PARTAGER
Surprenante pluie et sacrés ronds-points !
Surprenante pluie et sacrés ronds-points !

Surprenante pluie et sacrés ronds-points ! Par Venance Konan

Venance Konan

« Depuis que la Côte d’Ivoire est la Côte d’Ivoire, et même avant, chaque année, à la même période, il pleut abondamment sur la ville d’Abidjan. Et chaque année, les mêmes quartiers, les mêmes rues sont inondées. Les mêmes taudis situés toujours aux mêmes endroits s’écroulent. Les mêmes caniveaux débordent. Et parfois des gens meurent. Mais chaque année, nous sommes surpris. Donc, cette année encore, malgré les prévisions météorologiques, nous avons été fort surpris par la pluie. C’est pour cela que des rues ont été coupées, des habitations inondées et tous les désagréments que nous avons connus. Et comme l’année prochaine à la même période, il y aura de fortes pluies, apprêtons-nous maintenant à être surpris. »

C’est le début de la chronique intitulée « Nous sommes trop forts » que j’avais écrite le 23 juillet 1999 dans Fraternité Matin et qui se trouve à la page 127 de mon livre « Nègreries ». Nous sommes en 2017. 18 ans après. Et la pluie continue de nous surprendre chaque année au mois de juin. L’année prochaine, de nombreuses rues de la Zone 4, de Koumassi, de la Riviera Palmeraie, de Yopougon, d’Abobo, de Treichville, de Bingerville, les mêmes auxquelles se seront ajoutées de nouvelles, seront inondées, nous publierons des photos spectaculaires dans nos journaux, on déplorera quelques morts, et après la pluie on aura tout oublié.
En attendant la prochaine surprenante pluie.
Pour cette année, nous en sommes pour le moment à pester contre l’État qui « ne fait rien » ou plutôt qui « laisse les gens construire n’importe comment », et à nous quereller sur le nombre de morts. Pour le moment l’État a d’autres mutins, pardon, d’autres chats à fouetter, et c’est à nous de prendre notre destin en main.
À Bingerville, dans un quartier qui a été inondé, et qui l’est à chaque pluie, l’on nous a parlé d’un mur qui serait la cause de tous les problèmes en faisant barrage à la circulation de l’eau. Faut-il vraiment attendre l’État pour faire tomber ce mur, ou pour y faire des trous qui laisseraient l’eau circuler ?
Nos mairies, surtout celles qui sont régulièrement inondées pendant la saison des pluies, ne pourraient-elles pas par exemple, chaque année, au mois d’avril ou mai, curer nos caniveaux ? Cela les ruinerait-il ? Ou bien nous n’avons pas encore retenu que chaque année il pleut abondamment au mois de juin ? Eh bien, messieurs et mesdames les maires des communes d’Abidjan, je peux vous garantir que l’année prochaine, au mois de juin ou peut-être un peu plus tôt, en mai, il y aura de fortes pluies sur vos communes.
Je me ferai le plaisir de vous le rappeler au mois d’avril prochain pour que vous preniez toutes dispositions utiles afin de limiter les dégâts. En dehors des maires, nous-mêmes pouvons prendre aussi certaines précautions pour éviter tous les désagréments que nous cause la pluie. Curer les caniveaux, abattre des murs qui empêchent la circulation de l’eau, dénoncer les propriétaires des maisons construites sur des caniveaux ou empêcher la construction de ces maisons sont des actions qui sont aussi à notre portée.
Mais la réalité est que, simples individus, édiles municipales, gouvernants, nous sommes tous fabriqués des mêmes matériaux : ceux de l’insouciance, de l’inconscience, de l’imprévision, de l’absence de planification. Même lorsque nous avons les outils pour éviter l’arrivée de certains problèmes, nous attendons cependant qu’ils arrivent d’abord, avant de chercher à les régler dans la précipitation.
Terminons en parlant d’autre chose. Observez les ronds-points que nous avons construits récemment sur certaines de nos routes. Prenez les deux situés aux deux bouts de la voie rapide de Grand-Bassam, celui du carrefour Akwaba à Port-Bouët, celui du carrefour Mel à la Riviera 3, celui situé près du nouveau camp d’Akouédo sur la route de Bingerville, et celui baptisé Alassane Ouattara à la Riviera Bonoumin. Ils ont tous en commun le fait qu’ils sont en partie détruits. Ils ont été fracassés par des chauffards. Comment fait-on dans les autres pays où il y a autant, sinon plus de chauffards que chez nous, pour que les ronds-points ne soient pas régulièrement détruits ?
Apparemment aucun constructeur de rond-point de chez nous ne s’est dit qu’il était possible de procéder autrement. Je ne sais pas combien de fois la clôture du rond-point Akwaba a été cassée et réparée. Personne ne s’est demandé s’il n’était pas plus simple de ne pas mettre de mur. Mais je crois que le plus simple serait d’aller voir comment les autres font. Non ?
Venance Konan

REAGISSEZ A CET ARTICLE

Laisser un commentaire