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Simone et Laurent Gbagbo

« On est fondé à penser que le couple Simone et Laurent Gbagbo et ses complices, s’estiment injustement accusés parce qu’ils ont en effet oublié, au sens propre du terme, les crimes affreux qu’ils commanditèrent et firent commettre par leurs hommes de mains. »

Simone Gbagbo ne reconnait pas l’acte de l’accusation. « Je ne reconnais pas les faits », a-t-elle déclaré sous diverses formes tout au long de son procès. A l’en croire, les accusations sont des affabulations construites à partir de scènes montées de toute pièce par ses adversaires, par la France, par Nicolas Sarkozy, par la Communauté internationale, par l’ONU, par les forces néocolonialistes, et par les USA où elle avait pourtant pris ses quartiers dans le milieu évangélistes.

Par Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Simone Gbagbo, la prétendue combattante de la liberté, la responsable politique, se veut pourtant innocente de toute responsabilité politique envers ses populations dans les massacres survenus dans son pays. Les dénégations de l’accusée, les manœuvres dilatoires des avocats, payés pour soustraire leur client au couperet du glaive de la justice, ne font donc pas illusion.

Le déterminisme historique peut constituer une circonstance atténuante. Il n’excuse néanmoins aucun crime quand les faits sont établis par des preuves. Dans les situations de massacres de grande ampleur, il ne disculpe pas l’accusé surtout quand ce dernier est un responsable politique de premier plan qui a tenu des discours incendiaires poussant au crime comme l’ont fait Simone et Laurent Gbagbo et Blé Goudé. Tous les magistrats judiciaires le savent. Le négationnisme, la posture de la bravade et de la provocation sont dans ce cas une circonstance aggravante.

Au tribunal de Nuremberg, les criminels nazis eurent une attitude plus digne et plus responsable conforme à leur conviction de racistes invétérés. Assumant les conséquences de leur racisme meurtrier, ils acceptèrent en grande majorité les verdicts judiciaires et les sentences pénales qui les frappèrent: les lourdes peines de prison et la mort par pendaison.

Laurent et Simone Gbagbo, le couple diabolique et leur complice Blé Goudé n’ont, eux, qu’une idée en tête: sortir au plus vite de la prison pour retrouver la vie dorée de farniente et de démagogue populiste entourés de leur cour de larbins et de laudateurs qu’ils affectionnent tant. Ce ne sont pas des idéalistes encore moins des héros anticolonialistes à la Salvador Allende ou à la Thomas Sankara, prêts à accepter la mort pour sauvegarder leur conviction!

Tous les ivoiriens se souviennent encore de la pitoyable esbroufe : pour épater son monde, au plus fort de la crise postélectorale qu’il avait provoquée, Laurent Gbagbo avait adopté la posture du héros anticolonialiste prêt à mourir pour ses idées. Assiégés dans la résidence présidentielle pour avoir, par amour du pouvoir, refusé d’accepter sa défaite électorale provoquant de ce fait la mort violente de milliers de ses compatriotes, il avait imploré la sauvegarde de sa vie aux forces militaires venus le mettre aux arrêts.

Cet amour démesuré de soi qui pousse les individus égocentrés à piétiner la dignité d’autrui, à oublier le bien-être du monde entier au profit du leur, à se mettre en situation d’exception pour violer la Loi, est au fondement de la schizophrénie et de l’amnésie sélective des criminels.

On est fondé à penser que le couple Gbagbo et ses complices, s’estiment injustement accusés parce qu’ils ont en effet oublié, au sens propre du terme, les crimes affreux qu’ils commanditèrent et firent commettre par leurs hommes de mains. Il est à espérer que les tribunaux pénaux d’Abidjan et de la Haye se chargent de leur rafraîchir la mémoire en leur rappelant qu’entre 2000 et 2010, ils furent bien les dirigeants de Côte d’Ivoire et qu’ils conservèrent, de manière illégitime, la main mise sur la totalité de l’appareil militaire et sécuritaire après leur défaite lors de la crise post-électorale.

Adolf Hitler, Aloïs Kaltenbrunner, Joseph Goebbels, Hermann Goering et Heinrich Himmler, ces tristement célèbres pontes du 3èm Reich Allemand, n’eurent pas besoin de tuer, de leurs propres mains, leurs victimes juives. Ils présidèrent, en tant que dirigeants politiques du 3ème Reich allemand, à leurs massacres par des tiers. Au Procès de Nuremberg, cette responsabilité politique de ces dirigeants allemands dans le génocide, détermina leur culpabilité pénale judiciaire et la pendaison subséquente de ceux d’entre eux qui avaient eu le sombre courage de ne pas se suicider à la capsule de cyanure.

L’opiniâtreté immorale, le négationnisme affligeant du couple Gbagbo et de ses complices doivent nous réveiller de notre torpeur morale et politique. L’irresponsabilité morale et politique de ces ex-dirigeants qui cherchent à échapper à la prison, après avoir condamné des milliers d’ivoirien à une mort atroce en professant un ethno-nationalisme xénophobe meurtrier et en diffusant cette idéologie meurtrière dans le corps social ivoirien, doit nous rappeler nos propres errances et nos coupables consentements. C’est un enseignement qui doit déciller nos consciences en ces temps où le discours du populisme identitaire reprend du poil de la bête.

Entre 2000 et 2010, nous avons été dirigés par des individus spéciaux d’un profil psychologique brutal que l’Histoire regroupa à un moment donné à la tête de notre État pour nous infliger une leçon: Devant les Tribunaux, les bravades insultantes de ces individus brutaux et retors nous rappellent les profondeurs abyssales de la faillite collective qui nous conduisit à ériger l’autochtonie et l’ethnicité en critères de la nationalité. Nous en partageons tous la faute. Ces contraires radicaux du dirigeant politique, ces opportunistes et ces syndicalistes égarés qui n’avaient et n’eurent jamais de programme socialiste, s’emparèrent prestement de l’ethnicité et de la xénophobie comme programme de gouvernement avec toutes les conséquences terrifiantes et dramatiques que l’on sait.

Cette expérience calamiteuse des dix années cauchemardesques que nous vécûmes sous la direction meurtrière des ethno-nationalistes ivoiriens qui ne furent jamais des anticolonialistes et des panafricanistes mais des imposteurs, devrait ouvrir à jamais nos yeux sur les pièges de l’ethnicité et du discours du populisme identitaire. Ces deux mirages qui prétendent étancher la soif de liberté et de justice des peuples dans les temps de crise ne furent jamais, au cours de l‘histoire de l’humanité, des solutions mais des problèmes. Pourvu que nous en soyons vaccinés en Côte d’Ivoire et que la référence à l’ethnicité et au communautarisme comme programme de gouvernement par tout homme politique, apparaisse désormais au peuple ivoirien comme un critère suffisant de délégitimation de ce dernier.

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