Entre la France et l’Ukraine, l’incompréhensible « modération » de Macron

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Macron attaque ses adversaires sur leur positionnement pro-russe, mais il est objectivement plus favorable au maintien des relations avec le dirigeant russe que les dirigeants des pays anglo-saxons ou ceux d’Europe centrale.

Le comportement et le discours d’Emmanuel Macron vis-à-vis de Vladimir Poutine ne sont pas au goût des Ukrainiens et des pays les plus amicaux envers eux (comme la Pologne). Les nombreuses conversations téléphoniques entre le président français et son homologue russe et la volonté de Macron de ne pas humilier Poutine surprennent à l’étranger.

Macron est considéré comme un atlantiste par les Français, et pro-Poutine par les Ukrainiens. Des tensions ont d’ailleurs parfois éclaté comme le montrent les propos du Premier ministre polonais qui, début avril, taclait Macron en disant : « Personne n’a négocié avec Hitler. » Le 4 juin, les tensions ont été relancées par cette phrase de Macron : « Il ne faut pas humilier la Russie pour que le jour où les combats cesseront, nous puissions bâtir un chemin de sortie par les voies diplomatiques. » Un discours qui a provoqué des critiques de la part de l’Ukraine.

Une scène politique française favorable à une relation cordiale avec Poutine et la Russie

Mais, fait intéressant, Macron a reçu le soutien de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen sur ce sujet. C’est au final un consensus des principaux dirigeants de la classe politique française qui se dégage, et ce à la veille des élections législatives, dans une période où toutes les attaques sont utilisées contre l’adversaire.

Si pendant la présidentielle, et même encore actuellement, Macron attaque ses adversaires sur leur positionnement pro-russe, il est objectivement plus favorable au maintien des relations avec le dirigeant russe que les dirigeants des pays anglo-saxons (comme les États-Unis ou le Royaume-Uni) ou ceux d’Europe centrale (à l’exception du Hongrois Viktor Orban).

Cette posture française ne s’explique pas tant par l’attrait du modèle de Poutine que par une vision des relations internationales particulière.

La tradition gaulliste reste forte en France

Cette division entre les pays européens n’est en soi pas nouvelle. Le secrétaire à la Défense américaine Donald Rumsfeld parlait de « nouvelle Europe » pour désigner les pays d’Europe centrale beaucoup plus atlantistes que la vieille Europe composée principalement de l’Allemagne et la France. Une division qui a pris tout son sens avec la guerre en Irak et l’opposition à celle-ci menée par les dirigeants français, allemand et russe.

Cette division reste toujours présente comme le montrent les récents propos de l’ex-chancelière allemande Angela Merkel qui précise qu’il était dans l’intérêt de l’Allemagne de « trouver un modus vivendi avec la Russie afin de ne pas nous retrouver dans un état de guerre » mais « de pouvoir coexister malgré toutes nos différences ». Une approche qui n’est pas si différente de celle entendue en France.

Des facteurs historiques mais aussi économiques et géographiques expliquent les positionnements différents de ces deux groupes. La France n’a pas connu l’occupation de la Russie à travers les siècles et celle-ci était même une partenaire dans le grand jeu des puissances européennes. Un jeu qui a été souvent subi par l’Europe centrale.

Mais pour la France, c’est la doctrine d’inspiration gaulliste qui motive les dirigeants français. L’idée d’une Europe puissance qui soit indépendante des États-Unis reste prégnante. Certes, elle fait débat à Paris et un courant atlantiste a acquis de la force, surtout au niveau médiatique. Ce qui explique les hésitations d’Emmanuel Macron.

Par :

Alexandre Massaux

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