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Pour Manuel Valls, il n’y a « aucune raison » de donner la nationalité française à Tariq Ramadan

Le message ne pouvait pas être plus clair. Le Premier ministre Manuel Valls affirme dans une interview accordée samedi 21 mai à Radio J, une radio communautaire juive, qu’il n’y a « aucune raison » pour que Tariq Ramadan, l’islamologue controversé de nationalité suisse, obtienne la nationalité française comme il l’a demandé.

« Il n’y a aucune raison pour que M. Tariq Ramadan obtienne la nationalité française. Quand on aspire à être Français, c’est qu’on aspire à partager des valeurs ». Or, le message de M. Ramadan est « contradictoire » avec les valeurs de la France, insiste Manuel Valls dans cet entretien enregistré à Matignon avant son départ pour un déplacement en Israël et dans les Territoires palestiniens, et qui sera diffusé dimanche après-midi.

Le Premier ministre dénonce également « l’islamo-gauchisme », une expression que « je reprends de Jean-Marie Le Guen », secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, précise-t-il.

« L’islamo-gauchisme » de Ramadan et Clémentine Autain

Selon lui, « il y a toujours ces capitulations, ces ambiguïtés, avec Les Indigènes de la République, les discussions avec Mme Clémentine Autain (porte-parole d’Ensemble!, ndlr) et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».

L’appel « Nous sommes les Indigènes de la République », qui voulait dénoncer les discriminations dont sont « victimes les minorités ethniques », a donné naissance en 2005 à un mouvement politique aujourd’hui controversé. Il a été lancé par des militants communautaires proches de Ramadan, ainsi que des associations altermondialistes. Clémentine Autain, d’abord signataire, finit par se retirer du mouvement après la signature de Tariq Ramadan.

La porte-parole d’Ensemble! n’a pas manqué de réagir aux propos du Premier ministre, affirmant à l’AFP qu’elle porterait plainte contre Manuel Valls, si le Premier ministre ne lui présentait pas ses « excuses » pour les « propos mensongers » tenus à son encontre. « Il faut que cela cesse », a-t-elle insisté.

« Je n’ai jamais rencontré personnellement Tariq Ramadan, ni partagé de tribune avec lui. Ces accusations ineptes visent à dire que moi-même, et à travers moi ma famille politique, seraient le terreau du terrorisme », a dénoncé Clémentine Autain. « Il est le Premier ministre et doit donc garantir le débat démocratique » au lieu de l' »évacuer, par les mensonges et les insultes. Nous posons la question sur ce qui est efficace pour combattre le jihadisme ».


Tariq Ramadan va demander la nationalité française

En plein débat sur l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution, l’universitaire suisse Tariq Ramadan a annoncé son intention de demander la nationalité française. « Je vais déposer ma demande et mon dossier ces prochains jours », assure l’islamologue dans un message publié sur son compte Facebook jeudi 4 février.

« A l’heure où l’on parle, avec quelque désordre et fracas, de la déchéance de la nationalité, je pense qu’il est bon de donner un exemple concret et positif d’adhésion aux valeurs de la République », explique Tariq Ramadan. « Je n’en poursuivrai que mieux mon engagement pour le vivre-ensemble, pour ce nouveau nous que j’appelle de mes voeux », continue-t-il.

Un auteur controversé

L’universitaire d’origine égyptienne, auteur de nombreux ouvrages sur l’islam, est régulièrement invité à débattre dans les médias, ce qui lui vaut d’être parfois considéré comme un polémiste controversé et accusé de tenir un double discours au sujet de la place de l’islam en France.

Dans une tribune publiée sur le HuffPost après les attentats de janvier 2015, le journaliste Mohamed Sifaoui écrivait: « Ce qui est ennuyeux avec le chafouin islamiste c’est qu’il ne comprend pas qu’il gagnerait, parfois, comme dirait Wolinski, à fermer sa gueule au lieu de nous servir ses litotes voilées, car lorsque l’on est républicain et progressiste, on est souvent d’accord avec la première partie de ses phrases et jamais avec la suite ».

La journaliste Caroline Fourest a quant à elle estimé, dans un livre publié en 2004,Frère Tariq, que celui qui est le petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans est « l’un des émissaires les plus dangereux, assurément le plus efficace » de la confrérie comme le rappelle Le Monde.

Tariq Ramadan s’est défendu de ces accusations, notamment dans un article de Slate publié en décembre: « Dire que j’ai un double discours revient à dire que le discours musulman est du domaine de l’altérité: s’il est trop audible et trop clair, il faut le parasiter en lui supposant un autre sens », répondait-il.

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