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Déni systématique, absence de regrets et d'excuses, telle semble la ligne de défense adoptée par l'ex-Première dame de Côte d'Ivoire, Simone Gbagbo, à son procès en assises, ouvert il y a une semaine à Abidjan.
Déni systématique, absence de regrets et d’excuses, telle semble la ligne de défense adoptée par l’ex-Première dame de Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo, à son procès en assises, ouvert il y a une semaine à Abidjan. Lundi dernier, à la barre, l’égérie du Front populaire ivoirien (FPI) a balayé du revers de la main, toutes les accusations portées contre elle. D’un côté, elle a soutenu, sur l’assassinat des femmes d’Abobo par exemple,  que « ce crime n’a pas existé et que c’était une pièce de théâtre », et de l’autre, elle a nié la présence de mercenaires et autres miliciens à la solde de son mari sur le terrain des combats. Elle a aussi rejeté tous les clichés de « femme ambitieuse, autoritaire, qui régentait le pouvoir à la place de son mari ». En clair, Simone Gbagbo ne reconnaît aucune responsabilité dans les tueries, d’autant, dit-elle, qu’elle n’avait aucun pouvoir de décision, en tant qu’épouse du chef de l’Etat.
Il y a bel et bien eu morts d’hommes en Eburnie
Mais, pouvait-on s’attendre à autre chose quand on sait que celle qui est poursuivie pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a plaidé non coupable dès le départ ? Qu’elle se défende de n’avoir pas commis ces crimes, soit ; mais qu’elle tende à remettre en cause la mort de certains Ivoiriens comme les femmes d’Abobo, en l’assimilant à une mise en scène, cela dépasse l’entendement. Dans quel monde était Simone Gbagbo ? C’est à croire qu’il ne s’est jamais rien passé en Côte d’Ivoire, ou à la limite, que l’on navigue dans un mauvais film de science fiction où les acteurs n’ont aucune responsabilité. Et pourtant, il y a bel et bien eu morts d’hommes en Eburnie, parfois de façon cruelle et abominable, dans cette horrible crise post-électorale qui a laissé sur le carreau pas moins de trois mille macchabées. Les « escadrons de la mort » qui ont défrayé la chronique en son temps, ce n’est pas de la pure invention. Et les familles des victimes sont toujours là, bien réelles et dans la douleur. Elles veulent comprendre, veulent justice, pour pouvoir enfin faire leur deuil. A la décharge de Simone, elle ne doit pas être seule à payer, car, des morts, il y en a eu dans les deux camps, et il faut que tous ceux qui ont fauté, payent. Mais en attendant, chacun doit payer pour ses crimes. Et celle dont on dit qu’elle avait érigé une chapelle dans sa résidence devrait, en tant que croyante, soulager quelque peu sa conscience, en attendant le jugement dernier auquel personne, de toute façon, n’échappera. Que ce soient les vainqueurs ou les vaincus. A moins que Simone n’ait finalement choisi de fuir la justice des hommes, en attendant celle de Dieu. En tout état de cause, Simone Gbagbo aurait été, à bien des égards, beaucoup plus crédible en reconnaissant sa part de responsabilité et en faisant montre de contrition. Mais la stratégie du déni total, du rejet en bloc qu’elle a adoptée pour sa défense, est en passe de déteindre négativement sur la graine de sympathie qui commençait à naître chez bien des observateurs de ce feuilleton politico-judiciaire mélodramatique. Et c’est à se demander si sa façon de sourire,  ses expansions  spectaculaires, à chacune de ses comparutions, ne sont pas vécues comme une façon de narguer les parents des victimes. Toute chose qui ne peut que renforcer l’image de méchanceté de ce personnage. Tout cela n’aide pas à la manifestation de la vérité.
La concomitance des deux procès ne semble pas anodine
Du reste, qu’a-t-elle encore à perdre, d’autant plus qu’elle a déjà été condamnée à 20 ans de prison ferme pour atteinte à la sûreté de l’Etat ? A moins que tout cela ne participe finalement d’une stratégie minutieusement préparée et coordonnée pour la défense de l’ex-couple présidentiel, car il ne faudrait  pas perdre de vue que ce qui se passe à la Haye, avec le mari Laurent Gbagbo qui est poursuivi pour les mêmes crimes devant la Cour pénale internationale (CPI), est intimement lié à ce qui se passe à Abidjan, avec l’épouse Simone que le président Ouattara a décidé de ne pas livrer à la CPI. Au demeurant,  la concomitance des deux procès ne semble pas anodine. De toute évidence, Abidjan suit avec intérêt ce qui se passe à La Haye, et à la CPI, on suit également avec intérêt ce qui se passe sur les bords de la lagune Ebrié. Et quand on sait que la défense de l’ex-président ivoirien s’inscrit dans la même logique de dénégation, ceci pourrait donc bien expliquer cela. Il est donc clair que Simone ne peut pas avouer ce que son mari nie, et vice versa. Autrement, il y aurait une sorte d’incohérence qui pourrait se révéler fatale pour le couple. En tout état de cause, l’on est finalement porté à croire qu’au-delà des témoignages, il ne reste plus aux jurés que leur conviction intime pour juger de la culpabilité ou non de Simone Gbagbo.
Auteur: le pays

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