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L’impensé communautariste de l’anticolonialiste.
Pour quelle Afrique a combattu Bernard Dadié ? La question mérite d’être posée, au vu de son engagement actuel auprès du courant identitaire du nationalisme ivoirien. « Le vieux » comme le dit un commentateur des réseaux sociaux n’a pas perdu la tête. Il n’a nullement été instrumentalisé, contre son gré, par les propagandistes et par les activistes du courant identitaire ivoirien qui auraient eu l’intention de cannibaliser son autorité morale pour servir leur cause.
Son engagement actuel auprès de Laurent Gbagbo, se situe dans le droit fil de son combat d’intellectuel organique de l’Afrique des chefferies et des lignages durant la lutte anticolonialistes des mouvements africains de libération.
Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie cedea.net

Des intellectuels de haut vol tels l’anthropologue Harris Memel-Fotê, des grands médecins tels le Dr Nimbé Coulibaly, membres fondateurs du FPI qui se revendiquaient du socialisme universaliste, prirent leurs distances avec Laurent Gbagbo et son groupe dès qu’ils comprirent que l’homme avait viré sa cuti socialiste au profit d’un ethnonationalisme opportuniste.

Ces socialistes de conviction s’éloignèrent de l’imposteur et du farceur.
Bernard Dadié a, au contraire, pour sa part appuyé, de son autorité d’écrivain et d’anticolonialiste historique, cette errance parce que l’ethno-nationalisme xénophobe de Laurent Gbagbo constituait l’impensé de son propre combat.
L’Afrique nouvelle dont rêvait Climbié, un personnage de ses romans, était l’Afrique des chefferies, des racines, des grands planteurs et de leurs cohortes d’esclaves et de serviteurs. Somme toute, c’était l’Afrique des féodalités.
Laurent Gbagbo, le machiavel des lagunes, fut l’incarnation politique de Kakou Ananzè, l’araignée rusée des oeuvres de Bernard Dadié.
Il faut donc faire saillir la substance identitaire de son engagement anticolonialiste en rappelant son mutisme scandaleux durant les années de plomb du régime Gbagbo lorsque les escadrons de la mort et les milices ethniques meurtrières de ce dernier parcouraient la Côte d’Ivoire du sud pour la purifier des ivoiriens du nord désignés comme étrangers.
Il importe de faire saillir l’impensé colonialiste de son engagement anticolonialiste, en rappelant  le silence approbateur de l’écrivain lors du massacre des femmes d’Abobo par les chars de son héros anticolonialiste. Il est essentiel de rappeler à la conscience des ivoiriens, ce silence approbateur scandaleux de l’ancien prisonnier de la prison coloniale de Grand-Bassam, l’écrivain Bernard Dadié qui fut libéré par la marche contestatrice des femmes du PDCI sur lesquelles les colons blancs n’osèrent pas ouvrir le feu !
Les abdications incompréhensibles de cet homme qui aurait pu être la voix tempérante de la Sagesse lors de la crise post-électorale, ne sauraient être accidentelles. Le mutisme monstrueux de cet écrivain de la dimension des Wolé Soyinka qui aurait pu être en Côte d’Ivoire, en ces moments d’éclipse de la raison publique, de barbarie et de meurtres massifs, la conscience morale de la Nation ivoirienne ne saurait s’expliquer autrement que par un parti-pris immoral.
La sérénité complice de cette icône de la littérature africaine, dont la voix d’autorité aurait pu préserver la Côte d’Ivoire de sa chute les abîmes de l’Amok, ne s’explique autrement que par son engagement originaire dans le nationalisme communautaire et identitaire.
Le nationalisme de Bernard Dadié se situait aux antipodes du nationalisme modernisateur, universaliste et libéral de Félix Houphouët-Boigny qu’il accusa, par moment, d’avoir trahi la lutte anticolonialiste. Ce parti-pris idéologique antérieur explique que Bernard Dadié ait vu en Laurent Gbagbo, le héros capable de mener aujourd’hui le combat identitaire avec la brutalité radicale nécessaire à la restauration de l’ordre précolonial ancien, à la restitution du pouvoir aux ivoiriens de souche multiséculaire et à l’expulsion des étrangers.
Bernard Dadié n’a pas lutté pour l’avènement d’une Afrique démocratique et égalitaire. Il a lutté contre les colons Blancs pour rétablir en Afrique les chefferies, les royautés inégalitaires et les castes que le pouvoir militaire des Blancs avait brisées. Bernard Dadié est un nostalgique de l’Afrique dépassée du passé. Ce n’est en rien un homme de l’Afrique démocratique nouvelle. C’est un dinosaure des temps passés. Ces œuvres  doivent être désormais revisitées avec un regard critique par les élèves et les étudiants de nos lycées et de nos universités pour être rangées dans les greniers afin d’être livrées à la critique rongeuse de la poussière et des souris.

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