A Uvalde, au Texas, le récit d’un massacre américain tristement classique

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Le drame qui a fait 21 morts, dont 19 enfants, mardi, au Texas, s’est déroulé selon le scénario habituel des fusillades de masse aux Etats-Unis : un jeune tireur au parcours chaotique, sa radicalisation sur les réseaux sociaux et un accès extrêmement facile aux armes à feu.

Il faut avoir haï son enfance pour s’attaquer à une école primaire armé d’un fusil d’assaut. A quelques jours d’une cérémonie de remise de diplômes à laquelle il n’allait pas participer, Salvador Ramos, 18 ans, a fait exploser la vie de 19 enfants de 9 à 11 ans, a ruiné celle de leurs familles, de sa grand-mère, et perdu la sienne. Il rejoint la liste des jeunes en rupture de société, tueurs de masse avant même d’avoir 20 ans. En 1999, la fusillade de Columbine (Colorado) avait fait 13 morts : le pays s’était trouvé en état de choc pendant des semaines. Treize morts, c’est huit de moins qu’à Uvalde.

Devant l’école Robb Elementary, à la sortie d’Uvalde, le signe « Bienvenidos » est recouvert par les fleurs et les ballons. Les habitants viennent en famille déposer qui un bouquet, qui un ours en peluche. Sur GoFundMe, le fonds de soutien aux familles ne cesse de gonfler, comme le cœur des parents. Quelques heures après le massacre, mardi 24 mai, on leur a demandé des échantillons ADN. Les corps de certains enfants, pulvérisés par les balles, sont méconnaissables.

C’est la saison des graduations, les cérémonies de fin d’études, une grande affaire dans une localité où « tout le monde connaît tout le monde ». La veille de la tuerie, les élèves de terminale étaient venus saluer les petits à l’école primaire, vêtus de leurs toges de diplômé, une tradition dans le comté. Le matin, Xavier Lopez, 10 ans, et Jose Flores, même âge, avaient posé pour des photos – leurs dernières – avec leurs tableaux d’honneur. L’éducation est un sujet important pour les minorités, chez les Hispaniques en particulier. Un diplôme de lycée, c’est l’espoir d’accéder au rêve américain. Salvador Ramos avait séché trop de cours pour pouvoir prétendre aux récompenses de fin d’année.

« C’est le moment de mourir »

Uvalde compte 15 000 habitants, à 78 % latinos. Le vieux centre est fait de maisons de bois, sans étage, recouvertes de croix, de messages de bienvenue, de couleurs et de fleurs. A 85 kilomètres de la frontière mexicaine, l’immigration est ancienne (10 % seulement des résidents sont nés à l’étranger), et tout le monde est bilingue. « Une communauté de foi, de cols bleus et d’ouvriers agricoles », résume l’un des commissaires du comté, Ronald Garza. Et plutôt prospère, si on en juge par le nombre de tracteurs rutilants exposés par les concessionnaires à l’entrée de la ville.

L’économie d’Uvalde a aussi profité du renforcement de la sécurité à la frontière, dont le premier checkpoint se trouve à 7 km. Mardi, c’est d’ailleurs la police des frontières que la police locale a appelée à la rescousse pour neutraliser Salvador Ramos, qui s’était barricadé dans une classe. Le tueur a pu rester sur place pendant plus d’une heure sans être stoppé. Une éternité pour les parents qui avaient commencé à se rassembler à l’extérieur de l’établissement, empêchés d’y entrer par des policiers qui, au lieu de se ruer sur l’assassin, ont brutalisé les pères qui voulaient donner l’assaut. Une mère a confié au Wall Street Journal qu’elle avait été menottée, mais qu’elle avait réussi à se dégager, à sauter par-dessus la clôture et à aller chercher ses enfants.

Un mémorial de fortune devant le tribunal du comté d’Uvalde, à Uvalde, au Texas, le 26 mai 2022. CHANDAN KHANNA / AFP

Selon le déroulé des faits, annoncé jeudi par le directeur de la sécurité publique du Texas, Salvador Ramos est arrivé à l’école à 11 h 40. Le garde – apparemment non armé – qui surveillait l’entrée n’a pas pu l’arrêter. L’assaillant a réussi à pénétrer dans les locaux par une porte arrière, qui n’était pas verrouillée, contrairement aux consignes de sécurité. En entrant dans une classe, il a prévenu d’entrée, selon un enfant qui a survécu, caché sous une table recouverte d’une nappe : « C’est le moment de mourir. » Les 21 victimes – 19 enfants et les deux institutrices – ont été abattues dans la même classe. Il n’a été neutralisé qu’à 13 h 06.

Un premier fusil d’assaut pour ses 18 ans

Dans ce district scolaire où 89 % des enfants sont latinos, le shooting d’Uvalde ne dépare pas du scénario américain devenu classique : jeune en déshérence dans une famille dysfonctionnelle, père absent, ego radicalisé par l’aura qu’il trouve dans les réseaux sociaux, à l’opposé de l’image que lui renvoie sa communauté. Salvador Ramos était affligé d’un bégaiement qui lui avait valu d’être harcelé par ses camarades. Ceux-ci se moquaient aussi de sa timidité, de la situation de sa famille. Selon le Washington Post, il lui était arrivé de se taillader le visage.

Quand son meilleur copain, Stephen Garcia, a quitté la ville, il s’est renfermé. Il s’est mis à ne porter que du noir, des bottes de l’armée et des cheveux longs, lui qui les avait si courts que son diminutif était « pelon » (« chauve » en espagnol). Depuis quelques mois, il avait laissé tomber ses études et pris un petit boulot dans un fast-food sur Main Street.

Avec sa mère, Adriana Martinez, les relations étaient tendues. Les voisins étaient témoins des disputes et la police s’était déplacée. La maman traversait une « période difficile », selon le facteur qui livrait le courrier jeudi dans son quartier. Il y a deux mois, le fils était allé s’installer à l’autre bout de la ville, chez sa grand-mère.

Le 16 mai, Salvador Ramos a fêté son 18anniversaire. Le lendemain, il a acheté son premier fusil d’assaut AR-15. Cela en toute légalité : depuis 2021, l’Assemblée du Texas a abaissé à 18 ans l’âge légal pour se procurer une arme. Le 18 mai, il a acheté des munitions. Le 20 mai, un deuxième fusil, dans le même magasin d’équipements de sport. Une semaine avant la cérémonie de graduation au stade Honey Bowl, il a posté les photos de ses acquisitions sur les réseaux sociaux.

300 cartouches

Le matin du 24 mai, il a échangé des messages privés sur Facebook avec une jeune Allemande avec laquelle il avait commencé à converser en ligne récemment. CNN s’est procuré le texte. A 11 h 06, Salvador lui déclare que sa grand-mère l’irrite avec ses récriminations à propos de sa note de téléphone.

« – Je vais lui faire quelque chose “rn” [« right now », « tout de suite »], écrit-il dans le style télégraphique des textos. Elle est au téléphone avec AT&T à propos de mon téléphone. C’est énervant.

L’interlocutrice a à peine le temps d’interroger :

– Quoi ?

Le message suivant, toujours dans le même style télégraphique, est terrifiant :

– Je viens de tirer une balle dans la tête de ma grand-mère.

Ligne suivante :

– Je vais aller tirer sur une école primaire, tout de suite. »

Selon le compte rendu du gouverneur du Texas, Greg Abbott, Ramos s’est emparé du pick-up de la grand-mère (grièvement blessée, celle-ci, âgée de 66 ans, a réussi à appeler les urgences). Lui qui n’a pas de permis de conduire s’est échoué dans un fossé d’écoulement des eaux, en face de l’école. Il a laissé un fusil dans la voiture et s’est dirigé vers l’école avec l’autre et quelque 300 cartouches pour commettre le troisième massacre scolaire le plus meurtrier de l’histoire du pays.

Le drame d’Uvalde fera-t-il bouger les lignes sur le contrôle des armes à feu ? Certains veulent le croire, compte tenu de l’augmentation de plus en plus insupportable du nombre des fusillades scolaires : 52 en 2019, 73 en 2021, 38, déjà, cette année (plus de 500 au total depuis 2008). D’autres notent que, après la fusillade de Columbine, la National Rifle Association (NRA) avait suspendu son congrès, prévu dix jours plus tard. Cette fois, le lobby des armes a décidé de maintenir la conférence – où l’ancien président Donald Trump est attendu pour l’ouverture, vendredi – malgré les appels du maire de Houston, le démocrate Sylvester Turner, à la reporter ne serait-ce que d’une semaine, le temps que les parents aient enterré leurs morts. La crispation est telle sur les armes, « le fétichisme », selon l’expression de l’historien Jon Meacham, qu’une mesure de retenue aurait l’air d’une concession à l’ennemi.

Un agent des forces de l’ordre patrouille autour de l’école Robb Elementary, à Uvalde (Texas), le 26 mai 2022. BRANDON BELL / AFP

Mais Uvalde est l’archétype d’un shooting qu’une législation différente aurait pu éviter : dans le Vermont, où l’âge légal a été porté à 21 ans, entre autres mesures, le nombre de morts par arme à feu a diminué de 27 % en un an. Et ce ne serait pas la première fois qu’Uvalde tracerait le chemin. Dans les années 1970, la localité avait été à l’avant-poste de la lutte des Chicanos contre la discrimination dans l’éducation publique. Jeudi, le chef de file républicain au Sénat, Mitch McConnell, qui bloquait jusque-là toute réforme, a offert une légère ouverture : il s’est déclaré prêt à travailler avec les démocrates à une mesure qui serait « directement liée » aux circonstances du massacre d’Uvalde.

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