Evgueni Prigojine, l’homme des basses œuvres de Moscou en Afrique

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L’oligarque est devenu le pivot de l’action de la Russie sur le continent, notamment en ciblant les pays africains où existe une « rivalité avec la France ».

Evgueni Prigojine sera-t-il présent à Sotchi, les 23 et 24 octobre, pour le sommet Russie-Afrique cher à Vladimir Poutine ? Très certainement, tant l’homme est devenu le pivot de l’action de Moscou sur le continent. Mais à la manière, discrète et en retrait, de celui qui a construit sa carrière à la force des poings et en fuyant la lumière. « Prigojine est l’un des hommes les plus mystérieux du sommet de l’Etat russe, confirme le journaliste d’investigation Roman Dobrokhotov, patron du site The InsiderIl est aussi, avec le président tchétchène Ramzan Kadyrov, celui sur lequel il est le plus désagréable et le plus dangereux de travailler. »

L’un des collègues de M. Dobrokhotov, Roman Badanin, a ainsi fait état de menaces répétées depuis ses enquêtes sur les activités de M. Prigojine en Afrique. Les actions violentes dans lesquelles son nom est cité sont aussi nombreuses, depuis l’empoisonnement du mari de l’opposante Lioubov Sobol jusqu’au meurtre de trois journalistes russes en Centrafrique, en juillet 2018, sur lequel les autorités russes ne paraissent pas pressées d’enquêter.

Ses rares apparitions publiques, ces dernières années, ont justement touché à l’Afrique. On l’a ainsi vu auprès du ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou, accueillir à Moscou le maréchal libyen Khalifa Haftar, en rébellion contre le pouvoir de Tripoli. Que faisait là l’homme d’affaires pétersbourgeois, officiellement à la tête de l’entreprise de restauration Concord travaillant pour l’armée et des cantines scolaires ?

Si aucune réponse officielle n’a été apportée à cette question, l’apparition d’Evgueni Prigojine n’a guère surpris les spécialistes. Depuis 2013, l’homme est connu pour gérer les dossiers les plus sensibles et les plus secrets. C’est à lui que l’on attribue la création et la montée en puissance dans le conflit ukrainien du groupe de mercenaires Wagner, du nom de guerre de son commandant militaire, Dmitri Outkine. Le groupe s’est ensuite illustré en Syrie, où il a notamment perdu, lors d’une bataille près de Deir ez-Zor, en février 2018, plusieurs dizaines d’hommes.

« Chef de Poutine »

Le Pétersbourgeois est aussi relié par de nombreuses sources aux « usines à trolls » qui inondent l’Internet russe, et parfois étranger, de commentaires tout faits et posts préfabriqués destinés à défendre le Kremlin ou attaquer ses ennemis. Il fait ainsi partie de la liste des individus les plus sanctionnés par Washington pour leur participation supposée aux ingérences russes lors de la campagne présidentielle américaine de 2016.

Evgueni Prigojine, 58 ans, n’est pas un oligarque comme les autres, ni même un membre du premier cercle de Vladimir Poutine. Ancien gangster – il a été condamné en 1981 à douze ans de prison pour banditisme et divers vols –, il a bel et bien débuté sa nouvelle vie en vendant des hot-dogs puis en ouvrant un restaurant de luxe, faisant connaissance dans les années 1990 avec le fonctionnaire pétersbourgeois Poutine. De là date son surnom de « chef de Poutine ». Ce dernier, connu pour craindre les empoisonnements, lui fera confiance plus tard pour fournir le Kremlin. La proximité du chef avec le président lui permettra surtout de remporter des contrats de plus en plus importants (celui avec le ministère de la défense est évalué à plus d’un milliard d’euros par an).

« Le deal implicite avec le pouvoir est qu’il prend en charge certaines actions et obtient en retour des contrats juteux », assure le journaliste Roman Badanin. Difficile de connaître la part d’initiative laissée à l’entrepreneur dans ses affaires politiques : la Russie ne manque ainsi pas d’ambitieux prêts à démontrer au Kremlin leur utilité en menant toutes sortes d’initiatives, y compris à l’étranger. « Sur des sujets aussi importants, le contrôle est total, nuance Roman Dobrokhotov. On le voit travailler en étroite collaboration avec les ministères des affaires étrangères ou de la défense. » En témoigne notamment la formation de mercenaires de Wagner sur des bases de l’armée.

De l’avis des observateurs, l’Afrique est devenue ces dernières années le terrain d’action numéro un d’Evgueni Prigojine, en marge des contrats militaires ou de sécurité officiellement conclus sur le continent par Moscou. Ce rôle est particulièrement visible en Centrafrique, où Wagner assure tant la sécurité présidentielle que la formation de troupes centrafricaines. La mort de trois journalistes russes enquêtant sur le sujet a aussi révélé l’implication de diverses firmes liées à Wagner dans l’exploitation de mines de diamants et d’or.

Accroître l’influence de Moscou en Afrique

La « chasse » aux Wagner est devenue une activité centrale des sites d’investigation russes ou africains, qui estiment que la société est présente dans au moins quatre autres pays – Libye, Madagascar, Soudan et Mozambique. En Libye, jusqu’à trente-cinq hommes de Wagner seraient morts au mois de septembre, fauchés par une frappe aérienne alors qu’ils combattaient au côté du maréchal Haftar. Ils seraient également intervenus au Soudan, en début d’année, pour tenter de sauver le pouvoir du président Al-Bachir, renversé par la rue. Plusieurs dizaines auraient aussi mis le pied au Mozambique pour combattre une rébellion djihadiste.

Les sociétés militaires privées ont beau être officiellement interdites par la loi russe, l’analyste Fiodor Loukianov, réputé proche du pouvoir, reconnaît qu’il y a là « une niche dans un domaine où la Russie a des choses à proposer »« Il y a aussi beaucoup d’aventurisme, avec des bénéfices pour la Russie qui sont loin d’être évidents, relativise Roman Dobrokhotov. Il n’y a pour l’heure aucun exemple où l’action de Prigojine a ensuite été convertie en une présence russe durable. »

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Reste que l’activité du « chef » tendrait à se diversifier, au-delà des seules activités militaires. Des fuites, venant de la « compagnie » ainsi que de ses employés qui décrivent la myriade de sociétés de l’homme d’affaires, ont montré l’existence de projets variés visant à accroître l’influence de Moscou en Afrique. Selon ces documents, exploités notamment par Proekt puis le Guardian, le groupe de M. Prigojine a ainsi tenté d’intervenir dans une série d’élections africaines, en envoyant des « consultants politiques » ou en prenant le contrôle de sites Internet et de journaux de ces pays.

Ce fut par exemple le cas à Madagascar, selon ces enquêtes, lors de l’élection présidentielle de janvier 2019. La « compagnie » aurait alors mené une offensive médiatique en soutien au candidat Andry Rajoelina, finalement vainqueur. Elle aurait aussi, à cette occasion, fait venir sur l’île l’activiste antisémite Kémi Séba, condamné plusieurs fois en France. Au Soudan, l’objectif des consultants russes était de présenter les manifestants comme étant « anti-Islam »« pro-Israël » et « pro-LGBT ».

Ces documents internes indiquent aussi une volonté de cibler les pays africains où existe une « rivalité avec la France ». Est notamment mentionnée une opération dans les Comores où des « envoyés de Prigojine ont testé des “outils technologiques” pour savoir s’il était possible d’attiser les tensions entre les autorités locales et Paris », d’après le compte rendu du Guardian. Là encore, Kémi Séba s’avère être une pièce centrale de cette stratégie depuis mi-2018.

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Comment la Russie est intervenue dans les élections dans vingt pays

Des documents publiés par le bureau des consultants politiques d’Eugeny Prigozhin montrent la stratégie d’intervention de la Russie dans la politique africaine – pour inciter le sentiment anti-occidental et raviver les vieux conflits territoriaux. Pendant ce temps, l’expansion russe est entravée par trois obstacles : le manque de professionnalisme, la corruption et l’alcool.

Les manifestants portaient silencieusement des affiches exigeant que Madagascar soit libéré de l’influence française. Une trentaine de personnes ont parcouru les rues d’Antananarivo et se sont arrêtées devant l’ambassade de France. Le rassemblement se serait terminé dans le silence sans l’initiative d’un homme grand et bien bâti. Il a commencé à scander des demandes, telles que « Paris doit rendre les îles Éparses! » faisant référence au territoire contesté dans le canal du Mozambique. . La zone offshore près des îles est riche en minéraux, estimée à 12 milliards de barils de pétrole et jusqu’à 6 milliards de mètres cubes de gaz. 

L’homme qui menait la foule devant l’ambassade n’est même pas un citoyen malgache. Il s’agit de Kemi Seba, que les partisans qualifient de panafricaniste, et que certains journalistes et chercheurs qualifient de raciste et d’antisémite noir. La veille de la manifestation, il a pris la parole lors de la conférence Islands of Hope à l’hôtel Asia and Africa à Antananarivo. « France, sors de notre territoire, tu n’as pas le droit d’être ici ! Les Africains font plus confiance à la Russie qu’à l’Amérique ou à la France ! cria-t-il du haut de la tribune. « Nous n’avons pas besoin de la permission de l’Occident pour récupérer des terres qui nous appartiennent de droit. La liberté de l’Afrique ou la mort ! Nous allons gagner. » Cette conférence, comme The Project l’a découvert, a été organisée par des stratèges politiques russes qui travaillaient pour Eugeny Prigozhin, un homme d’affaires louche, qui est tombé sous le coup des sanctions américaines pour son ingérence dans l’élection présidentielle américaine. L’équipe de Prigozhin a également payé les manifestants devant l’ambassade de France. Des spécialistes russes coopèrent avec Seba depuis au moins mi-2018, affirment deux stratèges politiques travaillant en Afrique.

Expansion africaine

La participation de Prigozhin à la politique africaine n’est pas un secret (The Project a déjà couvert l’implication présumée de la Russie dans les élections à Madagascar). Mais l’ampleur des plans de Prigozhin est récemment devenue claire, depuis que The Project a obtenu la documentation interne d’un « back office » dans le projet africain – un centre d’analyse informel sous le commandement de Prigozhin. (Le Projet ne publie pas tous les documents pour des raisons de sécurité pour nos sources. L’authenticité des documents a été confirmée par deux stratèges politiques travaillant en Afrique et par un membre du « back office ». Des informations distinctes de ces documents ont également été confirmées. par deux Malgaches qui ont aidé des stratèges politiques à Madagascar.

Mikhail Potepkin (deuxième à gauche), qui a ensuite signé un contrat d’extraction d’or avec le gouvernement du Soudan, le chef du « back-office, ” Petr Bychkov (sixième à partir de la gauche) et son collègue Yaroslav Ignatowski, qui est désormais le principal conseiller politique de Prigozhin (huitième à partir de la gauche). Source  Facebook

Les experts associés à Prigozhin ne se sont pas seulement rencontrés cette année-là. Sur cette photo de 2015, vous pouvez voir le directeur de la société « M invest » de Prigozhin,

Le « back office » compte environ 10 à 15 employés. Mais le nombre d’employés change souvent, selon notre source, qui connaît bien l’organisation et son travail. Le chef opérationnel du « back office » est le politologue Peter Bychkov, selon deux stratèges politiques qui ont travaillé avec lui. Au départ, Bychkov a accepté de parler à The Project, mais a ensuite cessé de répondre.

La liste des États où Prigozhin a des intérêts comprend 39 pays, et les conseillers politiques de Prigozhin travaillent actuellement dans au moins 20 d’entre eux, a calculé The Project, sur la base des informations contenues dans les documents du « back office ». Cet intérêt pour l’Afrique se reflète même dans les statistiques officielles. Depuis 2017, le nombre de Russes visitant les pays africains a considérablement augmenté – de plus d’une fois et demie, selon les données du service frontalier russe.

Les conseillers russes dans ces pays entretiennent un lien direct avec Prigozhin. Ils portent chacun un téléphone spécial pour que Prigozhin puisse appeler ses subordonnés. Les numéros de téléphone sont dans l’ordre, du numéro « 1 » (attribué à Prigozhin), au moins au numéro « 700 », précise un stratège politique qui a travaillé en Afrique, confirmant l’affirmation de son collègue.

Chaque pays a son propre plan d’action, mais la partie la plus développée de la stratégie concerne les anciennes colonies françaises d’Afrique, et est liée à Kemi Seba.

Le nombre de Russes dans certains pays africains a considérablement augmenté au cours de l’année écoulée

Notre islamiste

Un principe de base de la politique étrangère russe sur le continent, tel qu’affiché sur le site Web du ministère russe des Affaires étrangères, est « Problèmes africains, solutions africaines ». Seba, à 37 ans, correspond le mieux à cette formule. Il est le fils d’immigrés du Bénin, qui a grandi en France, puis est revenu en Afrique. La presse l’a qualifié à plusieurs reprises d’antisémite, de «raciste noir» et de partisan du kémétisme (une religion polythéiste reconstruite, qui vante le rôle de la population noire dans la formation et le développement de la civilisation sur la planète). Son organisation, « Tribe Ka » (Tribu Ka), a failli organiser un pogrom juif à Paris. Puis Seba s’est converti à l’Islam et a rejoint les « New Black Panthers », qui sont des anti-impérialistes et des panafricanistes.

Kemi Seba avec des supporters. Source Facebook

Seba et son mouvement actuel, Urpanaf, sont mentionnés dans le soi-disant « projet panafricain » des stratèges politiques de Prigozhin, selon des documents du « back office ».

Le projet panafricain suppose qu’un jour un « empire africain » sera établi sur le continent. A cette fin, les consultants politiques doivent aider leurs candidats à remporter des élections dans plusieurs pays afin qu’ils reconnaissent le pouvoir d’un seul dirigeant. Le rôle d’un tel leader, du moins en Afrique francophone, affirme Seba, découle de documents divulgués. L’attaché de presse de Seba n’a pas répondu à The Project.

Union africaine

  

« African Empire » appelle à la création de bureaux régionaux du Mouvement Kemi Seba sur tout le continent. Actuellement Urpanaf est représenté dans 12 pays.

Bénin

Burkina Faso

Cameroun

Cameroun

Côte d’Ivoire

Gabon

Guinée

Niger

Rép. Congo

Sénégal

Aller

Tunisie

Dugin et Seba ont parlé pendant deux heures et demie. Source :  Instagram

Les Russes ont commencé à travailler avec Seba peu après sa visite à Moscou en décembre 2017, à l’invitation du politologue Alexander Dugin, connu pour ses théories du complot. Pour Seba, la coopération avec les stratèges de Prigozhin a été bénéfique. Il a reçu non seulement une tribune pour ses discours, mais aussi de l’argent pour sa participation à la conférence, dit le Malgache, qui a travaillé avec un groupe de stratèges politiques.

Projet panafricain

L’Occident a perdu le droit de diviser les gens entre les citoyens à part entière et ceux dont la vie est insignifiante, et d’enseigner aux autres pays — ainsi dans les documents des stratèges politiques ont justifié la lutte des pays africains avec « l’ancienne puissance coloniale — la France ». La direction prioritaire pour le peuple de Prigozhin est de travailler dans les pays où les élections auront lieu dans les deux prochaines années. Leurs méthodes de lutte incluent la critique du néocolonialisme et de la zone franc africaine, « en tant qu’instrument d’asservissement colonial économique des pays africains ». Seba a déjà réussi dans ce sens : il combat le franc depuis au moins 2017. En août dernier, à Dakar, il a publiquement brûlé un billet de cinq mille francs africains (un peu moins de huit euros), pour lequel il a été expulsé du Sénégal. .

Une autre lutte est pour la « résolution équitable des conflits territoriaux », ce qui signifie la lutte pour les terres contestées. Seba l’a fait à Madagascar, où il a participé à une conférence sur les îles Eparses. Lors de ce voyage, Seba était accompagné d’une dame russophone, à qui des militants malgaches ont rendu compte de la préparation de l’événement, a indiqué une source malgache, qui travaillait avec un groupe de stratèges politiques à Madagascar.

L’organisation de cette conférence et même une réunion d’invités étrangers, selon l’un des documents, ont été confiées aux stratèges politiques russes Roman Pozdnyakov et Andrei Kramar. Ils ont également organisé le forum économique, qui s’est tenu à Antananarivo en août 2018, et auquel a également participé Seba. Pozdnyakov et Kramar n’ont pas répondu à The Project.

Le passeport de Kramar est montré à The Project par l’un de ses subordonnés malgaches

Pozdnyakov et Kramar, qui se trouvaient sur l’île de Madagascar depuis mai 2018, ont également supervisé le projet « Pastor », qui a aidé le fondateur de l’Église malgache de l’Apocalypse, André Christian Mailhol, dans sa campagne présidentielle, selon les documents de la presse politique. stratèges. Cette information a été confirmée par deux sources malgaches, qui ont travaillé avec des stratèges politiques russes. Par exemple, les Russes ont organisé les campagnes suivantes pour Mailhol : « La lutte contre la peste bubonique », « Les bonnes actions/miracles du pasteur », « Distribution de riz à travers le réseau de l’Église de l’Apocalypse ». Mais ils ont tous échoué, et le pasteur a obtenu moins de 1,5 % des voix, selon un consultant politique, sous couvert d’anonymat.

A Madagascar, un groupe comprenant Roman Pozdnyakov (premier à droite) et Andrei Kramar (deuxième à droite) n’a pas seulement aidé le pasteur Andre Mailhol. Pozdnyakov a proposé à ses collègues des filles locales de se marier, afin d’obtenir la citoyenneté et d’acheter des terres, explique un stratège politique qui a travaillé en Afrique. Certains d’entre eux, comme le traducteur Vladimir Boyarishchev (à gauche), ont suivi leurs conseils.

A Madagascar, un groupe comprenant Roman Pozdnyakov (premier à droite) et Andrei Kramar (deuxième à droite) n’a pas seulement aidé le pasteur Andre Mailhol. Pozdnyakov a proposé à ses collègues des filles locales de se marier, afin d’obtenir la citoyenneté et d’acheter des terres, explique un stratège politique qui a travaillé en Afrique. Certains d’entre eux, comme le traducteur Vladimir Boyarishchev (à gauche), ont suivi leurs conseils.

L’organisateur officiel de la conférence à Madagascar était l’Association Afric — une petite publication qui couvre la politique africaine. Le nom de l’organisation est un acronyme de l’Association pour la recherche libre et la coopération internationale. Afric se présente comme une communauté vivant sur des dons anonymes. L’Association n’apparaît pas dans les registres disponibles des personnes morales. Le nom du propriétaire du site est caché, la page Web a été enregistrée en avril 2018. Parmi les représentants de l’Association figure une employée du «back-office» de Saint-Pétersbourg, Yulia Afanasyeva et son amie, originaire du Cameroun et diplômée. de l’Université technologique de Belgorod en Russie, Michael Cheuva. En Russie, Afanasieva gère également le Centre d’initiatives sociales et culturelles, qui compte parmi ses co-fondateurs le responsable du « back office, » Bytchkov. Afanasieva n’a pas répondu aux questions de The Project.

Michael Cheuva (debout) dans le cadre d’un groupe d’observateurs au Congo

Des observateurs d’Afric ont visité les élections dans au moins deux autres pays – en République démocratique du Congo et au Zimbabwe, où le premier président a été élu l’année dernière depuis les 30 ans de règne de Robert Mugabe. Emmerson Mnangagwa, le candidat du parti au pouvoir, a remporté les élections et l’opposition a déclaré peu après le vote que la Russie s’était ingérée dans les élections. Bien que le nouveau chef de l’État rejette ces accusations, des stratèges politiques associés à Prigozhin auraient participé à la campagne électorale, a déclaré l’un des consultants de Prigozhin.

Pozdnyakov travaille maintenant à la tête du syndicat des travailleurs des petites et moyennes entreprises de la République autoproclamée de Donetsk (RPD). Son épouse dirige la Commission électorale centrale de la RPD.

Kramar était récemment opérateur du traitement spécial de l’eau à la centrale nucléaire de Smolensk. Il est membre du parti Russie unie. Il est maintenant le premier chef adjoint du mouvement « République de Donetsk ».

Expansion africaine

Dans chaque pays, où se trouvent des personnes du «chef du Kremlin», les tâches et l’étendue du travail varient considérablement. Dans certains pays, le rôle principal est joué par des mercenaires militaires. Dans d’autres, il n’y a que des stratèges politiques (comme en RDC et au Zimbabwe décrits ci-dessus). Dans le troisième, en plus de ceux-ci et d’autres, Prigozhin a déjà des intérêts commerciaux.

Valery Zakharov, le conseiller russe à la sécurité du président de la République centrafricaine est arrivé au Rwanda début janvier 2019. Dmitri Outkine, plus connu pour son nom de guerre « Wagner », devait voler avec Zakharov, mais au dernier moment son voyage a été reporté, Le Projet a été raconté par un stratège politique qui a travaillé en Afrique, et dont l’histoire a été confirmée par un ancien mercenaire. Les deux hommes travaillent pour Prigozhin.

Au Tchad et au Bénin, les gens de Prigojine interagissent avec des politiciens proches du groupe musulman armé « Seleka », selon une source proche du « back-office » et confirmée par le stratège politique qui a travaillé en Afrique.

Les stratèges politiques sont partout accompagnés d’hommes armés associés au groupe Wagner ou aux services spéciaux russes. Par exemple, à Madagascar, la protection de l’un des candidats à la présidentielle a été confiée à un Russe du nom de Konstantin (photo à droite derrière un candidat, avec des lunettes et une casquette de baseball). Tout le monde appelait Konstantin « Le Colonel », a déclaré la source malgache, qui travaillait avec un groupe de spin-doctorants.

Les stratèges politiques sont partout accompagnés d’hommes armés associés au groupe Wagner ou aux services spéciaux russes. Par exemple, à Madagascar, la protection de l’un des candidats à la présidentielle a été confiée à un Russe du nom de Konstantin (photo à droite derrière un candidat, avec des lunettes et une casquette de baseball). Tout le monde appelait Konstantin « Le Colonel », a déclaré la source malgache, qui travaillait avec un groupe de spin-doctorants.

En Afrique du Sud, des stratèges politiques russes envisagent de soutenir le parti au pouvoir lors des élections de l’été 2019, selon une présentation préparée par des stratèges politiques. Une copie en a été fournie à The Project par le centre « Dossier ». En Zambie, les gens de Prigozhin ne sont engagés que dans la recherche sociologique, puisque les élections sont prévues pour l’été 2021. En février-mars 2019, des experts ont mené 12 groupes de discussion, et les résultats ont été tristes pour l’actuel président Edgar Lungu. Les répondants ont parlé de lui comme d’un « pathétique », d’un « leader faible » et d’un « alcoolique », selon un rapport sur l’étude, dont une copie est disponible pour The Project.

Enfin, les Russes sont également actifs au Cameroun. En 2018, ils ont rencontré des représentants du président Paul Biya et lui ont proposé leurs services pour fournir des informations pour sa campagne électorale, puis pour « neutraliser les humeurs de protestation tant dans les rues que dans l’espace d’information », comme le dit une lettre remise à représentants de Biya (Le Projet a obtenu une copie du centre « Dossier »). Fin 2017, les sociétés de Prigozhin ont également expédié des équipements à destination inconnue au Cameroun, selon une correspondance interne des sociétés « M invest » et « Euro Polis ».

Comptabilité en partie double

Travailler en Afrique n’est pas bon marché. Le projet dispose de documents qui montrent une évaluation complète des investissements dans la campagne présidentielle à Madagascar et dans le paiement des mercenaires en RCA. On peut supposer que toute l’aventure africaine coûte plusieurs fois plus que ces chiffres.

Quel est le coût des projets africains

The budget of one group of political strategists

$150K

The organization of the conference

$150K

Collect 200,000 signatures for a petition in support of the return of the Scattered Islands – up to $50,000

$50K

The salary of the head of the visiting group in Madagascar Oleg Zachariash 

$12K

Salary of political strategists

$3-6K

The salary of military trainers in the Central African Republic

$3-4K

Salary of translators

up to $5k

Le tableau montre les salaires mensuels

Source : liste des salaires du « back-office », données fournies par le centre « Dossier.

Les spin-doctors menaient une comptabilité en partie double, rapportant certaines dépenses au « back-office », mais dépensant en réalité moins. La différence aurait été utilisée pour soudoyer des politiciens, mais tout l’argent n’est pas allé aux candidats, selon deux stratèges politiques qui ont travaillé en Afrique (et confirmé par la source malgache qui a aidé à organiser une conférence sur les îles Éparses, un politicien local, qui a travaillé avec les gens de Prigozhin.)

Au total, en 2018, les structures associées au « cuisinier du Kremlin » pourraient dépenser plus de 15 millions de dollars en stratèges politiques rien qu’à Madagascar, a calculé The Project, sur la base de chiffres donnés dans des documents du « back office ».

En Russie, au moins deux spécialistes étaient engagés dans la comptabilité. L’une d’entre elles, Valeria Darovskaya, était responsable de la comptabilité dans le « back office », selon des documents obtenus par The Project. Darovskaya a confirmé qu’elle connaissait Bychkov, le chef du «back office», et qu’elle travaillait avec lui, mais affirme qu’elle était psychologue, pas comptable, et que son travail n’était pas lié à l’Afrique. Elle n’a pas répondu aux autres questions. Le deuxième comptable, Yana, a aidé les stratèges politiques à recevoir de l’argent à une caisse du centre de Moscou, près de la place Taganskaya, a déclaré le stratège politique travaillant en Afrique à The Project.

Le numéro de téléphone où Yana peut être contactée appartient à Yana Galkina, The Project établi. Galkina est probablement une assistante d’Alexander Kuzin, qui a travaillé dans des entreprises liées à Prigozhin.

La trace du Kremlin

Prigozhin est à l’avant-garde de la politique russe en Afrique, mais Moscou officiel ne montre pas moins d’intérêt pour les événements sur le continent, dans les mêmes pays où travaillent les subordonnés du restaurateur. Ainsi, la Russie organisera un sommet sur l’Afrique à Sotchi fin octobre. Le président de la Douma d’État, Viatcheslav Volodine, a récemment rencontré des ambassadeurs africains. Et l’ancien président de Madagascar, Erie Radzaunarimampianin, qui a travaillé avec les gens de Prigozhin, s’est rendu en Russie au printemps dernier et a notamment rencontré le chef de l’Agence fédérale pour les affaires de la jeunesse, Sergey Belokonev.

Sergey Belokonev (photo en premier à partir de la gauche) et le président de Madagascar étaient accompagnés du conseiller du recteur de la RSU. A. N. Kosygin sur la politique de la jeunesse Andrey Kostyukov (quatrième à partir de la gauche), un bon ami de nombreux stratèges politiques de Prigozhin.

Depuis 2018, la Russie a signé huit accords différents avec les pays dans lesquels les gens de Prigozhin travaillent. Parmi ceux-ci, quatre concernent la coopération militaire.

Il ne fait aucun doute que les actions de Prigozhin en matière de politique étrangère ont été approuvées par Poutine, a déclaré un politicien russe de haut rang à The Project. Il y a aussi une coordination à un niveau inférieur, avec le département du ministère africain des Affaires étrangères, ajoute un des analystes de Prigozhin. Des diplomates russes ont emmené l’ancien président de Madagascar à Moscou pour une conférence économique, à laquelle assistaient également les consultants politiques de Prigozhin.

Le porte-parole présidentiel Dmitri Peskov a déclaré que Vladimir Poutine n’était pas au courant des activités de Prigojine en Afrique. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré au Projet qu’elle n’en savait rien.

* * *

Des travaux sont en cours dans bon nombre de ces pays. Cependant, malgré les coûts élevés, les plans ambitieux et un grand nombre de stratèges politiques travaillant sur des projets africains, l’efficacité de toute la campagne est faible. Cela est compris par les gens de Prigozhin eux-mêmes, faisant rapport à Saint-Pétersbourg des problèmes, selon des documents du «back office». Les raisons en sont une mauvaise coordination avec le bureau russe, le détournement des fonds alloués et la faible qualification des employés recrutés principalement parmi les anciens membres du mouvement « Nashi » (ce mouvement a été partiellement décrit par The Project dans la première partie de cette histoire). Une plainte distincte concerne la consommation excessive d’alcool chez les employés.

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