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La problématique d’unité idéologique du PDCI et du RDR en Côte d’Ivoire.

Par Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

La séparation de type électoraliste du PDCI et du RDR, désormais en concurrence dans la lutte pour le pouvoir en vue de la présidentielle 2020, soulève la question centrale de leur unité idéologique. Leurs divergences programmatiques devraient se structurer sur la base du nationalisme libéral modernisateur originel du PDCI-RDA. Ce socle fondateur devrait être, espérons-le, leur point de consensus indiscutable.
Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) doit donc se déterminer clairement comme parti démocratique et construire un projet politique structuré par l’esprit démocratique moderne, par le respect de l’égalité et du pluralisme. Le Rassemblement Des Républicains (RDR) doit aussi se déterminer clairement comme parti républicain et bâtir une politique structurée par l’esprit républicain moderne, le respect de la liberté et des droits individuels et collectifs. Les Ivoiriens seraient-ils existentiellement et sociologiquement incapables de se définir et de se reconnaître dans ces notions ?
Au-delà de la nécessaire géopolitique, le PDCI doit tenir le discours de la démocratie et le RDR celui de la République. Les membres du PDCI doivent agir concrètement en démocrates et ceux du RDR en républicains. Chacune des deux formations doit tenir aux Ivoiriens le langage de son obédience et les convaincre, par son activité de représentation sur le terrain, de sa capacité à porter le projet sociétal qu’implique cette obédience. Telle doit être nécessairement la substance du discours politique et des actions partisanes menées pour tenter d’obtenir la majorité du suffrage en 2020. Cette détermination démocratique et républicaine doit constituer le critère des alliances stratégiques à passer pour le second tour.
La Côte d’Ivoire sera épargnée des périls de l’ethno-nationalisme et du national-populisme si la lutte fratricide pour le pouvoir entre le PDCI et le RDR réussit à se dérouler dans le cadre de l’affrontement des valeurs et des projets sociétaux libéraux concurrents qui structurent la lutte politique dans la démocratie républicaine.
La géopolitique ne doit donc pas saupoudrer un ethnicisme, un tribalisme et un régionalisme, encore moins être une stratégie de racolage clientéliste en direction de l’électorat. Il est question, au RDR, d’être républicain, ressortissant du Sud, du Centre, de l’Ouest, de l’Est et du Nord. Il est question, au PDCI, d’être démocrate, ressortissant du Nord, de l’Ouest, de l’Est, du Sud et du Centre. Les deux formations partisanes, désormais séparées selon une ligne de fracture de nature électoraliste, doivent se définir par les valeurs, les besoins et les demandes des catégories socio-professionnelles qu’elles représentent, et non pas par les coutumes, les traditions et les ordres des différentes communautés constituant leurs électorats respectifs.
Cet impératif politique d’unité idéologique républicaine et démocratique du PDCI et du RDR exige une remémoration et un ressourcement de ces deux formations partisanes dans la substance idéologique et sociétale de leur matrice commune : Le PDCI-RDA et le projet politique et économique de l’houphouëtisme qui le structura.
Dans la lutte anticolonialiste, le nationalisme du RDA ne fut pas un nationalisme communautaire fondé sur la défense d’une identité culturelle et sur le rejet de la modernité. Au RDA, la nation fut originellement conçue comme unification nécessaire de la diversité des cultures, unité requise pour engager les sociétés traditionnelles dans la modernité. La fonction politique de la nation, projetée par les mouvements de libération anticolonialiste, fut d’être le support de la modernisation économique. Le nationalisme du RDA fut donc un nationalisme citoyen modernisateur et universaliste fondé sur l’alliance de la tradition et de la modernité, des identités culturelles et de la rationalité instrumentale. Tel fut l’esprit de la construction nationale qui anima le combat politique du PDCI-RDA en Côte d’Ivoire.
Le projet politique houphouëtiste, stricto-sensu, fut d’intégrer une société ethniquement et confessionnellement diversifiée afin de bâtir en Côte d’Ivoire une Nation de citoyens. Le projet économique houphouëtiste fut, quant à lui, de libérer de la dépendance la Côte d’Ivoire par la modernisation et le développement au moyen de ce biais national. Il s’est donc agi, pour atteindre ce but, de marier l’ethnicité et la rationalité en impliquant toutes les élites régionales, anciennes et nouvelles dans le développement économique des différentes parties du territoire national.
Ce projet d’intégration nationale fut porté par un nationalisme libéral modernisateur qui était aux antipodes d’un nationalisme communautaire anti-moderniste. Projet politique d’un État mobilisateur animé par le souci de la modernisation, cette ambition s’est donc concrètement déclinée dans un patriotisme républicain. Il s’agit alors pour le PDCI et pour le RDR de reprendre, selon les nouvelles exigences de la Démocratie et de la République, ce projet du nationalisme libéral modernisateur en le reformulant, selon les besoins du temps, dans une économie désormais globalisée. Leurs offres concurrentes devraient être élaborées à partir de cette idée directrice. (A suivre)

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