Pétrole : l’Opep ouvre les vannes tout en préservant son alliance avec la Russie

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Le cartel de pays exportateurs va augmenter sa production plus vite que prévu. Cela ne compensera qu’en partie le recul des exportations russes. L’Arabie saoudite répond ainsi à la pression des Etats-Unis, tout en consolidant son alliance pétrolière avec Moscou.

L’Opep accepte de relâcher un peu de pression, alors que les cours du pétrole sont toujours au sommet. Mais pas assez pour faire baisser durablement les prix. Le cartel de pays exportateurs de brut, allié depuis cinq ans à dix autres Etats emmenés par la Russie, va augmenter sa production de 650.000 barils par jour en juillet, et encore du même montant en août.

C’est nettement plus que la hausse de 430.000 par mois qui était prévue dans leur accord jusqu’à présent. L’annonce est intervenue jeudi après-midi, à l’issue d’une courte réunion par visioconférence des 23 pays alliés qui représentent, ensemble, plus de la moitié de l’offre mondiale de pétrole.

La puissance de l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite, leader de facto de l’Opep, réussit ainsi l’exploit de contenter à la fois les Etats-Unis et la Russie. Une gageure dans le contexte actuel, qui démontre une nouvelle fois la puissance du royaume wahhabite sur les marchés pétroliers.

Washington, le G7 et l’ensemble des grands pays consommateurs de brut appelaient l’Opep à ouvrir les vannes depuis plusieurs mois, afin de limiter la flambée des cours de l’or noir qui menace l’économie mondiale . La décision de ce jeudi va dans leur sens. La Maison-Blanche a immédiatement « salué » l’annonce dans un communiqué, insistant sur « le rôle de l’Arabie saoudite » pour obtenir un consensus des 23 pays producteurs.

« Riyad gagne du terrain diplomatique auprès de Washington, qui fait beaucoup d’efforts de son côté pour améliorer ses relations avec Riyad », décrypte Ann-Louise Hittle, analyste chez Wood Mackenzie.

Embargo sur la Russie

A première vue, la décision semble négative pour Moscou. Avec l’embargo européen et américain sur le pétrole, la Russie est forcée de réduire sa production. Elle pompe actuellement quelque 10 millions de barils par jour, un million de moins que ce qu’elle est autorisée à produire dans le cadre de son accord avec l’Opep.

Elle ne pourra pas bénéficier de l’augmentation des volumes programmée pour les prochains mois, qui profitera majoritairement aux trois pays qui ont encore des capacités inutilisées : Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Irak.

Une échéance inévitable

Mais ce que la Russie perd en volume, elle peut espérer le récupérer en partie sur les prix. « L’accord annoncé jeudi n’est pas si important qu’il en a l’air, décrypte Ehsan Khoman, analyste de la banque MUFG à Abu Dhabi. Il ne fait qu’avancer de quelques mois une échéance inévitable, le moment où l’Opep et ses alliés atteindront le maximum de ce qu’ils peuvent produire ».

Cet expert évalue les capacités de production inutilisées de l’alliance à quelque 3 millions de barils par jour. Or la production russe pourrait chuter d’autant d’ici à cet été, prévoit l’Agence internationale de l’énergie. En plus de la Russie, certains pays de l’Opep ne parviennent pas à produire autant qu’ils le pourraient. C’est le cas en particulier du Nigeria et de l’Angola.

Dans le même temps, la demande repart de l’avant : reprise des déplacements après la crise sanitaire, allègement des confinements en Chine , début de la « driving season » (les vacances générant une forte utilisation des moyens de transport) aux Etats-Unis, etc.

Le brent à 141 dollars cet été ?

L’une des solutions serait une augmentation de la production de pétrole de schiste américaine. « Elle progresse, mais pas assez pour avoir un impact significatif sur les équilibres du marché mondial avant l’année prochaine », reprend Ehsan Khoman.

Offre au taquet, demande en hausse… Tous les ingrédients sont réunis pour que les cours restent élevés. Le baril de brent progressait de plus de 1 % jeudi peu après l’annonce du cartel, à 117 dollars. MUFG prévoit un baril de brent à 141 dollars en moyenne cet été, 20 % plus cher que les cours actuels qui ont déjà bondi de 50 % depuis le début de l’année.

Une alliance cruciale pour Moscou

De quoi limiter les pertes de la Russie, même si le pays est contraint de pratiquer de gros rabais pour écouler son brut depuis le début de la guerre.

« L’accord annoncé ce jeudi n’est pas forcément bon pour la Russie mais il est acceptable, résume Ann-Louise Hittle. Il permet de rester dans le cadre fixé par l’alliance. Or le maintien de l’alliance avec l’Arabie saoudite est crucial pour Moscou. Elle est pétrolière, mais aussi diplomatique et militaire. »

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