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Comment rétablir l’autorité du pouvoir politique en Côte d’Ivoire ? Par A. Dieth

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Comment rétablir l’autorité du pouvoir politique en Côte d’Ivoire ?
Comment rétablir l’autorité du pouvoir politique en Côte d’Ivoire ?

Comment rétablir l’autorité du pouvoir politique en Côte d’Ivoire ?

Par Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Le chef de l’Etat ivoirien a été profondément choqué, non pas parce que son pouvoir personnel aurait été ébranlé mais parce que l’autorité du peuple ivoirien, dont il incarne la souveraineté, a été attaquée, au sein de l’armée nationale, au nom d’intérêts particuliers factionnels qui ont piétiné l’Intérêt général et méprisé le Bien commun. Rétablir l’autorité du pouvoir politique en Côte d’Ivoire consiste-t-il alors à augmenter sa puissance de feu militaire et à instituer son arbitraire ou au contraire, à rétablir sa prééminence morale et juridique? Est-ce accroître sa force matérielle avec un arsenal militaire et sécuritaire invincible, ou est-ce augmenter son pouvoir politique avec l’arsenal des valeurs démocratiques et républicaines qui structurent la souveraineté du peuple au nom duquel il exerce le pouvoir ? Rétablir l’autorité du pouvoir politique ivoirien, n’est-ce pas reconstruire l’unité éthique et juridique de ce peuple dont dépend le pouvoir du gouvernement ? N’est-ce pas aussi restaurer l’aptitude du pouvoir politique ivoirien à porter et à incarner les valeurs démocratiques et républicaines qui fondent sa légitimité ? N’est-ce pas rétablir l’exemplarité politique qui augmenterait moralement l’efficience technocratique et gestionnaire du gouvernement? Restaurer l’autorité de l’Etat, n’est-ce pas instituer l’exemplarité du pouvoir politique et du peuple?

On fait fausse route quand on considère que le basculement du rapport de force militaire en faveur des mutins est la cause principale de la capitulation du gouvernement ivoirien. Juger que la défaite du gouvernement fut l’effet de la faiblesse de la puissance de feu de son armée est réduire, comme trop souvent en Afrique, la politique à un rapport de force militaire entre des factions en lutte pour la prise et la conservation du pouvoir. Inspirée par une conception matérialiste qui fait de la force la source du droit, cette interprétation quelque peu cynique, occulte la nature éminemment morale d’un phénomène qui renvoie à la crise de l’Autorité dans l’Etat et dans le corps politique en sa totalité. Le gouvernement ivoirien  n’a pas été défait parce qu’il disposait d’un quantum inférieur de force matérielle. Il a été défait parce qu’il avait perdu son pouvoir de contrainte morale, son autorité. Celle-ci désigne la supériorité hiérarchique  socialement reconnue du pouvoir politique démocratique en tant qu’incarnation de la souveraineté du peuple.

La mutinerie a pu ébranler l’autorité du gouvernement parce que le peuple ivoirien dont il détient le pouvoir est intérieurement déchiré. L’impuissance politique et militaire du gouvernement traduit  symboliquement l’impuissance morale du peuple et du pouvoir politique ivoirien, tous les deux  intérieurement divisés à tous les niveaux. La victoire de la mutinerie manifeste  la victoire des forces de la particularité sur les forces de la généralité en Côte d’Ivoire. La force destructrice des mutins symbolise la force destructrice des factions en formation dans le peuple ivoirien sur des bases ethniques, régionalistes, et corporatistes en vue de l’accaparement du pouvoir d’Etat. Cette situation politique montre, de facto, que les valeurs démocratiques et républicaines fondatrices de l’unité de la Nation dont procède l’autorité de l’Etat sont récusées dans la société. Le refus des mutins d’obéir à l’injonction du chef de l’Etat, de déposer les armes, est le refus d’obéir au pouvoir du peuple qu’incarne le pouvoir politique en ses diverses composantes parce que le peuple ivoirien  est moralement en crise. C’est le refus de se soumettre à l’autorité du souverain au nom duquel parle toujours le chef d’un Etat démocratique, car le Souverain a pris des libertés avec les valeurs qui le constituent comme peuple démocratique.

La problématique ivoirienne n’est donc pas de rétablir la plénitude de la force matérielle et de la puissance de feu de l’Etat et du gouvernement. La problématique ivoirienne est de rétablir le pouvoir de contrainte morale immatérielle de l’Etat et de ses dirigeants, de restaurer dans le peuple, l’autorité des valeurs qui le constituent comme peuple démocratique. Il s’agit de faire en sorte que le peuple et le pouvoir politique ivoirien  en toutes ses composantes,  puissent incarner en leur être, en leur conscience et en leur volonté, la Loi et les valeurs démocratiques et républicaines. Telle est la problématique que soulève la mutinerie en tant que désobéissance militaire. Elle est de nature politique et morale. Elle n’est pas de nature militaire et sécuritaire. En quoi consiste donc l’autorité et en quoi consiste  son rétablissement comme solution ultime au problème politique ivoirien ? (A suivre)

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