Affaire Tariq Ramadan : une nouvelle expertise conclut à une emprise psychologique de l’islamologue sur les plaignantes

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Alors qu’une première expertise psychiatrique avait été annulée pour « vice de procédure », la seconde analyse, que franceinfo a pu consulter vendredi, conclut à un schéma répétitif mis en place par Tariq Ramadan pour tirer profit d’une emprise sur ces femmes.

Un mécanisme systématisé d’emprise de la part de Tariq Ramadan sur ses victimes : voilà ce qu’ont constaté trois experts psychiatres qui ont examiné plusieurs des cinq femmes ayant déposé plainte contre l’islamologue pour viol. franceinfo a pu consulter vendredi 29 avril ces expertises, versées au dossier à la toute fin de l’instruction, clôturée au cours du mois après quatre ans d’investigations.

Les trois experts, dont le renommé Daniel Zagury, ont identifié un schéma répétitif de la part de Tariq Ramadan pour construire et tirer profit d’une emprise sur ces femmes, qui sont toutes des admiratrices au départ. Ils évoquent « une effraction dans le psychisme d’une autre personne pour contrôler son comportement, […] exercer tout pouvoir dans la relation et cela sans tenir compte du désir de l’autre ». Ce mécanisme fait penser à celui des gourous.

Un déroulé similaire pour plusieurs victimes

Ainsi, les experts ont relevé des points communs entre les récits de plusieurs plaignantes. À chaque fois, le religieux commence par « hameçonner » ces femmes sur les réseaux sociaux. Toutes sont en admiration devant lui – voire le vénèrent – et lui ont envoyé un message, par exemple pour lui souhaiter une bonne année. Suivent des échanges anodins, puis plus intimes. Les jeunes femmes sont flattées et se sentent valorisées par l’attention que leur porte l’homme public. Elles acceptent avec plaisir une rencontre, qui représente à chaque fois un choc et un tournant dans la liaison.

En effet, là où ces femmes espèrent une relation affective ou amoureuse et peut-être même du plaisir sexuel, elles racontent toutes une relation sexuelle immédiate, au bout de quelques minutes à peine. Celle-ci est décrite comme ultra-violente, brutale et humiliante. Les femmes disent l’avoir vécue comme non-consentie mais ne parviennent pas à s’y opposer. Cette relation crée souvent un traumatisme.

L’ambivalence des victimes, un signe d’emprise pour les experts

Tarif Ramadan affirme que les plaignantes mentent et dénonce un complot. Alors qu’il avait au départ nié toute relation sexuelle avec les plaignantes, il a admis pendant sa détention provisoire qu’il avait bien eu des relations avec ces femmes mais que celles-ci étaient consentantes. Il s’appuie dans ses déclarations sur le fait que les plaignantes ont poursuivi les échanges de messages avec lui après les rapports qui font l’objet de la procédure judiciaire. L’une d’elle l’a même revu plusieurs fois.

Or, selon les trois experts psychiatres, cette ambivalence des victimes fait précisément partie du mécanisme d’emprise psychique et de domination. « On n’abat pas la statue d’une idole en un jour. On ne transforme pas en quelques heures le héros absolu en malfaisant », affirment-ils. Les plaignantes justifient la poursuite des échanges par la volonté de ne pas provoquer de nouvelles violences ou menaces de la part de l’islamologue ou l’espoir d’une évolution de la relation vers quelque chose de plus normal, moins violent.

Un scénario sexuel « annoncé » à l’avance

Les avocats de Tariq Ramadan fustigent ces documents et déplorent le fait que l’islamologue n’a pas été entendu par les médecins qui ont expertisé les plaignantes. « Lorsqu’on lit le dossier, les SMS antérieurs ou postérieurs [aux relations sexuelles], les photos que certaines envoient d’elles-mêmes, on se dit : comment peut-il y avoir eu viol ? Comment peut-on considérer qu’on a été violée et quelque part – si vous me permettez l’expression – y retourner ? », s’agace maître Pascal Garbarini, l’un des cinq conseils de l’islamologue. Il assure par ailleurs que « le scénario du jeu sexuel […] avait été annoncé » aux femmes, écartant ainsi la possibilité de « surprise ».

L’emprise établie par les experts psychiatres peut-elle être considérée comme une contrainte, ce qui pourrait permettre de caractériser pénalement l’infraction de viol ? Ce sont les juges qui en décideront, en renvoyant ou non le dossier devant une cour d’assises dans les prochains mois.

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