Venance KONAN à GBAGBO: «Opah ressasse seul tes rancœurs et laisse-nous avancer.»

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Laurent Gbagbo a donc été dire « Yako » aux populations de l’ouest, précisément aux Wè, chez qui il y eut de grandes tueries durant la crise que nous avons connue de 2002 à 2011. Et comme à son habitude, il a fait ce que j’appellerais du populisme facile, c’est-à-dire travestir les faits, dire des choses pas vraies, mais qui peuvent lui attirer la sympathie de son auditoire qui généralement n’est pas très informé, tout en l’irritant contre le pouvoir. Qu’a-t-il dit à Duékoué ? Citons quelques extraits de son discours : « Pour un petit conflit de dispute post-électorale, y a un qui dit c’est moi qui ai gagné, l’autre dit c’est moi qui ai gagné, et ça a fait tous ces charniers que nous avons visités ? Ça a fait tous ces morts ? Je ne comprends pas encore. Peut-être qu’un jour je comprendrai. Je souhaite qu’un jour je comprendrai. Il y a eu un moment où la Côte d’Ivoire est devenue folle. Où les ivoiriens sont devenus fous, pour que tous ces morts soient morts. C’est impensable. Même aujourd’hui, douze ans après on trouve que c’est impensable. » Oui, c’est impensable. Laurent Gbagbo, le Woudy de Mama ne comprend pas ? Tous les Ivoiriens ne sont pas devenus fous. Il y en a eu un seul qui est devenu fou et a causé la mort de milliers de personnes. Rafraichissons la mémoire au Woudy. Lorsqu’il a déclaré qu’il ne reconnaissait pas la victoire de son adversaire Alassane Ouattara, de novembre 2010 à mars 2011, c’était son armée et ses milices qui régentaient la vie à Abidjan et dans la partie du pays qu’il contrôlait. Ce sont eux qui ont tué, souvent dans des conditions atroces, des centaines de personnes. Chaque jour, l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) tenait le compte des personnes tuées par l’armée et les miliciens. Qui a tué le colonel Dosso ? Qui a tiré sur les femmes qui voulaient marcher à Abobo ? Qui a tiré à l’arme lourde sur un marché à Abobo, obligeant l’ONU à adopter une résolution appelant à détruire ces armes. Où a-t-on trouvé les corps de Guy Lambelin et de ses compagnons d’infortune enlevés à l’hôtel Novotel ? Au palais présidentiel. Qui a fait venir des miliciens libériens en Côte d’Ivoire à cette époque ? Qui a stocké une quantité inouïe d’armes au palais présidentiel ? Tout ça c’est toi, Gbagbo ! Pourquoi l’as-tu fait ? Avant que les forces de Guillaume Soro n’entrent dans le conflit, l’ONUCI avait dénombré plus de mille morts. Qui en est responsable ? C’est évidemment toi, Opah ! Et aujourd’hui tu oses dire devant les Wè que tu ne comprends que pour ce que tu appelles une simple dispute post-électorale il y ait eu autant de morts ? Tu te moques des Wè. Mais, à quoi t’attendais-tu lorsque tu armais les milices de l’ouest que tu avais créées et armées, lorsque tu faisais venir les tueurs libériens, lorsque tu semais la haine dans les cœurs des populations de cette région ? Opah, aujourd’hui les Wè et tous leurs frères ivoiriens des autres régions rêvent d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Une histoire sans haine, sans morts d’hommes et de femmes, sans sang versé. Opah ressasse seul tes rancœurs et laisse-nous avancer.

Le lendemain à Guiglo, Gbagbo s’est plaint que l’on fasse beaucoup d’investissements à Abidjan et que l’on n’en fasse pas autant dans le reste du pays. Je crois que le Woudy ferait mieux de sortir un peu plus souvent d’Abidjan et surtout des vieux schémas qu’il a construits dans sa tête. Qu’il regarde déjà autour de son village de Mama et il verra tout ce qui a été fait par le pouvoir de Ouattara dans sa région à lui. Aujourd’hui, même les adversaires les plus farouches de Ouattara qui sont de bonne foi reconnaissent que tout le pays est en chantier. Il y a des nouvelles routes partout. Des ponts aussi. De nombreux barrages ont été construits et des milliers de villages ont été électrifiés et sont raccordés au réseau d’eau potable. Opah, va par exemple jusqu’au village de Nady, et tu verras l’état des routes que tu emprunteras et tu les compareras à celles qui existaient du temps de ton pouvoir. Tu dis que tu avais signé un accord avec Blaise Compaoré pour que l’autoroute aille jusqu’à Ferké. Elle est en construction. Va au-delà de Yamoussoukro et tu la verras. Opah je ne peux pas citer ici tout ce qui a été réalisé et est en train d’être fait dans tout le pays. Mais je dirai deux mots de l’école dont tu as parlé. Opah, qui a tué l’école ivoirienne ? Soyons un peu sérieux ! Qui a installé une véritable mafia appelée Fesci au sein des universités qui rackettait, violait, tuait, battait les enseignants, bloquait les cours selon son bon plaisir… Gbagbo, tout le monde peut critiquer notre école mais pas toi, ni ton pouvoir d’enseignants. Tu ne l’as peut-être pas remarqué mais on est en train de construire plusieurs universités, des CHR, des centres de santé dans tout le pays. Mais il n’y pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Terminons sur le discours de mon papa Bédié à l’occasion des 76 ans du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Il a dit : « comme un don du ciel, notre vieux parti est encore plus jeune que jamais. Le PDCI n’a pas pris une ride et il est encore plus solide que jamais. » Bon, chacun se console comme il peut. Nous constatons, nous, que le PDCI s’est tellement rétréci qu’actuellement il se résume essentiellement au pays baoulé. Oui, là-bas il est très solide, c’est vrai. Mon papa a aussi dit : « Moins de deux années seulement après la dernière crise de l’élection présidentielle que nous avons subie et qui nous a laissé son lot de traumatisme, le PDCI-RDA, grâce à votre détermination, a résisté comme un roc aux vents contraires. » Rappelons à papa que c’est lui qui a lancé un mot d’ordre de boycott actif, que ce sont ses militants qui ont installé des barrages un peu partout dans son fief, qui ont cassé les urnes et tiré sur des convois de ministres. Papa, qui a mis ces fusils que nous avons tous vus entre les mains de tes militants ? Ils sont sortis d’où ? Là aussi c’est faire du populisme facile que de vouloir jouer à la victime lorsque l’on a soi-même allumé le feu. Mais, écrivons une nouvelle page de notre histoire. Cependant, n’oublions rien et ne falsifions pas ce qui s’est passé. Les témoins sont encore présents. Et nous en faisons partie.

Venance KONAN

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