Fusillade au Texas : les Etats-Unis s’entre-tuent, le Parti républicain regarde ailleurs

0
76

Un jeune Texan a tué dix-neuf élèves et deux enseignantes dans une école primaire, à Ulvade. Face aux tragédies qui se succèdent, les élus républicains s’opposent toujours à la moindre législation pour encadrer le marché des armes à feu.

Un carnage dans une école des Etats-Unis, la détresse infinie des familles, un discours grave du président, puis rien, jusqu’au suivant. Les Américains connaissent par cœur ce cycle désespérant depuis la tuerie de Sandy Hook, en 2012. Celle de Parkland, en 2018, n’avait rien changé malgré la mobilisation exceptionnelle d’élèves qui en avaient réchappé. Ces derniers avaient cru possible de ramener un pays malade de sa violence à la raison et ses élus à leurs responsabilités, mais ils avaient échoué. S’il subsiste un exceptionnalisme américain, c’est bien de tolérer que les établissements scolaires s’y transforment régulièrement en champs de tir poissés de sang.

L’insupportable s’est produit cette fois-ci dans la petite ville d’Uvalde, au Texas, et a emporté la vie de dix-neuf élèves et de deux enseignantes d’une école primaire à seulement deux jours des vacances. Son auteur présumé, âgé de 18 ans, a été tué par les forces de l’ordre. Ce drame est intervenu dix jours après une fusillade de masse à caractère raciste perpétrée dans un centre commercial de l’Etat de New York, et une autre dans une église de Californie. Dans chacun des cas, la détermination des tueurs supposés ne s’est heurtée à aucun garde-fou légal qui aurait compliqué l’accès aux armes à feu utilisées.

En effet, l’Amérique s’entre-tue et le Parti républicain regarde ailleurs, complice par idéologie des tragédies qui se succèdent. Des décennies de bourrage de crâne ont fait que ses élus n’ont plus même besoin de la férule du principal lobby des armes, la National Rifle Association, perclus de crises, pour s’opposer à la moindre législation encadrant un tant soit peu ce marché particulièrement juteux. La défense du deuxième amendement relatif au droit de porter une arme, comprise dans son acception la plus absolutiste, est devenue un devoir quasi sacré qui échappe désormais à tout questionnement. Les familles de victimes doivent se contenter des prières des élus, qui n’en sont pas avares.

Plus de 20 000 morts par arme à feu en 2021

C’est ainsi que l’Etat qui a été le théâtre du dernier bain de sang après huit autres fusillades de masse en treize ans n’a rien trouvé de mieux, il y a tout juste un an, que de supprimer les permis de port d’arme pour les personnes âgées d’au moins 21 ans. « Il est temps » que le Texas s’aligne sur les Etats les plus permissifs en la matière, avait alors argumenté le gouverneur de ce solide bastion conservateur, Greg Abbott.

Toujours plus d’armes : voilà le seul credo républicain. Les Américains en ont acheté encore près de 20 millions en 2021, la seconde plus importante vente de leur histoire. Ils ont connu également plus de 20 000 morts par arme à feu, sans compter les suicides, qui sont encore plus nombreux, et, parmi les fusillades, 693 ont fait au moins quatre blessés. Les républicains sont manifestement incapables d’établir un lien de causalité entre les deux phénomènes. On se désespère de les imaginer déployer la même énergie pour empêcher des tueries dont les auteurs sont des hommes à une écrasante majorité, que celle qu’ils dépensent sans compter pour empêcher les femmes de disposer de leur propre corps.

La tyrannie de la minorité avait déjà parlé après le massacre de Sandy Hook lorsque le Sénat avait voulu adopter une mesure de bon sens soutenue par une majorité écrasante d’Américains : le contrôle des antécédents des acheteurs d’armes. Les élus représentant 118 millions de leurs concitoyens avaient été capables de mettre en échec ceux désignés par 194 millions. Tout pousse à croire qu’il en irait de même aujourd’hui dans ce pays prisonnier de cette folie.

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here