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Comment peut-on expliquer cette suprématie sportive ?

Depuis le début des années 2010, les clubs de Liga dominent allégrement les compétitions. Comment peut-on expliquer cette suprématie sportive ?

Cette semaine a été formidable pour le football ibérique. Deux clubs, l’Atletico et le Real Madrid, se sont qualifiés pour la finale de Ligue des Champions et un autre, le FC Séville, est en finale d’Europa League, après avoir battu le Chakhtar Donetsk. L’autre représentant espagnol, Villarreal, perdait, quant à lui, en demi contre Liverpool.

Depuis le début des années 2010, les clubs de Liga dominent allégrement les compétitions et présentent, année après année, un très grand nombre d’équipes compétitives et talentueuses. Comment peut-on expliquer cette suprématie sportive, cette domination sans partage ?

Nous sommes loin de l’ambiance française

Cette chose n’est pas nouvelle. Pendant 10 ans, la sélection nationale a marché sur l’eau, remportant deux coupes d’Europe, en 2008 et 2012, et une coupe du Monde, en 2010. Depuis 2000, 43% des lauréats en Ligue des Champions ont été des clubs Espagnols. Sur toute l’histoire de la compétition, le pays compte 15 victoires et 10 finales perdues, contre 12 pour l’Italie et l’Angleterre, et seulement 1 pour la France, 7ème du classement.

L’Espagne est véritablement le pays du football, elle vit football et rêve football. Ses stades sont toujours pleins, quels que soient le classement et le jeu présenté par l’équipe, et des centaines de milliers de fans célèbrent, tous les week-ends, les victoires et les défaites de leurs clubs favoris. Nous sommes loin de l’ambiance française, où la dynamique populaire semble ne s’être jamais installée.

La redistribution des droits de retransmission

Économiquement, l’une des particularités espagnoles est la redistribution des droits de retransmission, élément essentiel dans la comptabilité des clubs professionnels. De l’autre côté des Pyrénées, contrairement à l’Angleterre, la France ou l’Italie, les droits sont privatisés et ce sont directement les clubs qui vont négocier le montant des droits avec les chaînes de télévision. Résultat, les équipes les plus populaires, comme le Real Madrid ou le FC Barcelone, retiennent quasiment 50% du total des sommes versées (bien que ce système ait changé en 2015).

Cet avantage absolu pour les puissants apporte deux conséquences. D’une part, le Barca et le Real disposent d’une force économique sans commune mesure qui leur permet de dominer le championnat, de pérenniser leurs finances et de construire, durablement, une politique et un projet sportif.

D’autre part, les autres clubs, qui n’ont pas les mêmes moyens financiers, sont obligés de faire avec, de dégager des ressources alternatives, voire d’être incités à améliorer leur visibilité afin de faire croître les retombées économiques. Un club de plus en plus coté inciterait les chaînes de télévision à accaparer les droits de diffusion et ferait monter les enchères.

La recherche de plus-value

Le directeur sportif du FC Séville, récent vainqueur de l’Europa League, et qualifié pour la finale de cette même compétition cette saison, Ramón Rodríguez Verdejo, expliquait récemment que les contraintes qui pesaient sur le foot espagnol l’obligeaient à conduire une politique bien particulière, la recherche de plus-value. Trouver des joueurs peu chers et les valoriser à la revente.

« Nous sommes un club vendeur parce qu’avec nos revenus habituels, nous ne pourrions pas arriver là où nous sommes. Et il ne s’agit pas de vendre, mais de réaliser des plus-values afin d’avoir une équipe au-dessus de tes moyens ».

Cette méthodologie l’a donc conduit à se doter d’une équipe de recruteurs éparpillés à travers le monde et d’outils informatiques et statistiques capables de déceler des potentiels indicibles. Au total, depuis 2000, le club a investi 39 millions d’euros dans les transferts de joueurs pour un surplus à la revente de 270 millions d’euros, soit une croissance de 592%.

Pour et seulement pour le football

Autre particularité du foot espagnol, qui découle de ce principe de privatisation des droits : tout est fait pour et seulement pour le football. En France, il y a une logique de mutualisation, avec une ligue chargée de négocier collectivement les droits avec les chaînes de télévision, et d’assistanat. En effet, en 2000, le ministre des Sports Marie-Georges Buffet a imposé la « taxe Buffet » impliquant une redistribution de 5% du montant total des droits du foot français vers le CNDS, le centre national pour le développement du sport, chargé du soutien de toutes les autres activités sportives.

Ainsi, le développement économique du football français participe directement au développement des autres sports et soutient leur évolution. Voir le verre à moitié plein, c’est applaudir cette logique de solidarité qui octroie à la France des moyens supplémentaires pour performer dans toutes les compétitions sportives. D’après la Société Internationale de Sciences du Sport, notre pays est la 4ème nation sportive du monde, devant la Chine et l’Allemagne, alors que l’Espagne n’est que 9ème.

Voir le verre à moitié vide, c’est considérer que la logique solidariste contraint les marges de manœuvre du cadre footballistique et empêche la France de pouvoir développer librement et totalement son football, contrairement à l’Espagne.

La folie ibérique face au manque d’ambition français

Mais au-delà du seul champ économique, la vision culturelle doit aussi être mise en avant. Ce qui frappe toujours lorsqu’on observe le football français c’est son manque d’ambition et son manque de jeu, contrairement à la folie ibérique, toujours tournée vers l’attaque. En ligue 1, les joueurs font la fête et semblent heureux lorsqu’ils ont obtenu un match nul contre l’ogre PSG, comme si un score de parité était aussi valorisé qu’une victoire.

Lors de la saison 2003-2004, le milieu argentin Juan Pablo Sorin, joueur du PSG, s’était embrouillé avec son coach de l’époque, Vahid Halilhodžić, lors d’une rencontre contre l’AS Monaco. Ce dernier visait alors le match nul.

« Ici, personne ne peut se permettre d’entrer sur le terrain pour gagner. Même le Real Madrid.

– Pardon coach, mais le Real dispute toujours ses matchs pour les gagner. Peu importe le stade. Nous sommes le PSG et nous pouvons gagner le match mais… certainement pas en jouant la défense ! ».

C’est peut-être cela qu’a l’Espagne et qui manque à la France, l’envie continue de gagner et toujours gagner, ne jamais entrer sur un terrain pour espérer faire bonne figure et empocher le match nul, défendre et se prendre le moins de buts. Il faut, avant les recettes économiques, un état d’esprit ambitieux et grandiloquent, ne pas jouer petit bras.

L’Espagne, en tout cas, l’a très bien compris …

contrepoints.org

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