L’extrême droite aux Etats-Unis, un empoisonnement meurtrier des esprits

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Le drame qui a ensanglanté un quartier majoritairement afro-américain de la ville de Buffalo (Etat de New York) samedi 14 mai le confirme, le terrorisme qui menace le plus les Etats-Unis est désormais intérieur, motivé par le suprémacisme blanc. Comme lors de l’attaque contre l’église de Charleston (Caroline du Sud) fréquentée par des Afro-Américains en 2015, celle de la synagogue de Pittsburgh (Pennsylvanie) en 2018, ou celle qui a eu pour cadre un centre commercial d’El Paso (Texas), près de la frontière mexicaine, un an plus tard.

Le racisme, la dénonciation hallucinée d’une « invasion » du pays, et le rabâchage de la théorie du complot d’un « grand remplacement » des Américains par des migrants, en ont été, une fois encore, le ressort. Il a été revendiqué et assumé comme tel dans le manifeste glaçant laissé, selon toute vraisemblance, par le tueur de Buffalo avant son équipée meurtrière, qui confirme également la virulence de l’antisémitisme au sein de cette extrême droite américaine.

Le directeur du FBI, Christopher Wray, a dressé le constat indiscutable de cette menace depuis longtemps, sans être en mesure de lutter contre le climat dans lequel s’inscrivent ces crimes de haine. Si les groupuscules suprémacistes appartiennent à l’histoire sombre de la violence politique américaine, ils bénéficient en effet de l’hystérisation en cours, portée principalement par une frange radicalisée du Parti républicain. En alimentant la surenchère sur l’immigration, cette hystérisation interdit les compromis difficiles qui, seuls, pourraient doter les Etats-Unis d’une politique à la fois équitable et efficace.

Délitement

Donald Trump, tout au long de son mandat, a entretenu puissamment cette dérive, par ses diatribes xénophobes comme par son incapacité à nommer le mal lors des affrontements de Charlottesville (Virginie), opposant des suprémacistes blancs à des antiracistes, dès son arrivée à la Maison Blanche, en 2017. Il a en outre activement participé au déclin des normes démocratiques, à la désignation de l’adversaire comme un ennemi à abattre, au point qu’une minorité républicaine significative juge désormais légitime le recours à la violence en politique.

L’assaut donné par certains de ses partisans contre le Capitole, en janvier 2021, et l’obstination des républicains du Congrès à empêcher le travail d’une commission d’enquête permettant de mettre au jour d’éventuelles complicités entre les émeutiers et l’entourage de l’ancien président sont autant de signes supplémentaires de ce délitement.

Les responsabilités ne sont d’ailleurs pas uniquement politiques. Chaque soir, le polémiste incendiaire de Fox News, Tucker Carlson, entretient la haine de l’étranger tout en niant la menace constituée par les suprémacistes, avec l’assentiment des propriétaires de la chaîne conservatrice, la famille Murdoch. En permettant la diffusion massive de l’attaque terroriste de Buffalo, filmée en direct par son auteur présumé, certains réseaux sociaux ajoutent une ultime couche d’inconscience à ce désastre.

Cette spirale est d’autant plus dramatique qu’elle se déroule dans un pays livré à une autre fièvre, celle des armes à feu, et à son lot de fusillades de masse. Là encore, le Parti républicain est à la manœuvre, en faisant obstacle à toute législation qui permettrait d’encadrer le marché des armes tout en respectant l’amendement de la Constitution qui défend ce droit. Il ferraille y compris en s’opposant aux mesures les plus consensuelles, soutenues par une majorité écrasante des citoyens des Etats-Unis. Les effets dévastateurs de cet empoisonnement des esprits se comptent, hélas, en vies humaines.

Le Monde

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