L’entreprise Glencore plaide coupable de corruption en Afrique

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Le géant minier plaide coupable de corruption et de manipulation de marchés et s’engage à verser d’importantes pénalités. Un pas dans la bonne direction ?

La note est salée : 700 millions de dollars pour fraude et corruption, 485 millions pour manipulation des prix de divers contrats échangés sur les marchés pétroliers – ça c’est pour l’accord passé avec les autorités des Etats-Unis – 40 millions de dollars doivent par ailleurs être versés aux autorités brésiliennes pour des cas de corruption. Et puis le Royaume-Uni devrait également toucher une somme conséquente, la décision sur le montant exact des indemnités est attendue pour la fin juin.

Glencore a donc préféré sortir le carnet de chèque plutôt que d’affronter la justice qui lui reproche de s’être enrichi illégalement dans de nombreux pays, notamment africains« Nous estimons que ce type d’arrangement ne devrait être de mise que si les autorités estiment que Glencore est vraiment prêt à effectuer des réformes pour s’assurer que ce type d’actes ne se reproduisent plus », estime Samuel Kaninda « À défaut d’avoir cette assurance, l’option de poursuites judiciaires serait la meilleure », précise le conseiller régional Afrique pour Transparency International.

Nouveau départ ?

Pour Gary Nagle, directeur général de Glencore depuis juillet dernier, ces arrangements sont aussi l’occasion de redorer le blason d’une entreprise secouée par plusieurs années de déboires judiciaires.

Au début de cette année, il avait d’ailleurs indiqué avoir mis de côté 1,5 milliard de dollars pour pouvoir régler ces affaires.

« Pour un groupe qui pèse 204 milliards de dollars, a fait neuf milliards de bénéfices et distribué quatre à ses actionnaires », l’ardoise est donc toute relative tempère Adrià Budry Carbó, enquêteur matières premières et finances chez Public Eye. « Il est aussi significatif que Glencore n’ait pas eu un seul mot d’excuse pour les populations civiles qui sont celles qui payent le manque à gagner de leur trame corruptive, que ce soit en Afrique ou en Amérique latine », poursuit-il. 

La justice congolaise impuissante

En République démocratique du Congo, le nom de Glencore est indissociable de celui de Dan Gertler, un homme d’affaire israélien, proche de l’ancien président Joseph Kabila et sanctionné par les Etats-Unis qui le soupçonnent de corruption en RDC.

Considéré comme un minerai stratégique et non-renouvelable, le cobalt est indispensable à la fabrication de batteries, notamment pour les voitures électriques

Dan Gertler a servi d’intermédiaire à Glencore qui a ainsi pu mettre la main, dans les années 2000, sur des mines dans la région du Katanga pour un prix dérisoire.

Entretemps, Joseph Kabila est parti. Mais selon Jean Claude Mputu, directeur adjoint de l’ONG Resource Matters, son successeur, Félix Tshisekedi, n’a pas rompu avec les mauvaises pratiques : « Les autorités congolaises elles-mêmes ont signé un accord avec Gertler qui l’exonère de toute poursuite. On se rend compte que la RDC, plutôt que d’initier elle-même ses propres enquêtes, ne fait rien. Cette démission presque volontaire du gouvernement congolais dans les affaires de corruption qui touchent ses citoyens est quelque chose d’incompréhensible. »

Si les poursuites engagées par les Etats-Unis, le Brésil et le Royaume Uni à l’encontre de Glencore sont désormais closes, d’autres enquêtes contre le groupe sont encore en cours en Suisse et aux Pays-Bas.

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