« Ce que pensait le Maître Zadi Zaourou de Gbagbo » (par Tiburce KOFFI)

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« Je veux rentrer dans l’histoire »

« En fait, Zadi et Wodié étaient des théoriciens de la politique et non des conquérants de pouvoir. Mon Maître m’a fait des révélations sidérantes sur Gbagbo à ce propos : ses rêves de domination, de « devenir quelqu’un ».
Le Maître m’a rappelé une phrase obsessionnelle que répétait Laurent Gbagbo : « Je veux rentrer dans l’Histoire ». Et lui de lui répondre : « L’essentiel n’est pas de rentrer dans l’Histoire ; mais de savoir choisir la porte par laquelle on y entre et celle par laquelle on en ressort. »
Cette révélation m’a beaucoup marqué dans mon rapport aux faits et choses qui me propulsent parfois au-devant de l’actualité, faisant de moi un petit héros de quartier. C’est tout cela qui me fait rester aujourd’hui dans l’ombre et me fait observer le silence et beaucoup d’humilité sur ce qui se passe dans mon pays et en moi… Au point où ça me dérange vraiment quand on m’appelle « Maître ». Cette grandeur m’effraie…
C’est quand je suis à l’extérieur (comme en ce moment) que j’ose intervenir sur quelques réseaux. Juste pour être en contact avec le pays, les amis, la famille…
À mon avis, le mal qui ruine cet homme, c’est ce pathos de la célébrité qu’il abrite en lui et lui colle à la peau comme le manteau de Nessus. C’est une vraie maladie. C’est sérieux.
(…) »

Tiburce Koffi, écrivain, journaliste et homme de culture

Ce que pensait le Maître Zadi Zaourou de Gbagbo

« Cet homme aime le pouvoir. C’est son fantasme le plus profond, le moins susceptible d’être guéri donc. Il est prêt à tout pour le pouvoir. Mourir sur le trône ! Accéder à la momification par une mort glorieuse en pleine guerre. Les Français ont compris que c’était la dernière erreur à ne pas commettre : agrandir le panthéon des héros et martyres africains – l’extraordinaire survivance de Sankara les hante !…
Cet homme s’imagine super héros africain, oint de Dieu et venu pour désenchaîner la race noire. Ses fans (qu’il a pris soin de zombifier) disent alors qu’il mène un combat pour la libération de l’Afrique. Je leur demande souvent s’ils croient que l’Afrique se réduit à Yopougon ! En matière de combat autonomiste, que peut-il apprendre, lui, aux africains anglophones et arabophones… et même aux combattants francophones ? La guerre d’Algérie fut-elle un théâtre de poche ? La révolte des Mau Mau est-elle une invention ? Les résistants akyé relèvent-elles de la fiction ? Walter Sisulu, Oliver Tambo, Sékou Touré… n’ont-ils pas existé ? Sankara fut-il une illusion ?
En réalité, il vit dans le mythe dangereux d’une Afrique malheureuse et dominée qu’il s’imagine être élu pour amener à la délivrance, comme Moïse, le peuple hébreu : c’est le mythe pathétique du guide libérateur inspiré par Dieu. D’où son recours à la fois systémique et instinctif à la religion et aux forces obscures…
C’est de lui que le Maître parle dans sa célèbre « Chronique des temps qui tanguent » et dans « Fer de lance » (Livre 3). Il le nomme Hermès… Il y a un passage où le Maître l’interpelle en ces termes : « … Tu as l’As et le joker… toutes les cartes. Mais pourquoi, fils de Maïa, forniques-tu avec la lèpre ? » Le Maître y parle de « folie rageuse qui ravage les foules… »
Il y a tant à dire sur cette tragédie ambulante ! J’ai mal quand je l’observe et le lis. C’est un homme tellement gentil, adorable. Mais l’obsession du pouvoir et de la célébrité lui ont empoisonné l’âme. C’était un poète et un musicien. Le frère jumeau que je n’ai pas eu. La politique a fait de lui une bête. Dommage !
(…) »

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