« M’Bahia Blé Kouadio a demandé au Général Coulibaly de se cacher dans l’avion, de telle sorte que le président Houphouët ne puisse pas le voir ».

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Traoré Moussa, le journaliste est à sa deuxième oeuvre

Le journaliste et écrivain, Traoré Moussa était l’invité d’André Boa sur Life Radio dans la rubrique « sans langue de bois ». Il y a présenté son livre « Général Abdoulaye Coulibaly, le parcours exceptionnel du pilote d’Houphouët-Boigny ». Voici cette interview bourrée d’anecdotes sur le premier président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny.

Comment arrive-t-on à écrire sur quelqu’un d’aussi discret que le Général Abdoulaye Coulibaly ?

Il faut dire que cette biographie n’a pas été écrite comme les autres. J’ai fait connaissance du Général Coulibaly en 2002. Il était dans le creux de la vague. Il était réfugié au domicile de l’ambassadeur du Nigeria à Abidjan. Son épouse cherchait des journalistes pour plaider son cas dans la presse. C’est dans cet esprit que nous nous sommes rencontrés. Lorsqu’il a recouvré la liberté, nous ne nous sommes plus jamais quittés.

Vous vous fréquentez. A quel moment et pourquoi décidez-vous d’écrire sur lui ?

Après trois années après notre rencontre, dans nos échanges, je me suis rendu compte que ce monsieur était une mine d’informations. Une mine de sagesse aussi. Je comprenais difficilement, comment quelqu’un qui a côtoyé les sommités du monde. Qui avait vu toute sorte d’argent pouvait rester aussi humble. C’est comme cela que je me suis dit son histoire méritait d’être racontée.

A son époque, les pilotes ivoiriens étaient rares. De surcroît être pilote du premier président de la Côte d’Ivoire. On raconte qu’Houphouët-Boigny n’aimait pas les avions. Comment est-il arrivé à le conduire? Ce n’était d’ailleurs pas prévu que ce soit lui qui se retrouve dans l’avion d’Houphouët-Boigny. Pouvez-vous nous raconter cette anecdote ?

C’est une histoire assez anecdotique. Il faut dire que le président Houphouët-Boigny n’avait pas confiance aux Africains pour piloter l’avion à cette époque-là. Parce qu’il avait très peur de cet engin. C’est donc de façon accidentelle que le Général Coulibaly, alors Lieutenant, s’est retrouvé dans la cabine de pilotage de l’avion du Vieux. Parce que l’un des pilotes blancs était malade. C’est donc le ministre de la défense, M’Bahia Blé Kouadio, sachant qu’il y avait un jeune pilote ivoirien qui venait fraichement de débarquer d’Europe, et qui savait piloter, a demandé au Général Coulibaly de venir se cacher dans l’avion. Il lui a dit de se placer de telle sorte que le président Houphouët ne puisse pas le voir. C’est comme cela le jeune lieutenant d’alors est monté en premier dans l’avion. Lorsqu’Houphouët est monté dans l’avion, il ne l’a pas vu. C’est seulement à la descente, comme à son accoutumée, il passe saluer les pilotes, qu’il aperçoit un jeune noir assis dans le cockpit. Il lui dit, mais toi qui t’as mis dans mon avion ? Le jeune pilote a été sanctionné. Autant que le ministre de la défense. 6 mois après, le président devait se rendre en Guinée, au pays de Sékou Touré. Or, Sékou Touré accusait Houphouët-Boigny d’avoir vendu son pays aux blancs. Donc Houphouët ne voulait pas partir au pays de Sékou Touré avec des blancs dans son avion. Il appelle le ministre de la défense pour lui demander si le jeune homme de la dernière fois pouvait piloter l’avion. Voilà comment tout part pour le jeune lieutenant devenu aujourd’hui le Général Aboulaye Coulibaly. Lorsque Sékou Touré est venu au bas de l’échelle de coupé, Houphouët lui a présenté le jeune noir qui venait de faire atterrir son avion. Or à cette époque, aucun Guinéen ne savait faire voler un avion. Depuis ce jour, le Général a gagné la confiance du président. Et pour le récompenser, à la fête nationale, c’est lui qui a été désigné pour piloter l’avion présidentiel.

Nos autorités, nos dirigeants ont du mal à témoigner pour l’histoire. Est-ce que ça été facile ou plutôt compliqué de faire témoigner le Général ?

C’était très compliqué. Ce livre n’a pas été écrit comme les biographies traditionnelles où la personne principale et l’écrivain se mettent en face dans un jeu de question-réponses. En 2002, quand je lui ai proposé d’écrire son livre, il m’a demandé de le trouver à Paris. Ce que j’ai fait. Quand il a parcouru le questionnaire que j’avais préparé, il a dit qu’il ne pouvait pas répondre à ces questions. Mais, il m’a donné le feu pour écrire ce que je ressentais. C’est un vrai disciple d’Houphouët. Pour eux, on n’écrit pas sur soi-même. Ce sont les autres qui doivent écrire. Il n’a pas contribué au livre. Depuis 2003, chaque fois que lui et moi parlions, au sport, en voyage, dans un avion ou dans un restaurant, lorsqu’il me lâche une confidence, je rentre chez moi et j’écris en 10 lignes. Quand j’ai pensé avoir suffisamment d’informations pour écrire un livre, j’ai débarqué chez lui. Je lui ai dit, Mon Général, j’ai écrit un livre sur vous. Il était surpris. Je lui ai demandé de le lire en premier avant que je ne publie. Il m’a demandé de le remettre à son épouse. C’est elle qui a corrigé. Pendant 6 mois, elle a enlevé beaucoup de confidences. Malgré cela, avant d’imprimer, je suis à nouveau venu demander au Général Coulibaly d’y jeter un coup d’œil. Il a dit non.

Pouvez-vous nous raconter une confidence qui aurait pu se retrouver dans ce bouquin, mais qui a été retirée ? 

Je lâche une en exclusivité pour vos auditeurs. Le Général Coulibaly et ses camarades, proches du président, avaient constaté qu’un monsieur rôdait autour de la femme du président. Ils n’aimaient pas ça. Ils ont donc cherché un marabout. Ils ont monté le coup avec lui. Le marabout l’appelle et lui promet de le rendre plus grand qu’Houphouët. Le gars a mordu à l’hameçon. Ils se sont donné rendez-vous dans un village où le marabout devait faire le travail. Une fois là-bas, le Général et ses camarades ont fait descendre un groupe de jeunes militaires pour le bastonner et lui interdire d’approcher la première dame. Houphouët-Boigny n’a jamais rien su.

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