Royaume-Uni, le premier vol prévu ce mardi 14 juin dans la soirée a été annulé à la suite de recours de dernière minute.

Avec son projet d’envoyer des demandeurs d’asile arrivés clandestinement au Royaume-Uni dans ce pays d’Afrique de l’Est, à plus de 6000 km de Londres, le gouvernement prétend freiner les traversées illégales de la Manche, qui ne cessent d’augmenter malgré ses promesses répétées de contrôler l’immigration depuis le Brexit.

Ce projet critiqué par l’ONU est très populaire au sein de l’électorat conservateur, alors que Boris Johnson tente de restaurer son autorité après avoir échappé à un vote de défiance de son parti. 

Mais après des recours en justice, et une décision en urgence de la Cour européenne des droits de l’Homme, l’avion spécialement affrété pour des centaines de milliers d’euros est finalement resté au sol.

Un volte-face qui a “déçu” la ministre de l’Intérieur Priti Patel qui s’en est pris à la CEDH. “J’ai toujours dit que cette politique ne serait pas facile à appliquer et je suis déçue que les contestations judiciaires et les réclamations de dernière minute aient empêché le vol d’aujourd’hui de décoller”, a-t-elle déclaré ce mardi soir.

Un vol passé de 130 à 0 migrants

La ministre a jugé “très surprenant que la Cour européenne des droits de l’homme soit intervenue malgré des succès antérieurs répétés devant nos tribunaux nationaux”.

“On ne nous découragera pas de faire ce qu’il faut et de mettre en œuvre nos plans pour contrôler les frontières de notre pays”, a-t-elle cependant averti, ajoutant que l’équipe juridique du gouvernement “examine chaque décision prise sur ce vol et la préparation du prochain vol commence maintenant”.

À l’origine, les autorités comptaient expulser jusqu’à 130 migrants (Iraniens, Irakiens, Albanais ou Syriens) dans ce premier vol, un chiffre qui s’est réduit comme peau de chagrin à la suite de divers recours individuels.

Et dans un rebondissement de dernière minute, la CEDH a stoppé ce mardi soir l’expulsion d’un demandeur d’asile irakien, en prenant une mesure d’urgence provisoire. Une source de soulagement pour les associations de défense des droits des migrants qui jugent le projet du gouvernement cruel et inhumain.

La CEDH, basée à Strasbourg, a estimé que l’expulsion de l’Irakien devait être repoussée jusqu’à ce que la justice britannique ait examiné la légalité du projet de loi, ce qui est prévu en juillet. Il s’agit en particulier de s’assurer que les migrants puissent avoir accès à des procédures équitables au Rwanda et que le Rwanda soit considéré comme un pays sûr.

Au Rwanda, dirigé par le président Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994, qui a fait 800.000 morts selon l’ONU, le gouvernement est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d’expression, les critiques et l’opposition politique.

Revers cinglant pour le gouvernement de Boris Johnson

Des associations ou organisations de soutiens aux réfugiés se sont félicités de ce dénouement comme Refugee Council qui a fait part sur Twitter de son “immense soulagement”.

Revers cinglant pour le gouvernement de Boris Johnson

Des associations ou organisations de soutiens aux réfugiés se sont félicités de ce dénouement comme Refugee Council qui a fait part sur Twitter de son “immense soulagement”.

“Maintenant, nous devons nous préparer à résister à l’assaut total des conservateurs sur la CEDH qui est sûrement à venir”, a averti la Première ministre écossaise et cheffe des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon.

Selon le quotidien conservateur The Telegraph, le gouvernement britannique pourrait reconsidérer son adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme afin de pouvoir mettre en œuvre sa stratégie, malgré les critiques, de l’église anglicane jusqu’au prince Charles qui juge le projet “consternant”, selon le Times.

En attendant, pour le gouvernement le revers est cinglant. Les quotidiens Metro et The Mirror évoquent une “mascarade” tandis que le journal de gauche The Guardian souligne le “chaos” provoqué.

“Milliers de migrants”

À Calais, dans le nord de la France, d’où partent de nombreux migrants désireux de rejoindre l’Angleterre, des candidats au départ ne semblaient pas dissuadés de partir. Ainsi, Moussa, 21 ans, originaire du Darfour, a expliqué à l’AFP vouloir aller en Angleterre pour “obtenir des papiers” et pour l’anglais qu’il maîtrise déjà.

En vertu de son accord avec Kigali, Londres financera dans un premier temps le dispositif à hauteur de 120 millions de livres (140 millions d’euros). Le gouvernement rwandais a précisé qu’il proposerait aux migrants la possibilité “de s’installer de manière permanente”. 

Lors d’une conférence de presse à Kigali, la porte-parole du gouvernement Yolande Makolo a indiqué que le Rwanda serait “heureux” d’accueillir “des milliers de migrants”.

Avec ce projet, le gouvernement veut dissuader les traversées illégales de la Manche qui  provoquent régulièrement des tensions avec la France. Depuis le début de l’année, plus de 10.000 migrants ont traversé illégalement pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse par rapport aux années précédentes, déjà record. Plusieurs centaines sont arrivés ces derniers jours et mardi matin.

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