Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain

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Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelques mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme.

On hésite entre la tristesse, le désespoir et la colère. Une nouvelle fois, des familles états-uniennes sont endeuillées à la suite d’une fusillade meurtrière dans un établissement scolaire : mardi, un jeune homme de 18 ans, Salvador Ramos, a réussi à pénétrer dans une école primaire du Texas, à Uvalde.

Porteur de deux armes de type militaire, qu’il avait achetées il y a peu, juste après son anniversaire, il s’est enfermé dans une salle de classe et a commencé de tirer sur les occupants, provoquant la mort de 19 enfants et de deux enseignants.

Salvador Ramos a finalement été tué par les forces de l’ordre. « Ce que nous savons, c’est que le tireur était impliqué dans un conflit domestique avec sa grand-mère avant la fusillade à l’école. Il a tiré sur sa grand-mère à ce moment-là [elle a survécu – ndlr]. Il a ensuite pris la fuite dans un véhicule et se trouvait à proximité de l’école où nous avons reçu des appels des forces de l’ordre locales », a expliqué mercredi matin à la télévision un porte-parole des forces de l’ordre.

Le président américain a été informé de la situation dans son avion de retour d’une tournée en Asie. « Et ce qui m’a frappé pendant ce vol de 17 heures, ce qui m’a frappé, c’est que ce genre de fusillade de masse se produit rarement ailleurs dans le monde », a déclaré Joe Biden, lors d’une intervention mardi soir juste après son arrivée.

Éprouvé et combatif à la fois, il a poursuivi : « Pourquoi ? Ils ont aussi des problèmes de santé mentale. Il y a des conflits domestiques dans d’autres pays. Il y a des gens qui sont perdus. Mais ce genre de fusillade de masse ne se produit jamais avec la même fréquence qu’en Amérique. Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous prêts à vivre avec ce carnage ? Pourquoi laissons-nous cela se produire ? Au nom de Dieu, où est notre colonne vertébrale pour avoir le courage d’y faire face et de tenir tête aux lobbies ? Il est temps de transformer cette douleur en action. »

Les questions sont largement rhétoriques, car les données sont nombreuses et le problème bien connu. Les fusillades de masse dans les établissements scolaires, leurs victimes et leurs auteurs – tous des hommes – sont un objet d’études. Il suffit de consulter le site américain The Conversation et les articles qui y sont consacrés : une soixantaine depuis 2015. Le tout dernier pourra malheureusement servir pour la prochaine tragédie : « Ce que nous savons des fusillades de masse aux États-Unis – et des tireurs qui les exécutent. »

Selon les spécialistes, les événements de ce type ont tendance à se multiplier à mesure de la circulation des armes dans le pays. Contrairement à ce qu’affirment les défenseurs du deuxième amendement – un texte datant de la fin du XVIIIsiècle qui garantit à tout Américain le droit de porter une arme –, posséder plus d’armes ne permet pas à la collectivité d’être plus protégée.

En effet, beaucoup des jeunes auteurs de fusillades dans les écoles ont eu accès à des armes au domicile de leurs parents, sans que ces derniers ne prennent de précautions particulières pour les décharger ou les stocker de manière sécurisée. La pandémie a également vu les Américains acheter plus d’armes à feu, dont la production annuelle aux États-Unis a triplé de 2000 à 2020, de 3,9 millions à 11,3 millions en 2020… Le pays regorge d’armes, la législation est permissive, et la violence s’installe.

Au début de la pandémie, selon une étude récente, 10 % des foyers avec des adolescents ont acheté une arme à feu. Avec une forte possibilité qu’elle soient stockées « chargées et non verrouillées ». Salvador Ramos, lui, a acheté le jour même de son 18anniversaire deux armes de type militaire, selon les informations de la police.

Il correspond au profil des auteurs de fusillades. Il avait ainsi posté des commentaires sur les réseaux sociaux, suggérant qu’il allait passer à l’acte.

Le profil des tireurs est donc connu et devrait permettre de mettre en place des politiques de prévention beaucoup plus efficaces. Car comme le soulignait en novembre 2021, après un drame au Michigan (un jeune de 15 ans avait tué quatre lycéens), deux criminologues américains, Mia Bloom et Volkan Topalli, le lycée visé avait mis en place un système de sécurité et de fermeture en cas d’attaque, multiplié les exercices pour se protéger… Mais tout cela, soulignaient-ils, ne peut pas « remplacer les actions de prévention » « Il est essentiel d’identifier et d’atteindre les tireurs potentiels avant qu’ils ne passent de l’hypothétique monde en ligne au monde réel. »

Invitée d’une émission télévisée à New York, le « Late Show » de Stephen Colbert, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a été interrogée sur l’expérience de son pays après la tuerie de Christchurch en 2019 (51 morts). La réponse, a-t-elle affirmé, a été « pragmatique »« Quand nous avons vu quelque chose comme ça se produire, tout le monde a dit : “Plus jamais ça”. Il nous incombait alors, en tant que politiques, de réagir. »

La Nouvelle-Zélande a alors interdit la plupart des armes semi-automatiques et les fusils d’assaut. « Nous avions des besoins légitimes d’armes à feu dans notre pays pour des choses comme la lutte contre les nuisibles et pour protéger notre biodiversité. Mais vous n’avez pas besoin d’un semi-automatique de style militaire pour faire cela. Et donc nous nous en sommes débarrassés. »

« Nous avons vu que quelque chose n’allait pas et nous avons agi. » Il est fort à craindre qu’à quelques mois des élections de mi-mandat, où les républicains misent sur une victoire, ce conseil ne sera malheureusement pas entendu.

Quelques heures après la tuerie, le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz, a attaqué les démocrates et les médias, accusés « d’essayer de restreindre les droits constitutionnels des citoyens respectueux de la loi »« Nous voyons beaucoup trop de ces horribles meurtres de masse. Et nous devons consacrer beaucoup plus de ressources en matière d’application de la loi pour arrêter les criminels violents et empêcher ce genre d’actes de mal absolu », a-t-il ajouté.

Un vieux tweet du gouverneur du Texas est également ressorti, vivement critiqué par les internautes : en 2015, Greg Abbott écrivait sur le réseau social : « Je suis EMBARRASSÉ : Le Texas est 2e dans le pays pour l’achat d’armes à feu neuves, derrière la CALIFORNIE. Accélérons le rythme, Texans. »

Le principal lobby pro-armes, la NRA (National Rifle Association), doit justement tenir sa réunion annuelle de vendredi à dimanche à Houston, au Texas. Ses principaux invités : Donald Trump, Greg Abbott et Ted Cruz.

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