A Accra, la BAD trace les contours d’un développement « juste » de l’Afrique

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Après deux années difficiles impactées par la pandémie de Covid-19, le continent fait face au bouleversement de ses chaînes d’approvisionnement alimentaire, suite à la guerre en Ukraine, le tout dans un contexte d’urgence climatique. Un cocktail au goût amer que la BAD et ses partenaires entendent contribuer à épurer. C’est l’objet des 57es Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), placées sous le thème « Favoriser la résilience climatique et une transition énergétique juste pour l’Afrique, en cours du 23 au 27 mai à Accra, au Ghana.

« L’Afrique ne peut pas se permettre d’être pauvre dans le monde durable. Face à la vulnérabilité de nos économies et de nos populations, il nous faut agir », a déclaré Akniwumi Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) à l’ouverture officielle, mardi, de la 57e édition des Assemblées annuelles de l’institution qui se tiennent du 23 au 27 mai à Accra, au Ghana, sous le thème : « Favoriser la résilience climatique et une transition énergétique juste pour l’Afrique ».

Le leader nigérian s’exprimait ainsi aux côtés du président ghanéen Nana Akufo-Addo, la présidente de Tanzanie Samia Suluhu Hassan, le président du Mozambique Filipe Nyusi, le vice-président de Côte d’Ivoire Tiémoko Meyliet Koné représentant Alassane Ouattara et le Premier ministre du Rwanda Édouard Ngirente représentant Paul Kagamé.

Produire plus, transformer plus… 1,5 milliard de dollars débloqués en urgence

Après deux années économiquement difficiles suite à la pandémie de Covid-19, le continent voit son approvisionnement alimentaire bousculé par la guerre en Ukraine, le tout dans un contexte d’urgence climatique : sècheresse, cyclones … Un cocktail au goût amer que la BAD entend contribuer à épurer en s’appuyant notamment sur ses différentes initiatives comme le programme d’accélération de l’adaptation de l’Afrique porté conjointement avec le Centre mondial sur l’adaptation et doté de 25 milliards de dollars. Un axe sur lequel les experts s’accordent est bien celui du développement agricole.

Avec environ 4% d’émissions de gaz à effet de serre (GES), le continent africain reste le plus faible émetteur au monde. Mais, les pertes résultant des changements climatiques s’établiraient entre 7 et 15 milliards de dollars par an. D’ici 2030, ces chiffres pourraient atteindre les 40 milliards de dollars, selon les données de la Banque. Alors que 2,4 milliards d’Africains peupleront le continent d’ici 2050, le défi alimentaire au gré des changements climatiques et des tensions géopolitiques, s’accentue pour l’Afrique. Au niveau de la BAD, la stratégie Nourrir l’Afrique sert à soutenir les pays pour leur permettre de devenir à termes autosuffisants sur plusieurs productions clés. Le Technologies for african agricultural transformation (TAAT) en est un programme clé et permet notamment de fournir aux pays des semences résistantes aux effets variants du climat.

Vendredi 20 mai, le Conseil des gouverneurs de la Banque en a rajouté une couche en approuvant la Facilité africaine de production alimentaire d’urgence de 1,5 milliard de dollars pour non seulement renforcer les efforts consentis jusqu’ici dans le cadre de cette stratégie alimentaire, mais aussi, et surtout amortir les effets de la crise russo-ukrainienne sur l’approvisionnement alimentaire en Afrique. « Nous étions le continent sans espoir en décembre 2020 et aujourd’hui, on parle de nous comme le continent de demain. Cela démontre à suffisance combien l’Afrique doit s’appuyer sur ses talents et les ressources de ses terres pour se reconstruire durablement », a déclaré Kenneth Ofori-Atta, ministre des Finances du Ghana et président du conseil des gouverneurs du groupe de la BAD.

Pour Monique Nsanzabaganwa, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) -qui représente le président Moussa Faki Mahamat à cette grand-messe du financement du développement- il faudrait « en finir avec l’exportation des produits bruts pour arriver à une vraie industrialisation qui nous permette de gagner les 110 milliards de dollars et les 16 milliards de dollars investis respectivement dans l’importation des produits alimentaires et des produits pharmaceutiques ». Elle promet des efforts « main dans la main » entre l’UA et la BAD pour contribuer à relever ce défi.

« Le gaz restera une partie essentielle du bouquet énergétique africain »

Si le continent doit cocher une autre case du développement, c’est bien celle de l’énergie. D’une part, 600 millions d’Africains sont encore privés d’accès à l’électricité, et cette proportion est susceptible d’augmenter au gré de la croissance démographique du continent. D’autre part, augmenter la production agricole et développer les industries nécessiteront la mobilisation de plus grandes ressources énergétiques.

Alors que la transition en matière d’énergie est devenue une priorité mondiale, le BAD défend sa position au sujet de l’Afrique. « Depuis 2009, la Banque n’a financé aucun nouveau projet de charbon. Le non-financement du charbon a maintenant été formalisé dans notre nouvelle politique énergétique approuvée par notre conseil d’administration », a affirmé Akinwumi Adesina.

En revanche, l’institution financière multilatérale basée à Abidjan ne compte pas lésiner sur le gaz, comme soutenu par son président lors d’une rencontre lundi avec la presse : « le gaz naturel doit rester une partie essentielle du bouquet énergétique en Afrique, parce qu’il nous faut des systèmes énergétiques stables », a-t-il soutenu.

En la matière, le continent est la cible de l’engagement d’une vingtaine d’institutions et gouvernements -dont la Zambie- pour l’arrêt progressif du financement des énergies fossiles à compter de fin 2022. Le continent ne se retrouver a-t-il pas finalement au cœur d’une contradiction sur le sujet de la transition énergétique ? « La source la plus polluante d’énergie est le charbon, que nous avons arrêté de financer comme je le disais tantôt, d’autant que nous perdons des centaines de milliers de femmes en Afrique qui essaient de préparer à manger avec du bois de chaume », a répondu à La Tribune Afrique Akinwumi Adesina avant d’ajouter : « Le gaz est essentiel, car il nous faut garantir l’accès et l’abordabilité de l’électricité, mais aussi la sécurité de l’approvisionnement. Et même si l’Afrique subsaharienne triple sa consommation de gaz pour l’énergie, elle ne contribuera que pour moins de 0,67 % aux émissions mondiales de carbone. De quoi parle-t-on ? ».

Le financement, chaînon manquant qui permettrait de remporter la bataille ?

Très clairement, redresser les économies et les accompagner dans leur processus de résilience climatique et de transition énergétique nécessitent une plus grande disponibilité des fonds. « Nous avons besoin de plus de financement pour assurer beaucoup plus de pays à faibles revenus », a confié le leader nigérian soulignant le cas de Madagascar dont l’assurance de 4 millions de dollars pourvue par la BAD a permis au pays de mobiliser 12 millions de dollars de versements afin d’indemniser plus de 600 000 agriculteurs après des catastrophes provoquées par les cyclones.

Lors de son allocution à l’ouverture, le président Nana Akufo-Addo est revenu sur cette question du financement : «  Il n’y a aucune raison pour que nos économies soient aux prises avec une soi-disant « prime de risque africaine » qui se traduit par des écarts plus élevés que pour nos homologues européens et américains […]. Il est temps que nous nous efforcions de lever les obstacles structurels à notre développement ».

Ces assemblées annuelles de la BAD -qui reviennent en présentiel après deux ans de distanciel- sont une nouvelle fois l’occasion pour les officiels et leaders d’appeler à avancer dans la réorientation des 650 milliards de dollars droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international (FMI). L’innovation financière est également regardée comme essentielle pour multiplier les possibilités de financement des pays, d’autant que cette année marque le cinquantenaire du Fonds africain de développement (FAD) qui prévoit d’aller sur les marchés.

 

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