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N’aiderait-il pas à construire la citoyenneté en Côte d’Ivoire en substituant le patriotisme d’Etat au dangereux nationalisme culturel qui s’y était dissimulé dans une colossale imposture?

L’Etat démocratique africain doit-il se méfier des réseaux sociaux ? 2ème Partie

Les vertus du numérique, médium de la relation et de la communication interpersonnelles déterritorialisées, permettent d’envisager, dans les sociétés divisées par la manipulation politique des ethnies et plus généralement par les fractures communautaires, une réconciliation qui procède par la rencontre, la communication et le dialogue des cultures au moyen des réseaux et médias sociaux.

Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Pourquoi alors ne pas imaginer et mettre en œuvre, en Côte d’Ivoire, entre les établissements scolaires des différentes régions du pays, un jumelage éducatif numérique dédié à un programme cognitif civique centré sur les thématiques de la connaissance de l’Autre, de la communication interculturelle et du dialogue des identités ethniques ? Pourquoi, au moyen des nouvelles technologies de la communication et de l’information qui permettent de franchir les distances spatiales et temporelles, ne pas jeter du Sud au Nord et d’Est à l’Ouest, des ponts numériques éducatifs civiques, entre différents établissements scolaires du pays sur les thématiques de la connaissance des cultures ethniques et de la reconnaissance interculturelle? Pourquoi ne pas jumeler par le numérique des écoles et lycées de Mama et de Kong, de Daoukro et de Kabakouma, de Gagnoa et de Korhogo, de Duékoué et de Ferkéssedougou, de San Pédro et de Bondoukou, de Zouan-Hounien et de Divo, d’Abidjan et de Man, de Boundiali et de Grand Bassam, pour ne citer que ces villes ?
Un tel programme cognitif de resocialisation ne serait-il pas à même de reconstruire les ponts et solidarités interculturels qui furent détruits entre les individus et entre les communautés en Côte d’Ivoire durant la crise post-électorale par la manipulation politique des identités culturelles ? Ce curriculum éducatif ne serait-il pas à même de rebâtir la nation ivoirienne comme unité confraternelle des identités culturelles ? N’aiderait-il pas à construire la citoyenneté en Côte d’Ivoire en substituant le patriotisme d’Etat au dangereux nationalisme culturel qui s’y était dissimulé dans une colossale imposture?
Ce curriculum éducatif civique portant sur la connaissance réciproque des cultures ethniques, sur la reconnaissance réciproque des altérités par le dialogue interculturel à travers des réseaux sociaux permettrait assurément de retisser, par le bas, les liens intercommunautaires et interrégionaux rompus et distendus de la Cité. De nouveaux réseaux sociaux transculturels reconstruiraient en Côte d’Ivoire, par-delà l’espace et le temps, dans le face à face numérique des personnes, les ponts intercommunautaires détruits par l’instrumentalisation politique de l’ethnicité. Cette connaissance réciproque de l’Autre, à travers la connaissance de sa culture, permettrait à chaque Ivoirien de découvrir l’autre comme un autre soi-même, un être culturel aux prises avec les problèmes universaux de l’existence humaine, inventant et reproduisant sa vie au moyen de solutions culturelles spécifiques. Complétant le programme éducatif traditionnel dérivé du programme français, ce curriculum cognitif culturel conduirait élèves et lycéens ivoiriens à redécouvrir, chacun par soi-même, les ressources endogènes de leurs cultures, à maîtriser simultanément la science occidentale et les rationalités endogènes comme produits culturels réciproques complémentaires. Cette alliance de la rationalité instrumentale et des mémoires culturelles permettrait de bâtir une nation citoyenne ivoirienne, consciente d’elle-même comme unité de la diversité culturelle, condition du vivre-ensemble. Elle permettrait de mutualiser l’esprit d’inventivité et le génie créateur contenus dans les cultures locales, condition d’une Industrie et d’une Entreprise ivoirienne.
Le curriculum du jumelage éducatif numérique ivoirien, qui serait fondé sur la rencontre et la synergie des identités culturelles ivoiriennes, serait animé par ce projet sociétal démocratique et par cette utopie. La connaissance culturelle de l’Autre permettrait de définir les identités personnelles et collectives par l’ouverture à la différence et par la reconnaissance de l’Autre comme un autre soi-même et non plus par la fermeture identitaire et par le rejet de l’Autre. Elle redéfinirait l’identité nationale ivoirienne non plus comme homogénéité culturelle mais plutôt comme hétérogénéité culturelle et similarité des cultures. Elle redéfinirait la solidarité nationale non plus comme solidarité communautaire fermée mais comme solidarité transcommunautaire ouverte de citoyens unis par un sentiment d’appartenance commune dans une patrie. La reconnaissance de l’Autre, la tolérance et le respect de la différence institueraient le vivre-ensemble ivoirien sur une solidarité nationale transculturelle. Plus qu’une société multiculturelle, la Côte d’Ivoire deviendrait une société transculturelle unie par une solidarité nationale qui transcenderait les communautés. Mettre à profit, dans cette perspective, les ressources produites par la communauté interafricaine de pédagogues qui a créé et développé les e-jumelages éducatifs entre écoles et lycées de plusieurs pays africains (voir : wiki.aprelia.org etaprelia.org) pourrait, nous semble-t-il, permettre à la Côte d’Ivoire de faire de cette utopie démocratique une réalité.
Les réseaux et médias sociaux de l’internet sont, en démocratie, des acteurs indispensables et incontournables de l‘intégration sociale en ce qu’elles peuvent être les chevilles ouvrières de ce projet sociétal et de cette utopie. Telle est leur fonction politique substantielle. Institutions informelles de socialisation et de solidarité, les réseaux et médias sociaux de l’internet, devraient, dans cette perspective, retenir l’attention de l’Etat et des démocrates ivoiriens.

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