Tuerie raciste de Buffalo : Joe Biden dénonce le « poison » du suprémacisme blanc

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Evoquant un acte de « terrorisme », le président américain a déclaré mardi que « ce venin, cette violence ne peuvent pas être l’histoire de notre époque ».

Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a dénoncé avec véhémence, mardi 17 mai, le « poison » du suprémacisme blanc, après une tuerie raciste qui a fait dix victimes, samedi 14 mai, à Buffalo, dans l’Etat de New York. Il a aussi parlé d’un acte de « terrorisme ».

Ce jour-là, Payton Gendron a roulé plus de trois heures depuis son village pour se rendre au supermarché Tops Friendly Market, dans un quartier noir de Buffalo. Vêtu d’une tenue de combat, d’un casque et équipé d’une caméra, il avait avec lui une arme semi-automatique, gravée du chiffre « 14 », qui fait référence, dans l’univers des suprémacistes blancs, à la phrase : « Nous devons protéger l’existence de notre peuple et assurer un futur pour les Blancs. » Le jeune homme de 18 ans a garé la voiture qui appartenait à ses parents. Puis, vers 14 h 30, il a commencé à tirer. Il a assassiné dix personnes, dont six employés du magasin, et blessé trois autres. Onze des victimes étaient noires. Le tueur est ensuite sorti du magasin, et a été arrêté par la police.

Evoquant la thèse raciste du « grand remplacement » – à laquelle Payton Gendron adhère –, Joe Biden, ému et solennel, a asséné : « J’appelle tous les Américains à rejeter ce mensonge et je condamne tous ceux qui le répandent pour gagner du pouvoir, des voix, de l’argent. »

« Trop de combustible à la haine »

« Ceux qui prétendent aimer l’Amérique ont donné trop de combustible à la haine et à la peur », a encore lancé le démocrate, sans toutefois mentionner de noms ou d’affiliation partisane. « Ce venin, cette violence ne peuvent pas être l’histoire de notre époque », a-t-il plaidé, alors que les Etats-Unis ont connu ces dernières années plusieurs tueries visant des Afro-Américains, des juifs et des personnes d’origine latino-américaine.

Joe Biden avait entamé son discours avec des mots de réconfort pour les familles : « le temps viendra » où le souvenir des disparus « mettra un sourire sur vos lèvres avant de faire monter les larmes à vos yeux », a promis ce président dont la vie a été émaillée de drames familiaux.

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Il a énuméré les noms, rappelé qu’une victime avait été fauchée alors qu’elle achetait « des fraises pour faire sa pâtisserie préférée », qu’une autre voulait des friandises « pour une soirée cinéma en famille », qu’un homme avait été tué alors qu’il venait chercher « un gâteau d’anniversaire » pour son petit garçon. Le président américain s’est attaché à raconter brièvement des vies mises au service d’une communauté et de familles, mentionnant une vieille dame qui allait chaque jour s’occuper de son mari résidant dans une maison de retraite, ou un gardien du supermarché ayant tenté en vain d’arrêter le tueur.

Auparavant, le président américain et son épouse Jill Biden s’étaient arrêtés auprès d’un mémorial improvisé, sur les lieux de la tuerie. Jill Biden a déposé une brassée de fleurs blanches. Joe Biden, après avoir retiré ses lunettes de soleil, s’est signé.

« Bannir les armes d’assaut »

Le président a une nouvelle fois appelé mardi à réguler les armes à feu : « Je ne suis pas naïf. Je sais que la tragédie se reproduira (…) Mais il y a des choses que nous pouvons faire. Nous pouvons bannir les armes d’assaut de nos rues. » Le démocrate demande depuis longtemps au Congrès d’interdire les armes d’assaut – comme celle utilisée dimanche. Une décision qui a toujours buté sur une opposition républicaine hostile à toute espèce de régulation.

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L’organisation Gun Violence Archive décompte déjà cette année plus de deux cents « fusillades à nombreuses victimes » aux Etats-Unis, au cours desquelles quatre personnes au moins ont été blessées ou tuées. Dont celle perpétrée samedi par Payton Gendron, qui s’est revendiqué « fasciste »« raciste » et « antisémite » dans un manifeste de 180 pages.

Cette tuerie raciste a été méticuleusement préparée depuis des mois, ont révélé mardi des médias qui ont épluché des centaines de messages sur Internet du tueur. D’après le Washington Post et CNN, qui ont eu accès à quelque 600 pages de messages échangés sur les réseaux Discord et 4chan, Payton Gendron est venu le 8 mars à Buffalo et s’est rendu à trois reprises – à 12 heures, 14 heures et 16 heures – dans le supermarché Tops Friendly Market, qu’il a attaqué samedi, pour y faire des repérages.

Payton Gendron écrit aussi dès décembre qu’il veut tuer des personnes noires et il vise en février ce supermarché en raison de sa forte proportion d’Afro-Américains, selon le Washington Post. Le journal a aussi épluché le manifeste de 180 pages du jeune homme, qui se décrit comme « simplement un homme blanc qui cherche à protéger et servir [sa] communauté, [son] peuple, [sa] culture et [sa] race ». Des pages du manifeste prévoient, minute par minute, l’attaque, l’équipement et la diffusion sur la plateforme Twitch.

Payton Gendron est pour l’instant poursuivi pour « meurtre avec préméditation » et doit comparaître devant un juge jeudi.

Le Monde avec AFP

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