Edith Brou : « Quand on est bien organisé et structuré, on peut vivre à 90% de son statut d’influenceur comme je le fais »

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Figurant parmi les 100 femmes les plus influentes d’Afrique, selon un classement établi en 2019 par le magazine Forbes, Edith Brou fait partie des têtes d’affiches du digital sur le continent. Considérée comme la plus grande influenceuse d’Afrique francophone, elle a accepté de revenir, pour l’Agence Ecofin, sur son parcours et sur l’état actuel du marché africain d’influence.

Agence Ecofin : Au début de votre carrière, les médias ne savaient pas réellement dans quelle catégorie vous classer. Aujourd’hui comment vous décririez-vous vos propres mots ?

Edith Brou : Je me définirais comme une créatrice de contenus web, en plus de ma casquette de chroniqueuse TV et animatrice radio.

AE : Vous êtes aujourd’hui considérée comme l’une des influenceuses les plus importantes d’Afrique francophone. Comment avez-vous construit ce qu’on peut aujourd’hui appeler la marque Edith Brou ?

EB : Je n’ai pas cherché à être influenceuse. Cela s’est fait malgré moi au fil des années. Ma passion pour la promotion des bons usages des nouvelles technologies, ma disponibilité pour ma communauté, ma passion pour une jeunesse africaine et féminine plus consciente et confiante et mon activisme social auprès de mes concitoyens en difficulté ont dû certainement peser dans la balance à un moment donné de mon parcours. Je pense que c’est à partir de mars 2017 que je m’en suis rendu compte lors de la 1ère édition des Adicomdays à Paris.  Une liste de 53 influenceurs africains cités spontanément auprès des agences avait été dévoilée. Et j’en faisais partie. C’est une étude réalisée par l’agence française BVA Limelight. A partir de là, j’ai pris conscience de ma réelle influence et j’ai commencé à véritablement me structurer comme une marque avec un personal branding bien pensé et une vision pour les 10 prochaines années. Tout ce que je pose comme acte sur les réseaux sociaux fait partie de ma stratégie. Pareil pour la plupart de mes actions dans la vie réelle.

 En 2009, Edith Brou co-fonde avec des amis l’ONG Akendewa, une association à but non lucratif qui mène des actions sociales grâce aux technologies. Deux ans plus tard, elle participe à la création d’Ayana, le premier webzine féminin de Côte d’Ivoire. En 2015, Edith Brou dirige l’Association des blogueurs de Côte d’Ivoire. Elle reste à ce jour l’une des principales figures africaines de la communication digitale.

Est-ce que ce choix de carrière était pensé ou l’activité d’influenceuse s’est-elle juste imposée à vous ?

Je me voyais plutôt à la tête d’un grand média. Mais, en général j’aime aller où les gens ne vont pas. Entre 2004 et 2005, quand je suis sortie de la fac, j’étais en stage dans l’entreprise de ma grande-sœur qui fait de la production audiovisuelle, mon premier amour. Durant mes heures de pause, je parcourais les blogs sur internet et c’est comme cela que j’ai découvert tout cet univers du marketing d’influence. C’était intéressant et innovant et moi j’aime aller là où c’est innovant. J’aime me positionner sur des domaines où personne ne se trouve encore. Je me dis dans 5 ou 10 ans, ce sera la ruée vers l’or, autant être là au début et être pionnier. C’est ce qui m’attire maintenant vers tout ce qui est crypto, blockchain et NFT et c’est ce qui m’avait attiré vers le marketing d’influence.

En 2012, j’ai dirigé l’implantation de la filiale ivoirienne de l’agence de communication People Input. Notre premier client, c’était Orange Côte d’Ivoire et à l’époque ils n’avaient pas de page Facebook. Ils nous ont fait confiance. Avec les autres clients, une entreprise de cette taille, une telle référence, ça a servi. Opérateurs télécoms, banques, géants de l’agroalimentaire… les clients ont suivi naturellement. Peut-être que le fait d’avoir quelqu’un comme moi qui est active sur les réseaux sociaux, avec une communauté qui la suit, a eu un impact.

De votre point de vue, qu’est-ce qu’un influenceur ?

Un influenceur, c’est un personnage qui a les attentions d’une communauté de personnes qui l’admirent et apprécient ses contenus et ses actions. Une communauté qui se fie également à ses goûts et à ses recommandations.

Alors pouvez-vous dire en vous basant sur votre expérience que le métier d’influenceur est viable en Afrique francophone ?

Oui, quand on est bien organisé et structuré, on peut vivre à 90% de son statut d’influenceur comme je le fais. Je pense qu’avec les différents bouleversements que notre monde vit depuis ces 10 dernières années et le besoin de liberté et de bien-être de la génération des millennials et de la génération Z, le métier de créateurs de contenus web permettra à de nombreuses personnes de devenir rapidement autonomes financièrement.

 On voit souvent de nombreuses études sur le métier sur d’autres territoires, mais en Afrique, surtout francophone, c’est assez compliqué de mesurer la valeur du marché. Pourquoi selon vous ?

Il faudrait tout simplement que les agences de communication digitale fassent leur travail en collectant ces données auprès des influenceurs avec lesquels elles travaillent. Pour se lancer réellement, le secteur a besoin de plus de données et de structuration.

 On peut donc dire que le marketing d’influence est encore embryonnaire en Afrique francophone ?

Non absolument pas. Le marketing d’influence fait partie désormais des actions prioritaires des entreprises B to C et même B to B.

On voit de plus en plus de réseaux sociaux essayer de sortir de la dictature du like. Qu’est-ce que cela pourrait changer au niveau du marketing d’influence que, par exemple, Instagram arrête d’afficher le nombre de likes ?

Cela permettrait aux marques et aux influenceurs de se concentrer uniquement sur la portée et la qualité de l’engagement.

Propos recueillis par Servan Ahougnon (Agence Ecofin)

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