FRANCE-Un vaste coup de filet international permet le démantèlement d’un trafic de cocaïne via des sacs de sucre venus de Colombie

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Vingt-deux tonnes de sucre ont été saisies en région parisienne et dix-huit personnes interpellées en France, en Espagne et à Dubaï.

Tout commence en juin 2021, lorsque l’antenne niçoise du service d’enquêtes judiciaires des finances se trouve saisie d’un dossier de fraude au chômage partiel. Une société, implantée à Créteil et sans aucun salarié, ne cotise pas à l’Urssaf mais n’en a pas moins sollicité une aide de l’Etat pour 42 salariés. Un signalement est adressé au parquet de Créteil, finalement dessaisi au profit de Nice, où est domiciliée l’entreprise. Le préjudice est estimé à 120 000 euros, un montant certes minime au regard d’autres malversations constatées en pleine période de pandémie de Covid-19. Mais au fur et à mesure de leurs investigations, les douaniers remontent un fil plus solide : l’entreprise ciblée apparaît liée à plusieurs autres sociétés du même type, dont l’identité des gérants a été usurpée.

Plusieurs des protagonistes placés sous surveillance utilisent notamment une application baptisée « On/off », qui permet de générer des numéros de téléphone rapidement et apparaissait déjà dans de précédentes affaires d’escroquerie du même type. Les douaniers enquêteurs sont convaincus que ces différentes coquilles vides servent avant tout à blanchir de l’argent, des fonds provenant en particulier de la contrebande de tabac. La surveillance de l’équipe de malfaiteurs qui semble animer ce réseau et un échange d’informations avec les services spécialisés colombiens permettent ensuite de déjouer une importation de 600 kg de cocaïne en saisissant le produit dans le port de Carthagène, en Espagne. Puis les autorités belges mettent au jour 12 tonnes de tabac de contrebande à Anvers (Belgique), dont le trafic est lié à ce même réseau.

Argent liquide et pierres précieuses

Les investigations techniques, toujours en cours, permettent ensuite de comprendre qu’une importante importation de cocaïne est envisagée. La marchandise doit être acheminée grâce à un astucieux procédé : mêlée à une importante quantité de sucre à bord d’un navire cargo en provenance d’un port colombien. Jeudi 5 mai, le service d’enquêtes judiciaires des finances et les services de l’office anti-stupéfiants, saisis par trois juges d’instruction de la Juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée, mènent un coup de filet, assistés de services de police étrangers en Espagne et à Dubaï.

Après de minutieuses surveillances, dix personnes sont arrêtées en France, dont six sont placées en détention ; sept autres le sont en Espagne, et une dernière à Dubaï. Près de 22 tonnes de sucre conditionnées dans 900 sacs sont saisies à Thiais (Val-de-Marne), après que la cargaison a été déchargée au port du Havre (Seine-Maritime). Le tuyau récolté par les enquêteurs était exact : à l’intérieur de certains sacs, des traces de cocaïne montrent que le produit a bien été mélangé au sucre.

Des prélèvements effectués dans 80 sacs montrent qu’au moins un huitième de la cargaison totale a été contaminé, dans des proportions variant entre 3 et 15 %. Les perquisitions menées aux domiciles des suspects, dont la plupart sont défavorablement connus des services de police pour des affaires liées au trafic de stupéfiants, révèlent également la présence de sommes d’argent liquide – plutôt faibles, entre 6 000 et 7 000 euros –, mais aussi des pierres précieuses, dont des émeraudes.

Un expert en chimie colombien

La justice française s’intéresse de près au profil de deux personnes interpellées en Espagne : un père et son fils, tous deux ressortissants colombiens, arrivés le 17 mars à Barcelone en compagnie de deux de leurs compatriotes, où ils avaient rejoint trois autres Colombiens déjà implantés dans le pays. Le père, âgé de 62 ans, est considéré comme le bras droit du chef d’une organisation criminelle basée à Tulua, une ville située au nord-est de Cali. En 2012, il avait été interpellé à Bogota en même temps qu’Andrès Vieda Duque, tête de pont du redoutable cartel du Golfe mexicain en Colombie. Il est considéré de longue date comme un expert en chimie, une compétence pointue qui lui permet non seulement de dissimuler la drogue à l’intérieur de marchandises anodines, mais encore de l’en extraire une fois la cargaison parvenue à bon port.

Le réseau avait d’ailleurs procédé à un envoi test pour vérifier l’efficacité de la solution d’extraction mise en œuvre par l’équipe colombienne – une opération couronnée de succès, estimaient alors les trafiquants. Si les investigations n’ont pas permis de découvrir à ce jour de matériel destiné aux opérations de filtrage, ni de laboratoire équipé, ce modus operandi confirme toutefois les analyses menées ces derniers mois par Europol, qui notait une tendance croissante à la transformation de la cocaïne directement sur le sol européen.

Quant à la personne interpellée par la police dubaïote sur demande de la France, il s’agit d’un homme de 42 ans, soupçonné d’être derrière le réseau de sociétés à l’œuvre dans l’affaire et d’avoir permis le blanchiment de plusieurs millions d’euros. Il est bien connu de la justice : en 2018, il avait été condamné pour blanchiment aggravé, en appel, à trois ans de prison et 400 000 euros d’amende dans le volet marseillais de la gigantesque fraude à la TVA sur le marché du carbone. Au cours de l’enquête, il s’était présenté comme un entrepreneur dans le secteur de la conciergerie de luxe.

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