Trois jours après la tuerie d’Uvalde, la NRA « célèbre » les armes à feu au Texas

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Malgré des appels à annuler l’événement, la National Rifle Association (NRA) est restée déterminée à tenir son assemblée annuelle au Texas ce week-end, quelques jours à peine après la fusillade qui a fauché la vie de 21 personnes, dont 19 enfants, dans une école primaire de cet État.

Quelque 55 000 membres vont se réunir à Houston de vendredi à dimanche pour célébrer la liberté, les armes à feu et le deuxième amendement!, selon la description présentée sur le site de la NRANational Rifle Association.

Le puissant lobby des armes a déclaré que l’événement permettrait de se pencher sur la fusillade, rejetant toutefois toute mesure visant à mieux encadrer l’utilisation des armes à feu.

Bien qu’une enquête soit en cours et que les faits émergent encore, nous reconnaissons qu’il s’agit de l’acte d’un criminel isolé et détraqué, a soutenu l’organisation dans un communiqué.

« En nous réunissant à Houston, nous réfléchirons à ces événements, nous prierons pour les victimes, nous rendrons hommage à nos membres patriotes et nous nous engagerons à redoubler notre engagement à sécuriser nos écoles. »— Une citation de  Extrait d’un communiqué de la NRANational Rifle Association

Plusieurs élus républicains, qui sont de farouches opposants au contrôle des armes à feu et d’importants bénéficiaires des contributions de la NRANational Rifle Association, participeront aux activités, dont le sénateur de cet État, Ted Cruz.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, devait être de la partie lui aussi, mais son bureau a cependant annoncé tard jeudi soir un changement de programme, indiquant qu’il retournerait plutôt à Uvalde et préenregistrerait son allocution.

L’autre étoile de la conférence, l’ex-président Donald Trump, qui doit prendre la parole vendredi, a confirmé sa présence au lendemain de la fusillade.

L’Amérique a besoin de vraies solutions et d’un vrai leadership en ce moment, pas de politiciens et de partisanerie, a-t-il écrit mercredi sur son réseau social, Truth Social.

C’est pourquoi je respecterai mon engagement […] de prendre la parole au Texas à l’assemblée de la NRANational Rifle AssociationNational Rifle Association et de prononcer un discours important à l’adresse de l’Amérique.

D’autres élus républicains, comme le sénateur John Cornyn et le représentant Dan Crenshaw, ont de leur côté fait marche arrière, invoquant cependant des raisons n’étant pas liées à la fusillade.

Pas d’armes pendant le discours de Trump

Une affiche montrant Donald Trump

L’ex-président Donald Trump prendra la parole samedi.

PHOTO : REUTERS / SHANNON STAPLETON

Fait à noter, les participants à l’assemblée pourront porter des armes à feu sur les lieux de l’événement, sauf lors du forum sur le leadership auquel participe Donald Trump.

Les services secrets américains prendront le contrôle de la salle de l’assemblée générale et mettront en place des magnétomètres avant l’entrée, indique la NRANational Rifle Association sur son site web, précisant que les participants et leurs biens feront l’objet d’une fouille. Les sacs à dos, les munitions, les couteaux, les drones, les parapluies et une panoplie d’autres objets seront aussi interdits.

Le fabricant d’armes Daniel Defense, qui produit le fusil d’assaut utilisé par l’auteur de la fusillade de mardi, a par ailleurs annoncé qu’il renonçait à être présent ce week-end.

Daniel Defense n’assistera pas au rassemblement de la National Rifle Association (NRA) en raison de l’horrible tragédie à Uvalde, au Texas, où l’un de nos produits a été détourné de son usage de façon criminelle, a affirmé un porte-parole de l’entreprise dans une déclaration fournie à l’AFPAgence France-Presse.

« Nous pensons qu’il n’est pas approprié de faire la promotion cette semaine de nos produits au Texas lors du rassemblement de la NRANational rifle associationNational rifle association. »— Une citation de  Daniel Defense, le fabricant de l’arme utilisée par le tireur de la fusillade d’Uvalde

Certains artistes ont en outre décidé d’annuler leurs performances musicales qui étaient au menu de la conférence. Le chanteur Don McLean, connu notamment pour sa chanson American Pie, a par exemple expliqué que sa présence serait dans les circonstances irrespectueuse et douloureuse pour [lui].

Plaidoyers contre l’événement et manifestations au menu

Dans la foulée du massacre de mardi, plusieurs élus et militants ont en vain appelé les autorités à annuler la conférence ou interpellé directement la NRANational Rifle Association.

Un représentant démocrate du Texas à Washington, Marc Veasey, qui précise posséder une arme, a écrit aux organisateurs pour qu’ils renoncent à tenir leur réunion dans cet État par respect pour les familles des victimes.

« Plusieurs personnes, dont je suis, pensent à juste titre que votre organisation porte une grande part de responsabilité pour le carnage et la tragédie que les tueries de masse qui continuent d’affliger l’Amérique. […] Alors, s’il vous plaît, tenez-vous loin du Texas ce week-end. »— Une citation de  Marc Veasey, représentant fédéral du 35e district du Texas

Gouverneur Abbott, si vous avez un peu de décence, vous allez immédiatement vous retirer de l’assemblée de la NRANational rifle associationNational rifle association de ce week-end et l’exhorter à la tenir ailleurs qu’au Texas, a pour sa part tweeté l’ex-représentant Beto O’Rourke, le candidat démocrate qui l’affrontera aux urnes en novembre. Mercredi, le politicien qui prône un contrôle des armes à feu a interrompu la conférence de presse de son adversaire pour lui reprocher son inaction.

D’autres personnes ont plutôt fait pression sur la Ville de Houston. Le maire Sylvester Turner, un démocrate, a cependant soutenu que la municipalité ne pouvait pas bloquer la tenue de l’événement en raison des poursuites qui seraient vraisemblablement lancées.

Le groupe ParentsTogether, qui dit avoir recueilli plus de 200 000 signatures en 24 heures en faveur de sa requête, a pour sa part demandé à l’administration locale qui possède le centre des congrès de Houston d’annuler l’événement.

Devant l’échec de ces initiatives, plusieurs groupes, dont Black Lives Matter Houston, ont exprimé leur intention de manifester contre la tenue de l’événement.

C’est aussi le cas du Parti démocrate du comté de Harris, le comté le plus peuplé du Texas, à majorité démocrate, des dirigeants des deux principaux syndicats d’enseignement du pays et de survivants de fusillades.

Le débat entourant les armes à feu encore relancé

Le président des États-Unis Joe Biden, devant un micro

« Nous devons agir. Ne me dites pas que nous ne pouvons pas avoir un impact pour empêcher de tels carnages », a lancé le président Joe Biden, quelques heures après la fusillade dans l’école primaire d’Uvalde.

PHOTO : GETTY IMAGES / ANNA MONEYMAKER

La tuerie de mardi a relancé le vain débat sur le contrôle des armes à feu, montrant une fois de plus la fracture idéologique entre les camps démocrate et républicain.

Au cours des derniers jours, le président Joe Biden a appelé les élus à « affronter le lobby des armes », estimant par la suite que le second amendement n’était « pas absolu ».

Les républicains, qui ont bloqué à plusieurs reprises des projets de loi resserrant le contrôle des armes à feu, ont cependant de nouveau défendu le deuxième amendement.

Selon The Guardian, les activités de lobbying de la NRANational Rifle Association auprès d’élus, très majoritairement des républicains, afin qu’ils s’opposent à des mesures encadrant l’utilisation des armes à feu, comme la vérification plus fouillée des antécédents des acheteurs potentiels et l’interdiction d’armes d’assaut puissantes, ont atteint l’an dernier près de 5 millions de dollars américains.

Au cours des campagnes présidentielles de 2016 et 2020, la NRANational Rifle Association a en outre acheté pour près de 48 millions de dollars américains en publicités afin de soutenir le candidat républicain contre ses rivaux démocrates, selon le groupe de recherche OpenSecrets, cité par The Hill.

La majorité des Américains sont en faveur d’un plus grand contrôle des armes à feu, particulièrement la vérification des antécédents, qui obtient l’appui le plus important.

Un sondage Morning Consult mené mercredi pour le site Politico indique que 73 % des Américains soutiennent fortement cette mesure et 15 % de plus affichent au moins un appui modéré.

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